Jésus envoie soixante-dix disciples en mission d'évangélisation (Luc 10.1-16), événement unique dans les évangiles. Depuis Béthanie au-delà du Jourdain, vers novembre 32, il étend sa mission au-delà des Douze. Les instructions rappellent celles données aux apôtres, avec une portée plus universelle. Jésus avertit du risque de rejet et condamne l'aveuglement des villes galiléennes de Chorazin, Bethsaïda et Capernaüm.
Marc 6.6-13 (Louis Segond S21) :
Et il s'étonnait de leur incrédulité.Alors il appela les douze et commença à les envoyer deux à deux, et il leur donna autorité sur les esprits impurs.Il leur recommanda de ne rien prendre pour le voyage, sauf un bâton, de n'avoir ni pain, ni sac, ni argent dans la ceinture,de chausser des sandales et de ne pas mettre deux chemises.Puis il leur dit: «Si quelque part vous entrez dans une maison, restez-y jusqu'à votre départ.Et si, dans une ville, les gens ne vous accueillent pas et ne vous écoutent pas, retirez-vous de là et secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre eux. [Je vous le dis en vérité, le jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins sévèrement que cette ville-là.]»Ils partirent et prêchèrent en appelant chacun à changer d'attitude.Ils chassaient beaucoup de démons, appliquaient de l'huile à beaucoup de malades et les guérissaient.
Texte biblique de la Bible version Segond 21 Copyright 2007 Société Biblique de Genève Reproduit avec aimable autorisation. Tous droits réservés.
La péricope PER220 traite de l'envoi par le Messie Jésus de soixante-dix disciples en mission d'évangélisation, événement rapporté exclusivement par l'évangéliste Luc (Luc 10.1-16). Cet épisode se situe chronologiquement entre la troisième Pâque et le début de la dernière semaine du ministère de Jésus, vers novembre 32, dans la région de Béthanie, située au-delà du Jourdain. Cet envoi missionnaire fait directement écho à un épisode antérieur étudié dans la péricope PER162, où le Messie Jésus avait mandaté les douze apôtres (Matthieu 10.1-15, Marc 6.6-13, Luc 9.1-6). La nouveauté ici réside dans l'élargissement considérable du cercle des envoyés : ce ne sont plus seulement les Douze, mais soixante-dix (ou soixante-douze selon certains manuscrits) disciples qui reçoivent une mission similaire. Ce fait suggère qu'un groupe important de disciples accompagnait désormais Jésus dans ses déplacements, vraisemblablement des Galiléens qui l'avaient suivi à travers la Samarie en direction de Jérusalem. L'article propose une comparaison détaillée entre les deux récits d'envoi en mission. Concernant le nombre de disciples envoyés, Matthieu 10.1-15 relate l'envoi des douze apôtres, tandis que Luc 10.1-16 décrit l'envoi de soixante-dix disciples, illustrant une progression et une extension de la vision missionnaire.
Matthieu 10.1-15 (Louis Segond S21) :
Puis Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir de chasser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité.Voici les noms des douze apôtres: le premier, Simon, appelé Pierre, et André, son frère; Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère;Philippe et Barthélémy; Thomas et Matthieu, le collecteur d'impôts; Jacques, fils d'Alphée, et [Lebbée, surnommé] Thaddée;Simon le Cananite et Judas l'Iscariot, celui qui trahit Jésus.Ce sont les douze que Jésus envoya, après leur avoir donné les instructions suivantes: «N'allez pas vers les non-Juifs et n'entrez pas dans les villes des Samaritains.Allez plutôt vers les brebis perdues de la communauté d'Israël.En chemin, prêchez en disant: ‘Le royaume des cieux est proche.’Guérissez les malades, [ressuscitez les morts,] purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie dans vos ceintures,ni sac pour le voyage, ni deux chemises, ni sandales, ni bâton, car l'ouvrier mérite sa nourriture.»Dans chaque ville ou village où vous arrivez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir et restez chez lui jusqu'à votre départ.En entrant dans la maison, saluez ses habitantset, s'ils en sont dignes, que votre paix vienne sur eux; mais, s'ils n'en sont pas dignes, que votre paix revienne à vous.Lorsqu'on ne vous accueillera pas et qu'on n'écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds.Je vous le dis en vérité, le jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins sévèrement que cette ville-là.
Texte biblique de la Bible version Segond 21 Copyright 2007 Société Biblique de Genève Reproduit avec aimable autorisation. Tous droits réservés.
