Annexe
Annexe 012
ANN012 - Les Mages d’Orient à Bethléem

Pour plus d’informations

Vous pouvez consulter l’annexe ANN013 : l’étoile de Bethléem  

Vous pouvez consulter le chapitre : Les Evangiles

Vous pouvez consulter l’annexe ANN016 : Le voyage en Égypte

Vous pouvez consulter l’annexe ANN004 : La date de la naissance de Jésus

Vous pouvez consulter l’annexe ANN062 : La crèche de Bethléem

Vous pouvez consulter l’annexe ANN011 : La mort du roi Hérode le grand

Introduction

Des mages, quelque part en Orient, ont observé un phénomène céleste, qu’il ait été naturel ou miraculeux, et l’ont interprété comme le signe de la naissance d’un roi exceptionnel. Cette manifestation a dû durer plusieurs mois, comme nous le montrerons, puisqu’elle a motivé un long voyage jusqu’en Judée. Convaincus que cette étoile annonçait la venue au monde d’un souverain, ils se mettent en route pour découvrir cet enfant promis.

Nous sommes conscients que certains exégètes considèrent ce récit comme légendaire, destiné à souligner le caractère extraordinaire de la naissance du Messie Jésus. Selon eux, Matthieu aurait repris des motifs littéraires connus dans l’Antiquité, où la naissance de grands hommes était accompagnée de signes célestes.

Notre position est très différente. Nous situons la rédaction des Évangiles très tôt après la mort et la résurrection du Messie Jésus, à une époque où de nombreux témoins oculaires pouvaient encore confirmer ou infirmer les faits rapportés ( Luc 1.1-4 ).

Lire le chapitre 2 : Les Évangiles.

Ces témoins, dont Marie elle-même, constituent à nos yeux une garantie historique. Le récit n’est pas une construction tardive, mais la transmission fidèle d’événements réels, même si certains aspects demeurent mystérieux et dépassent nos explications rationnelles ( Jean 3.16-17 ).

Lire l’annexe ANN013 : L’étoile de Bethléem.

Il est impossible d’aborder cette histoire sans évoquer les textes prophétiques qui semblent en résonance avec elle. Le Psaume 72, attribué à Salomon, annonce que des rois d’Orient viendront offrir des présents au Messie :

Psaumes 72.8-12 (Louis Segond S21) :
Il dominera d'une mer à l'autre,et de l'Euphrate aux extrémités de la terre.Devant lui les habitants du désert plieront le genouet ses ennemis lécheront la poussière.Les rois de Tarsis et des îles amèneront des offrandes,les rois de Séba et de Saba apporteront leur tribut.Tous les rois se prosterneront devant lui,toutes les nations le serviront,car il délivrera le pauvre qui crieet le malheureux que personne n'aide.

De même, Ésaïe évoque des caravanes apportant or et encens en l’honneur du Seigneur :

Esaïe 60.6 (Louis Segond S21) :
Tu seras couverte d'une foule de chameaux,

Certains chercheurs pensent que Matthieu s’est inspiré de ces passages pour construire son récit. Nous croyons plutôt que ces prophéties, loin d’être la source du récit, en constituent une confirmation remarquable : elles éclairent les faits rapportés sans les avoir engendrés.

Nous allons donc examiner de près le récit de Matthieu, en le replaçant dans son contexte historique, culturel et biblique, afin d’en comprendre la portée réelle. Rappelons que Matthieu rédige son Évangile alors que de nombreux témoins vivaient encore, capables d’attester la véracité de ces événements.

I. Le récit de Matthieu

Matthieu 2.1-2 (Louis Segond S21)

Jésus naquit à Bethléhem en Judée, à l'époque du roi Hérode. Or, des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem

et dirent: «Où est le roi des Juifs qui vient de naître? En effet, nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus pour l'adorer.»

Fait remarquable, Matthieu est le seul évangéliste à mentionner la venue des mages. Si l’on suit le récit de Luc, Joseph et Marie, après la naissance de Jésus, accomplissent les rites prescrits par la Loi : la circoncision au huitième jour, puis la purification de Marie et la présentation de l’enfant au Temple au quarantième jour (

Format attendu : Livre Chapitre.Verset ou Livre Chapitre.Verset1-Verset2 (ex. « Ge 4.1-10 »).
). Après cet épisode, Luc semble indiquer un retour direct à Nazareth.

Lire l’annexe  ANN016 : Le voyage en Égypte.

Nous sommes donc environ 41 jours après la naissance de Jésus. Nous avons déjà évoqué les difficultés matérielles d’un tel séjour : Joseph a probablement dû travailler sur place pour subvenir aux besoins de sa famille durant ce mois et demi. Reste une question importante : la famille est‑elle repartie à Nazareth immédiatement, ou est‑elle restée quelque temps à Bethléem ?

Deux indices fournis par Matthieu suggèrent un délai plus long. D’abord, la famille n’habite plus un abri improvisé, mais une maison. Ensuite, Matthieu ne parle plus d’un « nouveau‑né », mais d’un petit enfant.

Format attendu : Livre Chapitre.Verset ou Livre Chapitre.Verset1-Verset2 (ex. « Ge 4.1-10 »).

Le terme grec utilisé par Matthieu est paidion, qui désigne un jeune enfant. Luc, en revanche, utilise brephos pour parler du nouveau‑né couché dans la crèche :

Luc 2.12 (Louis Segond S21) :
Voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire.»

