La péricope 354 analyse le dialogue unique rapporté par Luc entre Jésus et les deux malfaiteurs crucifiés à ses côtés (Lc 23,39-43). L'un raille Jésus, l'autre reconnaît sa culpabilité, affirme l'innocence de Jésus et demande à être accueilli dans son royaume. Jésus lui promet le paradis « aujourd'hui ». Ce passage révèle un paradoxe théologique central : Jésus sauve depuis la croix, manifestant une autorité spirituelle là où tout semble le contredire.
Marc 15.20-41 (Louis Segond S21) :
Après s'être ainsi moqués de lui, ils lui enlevèrent l'habit pourpre, lui remirent ses vêtements et l'emmenèrent pour le crucifier.Ils forcèrent un passant qui revenait des champs à porter la croix de Jésus. C'était Simon de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rufus.Ils conduisirent Jésus à l'endroit appelé Golgotha, ce qui signifie «lieu du crâne».Ils lui donnèrent [à boire] du vin mêlé de myrrhe, mais il ne le prit pas.Ils le crucifièrent, puis ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort pour savoir ce que chacun aurait.C'était neuf heures du matin quand ils le crucifièrent.L'inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots: «Le roi des Juifs».Ils crucifièrent avec lui deux brigands, l'un à sa droite et l'autre à sa gauche.[Ainsi fut accompli ce que dit l'Ecriture: Il a été compté parmi les criminels.]Les passants l'insultaient et secouaient la tête en disant: «Hé! toi qui détruis le temple et qui le reconstruis en trois jours,sauve-toi toi-même, descends de la croix!»Les chefs des prêtres, avec les spécialistes de la loi, se moquaient aussi entre eux et disaient: «Il en a sauvé d'autres et il ne peut pas se sauver lui-même!Que le Messie, le roi d'Israël, descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions!» Ceux qui étaient crucifiés avec lui l'insultaient aussi.A midi, il y eut des ténèbres sur tout le pays, jusqu'à trois heures de l'après-midi.Et à trois heures de l'après-midi, Jésus s'écria d'une voix forte: «Eloï, Eloï, lama sabachthani?» – ce qui signifie: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?Quelques-uns de ceux qui étaient là, après l'avoir entendu, disaient: «Voici qu'il appelle Elie.»Et l'un d'eux courut remplir une éponge de vinaigre; il la fixa à un roseau et lui donna à boire en disant: «Laissez donc, voyons si Elie viendra le descendre de là.»Cependant, Jésus poussa un grand cri et expira.Le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas.Quand l'officier romain qui se tenait en face de Jésus [entendit son cri et] le vit expirer de cette manière, il dit: «Cet homme était vraiment le Fils de Dieu.»Il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin. Parmi elles étaient Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques le jeune et de Joses, ainsi que Salomé,qui le suivaient et le servaient lorsqu'il était en Galilée, et beaucoup d'autres femmes qui étaient aussi montées avec lui à Jérusalem.
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Le dialogue avec les deux malfaiteurs qui l’entouraient
I
La péricope 354 de la Synopse porte sur le dialogue entre Jésus et les deux malfaiteurs crucifiés à ses côtés, sur le mont Golgotha, le vendredi matin du 1er avril. Cet épisode s'inscrit dans le récit de la Passion, lors de la crucifixion, et constitue un moment théologique majeur rapporté de manière unique par l'évangéliste Luc. Si Matthieu et Marc mentionnent la présence des deux malfaiteurs (Mt 27,38 ; Mc 15,27) et précisent même qu'ils participent aux insultes adressées à Jésus (Mt 27,44 ; Mc 15,32), seul Luc rapporte l'évolution de la scène et le dialogue bouleversant qui s'y déroule (Lc 23,39-43). C'est cette spécificité lucanienne qui fait l'objet de l'analyse développée dans cette péricope. La scène débute dans un contexte de violence extrême : corps exposés, souffrance publique, moqueries des passants et des membres du Sanhédrin. L'un des malfaiteurs s'inscrit dans cette dynamique de dérision et interpelle Jésus en lui demandant de les sauver s'il est vraiment le Christ (Lc 23,39). Sa demande n'est pas une expression de foi mais une provocation, reprenant les railleries entendues autour de lui. Il attend un Messie qui prouverait sa puissance en échappant à la croix, conformément à l'attente populaire d'un libérateur triomphant. Face à cette attitude, l'autre malfaiteur adopte une posture radicalement différente.
Matthieu 27.35-44 (Louis Segond S21) :
Ils le crucifièrent, puis ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort [afin que s'accomplisse ce que le prophète avait annoncé: Ils se sont partagé mes vêtements et ils ont tiré au sort mon habit].Puis ils s'assirent et le gardèrent.Pour indiquer le motif de sa condamnation, on écrivit au-dessus de sa tête: «Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs.»Avec lui furent crucifiés deux brigands, l'un à sa droite et l'autre à sa gauche.Les passants l'insultaient et secouaient la têteen disant: «Toi qui détruis le temple et qui le reconstruis en trois jours, sauve-toi toi-même! Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix!»Les chefs des prêtres, avec les spécialistes de la loi et les anciens, se moquaient aussi de lui et disaient:«Il en a sauvé d'autres et il ne peut pas se sauver lui-même! S'il est roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui.Il s'est confié en Dieu; que Dieu le délivre maintenant, s'il l'aime! En effet, il a dit: ‘Je suis le Fils de Dieu.’»Les brigands crucifiés avec lui l'insultaient eux aussi de la même manière.
