
Introduction
Voici la vingt-neuviÚme question ou contradiction présentée sur le site www.islamland.com, référencée sous le numéro 60.
Quâa fait Judas avec le prix du sang quâil a reçu pour avoir trahi JĂ©sus ? 1) : Il acheta un champ ( Actes des apĂŽtres 1.18 ) ; 2) : Il jeta tout cela (les piĂšces dâargent) dans le temple et sâen alla. Les prĂȘtres ne pouvaient pas mettre le prix du sang dans le trĂ©sor du temple, alors ils lâont utilisĂ© pour acheter un champ Ă enterrer Ă©trangers ( Matthieu 27.5 ).
Notre réponse :
Regardons les textes en question.
Nous avons dĂ©jĂ Ă©voquĂ© ce problĂšme dans lâannexe ANN032 : Judas lâIscariote.
Selon les rĂ©cits de Matthieu et des Actes, deux descriptions semblent coexister concernant lâusage du « prix du sang » reçu par Judas pour avoir trahi le Messie JĂ©sus. Une analyse attentive de ces textes montre pourtant quâil nâexiste aucune contradiction rĂ©elle.
LâĂ©vangile de Matthieu rapporte que Judas, saisi de remords, rejette les piĂšces dâargent dans le temple avant de se donner la mort par pendaison ( Matthieu 27.5 ). Les prĂȘtres, estimant que cet argent souillĂ© ne peut ĂȘtre rĂ©intĂ©grĂ© dans le trĂ©sor du temple, dĂ©cident alors de lâutiliser pour acheter un champ destinĂ© Ă lâinhumation des Ă©trangers ( Matthieu 27.6-7 ). Dans le livre des Actes, Pierre dĂ©clare que Judas « acquit un champ avec le salaire de lâiniquitĂ© » ( Actes des apĂŽtres 1.18 ).
Une lecture superficielle pourrait laisser croire que Judas a lui-mĂȘme achetĂ© le champ. Cependant, les deux rĂ©cits dĂ©crivent la mĂȘme rĂ©alitĂ© selon deux perspectives diffĂ©rentes. Dans les Actes, lâexpression signifie simplement que le champ fut acquis par le moyen de lâargent de Judas et que, juridiquement ou symboliquement, lâachat lui est attribuĂ©. De telles formulations sont courantes dans la littĂ©rature biblique : on attribue souvent Ă une personne lâaccomplissement dâun acte rĂ©alisĂ© en son nom ou par ses biens, mĂȘme si elle ne lâa pas exĂ©cutĂ© matĂ©riellement.
Plusieurs éléments concordent dans ce sens :
â Judas ne possĂ©dait plus les piĂšces dâargent lorsquâil mourut, puisquâil les avait abandonnĂ©es dans le temple.
â Les prĂȘtres refusĂšrent de les intĂ©grer au trĂ©sor du temple en raison de leur caractĂšre impur. Ils cherchĂšrent donc un moyen de sâen dĂ©faire conformĂ©ment Ă la Loi.
â Lâachat du champ avec cet argent, par les prĂȘtres, est cohĂ©rent avec les prescriptions de puretĂ© cultuelle et avec leur scrupule de ne pas en tirer profit.
â Lâattribution de lâachat Ă Judas dans les Actes exprime simplement que le champ fut acquis grĂące Ă ou Ă cause de lâargent provenant de sa trahison.
On peut rapprocher ce procĂ©dĂ© dâautres passages oĂč lâaction dâun groupe est attribuĂ©e Ă un individu ou inversement, selon la perspective du narrateur (par exemple, Jean 19.1 comparĂ© Ă Matthieu 27.26 concernant la flagellation de JĂ©sus).
Ainsi, Matthieu met en lumiĂšre la responsabilitĂ© des prĂȘtres dans lâusage de lâargent impur, tandis que Luc, dans les Actes, insiste sur la consĂ©quence morale de la trahison de Judas, symboliquement propriĂ©taire du champ achetĂ© avec le prix de sa faute.
Les deux rĂ©cits se complĂštent donc parfaitement : Judas rejette lâargent, se pend, et les prĂȘtres utilisent ensuite cette somme pour acheter un champ. La formule des Actes attribue cet achat Ă Judas en raison de son argent, non par son action personnelle.
Il nây a donc ni erreur ni contradiction entre Matthieu et les Actes, mais deux prĂ©sentations convergentes dâun mĂȘme Ă©vĂ©nement, chacune soulignant une dimension thĂ©ologique spĂ©cifique : lâimpuretĂ© du prix du sang et la consĂ©quence tragique du choix de Judas.