Cette différence lexicale n’est pas anodine : elle indique que du temps s’est écoulé entre la visite des bergers (Luc) et celle des mages (Matthieu). La plupart des chercheurs envisagent un délai de quelques semaines ; certains vont jusqu’à quelques mois.

En résumé, Matthieu reste volontairement concis. Il ne s’attarde pas sur les détails logistiques, mais se concentre sur l’essentiel : des savants venus d’Orient, spécialistes des astres, ont discerné dans le ciel un signe annonçant la naissance du Roi des Juifs. Ils entreprennent alors un long voyage pour venir l’adorer, accomplissant ainsi, sans le savoir, les attentes messianiques annoncées par les prophètes (

Format attendu : Livre Chapitre.Verset ou Livre Chapitre.Verset1-Verset2 (ex. « Ge 4.1-10 »).
;
Format attendu : Livre Chapitre.Verset ou Livre Chapitre.Verset1-Verset2 (ex. « Ge 4.1-10 »).
).

Ce récit, loin d’être une légende tardive, s’inscrit dans une trame historique cohérente et dans la continuité des promesses bibliques, révélant déjà la portée universelle de la venue du Messie (

Format attendu : Livre Chapitre.Verset ou Livre Chapitre.Verset1-Verset2 (ex. « Ge 4.1-10 »).
).

II. La chronologie des faits

Il y a encore débat au sujet de la chronologie des premiers mois de la vie du Messie Jésus. Nous envisageons l’hypothèse suivante : la mort d’Hérode a eu lieu, le 2 shebat selon certaines interprétations, qui correspond au 26 janvier -1 av. J.-C., elle est révélée au public uniquement en avril -1av. J.-C., peu de temps avant la fête de Pâque.

Certains chercheurs modernes, en se fondant sur les données astronomiques et la chronologie de Josèphe, proposent que la mort d’Hérode ait eu lieu le 2 Shebat, ce qui correspondrait au 26 janvier -1 av. J.-C. Cette date n’est pas explicitement donnée dans les sources juives anciennes, mais elle constitue une reconstitution moderne cohérente.

Lire l’annexe ANN011 : La mort du roi Hérode le grand.

Les écrits de Daniel et de Luc nous permettent de déduire une naissance de l’Enfant Jésus en octobre -2 av. J.-C.

Certains chercheurs modernes, en se fondant sur les données astronomiques et la chronologie de Josèphe, proposent que la mort d’Hérode ait eu lieu le 2 Shebat, ce qui correspondrait au 26 janvier -1 av. J.-C. Cette date n’est pas explicitement donnée dans les sources juives anciennes, mais elle constitue une reconstitution moderne cohérente.

Lire l’annexe ANN004 : La date de la naissance de Jésus.

La répression de ce roi malade, nous pousse à envisager un départ rapide, non pour Nazareth, mais pour l’Égypte en novembre -2 av. J.-C., juste après la purification de Marie. La visite des Mages a, en conséquence, eu lieu, selon nos conclusions, quelques jours avant cette date.

Ce départ, précipité pour l’Égypte, est-il en contradiction avec ce que nous dit Luc ?

Luc 2.39-40 (Louis Segond S21) :
Après avoir accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, Joseph et Marie retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville.Or l'enfant grandissait et se fortifiait [en esprit]. Il était rempli de sagesse et la grâce de Dieu était sur lui.

En effet, Luc passe sous silence cet épisode du séjour en Égypte, mais, en plus, il nous laisse sous-entendre que la famille est remontée en Galilée juste après la visite au temple. En réalité, nous avons plus d’une année entre le début du verset 39 et la fin, 14 mois selon notre décompte !

Lire l’annexe ANN016 : Le voyage en Égypte.

Visiblement, il n’est pas question pour Luc de reprendre le récit de Matthieu, pour lui tout est dit, inutile donc de rajouter des détails.

Luc, possède différents écrits, dont celui de Matthieu et de Marc, est donc conscient qu’il n’est pas le seul à écrire une histoire de la vie du Messie Jésus, et son but n’est pas de répéter ce que les autres ont déjà dit, avec beaucoup de détails ni de démontrer, que ces événements sont des accomplissements des prophéties juives.

Il s’adresse à des non-Juifs. Nous avons donc l’impression que tout ce passage a été volontairement mis de côté par Luc, afin que son texte corrobore uniquement le but qu’il s’est fixé, à savoir, convaincre des gentils.

Il doit aussi respecter les exigences techniques d’édition de l’époque, son texte doit être court !

Lire l’annexe ANN046 : Les exigences techniques d’édition au 1er siècle.

Luc comme Marc ont souhaité mettre de côté le caractère judaïsant de l’Évangile de Matthieu. Nous avons déjà expliqué cela dans le chapitre1 : « Les Évangiles »,

Donc, Luc juge tout simplement, inutile pour le bon déroulement de son récit, de rappeler ces faits qui intéressent surtout des Juifs.

 

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III. Qui sont ces Mages ?

Pour bien comprendre ce que Matthieu a voulu exprimer, il faut revenir au terme grec qu’il emploie : « magos » (Strong 3097). N’oublions pas que le texte initial de Matthieu était rédigé en araméen et que les textes grecs que nous avons aujourd’hui sont des traductions.

Ce mot apparaît six fois dans le Nouveau Testament : quatre fois dans le récit de Matthieu consacré aux mages ( Matthieu 2.1 , Matthieu 2.7 , Matthieu 2.16 ) et deux fois dans le livre des Actes, où il est traduit par « magicien » ( Actes des apôtres 13.6 , Actes des apôtres 13.8 ). Cette différence de traduction montre que le mot peut avoir plusieurs nuances selon le contexte.