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II
Il reprend son compagnon en l'exhortant à craindre Dieu (Lc 23,40), reconnaît sa propre culpabilité — « pour nous, c'est justice » —, puis affirme l'innocence de Jésus — « celui-ci n'a rien fait de mal » (Lc 23,41). En ces quelques mots se dessine une véritable démarche de repentance : reconnaissance de la faute, crainte de Dieu et discernement lucide sur la personne de Jésus. Sa demande, d'une grande simplicité, ne vise pas la délivrance physique de la croix mais l'accueil dans le royaume à venir : « Souviens-toi de moi lorsque tu viendras dans ton royaume » (Lc 23,42). Ce faisant, il reconnaît en Jésus un roi, malgré l'apparente faiblesse et l'ignominie de la situation. Sa foi se manifeste précisément là où tout semble contredire la royauté de celui qu'il implore. La réponse de Jésus est immédiate et empreinte d'autorité : « En vérité, je te dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23,43). Cette parole est remarquable à plusieurs titres. D'abord, elle est prononcée au cœur même de la souffrance, démontrant que la mission salvifique de Jésus ne s'interrompt pas sous la croix. Ensuite, elle est formulée au présent — « aujourd'hui » —, signifiant que le salut est accordé sans délai.
Luc 23.26-49 (Louis Segond S21) :
Comme ils l'emmenaient, ils s'emparèrent d'un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu'il la porte derrière Jésus.Il était suivi par une grande foule composée de membres du peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui.Jésus se tourna vers elles et dit: «Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants.En effet, voici que viennent des jours où l'on dira: ‘Heureuses celles qui sont stériles, heureuses celles qui n'ont pas eu d'enfant et celles qui n'ont pas allaité!’Alors on se mettra àdire aux montagnes: ‘Tombez sur nous!’ et aux collines: ‘Couvrez-nous!’En effet, si l'on traite ainsi le bois vert, qu'arrivera-t-il au bois sec?»On conduisait aussi deux malfaiteurs qui devaient être mis à mort avec lui.Lorsqu'ils furent arrivés à l'endroit appelé «le Crâne», ils le crucifièrent là ainsi que les deux malfaiteurs, l'un à droite, l'autre à gauche.[Jésus dit: «Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font.»] Ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort.Le peuple se tenait là et regardait. Les magistrats eux-mêmes se moquaient de Jésus [avec eux] en disant: «Il en a sauvé d'autres; qu'il se sauve lui-même, s'il est le Messie choisi par Dieu!»Les soldats aussi se moquaient de lui; ils s'approchaient pour lui présenter du vinaigreen disant: «Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même!»Il y avait au-dessus de lui cette inscription [écrite en grec, en latin et en hébreu]: «Celui-ci est le roi des Juifs.»L'un des malfaiteurs crucifiés avec lui l'insultait en disant: «Si tu es le Messie, sauve-toi toi-même, et nous avec toi!»Mais l'autre le reprenait et disait: «N'as-tu aucune crainte de Dieu, toi qui subis la même condamnation?Pour nous, ce n'est que justice, puisque nous recevons ce qu'ont mérité nos actes, mais celui-ci n'a rien fait de mal.»Et il dit à Jésus: «[Seigneur,] souviens-toi de moi quand tu viendras régner.»Jésus lui répondit: «Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis.»C'était déjà presque midi, et il y eut des ténèbres sur tout le pays jusqu'à trois heures de l'après-midi.Le soleil s'obscurcit et le voile du temple se déchira par le milieu.Jésus s'écria d'une voix forte: «Père, je remets mon esprit entre tes mains.» Après avoir dit ces paroles, il expira.Voyant ce qui était arrivé, l'officier romain rendit gloire à Dieu en disant: «Certainement, cet homme était juste.»Après avoir vu ce qui était arrivé, tous ceux qui en foule assistaient à ce spectacle repartirent en se frappant la poitrine.Tous ceux qui connaissaient Jésus, et en particulier les femmes qui l'avaient accompagné depuis la Galilée, étaient restés à distance et regardaient ce qui se passait.
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III
Enfin, le terme « paradis », emprunté au vocabulaire de la communion avec Dieu, évoque une promesse de vie au-delà de la mort, une destinée bienheureuse offerte à celui qui s'est ouvert à la grâce. L'analyse souligne un contraste saisissant : deux hommes placés dans une situation identique réagissent de manière opposée, et leurs destinées divergent radicalement. L'un demeure dans le refus et la provocation, l'autre s'ouvre à la grâce et reçoit la promesse du salut. La croix devient ainsi un lieu de révélation des cœurs, un espace où se joue le mystère de la liberté humaine face à Dieu. Un paradoxe théologique central émerge de ce passage : Jésus sauve alors même qu'il semble incapable de se sauver lui-même. Les moqueurs exigent une démonstration visible de puissance ; Jésus manifeste une autorité spirituelle en offrant le salut depuis la croix. C'est précisément en restant sur la croix, et non en en descendant, qu'il accomplit sa mission rédemptrice. Ce renversement est caractéristique de la théologie lucanienne, qui met en lumière la puissance paradoxale de Dieu à l'œuvre dans la faiblesse et l'abaissement. L'article invite également à consulter plusieurs annexes complémentaires : ANN026 sur l'heure de la crucifixion, ANN027 sur le dernier repas de Pâque, ANN028 sur la journée juive au temps de Jésus, et ANN031 sur les Souverains Sacrificateurs, qui permettent de replacer cet épisode dans son contexte historique et liturgique précis.
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