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Luc décrit ici une situation tout à fait remarquable qui témoigne de l’essor rapide de l’Église primitive. Les miracles se multiplient et l’auteur précise qu’ils sont accomplis par « les mains des apôtres » ( Actes des apôtres 5.12 ). Cette formulation montre que l’activité miraculeuse ne se limite plus à Pierre et à Jean, mais concerne l’ensemble du collège apostolique. Les apôtres se réunissent publiquement dans le portique de Salomon, sur l’esplanade du Temple, lieu déjà mentionné lors du discours de Pierre après la guérison du boiteux ( Actes des apôtres 3.11 ). Loin de se cacher, ils exercent désormais leur ministère au cœur même de la vie religieuse de Jérusalem.
Luc souligne également que les apôtres constituent désormais un groupe distinct, reconnu et respecté. Personne n’osait se joindre à eux de manière inconsidérée, sans doute en raison de la crainte inspirée par les événements récents concernant Ananias et Saphira ( Actes des apôtres 5.1-11 ). Cependant, cette réserve ne diminuait en rien l’estime dont ils jouissaient auprès du peuple ( Actes des apôtres 5.13 ). L’Église ne cessait de croître, et des hommes comme des femmes venaient à la foi en grand nombre ( Actes des apôtres 5.14 ). Bien que Luc ne mentionne plus explicitement les baptêmes, rien ne permet de penser que cette pratique instaurée lors de la Pentecôte ait cessé ( Actes des apôtres 2.38-41 ). Il est donc vraisemblable que les nouveaux croyants continuaient à être intégrés à la communauté par le baptême.
Les scènes décrites rappellent celles du ministère terrestre de Jésus. Comme autrefois autour du Maître, les malades affluent vers les apôtres, et les foules espèrent obtenir la guérison ( Matthieu 4.23-25 ; Marc 6.56 ). Luc rapporte même que certains déposaient les malades dans les rues afin que l’ombre de Pierre puisse les atteindre ( Actes des apôtres 5.15 ). Le texte ne précise pas que l’ombre elle-même possédait une vertu particulière ; il met plutôt en évidence la foi et l’espérance extraordinaires du peuple. Quoi qu’il en soit, le résultat est sans équivoque : « tous étaient guéris » ( Actes des apôtres 5.16 ). Une telle succession de miracles devait susciter une immense joie parmi la population et contribuer à l’augmentation constante du nombre des disciples.
L’Église connaît ainsi une expansion spectaculaire, tandis que les apôtres doivent apprendre à administrer une communauté devenue particulièrement nombreuse. Toute discrétion semble désormais impossible. Les autorités religieuses observent cette effervescence avec inquiétude et jalousie ( Actes des apôtres 5.17 ). Pharisiens et sadducéens sont contraints de constater qu’ils sont confrontés à des événements qu’aucune explication naturelle ne peut aisément rendre compte. Les guérisons extraordinaires et les nombreuses conversions constituent, aux yeux de la population, des signes manifestes de l’intervention divine.
Les chefs juifs avaient pensé mettre un terme au mouvement initié par Jésus en le condamnant à mort. Pourtant, loin de disparaître, celui-ci connaît un développement encore plus considérable. Quelques versets plus loin, Gamaliel formulera un principe demeuré célèbre : « Si cette œuvre vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire » ( Actes des apôtres 5.39 ). Ainsi, les autorités religieuses, en poursuivant leur opposition contre les apôtres, se trouvent désormais engagées dans une lutte qui dépasse le cadre d’un simple conflit humain. Aux yeux de Luc, elles ne s’opposent plus seulement aux disciples, mais à l’action même de Dieu, dont l’œuvre continue de progresser avec une puissance irrésistible.