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Introduction
L’étude chronologique des prophéties bibliques, notamment celles de Daniel et d’Esdras, permet de situer avec précision des jalons essentiels de l’histoire du salut. Dans le livre de Daniel, il est annoncé que « soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte » ( Daniel 9.24 ) afin d’accomplir la rédemption et de faire venir la justice éternelle.
La détermination du point de départ de la prophétie des soixante-dix semaines constitue un élément décisif pour toute tentative de reconstruction chronologique de la vie de Jésus. Le texte de ( Daniel 9.24-27 ) annonce en effet une période de soixante-dix semaines d’années, soit 490 ans, aboutissant à la disparition du « Messie » ( Daniel 9.26 ). Toutefois, l’identification précise de l’événement initial marquant le commencement de ce décompte demeure une question débattue.
Parmi les hypothèses proposées, le décret attribué au roi Artaxerxès et mentionné dans ( Esdras 7.8-9 ) apparaît comme un candidat particulièrement pertinent. La présente étude vise à examiner les données textuelles et calendaires associées à cet épisode, afin de proposer une datation aussi précise que possible du 1er Nisan de la septième année du règne d’Artaxerxès, tout en tenant compte des limites inhérentes aux reconstructions astronomiques et historiques.
Cette démarche s’inscrit dans la conviction biblique que Dieu gouverne le cours de l’histoire :
I. Les sources historiques et le cadre chronologique
Le livre d’Esdras rapporte qu’Esdras le sacrificateur reçut du roi Artaxerxès l’autorisation officielle de retourner à Jérusalem et d’y enseigner la Loi de Dieu :
Les documents perses et la pratique administrative confirment que les années de règne se comptaient à partir du 1er Nissan, date du Nouvel An officiel. Artaxerxès ayant accédé au trône en 465 av. J.-C., sa septième année correspond à 458 av. J.-C. en calendrier julien.
Esdras indique :
Ce jour marquait donc à la fois le décret royal (la promulgation) et le départ d’Esdras, soulignant le lien entre décision et exécution.
II. Le décret et la préparation du départ
Une expédition d’une telle ampleur requiert une préparation logistique considérable. Cela soulève la question : le 1er Nissan de l’année 458 av. J.-C. marque-t-il le début du voyage ou celui du décret royal ? Esdras précise effectivement qu’il quitte Babylone le premier jour du premier mois.
Le texte d’Esdras indique que le départ a lieu le 1er Nisan, mais ne précise pas explicitement la date de promulgation du décret. Toutefois, l’organisation d’une expédition impliquant plusieurs milliers de personnes suppose une préparation préalable importante.
Il est donc plausible que l’autorisation royale ait été accordée avant cette date, sous forme verbale, et que le décret officiel ait été rédigé et remis au moment du départ. Dans cette perspective, le 1er Nisan peut être considéré, d’un point de vue fonctionnel, comme la date effective du décret, dans la mesure où celui-ci devient opérationnel à partir de ce moment.
Cette interprétation, bien que plausible, doit être considérée comme une hypothèse raisonnable plutôt que comme une certitude documentaire.
III. Analyse astronomique et conversion des dates
En tenant compte des correspondances entre le calendrier juif antique et les calendriers civils, les calculs astronomiques situent le 1er Nisan de l’année 458 av. J.-C. aux environs du début du mois de mars, soit approximativement le 4 mars -458 dans le calendrier grégorien proleptique (ou autour du 6 mars dans le calendrier julien). Cette estimation repose sur le moment de la nouvelle lune astronomique, ajusté selon le délai nécessaire à l’observation effective du premier croissant visible à Jérusalem, condition déterminante pour fixer le commencement du mois ( Genèse 1.5 ).
Toutefois, deux hypothèses doivent être envisagées.
Dans une première approche, si l’on retient cette lunaison de début mars comme point de départ, le 14 Nisan se trouverait situé avant l’équinoxe de printemps. Une telle configuration apparaît peu compatible avec les exigences agricoles et religieuses du judaïsme ancien, qui impliquent que la Pâque soit célébrée au printemps ( Exode 12.6 ).
Dans une seconde approche, il est donc possible, et même plausible, que les autorités religieuses aient choisi de reporter le début de l’année d’une lunaison, en ajoutant un mois intercalaire (Adar II). Ce procédé, attesté dans le fonctionnement du calendrier luni-solaire hébreu, permettait de réaligner les fêtes sur le cycle saisonnier. Dans ce cas, le 1er Nisan serait déplacé au début du mois d’avril, conduisant à une Pâque célébrée après l’équinoxe, en conformité avec les pratiques traditionnelles.
Ainsi, la détermination du 1er Nisan pour l’année 458 av. J.-C. dépend du choix entre ces deux modèles :
- soit une datation strictement astronomique, situant le début de Nisan au début du mois de mars ;
- soit une datation ajustée par intercalation, repoussant le calendrier d’une lunaison afin de préserver la cohérence saisonnière des fêtes.
C’est cette seconde hypothèse qui est retenue dans la présente étude, dans la mesure où elle offre une meilleure cohérence avec les données scripturaires et les pratiques du judaïsme ancien.
La détermination du point de départ, située au début du mois d’avril 458 av. J.-C., demeure soumise à une incertitude inhérente aux méthodes de reconstitution du calendrier juif antique, fondées sur l’observation du premier croissant lunaire.
Dans ces conditions, la projection des soixante-dix semaines conduit non pas à une date rigoureusement certaine au jour près, mais à une convergence chronologique remarquable autour des premiers jours d’avril 33.
Cette précision, de l’ordre de quelques jours, apparaît néanmoins significative au regard des marges d’incertitude habituellement admises pour les reconstructions calendaires de cette période.
IV. Le calcul des soixante-dix semaines
Le prophète Daniel annonce :
En additionnant les 490 années prophétiques (soit 70 × 7 ans) à la date du décret d’Artaxerxès, soit début avril -458 av. J.-C., nous arrivons à la période de début avril de l’an 33 apr. J.-C., date traditionnellement associée à la mort et à la résurrection de Jésus-Christ.
Ce résultat s’accorde avec d’autres données évangéliques : Jésus, âgé « d’environ trente ans » lors de son baptême ( Luc 3.23 ), aurait commencé son ministère public vers l’an 29 apr. J.-C., conformément à la chronologie issue du décret. Trois ans et demi plus tard, durée correspondant symboliquement à la « soixante-dixième semaine » — s’accomplissait la crucifixion, qui « mit fin au sacrifice et à l’offrande » ( Daniel 9.27 ).
V. Portée théologique
Le lien entre le décret d’Esdras et la résurrection du Christ souligne la cohérence interne de la révélation biblique. La prophétie de Daniel relie directement la restauration de Jérusalem après l’exil babylonien à l’œuvre rédemptrice du Messie :
Ce fil chronologique, tendu sur près de cinq siècles, démontre que la mort et la résurrection de Jésus n’est pas un événement isolé, mais l’aboutissement d’un dessein divin s’étendant de la captivité d’Israël jusqu’à la rédemption universelle.
Conclusion
L’examen des textes d’Esdras et de Daniel révèle une concordance exacte entre les données historiques et les annonces prophétiques. Le décret d’Artaxerxès, daté du début avril -458 av. J.-C., marque le commencement des soixante-dix semaines annoncées à Daniel. En ajoutant les 490 années déterminées, nous atteignons la date du début avril 33 ap. J.-C., correspondant selon nos analyses, à la période exacte du rejet, de la crucifixion et de la résurrection du Messie Jésus.
Ainsi, la chronologie biblique témoigne d’un plan divin immuable :