Dans l’Évangile de Matthieu, traduire « magos » par « mage » est fidèle au texte, mais ce terme peut prêter à confusion aujourd’hui. En français courant, un mage évoque facilement quelqu’un qui pratique la magie ou les sciences occultes. Or, une telle idée ne correspond pas nécessairement au sens du mot chez Matthieu. Dans le monde antique, notamment en Orient, ce terme pouvait désigner des savants, des prêtres, des astrologues ou encore des conseillers spécialisés dans l’observation des astres.

Il serait en effet surprenant d’imaginer que Matthieu mette en avant, sans aucune réserve, des hommes vivant dans des pratiques ouvertement condamnées par la loi de Moïse ( Lévitique 19.31 , Deutéronome 18.10-12 ). Le récit ne cherche pas à approuver la divination ni la magie. Il montre plutôt que Dieu s’est servi de personnes venues du monde païen pour les conduire jusqu’au Christ. C’est là un point important : Matthieu souligne déjà que la venue de Jésus dépasse le seul cadre d’Israël, puisque des étrangers viennent se prosterner devant lui ( Matthieu 2.11 ).

Le mot « sages » aurait sans doute mieux exprimé, pour un lecteur moderne, la fonction de ces hommes. Il s’agirait de personnages instruits, probablement spécialisés dans l’étude du ciel. En ce sens, ils peuvent être compris comme des astronomes de leur époque, capables d’observer les astres, d’en suivre les mouvements et d’en tirer des repères pour le temps, les saisons et le calendrier. Dans les civilisations orientales anciennes, ces fonctions étaient souvent liées à la fois à la science, à la religion et au pouvoir politique.

Il est aussi probable qu’ils aient pratiqué une forme d’astrologie, au sens ancien du terme, c’est-à-dire la recherche d’un lien entre les phénomènes célestes et les grands événements humains. C’est ainsi qu’ils ont interprété l’apparition de l’étoile comme le signe de la naissance d’un roi des Juifs ( Matthieu 2.2 ). Leur voyage, long et coûteux, montre à quel point cette interprétation leur paraissait sérieuse et digne d’être vérifiée. Matthieu ne s’attarde pas sur les détails scientifiques du phénomène ; son but est surtout théologique : montrer que la création elle-même rend témoignage à la venue du Messie.

Il faut aussi rappeler que le texte biblique ne dit nulle part que ces mages étaient des rois. Il ne donne pas non plus leur nombre, ni leurs noms. Matthieu mentionne simplement qu’ils offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe ( Matthieu 2.11 ). Le fait qu’il y ait trois présents n’implique pas nécessairement qu’il y ait eu trois visiteurs. Ils pouvaient être plus nombreux, accompagnés de serviteurs ou d’une caravane. Sur ce point, la tradition a largement brodé au-delà de ce que dit l’Écriture.

C’est progressivement, dans l’histoire de l’Église, que ces mages ont été présentés comme des rois, puis qu’on leur a attribué le nombre de trois et enfin des noms comme Melchior, Gaspard et Balthazar. Mais tout cela appartient à la tradition et non au texte de Matthieu. Il faut donc distinguer avec soin le récit biblique de ses développements légendaires. Ces ajouts ne doivent pas nous conduire à rejeter le texte évangélique comme une fable ; ils invitent plutôt à revenir à la sobriété du témoignage biblique.

La réalité historique la plus simple est donc la suivante : Matthieu parle de savants venus d’Orient, probablement versés dans l’observation du ciel, qui ont vu un signe extraordinaire, l’ont interprété comme annonçant la naissance d’un roi, puis se sont rendus en Judée pour lui rendre hommage ( Matthieu 2.1-2 ). Arrivés auprès de l’enfant, ils se prosternent devant lui et lui offrent des présents ( Matthieu 2.11 ). Ce geste a une forte portée symbolique : il exprime la reconnaissance de la dignité royale de Jésus. Plusieurs lecteurs chrétiens y voient aussi un écho de prophéties comme ( Psaumes 72.10-11 ) et ( Esaïe 60.6 ), où des nations viennent apporter des richesses au roi promis par Dieu.

Dans l’argumentation de Matthieu, la présence de ces visiteurs d’Orient n’est donc pas un détail anecdotique. Elle sert à montrer que Jésus est un enfant hors du commun : il est le Messie royal, reconnu non seulement par des Juifs, mais déjà par des païens venus de loin. Alors que Jérusalem et Hérode sont troublés ( Matthieu 2.3 ), ces étrangers discernent, eux, la grandeur de l’enfant. Le contraste est fort et intentionnel.

On comprend ainsi pourquoi Marc, Luc et Jean, qui poursuivent chacun un projet théologique propre, n’ont pas jugé nécessaire de rapporter cet épisode. L’absence de ce récit dans les autres Évangiles ne l’invalide pas ; elle montre simplement que chaque évangéliste a sélectionné certains événements pour servir son propos ( Jean 20.30-31 ).

Enfin, il est vrai que dans l’Antiquité les rois s’entouraient volontiers de sages, de conseillers et d’observateurs des astres pour les aider dans leurs décisions. Le récit de Matthieu s’inscrit donc dans un contexte historique crédible. Mais l’essentiel n’est pas de faire l’éloge de leur savoir. Le point central est que, par des moyens adaptés à leur culture et à leur recherche, Dieu les a conduits jusqu’à Jésus. Matthieu veut ainsi montrer que le Christ est digne d’être cherché, adoré et honoré par tous les peuples ( Matthieu 28.19 ).

