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Luc rapporte une réaction surprenante de la part des apôtres qui viennent de subir la flagellation. Cette sanction avait pour but de les intimider et de les contraindre à cesser de prêcher au nom de Jésus. Pourtant, loin d’être découragés ou révoltés par cette injustice, les disciples quittent le Sanhédrin remplis de joie ( Actes des apôtres 5.41 ). Une telle attitude ne peut s’expliquer que par la manière dont ils interprétaient spirituellement les événements qu’ils venaient de traverser.
Ils se réjouissaient d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le nom de Jésus ( Actes des apôtres 5.41 ). Cette attitude rappelle les paroles du Seigneur qui avait averti ses disciples que le serviteur n’est pas plus grand que son maître et que, si le monde l’avait persécuté, ses disciples connaîtraient eux aussi l’opposition et les persécutions ( Jean 15.18-20 ). Jésus avait également déclaré heureux ceux qui seraient insultés et persécutés à cause de lui, car leur récompense serait grande dans les cieux ( Matthieu 5.11-12 ; Luc 6.22-23 ).
Ainsi, cette épreuve ne constituait pas, à leurs yeux, une défaite, mais plutôt la confirmation qu’ils marchaient sur les traces de leur Maître. En partageant ses souffrances, ils participaient d’une certaine manière à son témoignage. Quelques années plus tard, Pierre lui-même exhortera les croyants à se réjouir lorsqu’ils ont part aux souffrances du Christ ( 1 Pierre 4.13-16 ).
Les menaces et les châtiments infligés par les autorités juives produisirent donc un effet exactement inverse de celui qui était recherché. Les disciples avaient déjà fait l’expérience de la délivrance miraculeuse accordée par Dieu ( Actes des apôtres 5.19-20 ) et savaient désormais, de manière concrète, que le Seigneur accompagnait leur ministère. Cette certitude ne fit qu’accroître leur détermination et leur courage.
Luc souligne qu’après leur libération ils ne cessèrent nullement leur activité. Chaque jour, ils poursuivaient leur œuvre aussi bien dans le Temple que dans les maisons ( Actes des apôtres 5.42 ). Les grands rassemblements publics permettaient d’annoncer l’Évangile au peuple, tandis que les maisons particulières servaient vraisemblablement de lieux de réunion pour les croyants de Jérusalem, comme cela était déjà le cas auparavant ( Actes des apôtres 2.42-46 ). Ces assemblées domestiques jouèrent un rôle essentiel dans le développement de l’Église naissante et préfigurent les Églises de maison mentionnées plus tard dans le Nouveau Testament ( Romains 16.5 ; Colossiens 4.15 ).
Luc précise d’ailleurs que les apôtres ne cessaient « d’enseigner et d’annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ » ( Actes des apôtres 5.42 ). Cette double activité montre que leur ministère ne se limitait pas à l’évangélisation des non-convertis. Ils veillaient également à l’instruction et à l’édification spirituelle des nouveaux croyants. Depuis le commencement, l’Église de Jérusalem associait ainsi la proclamation de l’Évangile à la formation des disciples ( Actes des apôtres 2.42 ).
Le centre de leur message demeurait inchangé : Jésus était le Christ, le Messie promis par les Écritures ( Actes des apôtres 5.42 ). Ni les menaces, ni les emprisonnements, ni les châtiments corporels ne purent arrêter l’expansion du christianisme naissant. Au contraire, les premières persécutions contribuèrent à fortifier davantage la foi et le zèle des témoins du Seigneur. Les autorités religieuses découvrirent ainsi, comme Gamaliel l’avait lui-même pressenti, qu’il était impossible de renverser une œuvre qui puisait sa force dans l’action de Dieu ( Actes des apôtres 5.38-39 ).
Ainsi, les efforts déployés par les autorités religieuses pour faire taire les apôtres produisirent l’effet inverse de celui recherché. L’Église naissante sortit fortifiée de cette épreuve, et les événements à venir montreront que rien ne pouvait empêcher l’accomplissement du programme annoncé par Jésus ( Actes des apôtres 1.8 ).