Contradiction
CTD053
CTD053 - La première rencontre de Marie de Magdala avec Jésus ressuscité

Vous pouvez consulter l’annexe ANN026 : L’heure de la crucifixion

Vous pouvez consulter l’annexe ANN027 : Le dernier repas de Pâque

Vous pouvez consulter l’annexe ANN032 : Judas l’Iscariote

Vous pouvez consulter l’annexe ANN033 : Les dernières journées avant la crucifixion

I. Question soulevée

Selon le site islamland.com, les Évangiles se contrediraient au sujet des circonstances de la première rencontre entre Marie de Magdala et le Christ ressuscité.

1) Selon Matthieu, les femmes saisissent les pieds de Jésus et l’adorent sur le chemin du retour après avoir quitté le tombeau ( Matthieu 28.9 ).

2) Selon Jean, Marie ne reconnaît pas immédiatement Jésus, le prenant pour le jardinier, et reçoit l’injonction de ne pas le retenir ( Jean 20.14-17 ).

Ces deux présentations sont-elles contradictoires ?

II. Résumé

Les récits de Matthieu et de Jean ne se contredisent pas ; ils relatent deux rencontres distinctes entre Marie de Magdala et le Christ ressuscité. La première, collective, se déroule sur le chemin du retour et suscite l’adoration immédiate ( Matthieu 28.9 ).

La seconde, individuelle, a lieu près du tombeau et culmine dans la reconnaissance personnelle par l’appel du nom ( Jean 20.16 ). Cette pluralité de témoignages enrichit la compréhension de l’événement pascal plutôt qu’elle ne la compromet.

III. Textes étudiés

Matthieu 28.9 (Louis Segond S21)

Et voici que Jésus vint à leur rencontre et dit: «Je vous salue.» Elles s'approchèrent, s'agrippèrent à ses pieds et se prosternèrent devant lui.

Jean 20.14-17 (Louis Segond S21)

En disant cela, elle se retourna et vit Jésus debout, mais elle ne savait pas que c'était lui.

Jésus lui dit: «Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu?» Pensant que c'était le jardinier, elle lui dit: «Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis et j'irai le prendre.»

Jésus lui dit: «Marie!» Elle se retourna et lui dit en hébreu: «Rabbouni!», c'est-à-dire maître.

Jésus lui dit: «Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père, mais va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.»

IV. Analyse des récits

Première rencontre : Marie de Magdala avec d’autres femmes

Matthieu relate une visite collective au sépulcre, à laquelle participent Marie de Magdala et « l’autre Marie » ( Matthieu 28.1 ). Après avoir reçu le message de l’ange, ces femmes quittent le tombeau « avec crainte et une grande joie » pour aller avertir les disciples ( Matthieu 28.8 ).

Sur le chemin du retour, Jésus vient à leur rencontre. Les femmes s’approchent, saisissent ses pieds et l’adorent ( Matthieu 28.9 ). Ce geste de prosternation constitue une réponse d’adoration spontanée et collective face à la manifestation du Ressuscité. La reconnaissance est immédiate et ne fait l’objet d’aucune hésitation.

 

Seconde rencontre : Marie de Magdala seule

L’Évangile de Jean présente une scène distincte où Marie de Magdala se trouve seule près du tombeau ( Jean 20.11 ). Le contexte diffère significativement de celui décrit par Matthieu : Marie pleure, se penche vers le sépulcre, et aperçoit deux anges assis là où le corps de Jésus avait été déposé ( Jean 20.11-12 ).

Lorsqu’elle se retourne, elle voit Jésus mais ne le reconnaît pas, le prenant pour le jardinier ( Jean 20.14-15 ). Elle lui demande où il a mis le corps, pensant toujours que celui-ci a été déplacé. Ce n’est qu’en entendant son nom prononcé par Jésus qu’elle le reconnaît et s’exclame « Rabbouni », c’est-à-dire « Maître » ( Jean 20.16 ).