IV. D’où viennent ces Mages ?

Nous ne disposons, dans le texte biblique, que de l’indication donnée par Matthieu : « des Mages d’Orient » ( Matthieu 2.1 ). Cette mention reste volontairement vague et ne permet pas d’identifier avec certitude leur cité d’origine. La tradition chrétienne pense souvent à Babylone, mais les témoignages antiques indiquent qu’au Ier siècle av. J.-C., le géographe grec Strabon trouva le site largement déserté. D’autres centres urbains importants existaient toutefois dans cette vaste région.

Voici une version réécrite, plus structurée et cohérente avec ton intention — en intégrant ton hypothèse sur Ctésiphon sans l’imposer comme un fait établi :

À cette époque, tout l’Orient mésopotamien relève de l’empire parthe. Les « sages d’Orient » mentionnés par Matthieu proviennent donc très probablement, selon notre interprétation, de ce vaste territoire. On les associe souvent à la Perse, l’actuel Iran, dont le nom officiel ne fut remplacé par « Iran » qu’en 1934, par décret du shah Reza Pahlavi. Toutefois, il est plus plausible qu’ils soient issus de la région mésopotamienne, autour de l’actuelle Bagdad, et plus précisément de Ctésiphon, alors capitale royale des Parthes et grand centre intellectuel. Cette localisation correspond mieux au contexte historique et à l’importance scientifique de ces savants.

Le souverain parthe régnant alors est Phraatès IV, qui gouverna durant trente‑six ans. Son fils, Phraatacès, né de son union avec une esclave italienne devenue reine, Musa, lui succède et règne de 2 à 4 apr. J.-C. Le territoire reste parthe, mais des accords diplomatiques avec Rome et l’empereur Auguste assurent une certaine stabilité politique.

Les Mages auxquels nous nous intéressons étaient très probablement des conseillers de haut rang à la cour de Phraatès IV. Or, l’année même où nous situons leur voyage, en -2 av. J.-C., Phraatès IV meurt, vraisemblablement assassiné, et le pouvoir passe à son fils Phraatès V et à sa mère Musa, qui gouvernent conjointement.

Un tel bouleversement politique entraîne presque inévitablement la mise à l’écart des conseillers les plus proches du souverain défunt. Dans ce contexte, il est raisonnable de penser que ces savants, liés à l’ancien roi, ont pris leurs distances avec le nouveau pouvoir. Cette situation a très certainement facilité leur départ et leur absence prolongée, rendant tout à fait plausible qu’ils aient pu entreprendre un voyage de plusieurs mois sans difficulté particulière.

Notons enfin que, selon la Loi de Moïse, toute pratique occulte ou divinatoire était formellement proscrite en Israël ( Lévitique 19.31 ; Lévitique 20.27 ). Ce cadre exclut donc l’idée que les Mages aient été des devins. Ils étaient plutôt des savants de haut rang, au service des autorités parthes, et notamment du roi Phraates IV. Le fait que Dieu se révèle à des érudits étrangers, issus d’un milieu où l’observation des astres faisait partie de la culture scientifique, met d’autant plus en lumière la portée universelle de la naissance du Messie.

 

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Au regard de la situation géopolitique de l’époque, il était relativement aisé de voyager depuis la Mésopotamie vers le pays d’Israël. Toutefois, les routes demeuraient dangereuses : de nombreuses bandes de brigands, plus ou moins organisées, sévissaient dans la région. Certaines entretenaient même des arrangements tacites avec des responsables romains corrompus, cherchant à perturber le commerce vers l’Orient. Ce contexte explique l’importance, pour tout voyageur, de se déplacer en groupe afin d’assurer sa propre sécurité — une réalité bien connue dans la Bible elle-même, où les routes du Proche-Orient sont souvent décrites comme périlleuses ( Luc 10.30 ).

La résidence royale des Parthes se trouvait très probablement à Ctésiphon, située à environ 35 km au sud‑ouest de l’actuelle Bagdad. Cette ville, capitale politique et centre intellectuel majeur de l’empire parthe, constitue un point d’origine plausible pour les Mages. Si ceux‑ci venaient effectivement de cette région mésopotamienne, leur voyage jusqu’en Judée aurait pu durer plusieurs mois, environ six, selon les estimations les plus courantes, ce qui correspond bien au délai suggéré par Hérode lorsqu’il interroge les Mages sur l’apparition de l’étoile ( Matthieu 2.7 ).

Quant à l’itinéraire emprunté, il est raisonnable de penser qu’ils ont suivi l’une des grandes routes caravanières reliant Ctésiphon à la Syrie, puis à Jérusalem. Cette hypothèse s’accorde avec le rôle de Ctésiphon comme centre administratif et scientifique, où travaillaient de nombreux savants au service du pouvoir parthe.

Il convient toutefois de rappeler que ces reconstructions, bien qu’appuyées sur des données historiques et géopolitiques solides, demeurent en partie spéculatives. Elles offrent néanmoins un éclairage précieux sur le contexte probable dans lequel évoluaient les Mages mentionnés dans l’Évangile de Matthieu, et sur la portée symbolique de leur venue auprès du Messie.