II
Sur le plan de la mission confiée, les instructions sont similaires dans les deux cas : les disciples doivent partir deux par deux, annoncer l'imminence du Royaume de Dieu, guérir les malades et manifester la puissance divine. Les consignes pratiques sont identiques : ne pas emporter d'argent, de sac ni de sandales supplémentaires, demeurer dans la maison qui les accueille sans passer de maison en maison, et accepter la nourriture offerte par leurs hôtes. Concernant la portée géographique et ethnique, une différence notable apparaît : dans Matthieu, la mission est explicitement limitée aux brebis perdues d'Israël, alors que dans Luc, elle semble plus universelle, sans restriction ethnique explicite, ce qui préfigure la vocation universelle de l'Église. Sur le plan de la tonalité et de la symbolique, Luc insiste davantage sur l'urgence de la moisson et l'image des agneaux envoyés parmi les loups, tandis que Matthieu met plutôt en valeur l'autorité confiée aux apôtres et leur rôle futur. L'article souligne également la dimension eschatologique de cet envoi : conscient de l'approche de sa mort, le Messie Jésus prépare activement ses disciples à poursuivre sa mission après lui. La planification apparaît réfléchie et structurée, les membres choisis possédant les compétences requises pour leurs nouvelles fonctions ministérielles. La question du rejet est abordée avec sérieux.
Matthieu 11.20-24 (Louis Segond S21) :
Alors Jésus se mit à faire des reproches aux villes dans lesquelles avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu'elles n'avaient pas changé d'attitude:«Malheur à toi, Chorazin, malheur à toi, Bethsaïda, car si les miracles accomplis au milieu de vous l'avaient été dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps que leurs habitants se seraient repentis, habillés d'un sac et assis dans la cendre.C'est pourquoi je vous le dis: le jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement que vous.Et toi, Capernaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel? Non. Tu seras abaissée jusqu'au séjour des morts, car si les miracles accomplis au milieu de toi l'avaient été dans Sodome, elle subsisterait encore aujourd'hui.C'est pourquoi je vous le dis: le jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins sévèrement que toi.»
Texte biblique de la Bible version Segond 21 Copyright 2007 Société Biblique de Genève Reproduit avec aimable autorisation. Tous droits réservés.
III
Jésus avertit ses disciples qu'un accueil défavorable est possible, mais que ceux qui refusent le message en assumeront les conséquences, car rejeter les disciples revient à rejeter Jésus lui-même, et donc Dieu. Cette mise en garde est illustrée par la référence aux trois villes galiléennes de Chorazin, Bethsaïda et Capernaüm, mentionnées également en Matthieu 11.20-24, qui forment un triangle géographique au cœur du ministère galiléen de Jésus. Ces villes sont comparées défavorablement à Tyr, Sidon et Sodome : des cités réputées pour leurs péchés dans l'Ancien Testament, dont Jésus affirme qu'elles auraient fait pénitence si elles avaient bénéficié des mêmes signes miraculeux. Cette comparaison constitue une critique sévère de l'aveuglement spirituel de ceux qui, pourtant favorisés par la proximité du Messie, ont refusé de croire. En résumé, cet épisode marque un tournant important dans le ministère de Jésus : l'extension de la mission au-delà du cercle apostolique strict, la préparation de la communauté disciples à prendre le relais, et la confirmation de la responsabilité individuelle face au message du Royaume. Luc, seul évangéliste à rapporter cet événement, offre ainsi une vision élargie et universelle de la mission chrétienne.
Le retour des soixante-dix disciples (Luc 10.17-24) illustre leur émerveillement après leur mission. Jésus les recentre sur l'essentiel : se réjouir que leurs noms soient inscrits aux cieux. Il proclame la souveraineté divine dans la révélation, accordée aux humbles plutôt qu'aux sages. La déclaration du verset 22 affirme l'intimité unique du Père et du Fils, faisant de Jésus le seul médiateur de la connaissance divine. Luc souligne ainsi la continuité de l'œuvre évangélique.
Luc 10.20 (Louis Segond S21) :
Cependant, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans le ciel.»
Texte biblique de la Bible version Segond 21 Copyright 2007 Société Biblique de Genève Reproduit avec aimable autorisation. Tous droits réservés.