Jésus lui adresse alors cette parole : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père » ( Jean 20.17 ).

V. Fondement de l’harmonisation

Plusieurs éléments textuels justifient la distinction entre ces deux épisodes :

Les circonstances diffèrent considérablement. Dans Matthieu, les femmes quittent le tombeau avec crainte et joie après avoir reçu le message angélique ( Matthieu 28.8 ). Dans Jean, Marie demeure près du tombeau en pleurant, manifestant une détresse qui suggère qu’elle n’a pas encore pleinement compris la signification de la résurrection ( Jean 20.11 ).

La reconnaissance est immédiate dans un cas, différée dans l’autre. Le groupe de femmes chez Matthieu reconnaît Jésus sans hésitation ; Marie seule chez Jean traverse un moment de non-reconnaissance avant l’appel personnel de Jésus. Cette différence suggère des contextes émotionnels et temporels distincts.

La réaction varie selon le contexte. L’adoration collective avec le geste de saisir les pieds de Jésus ( Matthieu 28.9 ) s’oppose à l’injonction individuelle de ne pas le retenir ( Jean 20.17 ). Cette différence de réponse divine indique des moments distincts.

Le nombre de personnes présentes diffère. Matthieu mentionne explicitement plusieurs femmes ( Matthieu 28.1 , Matthieu 28.5 ), tandis que Jean se concentre exclusivement sur Marie de Magdala seule ( Jean 20.11 ).

VI. Reconstruction chronologique probable

Une lecture harmonisée permet de proposer l’ordre suivant des événements :

1). Marie de Magdala et d’autres femmes se rendent au tombeau tôt le matin ( Matthieu 28.1 ; Marc 16.1-2 ; Luc 24.1 ; Jean 20.1 ).

2). Les femmes reçoivent le message angélique annonçant la résurrection ( Matthieu 28.5-7 ; Marc 16.5-7 ; Luc 24.4-8 ).

3). Sur le chemin du retour, Jésus apparaît au groupe de femmes, qui saisissent ses pieds et l’adorent ( Matthieu 28.9 ).

4). Marie de Magdala retourne ensuite seule au tombeau, où elle demeure en pleurant ( Jean 20.11 ).

5). Jésus apparaît à Marie individuellement ; elle ne le reconnaît pas d’abord, puis l’identifie lorsqu’il prononce son nom ( Jean 20.14-16 ).

Cette reconstruction explique naturellement les différences entre les récits sans supposer de contradiction.

VII. Remarque méthodologique

Cette lecture harmonisée s’inscrit dans la tradition exégétique qui reconnaît la complémentarité des récits évangéliques. Chaque évangéliste sélectionne et ordonne les événements selon sa perspective théologique propre, sans que cette diversité n’implique contradiction ( Luc 1.1-4 ).

Luc lui-même reconnaît l’existence de multiples témoignages qu’il a soigneusement examinés pour rédiger un récit ordonné. Cette pluralité de sources constitue une richesse plutôt qu’un obstacle à la compréhension historique.

Conclusion

La contradiction avancée repose sur une fusion artificielle de récits décrivant des moments différents.

Matthieu relate une apparition collective de Jésus aux femmes sur le chemin du retour, suscitant une adoration immédiate. Jean décrit une apparition individuelle à Marie de Magdala près du tombeau, caractérisée par une non-reconnaissance initiale suivie d’une révélation personnelle.

Ces deux récits ne se situent pas au même instant et ne décrivent pas la même scène. Les différences observées — reconnaissance immédiate contre reconnaissance différée, adoration collective contre rencontre individuelle, geste de saisir les pieds contre injonction de ne pas retenir — confirment qu’il s’agit de deux événements distincts.

Une lecture attentive des textes montre donc que les Évangiles sont complémentaires et non contradictoires. La diversité des témoignages enrichit notre compréhension de la résurrection plutôt qu’elle ne la compromet.

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