IV. La découverte des Mages

Les Mages, en observant le ciel, remarquèrent l’apparition d’un phénomène lumineux inhabituel, que Matthieu désigne comme une étoile ( Matthieu 2.1-2 ). Aujourd’hui encore, il reste difficile de comprendre avec certitude comment ils ont établi un lien entre cette manifestation céleste et la naissance d’un personnage royal en Israël. Pourtant, le fait demeure : cette découverte les conduisit à entreprendre un voyage long, coûteux et risqué, probablement de plusieurs mois.

Une telle expédition suppose que ces hommes n’étaient pas de simples observateurs du ciel. Ils devaient appartenir à une élite savante, sans doute liée au pouvoir, disposant à la fois de ressources importantes, d’un certain prestige et d’une liberté de mouvement inhabituelle. Le prix du voyage, la durée de leur absence et la valeur de leurs présents montrent qu’ils étaient des personnages considérables. Les dons qu’ils apportèrent — l’or, l’encens et la myrrhe — n’étaient pas de modestes marques de courtoisie, mais des présents dignes d’un roi ( Matthieu 2.11 ).

On peut donc se demander si ces cadeaux provenaient uniquement de leur fortune personnelle ou s’ils avaient également reçu l’appui des autorités de leur pays. Cette hypothèse n’est pas impossible. Le contexte politique parthe de l’époque semble avoir connu des bouleversements importants, et il est envisageable qu’un changement de gouvernement ait permis à certains savants ou conseillers de se consacrer plus librement à leurs recherches. Dans cette perspective, leur départ aurait pu être toléré, voire soutenu. Cela reste une hypothèse, mais elle rappelle que le récit de Matthieu s’inscrit dans un cadre historique plausible.

Le point le plus étonnant demeure cependant l’interprétation qu’ils firent de cette étoile. Pourquoi y ont-ils vu le signe de la naissance d’un roi des Juifs ? Arrivés à Jérusalem, ils demandèrent en effet : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » ( Matthieu 2.2 ). Leur question montre qu’ils n’ignoraient ni l’existence d’Hérode le Grand, ni l’importance politique de la région. Il est probable qu’ils aient d’abord pensé à la naissance d’un héritier royal. Pourtant, leur démarche révèle qu’ils pressentaient quelque chose de plus grand qu’une simple naissance princière.

Plusieurs explications peuvent être avancées, sans qu’aucune puisse être démontrée avec certitude.

La première est celle d’une révélation surnaturelle. L’Évangile selon Matthieu rapporte en effet que, plus tard, les Mages furent divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode ( Matthieu 2.12 ). Si Dieu leur a parlé à ce moment-là, il n’est pas impossible qu’il les ait aussi éclairés au commencement de leur démarche. Cette explication s’accorde avec la logique du récit biblique, dans lequel Dieu peut se révéler à des non-Juifs pour accomplir son dessein.

La deuxième hypothèse est celle d’un contact avec les communautés juives établies en Orient. Depuis les déportations successives, de nombreux Juifs étaient restés hors de la terre d’Israël, notamment en Mésopotamie et dans les régions voisines. Ils y avaient fondé des communautés attachées à leur foi et à l’espérance messianique. Les Mages ont donc pu entendre parler des prophéties annonçant la venue d’un roi, d’un Messie promis par Dieu ( Esaïe 9.5-6 ) ( Michée 5.1 ). Cette possibilité est sérieuse. Toutefois, si ces informations provenaient directement des Juifs de la diaspora, on peut s’étonner que les Mages ne semblent pas connaître d’emblée le lieu précis de la naissance. En effet, les chefs religieux consultés par Hérode citent sans hésiter Bethléem, conformément à la prophétie de Michée ( Matthieu 2.4-6 ) ( Michée 5.1 ).

La troisième hypothèse repose sur leur propre lecture du ciel. Les Mages étaient probablement des savants orientaux, spécialistes de l’observation des astres et de leur interprétation symbolique. Dans les cultures antiques, certains corps célestes étaient associés à des idées de royauté, de fécondité ou de puissance nationale. Si un phénomène particulièrement rare s’est produit, il a pu être compris par eux comme l’annonce de la naissance d’un roi en Israël. Sans pouvoir l’affirmer avec certitude, cette lecture correspond bien au profil de ces hommes : ils scrutent les signes, interprètent les événements et en tirent des conclusions.

Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’opposer totalement ces explications. Les Mages ont pu être influencés à la fois par leurs connaissances astronomiques, par des traditions juives connues en Orient et par une intervention directe de Dieu. Le récit de Matthieu laisse justement apparaître cette convergence : un signe dans le ciel, une recherche sincère, la consultation des Écritures, puis une direction divine plus précise ( Matthieu 2.1-12 ).

Leur venue a aussi une portée théologique importante. Ces hommes venus d’Orient reconnaissent en Jésus un roi digne d’adoration, alors même que Jérusalem et Hérode se montrent troublés ou hostiles ( Matthieu 2.3 ) ( Matthieu 2.11 ). Matthieu souligne ainsi, dès le début de son Évangile, que le Christ n’est pas seulement destiné à Israël, mais qu’il attire aussi les nations. Cette idée rejoint d’autres textes bibliques annonçant que des peuples viendraient à la lumière de Dieu et apporteraient leurs richesses ( Esaïe 60.1-6 ) ( Psaumes 72.10-11 ).