La péricope 221 de la Synopse traite du retour des soixante-dix disciples envoyés en mission par le Messie Jésus, tel que rapporté exclusivement par l'évangéliste Luc (Luc 10.17-24). Cet épisode se situe chronologiquement en novembre de l'an 32, dans la région de Béthanie, au-delà du Jourdain, durant la période qui s'étend de la troisième Pâque jusqu'au début de la dernière semaine du ministère terrestre de Jésus. Luc est le seul évangéliste à relater cette campagne d'évangélisation particulière et son dénouement. Contrairement à Luc 9.10 qui mentionne brièvement le retour des apôtres sans détail, et à Marc 6.30-31 qui n'apporte pas davantage d'informations, Luc choisit de mettre en lumière l'émerveillement et la satisfaction des soixante-dix disciples à leur retour. Ces hommes, envoyés en mission par paires dans les villes et villages que Jésus devait visiter, reviennent comblés par les résultats obtenus, notamment leur capacité à chasser les démons au nom de Jésus. Face à cet enthousiasme, le Messie Jésus saisit l'occasion pour recentrer ses disciples sur l'essentiel. Il leur rappelle, selon Luc 10.20, que la vraie raison de se réjouir n'est pas le pouvoir exercé sur les esprits mauvais, mais le fait que leurs noms sont inscrits dans les cieux. Cette mise au point révèle la sagesse pédagogique de Jésus : il ne diminue pas ce qui a été accompli, mais il oriente le cœur de ses disciples vers une joie plus profonde et plus durable, celle de la relation avec Dieu.
Luc 10.21-22 (Louis Segond S21) :
A ce moment même, Jésus fut rempli de joie par le Saint-Esprit et il dit: «Je te suis reconnaissant, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te suis reconnaissant car c'est ce que tu as voulu.Mon Père m'a tout donné et personne ne sait qui est le Fils, si ce n'est le Père, ni qui est le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.»
Texte biblique de la Bible version Segond 21 Copyright 2007 Société Biblique de Genève Reproduit avec aimable autorisation. Tous droits réservés.
II
Le passage prend ensuite une dimension théologique considérable avec les versets 21 et 22, parallèles à Matthieu 11.25-27. Jésus tressaille de joie dans le Saint-Esprit, l'un des rares moments dans les Évangiles où sa joie intérieure est explicitement décrite. Cette joie divine s'exprime sous forme de louange adressée au Père qui a choisi de révéler ses vérités non pas aux sages et aux intelligents selon les critères du monde, mais aux petits, aux humbles, à ceux qui reçoivent avec foi. Ce renversement des logiques humaines constitue l'un des thèmes centraux de la théologie lucanienne. Le verset 22 représente une déclaration christologique d'une portée exceptionnelle : seul le Père connaît pleinement le Fils, et seul le Fils connaît pleinement le Père. Cette affirmation met en lumière l'intimité unique au sein de la Trinité et le rôle indispensable de Jésus comme médiateur de la connaissance divine. La révélation du Père ne s'obtient pas par l'effort intellectuel ou le statut social, mais elle est accordée souverainement par le Fils à ceux qu'il choisit. Sur le plan ecclésiologique et missionnaire, ce passage illustre de façon frappante que la continuité de l'œuvre du Messie est assurée.
Matthieu 11.25-27 (Louis Segond S21) :
A ce moment-là, Jésus prit la parole et dit: «Je te suis reconnaissant, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et les as révélées aux enfants.Oui, Père, je te suis reconnaissant car c'est ce que tu as voulu.Mon Père m'a tout donné, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.
Texte biblique de la Bible version Segond 21 Copyright 2007 Société Biblique de Genève Reproduit avec aimable autorisation. Tous droits réservés.
III
Les disciples, investis de l'autorité de leur Maître, deviennent des ambassadeurs de Dieu capables de manifester sa puissance et d'annoncer son message. Ces capacités ne proviennent pas de la nature humaine, même transformée, mais du don gratuit de Dieu. Ce contraste est souligné implicitement par Luc en opposition au soi-disant ministère des pharisiens, dont le peuple perçoit clairement la différence. Un autre aspect notable de cette péricope est la question soulevée concernant le nombre exact de disciples envoyés en mission : soixante-dix ou soixante-douze ? Cette variation textuelle témoigne des différences existant entre les manuscrits anciens et invite à une réflexion sur la transmission du texte biblique. En définitive, ce passage constitue à la fois une louange, une prière, une déclaration théologique sur la nature du Fils et du Père, et une invitation à l'humilité. Il rappelle que la révélation divine n'est pas une conquête intellectuelle humaine, mais un don de grâce, et que le Messie Jésus se trouve au centre de toute révélation authentique. Luc, par ce récit, garantit symboliquement la pérennité de l'Évangile au-delà du séjour terrestre de Jésus.
Tapez au moins 2 lettres pour découvrir des suggestions issues de nos articles.