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Après avoir présenté l’exemple positif de Barnabas, qui avait vendu un champ et remis le produit de cette vente aux apôtres pour venir en aide aux croyants ( Actes des apôtres 4.36-37 ), Luc rapporte un événement particulièrement troublant qui vient former un contraste saisissant avec cette attitude de générosité et de sincérité.
Il est question d’un couple, Ananias et Saphira, dont les noms sont conservés par l’historien. Tous deux appartiennent à la communauté chrétienne de Jérusalem, mais leur comportement révèle des motivations bien différentes de celles qui animaient Barnabas et les autres croyants. Leur désir semble être d’obtenir la considération et l’estime dont jouissaient ceux qui faisaient preuve d’une grande générosité, sans pour autant partager pleinement le même esprit de consécration.
À l’exemple de Barnabas, ils vendent une propriété et décident d’apporter une somme d’argent aux apôtres. Toutefois, d’un commun accord, ils choisissent de conserver secrètement une partie du produit de la vente ( Actes des apôtres 5.2 ). Pierre souligne clairement que cette décision n’était pas condamnable en elle-même. La propriété leur appartenait, et rien ne les obligeait ni à la vendre, ni à remettre l’intégralité de la somme à la communauté ( Actes des apôtres 5.4 ). Le péché ne résidait donc pas dans le fait de garder une partie de l’argent, mais dans la volonté délibérée de faire croire qu’ils avaient tout donné.
Pierre déclare alors qu’Ananias a laissé Satan remplir son cœur afin de mentir au Saint-Esprit ( Actes des apôtres 5.3 ). Cette affirmation souligne la gravité particulière de leur faute. Il ne s’agissait pas simplement d’une tromperie à l’égard des apôtres ou de l’Église, mais d’un mensonge dirigé contre Dieu lui-même, puisque mentir au Saint-Esprit revient à mentir à Dieu ( Actes des apôtres 5.3-4 ). Ce passage constitue d’ailleurs l’un des témoignages les plus explicites du Nouveau Testament concernant la divinité du Saint-Esprit.
À l’annonce de ces paroles, Ananias tombe mort, suscitant une profonde crainte parmi tous ceux qui apprennent ce qui vient de se produire ( Actes des apôtres 5.5 ). Environ trois heures plus tard, Saphira se présente sans connaître les événements précédents. Pierre lui offre alors l’occasion de dire la vérité, mais elle confirme volontairement le mensonge de son mari ( Actes des apôtres 5.7-8 ). Sa responsabilité personnelle apparaît ainsi pleinement engagée. Pierre lui reproche d’avoir participé à cette épreuve infligée à l’Esprit du Seigneur ( Actes des apôtres 5.9 ), et elle meurt à son tour.
Ces deux morts soudaines ont profondément marqué la jeune Église. Luc souligne à deux reprises qu’une grande crainte s’empara de tous ( Actes des apôtres 5.5 ; Actes des apôtres 5.11 ). Cette crainte ne doit pas être comprise comme une terreur superstitieuse, mais comme une prise de conscience renouvelée de la sainteté de Dieu. Au moment même où l’Église connaissait une croissance rapide et une remarquable unité, Dieu rappelait que sa grâce ne devait pas être confondue avec une forme de complaisance à l’égard du péché.
Cet épisode rappelle certains jugements exemplaires de l’Ancien Testament, tels que ceux de Nadab et Abihu ( Lévitique 10.1-3 ) ou d’Acan ( Josué 7.1-26 ). Dans chacun de ces cas, Dieu intervient de manière exceptionnelle au commencement d’une nouvelle étape de l’histoire du salut afin de souligner la sainteté de son œuvre.
Ainsi, ce récit montre que la puissance du Saint-Esprit, qui se manifestait au sein de l’Église primitive par les miracles, l’unité et la générosité, impliquait également l’exigence de vérité et de sincérité. Luc rappelle ainsi que l’Église appartient à Dieu et qu’il ne peut être question de rechercher les apparences de la piété sans une véritable intégrité du cœur.
Cet épisode tragique rappelle que la puissance du Saint-Esprit ne se manifestait pas uniquement par les miracles, les guérisons et la croissance de l’Église, mais également par la sainteté qui devait caractériser le peuple de Dieu. Alors que la jeune communauté connaissait une remarquable unité et une grande générosité, Dieu rappela solennellement qu’il ne suffisait pas d’en reproduire extérieurement les comportements ; l’intégrité du cœur et la sincérité de la foi demeuraient indispensables. La grande crainte qui s’empara des croyants et de tous ceux qui apprirent ces événements ( Actes des apôtres 5.11 ) contribua à renforcer le respect dû à Dieu et à préserver la pureté de l’Église naissante. Loin d’interrompre l’œuvre divine, ce jugement exceptionnel précéda une nouvelle période de croissance et de manifestations de la puissance de Dieu ( Actes des apôtres 5.12-16 ).