En définitive, nous ne possédons pas assez d’éléments pour reconstituer dans le détail les motivations exactes des Mages. Beaucoup de points demeurent hypothétiques : la nature précise de l’étoile, leur statut exact, l’origine de leurs présents ou encore la manière dont ils ont compris la signification de ce signe. Néanmoins, l’ensemble du récit demeure cohérent : des savants orientaux perçoivent un signe extraordinaire, se mettent en route avec des dons royaux, cherchent le roi des Juifs, puis découvrent en Jésus bien plus qu’un simple héritier terrestre ( Matthieu 2.1-11 ).

Le plus probable est qu’ils aient d’abord compris qu’un roi important venait de naître, sans mesurer immédiatement toute l’ampleur de l’événement. C’est peut-être seulement en arrivant sur place, à travers les Écritures, la conduite de l’étoile et l’expérience de l’adoration, qu’ils ont saisi qu’ils se trouvaient devant celui dont la royauté dépassait toutes les attentes humaines ( Matthieu 2.9-11 ).

V. Notre théorie

Dans l’étude du récit des Mages, il est raisonnable de supposer qu’ils possédaient une certaine connaissance de la culture juive, probablement acquise par les contacts historiques entre l’Orient et les communautés juives dispersées. Toutefois, s’ils avaient réellement consulté des sages juifs avant leur départ, ils auraient rapidement appris que le Messie devait naître à Bethléem, conformément à la prophétie de Michée ( Michée 5.1 ). Le fait qu’ils se rendent d’abord à Jérusalem et qu’ils doivent interroger les autorités locales montre clairement qu’ils ne disposaient pas de cette information.

De plus, leur démarche initiale — scruter le ciel pour y discerner un signe — ne correspond pas aux pratiques juives traditionnelles. L’observation des astres était souvent associée à la divination, pratique condamnée dans la Torah ( Deutéronome 18.10-12 ). Cela ne signifie pas que toute observation astronomique était interdite, mais cela montre que leur approche n’était pas issue du judaïsme. Leur méthode reflète plutôt les savoirs astrologiques et astronomiques de l’Orient ancien.

Une révélation surnaturelle reste envisageable, d’autant que Dieu les avertit en songe de ne pas retourner vers Hérode ( Matthieu 2.12 ). Cependant, rien n’indique que leur décision de partir pour la Judée repose uniquement sur une vision ou une parole divine. Une telle expédition aurait nécessité une motivation plus structurée, probablement liée à leur interprétation d’un phénomène céleste exceptionnel.

L’hypothèse la plus cohérente est qu’ils ont observé une configuration astrale symbolisant la maternité, la paternité et la royauté, accompagnée de l’apparition d’un astre nouveau. Dans leur culture, de tels signes pouvaient annoncer la naissance d’un grand roi. Leur démarche s’inscrit donc dans une lecture symbolique du ciel, non dans une pratique de divination au sens biblique du terme. Ils ont pu consulter des autorités locales ou des sages juifs une fois arrivés en Judée, mais leur conviction première reposait sur leurs propres compétences d’astronomes-astrologues.

Il est même possible qu’ils aient d’abord pensé à la naissance d’un héritier d’Hérode, ignorant l’état de santé déclinant du roi et l’instabilité politique imminente. Leur voyage vers l’Ouest, probablement accompagné d’une caravane pour assurer leur sécurité et transporter leurs biens, s’explique alors comme une mission diplomatique ou scientifique, plutôt qu’un pèlerinage religieux.

La mort de leur souverain, suivie d’un changement politique dans leur pays, a pu faciliter leur départ et expliquer la durée de leur absence. Bien qu’il soit peu probable qu’ils aient emmené leurs familles, leur expédition avait sans doute un caractère officiel, engageant leur statut et leurs responsabilités.

Ainsi, ce voyage apparaît comme un périple majeur, motivé par l’interprétation d’un phénomène céleste exceptionnel et non par une légende tardive. Leur présence à Jérusalem, puis à Bethléem, témoigne d’une recherche sincère et d’une démarche cohérente avec les connaissances et les pratiques de leur époque. Et c’est précisément cette démarche que Dieu utilise pour les conduire jusqu’à l’enfant, accomplissant ainsi les Écritures ( Matthieu 2.1-11 ).

VII. L’arrivée des Mages à Jérusalem

Matthieu 2.7-8 (Louis Segond S21)

Alors Hérode fit appeler en secret les mages; il s'informa soigneusement auprès d'eux du moment où l'étoile était apparue,

puis il les envoya à Bethléhem en disant: «Allez prendre des informations exactes sur le petit enfant. Quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille moi aussi l'adorer.»

Lorsque les Mages arrivent à Jérusalem, ville royale, ils interrogent les habitants à la recherche d’informations sur la naissance d’un roi, pensant naturellement que cet événement majeur n’aurait pas échappé à l’attention publique. Le roi Hérode, alerté de leur quête par ses espions, consulte alors les autorités religieuses juives. La prédiction d’un roi n’est pas une surprise pour ces dernières, qui révèlent même le lieu de naissance attendu de ce roi, Bethléem.

Bien que Jérusalem soit déjà en émoi à la suite des recherches des Mages, Hérode choisit de les convoquer secrètement. Ce choix ne s’explique par sa volonté de ne pas légitimer davantage la rumeur ni de risquer un soulèvement populaire.

Pour Hérode, seul souverain légitime d’Israël, il importe de minimiser l’impact de cette nouvelle et d’éviter que la population n’établisse un lien entre cet enfant et le Messie attendu par les Juifs. Un soulèvement populaire, alimenté par l’espoir messianique, représente un danger pour sa position.

