
I. Question soulevée
Selon le site islamland.com (contradiction n°85), les récits de la résurrection se contrediraient concernant la position de la pierre fermant le tombeau de Jésus.
Les Évangiles de Marc, Luc et Jean indiquent que les femmes découvrirent simplement la pierre déjà déplacée :
• « Elles virent que la pierre avait été roulée » (
Marc 16.4
) ;
• « Elles trouvèrent la pierre roulée loin du tombeau » (
Luc 24.2
) ;
• « Marie de Magdala vit que la pierre avait été enlevée du tombeau » (
Jean 20.1
).
En revanche, Matthieu semble décrire une scène différente :
• un ange descend du ciel ;
• un tremblement de terre se produit ;
• l’ange roule la pierre ;
• les femmes sont présentes à proximité du tombeau (
Matthieu 28.1-6
).
Peut-on réellement parler de contradiction ? Ou les récits sont-ils complémentaires ?
II. Résumé
Les récits évangéliques ne se contredisent pas concernant la pierre du tombeau. Marc, Luc et Jean décrivent le constat des femmes à leur arrivée : la pierre était déjà roulée ( Marc 16.4 ; Luc 24.2 ; Jean 20.1 ). Matthieu complète ces informations en révélant la cause surnaturelle de l’ouverture : l’intervention d’un ange accompagnée d’un tremblement de terre ( Matthieu 28.2 ).
Le texte de Matthieu n’affirme pas explicitement que les femmes observèrent l’ange roulant la pierre ; il peut décrire des événements survenus juste avant leur arrivée. Les différences relèvent du choix narratif propre à chaque auteur, non d’une contradiction réelle.
III. Textes étudiés
IV. Analyse des textes
Le constat des femmes chez Marc, Luc et Jean
Marc, Luc et Jean décrivent principalement ce que les femmes constatèrent lorsqu’elles arrivèrent au tombeau :
- la pierre était déjà déplacée ;
- le tombeau était ouvert ;
- le corps de Jésus n’y était plus.
Aucun de ces auteurs ne cherche à détailler le moment précis où la pierre fut roulée. Leur objectif principal est de mettre en évidence la découverte du tombeau vide et l’annonce de la résurrection ( Marc 16.6 ) ; ( Luc 24.6 ) ; ( Jean 20.8 ).
Le silence de ces récits concernant l’action de l’ange ne constitue donc pas une négation de cet événement. Un auteur ancien pouvait parfaitement résumer une scène sans rapporter tous les détails déjà connus ou jugés secondaires.
Le récit de Matthieu
Matthieu fournit davantage d’informations sur les événements surnaturels entourant la résurrection :
« Il y eut un grand tremblement de terre, car un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus » ( Matthieu 28.2 ).
Le texte précise également que les gardes furent terrifiés :
« Les gardes tremblèrent de peur et devinrent comme morts » ( Matthieu 28.4 ).
Cependant, Matthieu ne déclare pas explicitement que les femmes ont vu l’ange rouler la pierre au moment exact où cela se produisait. Le texte indique seulement qu’elles arrivèrent près du tombeau au moment de ces événements ou peu après.
Cette nuance est importante. Le récit peut être compris de deux manières parfaitement compatibles avec les autres Évangiles :
- les femmes assistèrent directement à une partie de la scène ;
- elles arrivèrent immédiatement après le tremblement de terre et constatèrent le tombeau déjà ouvert.
Dans les deux cas, aucune contradiction n’apparaît avec Marc, Luc ou Jean, qui se limitent à décrire leur découverte du tombeau ouvert.
V. Une possibilité : plusieurs groupes de femmes
Les récits évangéliques suggèrent l’existence de déplacements multiples et probablement de plusieurs groupes de femmes ( Luc 24.10 ) ; ( Jean 20.1-2 ).
Il est donc envisageable :
- qu’un premier groupe soit arrivé légèrement avant les autres ;
- qu’un second groupe soit arrivé plus tard ;
- que certaines femmes aient fait un détour pour acheter ou préparer des aromates ( Marc 16.1 ).
Dans cette hypothèse :
- Matthieu décrirait le groupe le plus proche des événements surnaturels ;
- Marc, Luc et Jean décriraient surtout la découverte du tombeau déjà ouvert.
Cette solution demeure parfaitement cohérente avec les textes.
VI. Le style narratif de Matthieu
Il faut également tenir compte du style rédactionnel de Matthieu. Cet Évangile regroupe fréquemment des événements de manière thématique sans toujours suivre une chronologie minutieusement détaillée.
Ainsi, ( Matthieu 28.1-6 ) peut être compris comme un résumé structuré de la situation :
- les femmes se rendent au tombeau ;
- un tremblement de terre avait eu lieu ;
- un ange était descendu ;
- la pierre avait été roulée ;
- les gardes avaient été terrifiés ;
- les femmes découvrent alors le tombeau ouvert.
Cette manière de raconter était courante dans l’historiographie antique et ne doit pas être interprétée selon les critères modernes du reportage chronologique seconde par seconde.
VII. Les anges dans les différents récits
Les récits divergent surtout par leur degré de précision :
- Matthieu mentionne un ange parlant aux femmes ( Matthieu 28.5 ) ;
- Marc parle d’un jeune homme vêtu de blanc à l’intérieur du tombeau ( Marc 16.5 ) ;
- Luc mentionne deux hommes en vêtements éclatants ( Luc 24.4 ) ;
- Jean décrit deux anges vus plus tard par Marie de Magdala ( Jean 20.12 ).
Ces descriptions sont complémentaires et non contradictoires. Dans les récits antiques, il était fréquent qu’un auteur mentionne uniquement le personnage principal sans nier la présence d’autres personnes. Matthieu et Marc focalisent simplement leur attention sur l’ange porte-parole.
Conclusion
Les récits de la résurrection ne présentent aucune contradiction concernant la pierre du tombeau.
( Marc 16.4 ), ( Luc 24.2 ) et ( Jean 20.1 ) décrivent le constat des femmes : la pierre était déjà déplacée lorsqu’elles arrivèrent.
( Matthieu 28.1-7 ) complète ces informations en révélant la cause surnaturelle de l’ouverture du tombeau : l’intervention d’un ange accompagnée d’un tremblement de terre.
Le texte de Matthieu n’oblige nullement à conclure que les femmes ont observé directement l’ange roulant la pierre sous leurs yeux. Il peut tout aussi bien décrire des événements survenus juste avant leur arrivée ou résumer l’ensemble de la scène.
Les quatre Évangiles convergent donc vers une même réalité historique :
- le tombeau était ouvert ;
- la pierre avait été roulée ;
- les gardes avaient été bouleversés ;
- le corps de Jésus n’était plus dans le tombeau ;
- des anges annoncèrent la résurrection aux femmes.
Les différences observées relèvent du choix narratif, du degré de détail et de l’angle de présentation propre à chaque auteur, non d’une contradiction réelle.