Contradiction
CTD043
CTD043 - Dans quelle langue, Jésus, s'exprimait-il ?

Vous pouvez consulter l’annexe ANN026 : L’heure de la crucifixion

Vous pouvez consulter l’annexe ANN027 : Le dernier repas de Pâque

Vous pouvez consulter l’annexe ANN032 : Judas l’Iscariote

Vous pouvez consulter l’annexe ANN033 : Les dernières journées avant la crucifixion

I. Question soulevée

Selon le site islamland.com (contradiction n° 74), les Évangiles se contrediraient sur la langue utilisée par Jésus au moment de son cri sur la croix :

  • Matthieu rapporterait une forme hébraïque : « Eli, Eli… » ( Matthieu 27.46 ).
  • Marc rapporterait une forme araméenne : « Eloï, Eloï… » ( Marc 15.34 ).

Cette différence constitue-t-elle une contradiction ?

II. Textes étudiés

Matthieu 27.46 (Louis Segond S21)

Vers trois heures de l'après-midi, Jésus s'écria d'une voix forte: «Eli, Eli, lama sabachthani?» – c'est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?

Marc 15.34 (Louis Segond S21)

Et à trois heures de l'après-midi, Jésus s'écria d'une voix forte: «Eloï, Eloï, lama sabachthani?» – ce qui signifie: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?

III. Contexte linguistique

À l’époque de Jésus, la Palestine était un carrefour linguistique. L’araméen constituait la langue vernaculaire du peuple juif, l’hébreu demeurait la langue liturgique utilisée dans les synagogues et le Temple, tandis que le grec servait aux échanges commerciaux et administratifs sous l’Empire romain.

Plusieurs passages bibliques attestent que Jésus maîtrisait ces différentes langues :

  • Araméen : Jésus utilise des expressions araméennes telles que « Talitha koum » (« Jeune fille, lève-toi ») ( Marc 5.41 ), « Ephphatha » (« Ouvre-toi ») ( Marc 7.34 ) et « Abba » (« Père ») ( Marc 14.36 ).
  • Hébreu : Jésus lit et commente les Écritures hébraïques dans la synagogue de Nazareth ( Luc 4.16-21 ).
  • Grec : Jésus dialogue avec Pilate lors de son procès ( Jean 18.33-38 ) et avec la femme syro-phénicienne ( Marc 7.26-29 ).

IV. Analyse linguistique

La phrase prononcée par Jésus comporte deux éléments :

ÉlémentMatthieuMarcOrigine
« Mon Dieu »Eli (אֵלִי)Eloï (אֱלָהִי)Hébreu / Araméen
« pourquoi m'as-tu abandonné »lama sabachthanilama sabachthaniAraméen

Le verbe sabachthani provient de la racine araméenne š-b-q (abandonner). En hébreu biblique, le Psaumes 22.2 utilise le verbe azav (עָזַב), ce qui donnerait lama azavtani. La présence de sabachthani dans les deux Évangiles confirme que Jésus s’exprimait en araméen.

V. Explication de la différence

La seule variation entre les deux récits porte sur la transcription du mot « mon Dieu » :

  • Eli (אֵלִי) correspond à la forme hébraïque, telle qu’elle apparaît dans le texte du Psaumes 22.2 .
  • Eloï (אֱלָהִי) est la forme araméenne équivalente, reflétant la prononciation galiléenne.

Matthieu, écrivant pour un public juif ( Matthieu 1.1 ; Matthieu 5.17-18 ), emploie la forme hébraïsante « Eli », plus directement liée au texte scripturaire et plus familière à ses lecteurs. Marc, s’adressant à un public romain ( Marc 15.39 ), transcrit fidèlement la prononciation araméenne entendue : « Eloï ».

Cette différence relève donc d’une adaptation au lectorat, non d’une contradiction sur les faits.

VI. Portée théologique

En prononçant ces mots, Jésus cite le premier verset du Psaumes 22.2 , un psaume messianique qui décrit les souffrances du juste persécuté. Ce psaume contient de nombreux éléments accomplis lors de la crucifixion :

  • « Tous ceux qui me voient se moquent de moi » ( Psaumes 22.8 ) — accompli en ( Matthieu 27.39-44 ).
  • « Ils ont percé mes mains et mes pieds » ( Psaumes 22.17 ) — accompli en ( Jean 20.25 ).
  • « Ils se partagent mes vêtements, ils tirent au sort ma tunique » ( Psaumes 22.19 ) — accompli en ( Jean 19.23-24 ).

Le Psaume 22 ne s’achève pas sur le désespoir, mais sur une proclamation de victoire et de louange universelle ( Psaumes 22.23-32 ). En citant ce psaume, Jésus s’identifie au juste souffrant des Écritures et annonce, même dans l’agonie, le triomphe final de Dieu. Cette citation accomplit également la prophétie selon laquelle le Messie serait « compté parmi les malfaiteurs » tout en portant les péchés de plusieurs ( Esaïe 53.12 ).

Conclusion

Les récits de Matthieu et de Marc ne se contredisent pas. Ils rapportent la même parole de Jésus, prononcée en araméen, avec une légère variation dans la transcription du mot « mon Dieu » : Matthieu adopte la forme hébraïsante « Eli », Marc la forme araméenne « Eloï ».

Cette différence témoigne de la richesse du témoignage évangélique et de l’adaptation de chaque évangéliste à son lectorat, sans altération du sens ni contradiction sur les faits. Les deux Évangiles attestent ensemble que Jésus, au moment de sa mort, accomplit les Écritures en s’identifiant au juste souffrant du Psaume 22.

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