Ainsi, Hérode fournit aux Mages les informations nécessaires pour localiser Bethléem, mais le fait discrètement pour ne pas encourager l’idée d’un rival potentiel au trône. Bethléem, moins peuplé et plus abordable que Jérusalem en période de fête, semble être un lieu logique pour que la famille de Jésus trouve refuge, d’autant plus qu’ils y ont des origines. À ce moment, tous les pèlerins sont repartis et la vie a repris son rythme normal.

Cependant, la réaction des autorités religieuses juives paraît étonnamment modérée face à une nouvelle aussi capitale. Leur absence d’enthousiasme ou d’intérêt pour cet événement soulève des questions.

Les Mages, observant que l’étoile continue de briller au-dessus d’eux, comprennent qu’ils sont proches de leur destination. Ils établissent probablement leur campement à la sortie de Jérusalem ou peut-être vers Hérodion où se situe le somptueux palais du roi Hérode le Grand.

Le lendemain, forts des renseignements obtenus auprès d’Hérode, ils se rendent à Bethléem et entament une recherche similaire à celle qu’ils avaient menée à Jérusalem. Dans ce petit village, il n’est pas difficile de découvrir une famille avec un nourrisson, ce qui les mène finalement à Jésus.

VII. Hérode, un roi naïf ?

La question de savoir si Hérode a fait preuve de naïveté dans sa gestion de la visite des Mages mérite une analyse attentive. Il est évident qu’Hérode n’a pas pris suffisamment au sérieux les informations apportées par les Mages, ni même l’interprétation des sages juifs concernant la naissance du Messie à Bethléem. Cette sous-estimation a conduit à une absence de réaction immédiate de sa part et des autorités religieuses juives.

Hérode a choisi de ne pas envoyer d’espions ou de soldats à Bethléem pour vérifier ces informations. Cette décision semble guidée par plusieurs facteurs. D’une part, il ne voulait pas donner d’importance à la rumeur d’un nouveau roi potentiel, de peur de susciter des troubles parmi la population déjà agitée par l’espoir messianique. D’autre part, il est probable qu’Hérode était préoccupé par des problèmes plus pressants, notamment sa santé déclinante et les questions autour de sa succession.

Quant aux sages juifs, leur manque de réaction face à la nouvelle des Mages est également surprenant. Malgré leur attente d’un Messie, ils n’ont pas jugé nécessaire de se rendre à Bethléem pour vérifier ces dires, peut-être doutant de la crédibilité de sources étrangères.

Hérode a donc décidé de temporiser, en attendant le retour des Mages pour de plus amples informations. Ce manque de réactivité immédiate semble être une combinaison de scepticisme, de préoccupations personnelles, et d’une stratégie visant à minimiser l’impact de la nouvelle.

En ce qui concerne le lieu de l’entretien entre Hérode et les Mages, Matthieu ne fournit pas de détails spécifiques. Il est possible que cet entretien ait eu lieu soit à Hérodion, soit à la forteresse Antonia à Jérusalem. Hérodion, situé à environ 12 km au sud de Jérusalem, est un lieu plausible pour une telle rencontre, surtout si Hérode y résidait après les festivités des Tabernacles. Toutefois, en l’absence de précisions de Matthieu, cette localisation reste hypothétique.

VIII. Le temps des surprises

La surprise des Mages devant l’absence de connaissance générale, à Jérusalem, de la naissance d’un roi est effectivement notable. Leur attente d’une naissance royale spectaculaire contraste fortement avec la réalité modeste de la maison où ils trouvent Jésus.

Le roi Hérode, résidant à Hérodion, une colline artificielle située à environ 6,4 km au sud-est de Bethléem et 12 km au sud de Jérusalem, avait également des appartements à la forteresse Antonia à Jérusalem. Ces résidences luxueuses contrastent nettement avec la simplicité de la maison où résidaient Joseph, Marie et l’Enfant Jésus à Bethléem. Les Mages, habitués à la grandeur des palais royaux, sont donc surpris par la simplicité des lieux.

Cette surprise est partagée par Joseph et Marie, qui ne s’attendaient pas à recevoir la visite de tels personnages éminents. L’échange entre les Mages et la famille de Jésus, vraisemblablement en araméen, révèle à chacun la nature extraordinaire de l’événement. Les Mages, qui ne trouvent aucun signe extérieur de royauté chez l’enfant, doivent repenser leurs attentes et leurs croyances face à la simplicité de la scène. Cette prise de conscience pourrait être attribuée à une révélation divine qui les aurait convaincus de la nature royale de Jésus.

L’idée que Marie ait été la source d’information pour Matthieu concernant l’histoire des Mages est plausible, bien que ce point ne puisse être confirmé de manière catégorique. Cela suppose que Marie ait partagé avec Matthieu le récit de la visite des Mages, enrichissant ainsi le récit évangélique avec des détails qui ne pouvaient être connus que par ceux qui avaient vécu ces événements.

En conclusion, le récit des Mages dans l’Évangile de Matthieu souligne la différence entre les attentes humaines de la royauté et la réalité de la naissance du Messie dans la simplicité, un thème récurrent dans les enseignements du Nouveau Testament.

IX. Le songe des Mages

Les Mages, ayant passé quelques jours à Bethléem, sont confrontés à un changement soudain de leurs plans. Comme le rapporte Matthieu, ils sont avertis dans un rêve de ne pas retourner vers Hérode, une instruction qu’ils prennent très au sérieux.

Matthieu 2.12 (Louis Segond S21)

Puis, avertis dans un rêve de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Cette alerte nocturne, bien que décrite simplement comme un rêve, semble porter un message divin. Matthieu ne mentionne pas explicitement un ange comme messager dans ce rêve, contrairement aux récits des rêves de Joseph. Cependant, l’importance accordée à ce rêve par les Mages suggère une origine surnaturelle ou divine.

La réaction immédiate des Mages à ce rêve révèle leur compréhension des intentions malveillantes d’Hérode, un roi dont la réputation de cruauté était déjà connue. Le partage de ce rêve avec Marie et Joseph déclenche une inquiétude légitime, bien qu’ils ne puissent anticiper l’ampleur de la violence qui allait suivre de la part d’Hérode.

X. Le retour des Mages

Les Mages, ayant pris la décision de ne pas repasser par Jérusalem ou Hérodion, optent pour un itinéraire alternatif pour leur retour, évitant ainsi d’attirer l’attention sur leur passage. Cette prudence accrue montre leur conscience des dangers potentiels après avoir été avertis dans un rêve.

Ces savants étrangers, malgré leur statut de païens, ont non seulement identifié mais aussi honoré le Roi des Juifs, démontrant ainsi une compréhension profonde de la signification de leur découverte. Leur adoration et leurs cadeaux reflètent une certitude inébranlable quant à la nature royale de Jésus.

Ce qui reste particulièrement frappant, c’est que ce sont des étrangers, et non les sages ou religieux juifs, qui ont reconnu et célébré la venue du Messie. Cette ironie souligne un thème central du Nouveau Testament, où la révélation divine transcende souvent les frontières ethniques et culturelles.

Quant à l’étoile qui a guidé les Mages, Matthieu ne fournit pas de détails sur son devenir. Elle pourrait encore briller dans le ciel, ou peut-être a-t-elle servi son unique but divin. Néanmoins, il est raisonnable de supposer que, une fois de retour dans leur région d’origine, ces Mages ont continué à suivre les astres et à s’intéresser à l’histoire des Juifs, en particulier celle de Jésus.

Pour Joseph, Marie et l’Enfant Jésus, la situation devient tendue à la suite des nouvelles du songe des Mages et de leur décision de ne pas retourner vers Hérode. Conscients du danger imminent que représente le roi Hérode, ils doivent envisager des mesures pour garantir leur sécurité. Cette tension suggère l’imminence de décisions cruciales pour leur sécurité.

Conclusion

Le récit des Mages venus d’Orient, tel que rapporté par Matthieu, n’est pas une simple anecdote légendaire conçue pour renforcer son argumentation. Si tel avait été le cas, ses contemporains, connaissant les faits, auraient probablement discrédité son récit et, par extension, l’ensemble de l’Évangile qui porte son nom. Luc, bien qu’il n’évoque pas cette histoire dans son propre Évangile, ne la contredit pas non plus, apportant d’autres éléments complémentaires.

Il apparaît plausible que les informations relatives à la visite des Mages proviennent directement de Marie elle-même. Après la mort et la résurrection de Jésus, elle aurait compris l’importance de partager son histoire, non plus comme un récit personnel, mais comme un témoignage de valeur universelle. Cette prise de conscience aurait incité Marie à partager des détails qu’elle avait auparavant gardés pour elle, par pudeur ou discrétion.

La mort et la résurrection de Jésus ont pu éclairer Marie sur la signification profonde des événements qu’elle avait vécus, comme l’annonce de l’ange, la prophétie de Siméon, et les différentes visites qu’elle a reçues. Ces événements, autrefois peut-être perçus comme isolés ou mystérieux, ont pris tout leur sens à la lumière de la résurrection.

Pour Marie, partager ces expériences, y compris la visite de ces savants venus d’Orient, est devenu essentiel pour laisser un témoignage durable. Cette visite, bien qu’elle puisse sembler anecdotique pour Luc, Marc et Jean, revêt pour Matthieu une importance particulière. Il y voit dans les présents offerts et dans l’adoration de ces notables une confirmation supplémentaire que Jésus est le Messie et le Roi des Juifs.

En somme, il est crucial de ne pas surcharger le récit de Matthieu de merveilles fictives. Bien que l’histoire relatée soit extraordinaire, elle reste ancrée dans un contexte historique réel, où souvent la réalité dépasse la fiction.

Matthieu 2.1-9 (Louis Segond S21) :
Jésus naquit à Bethléhem en Judée, à l'époque du roi Hérode. Or, des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalemet dirent: «Où est le roi des Juifs qui vient de naître? En effet, nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus pour l'adorer.»Quand le roi Hérode apprit cela, il fut troublé et tout Jérusalem avec lui.Il rassembla tous les chefs des prêtres et spécialistes de la loi que comptait le peuple et leur demanda où le Messie devait naître.Ils lui dirent: «A Bethléhem en Judée, car voici ce qui a été écrit par le prophète:Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu n'es certes pas la plus petite parmi les principales villes de Juda, car de toi sortira un chef qui prendra soin d'Israël, mon peuple.»Alors Hérode fit appeler en secret les mages; il s'informa soigneusement auprès d'eux du moment où l'étoile était apparue,puis il les envoya à Bethléhem en disant: «Allez prendre des informations exactes sur le petit enfant. Quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille moi aussi l'adorer.»Après avoir entendu le roi, ils partirent. L'étoile qu'ils avaient vue en Orient allait devant eux jusqu'au moment où, arrivée au-dessus de l'endroit où était le petit enfant, elle s'arrêta.
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