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Après toutes ces péripéties, les apôtres se retrouvent une nouvelle fois devant le Sanhédrin, l’assemblée qui représente les plus hautes autorités religieuses et politiques de la nation juive sous la domination romaine. Le contraste est saisissant. D’un côté se tiennent les apôtres, de simples hommes du peuple, pour la plupart originaires de Galilée et dépourvus de formation rabbinique reconnue ( Actes des apôtres 4.13 ) ; de l’autre, les grands prêtres, les anciens et les scribes, revêtus de leurs vêtements d’apparat et investis d’une autorité considérable. Tout semble indiquer où résident le pouvoir et l’autorité, et l’on pourrait penser qu’il est impossible de résister à une telle pression psychologique.
Pourtant, les apparences sont trompeuses. Le véritable pouvoir ne se trouve pas nécessairement là où les hommes l’imaginent. Derrière le prestige du Sanhédrin se cache une profonde impuissance face à l’action souveraine de Dieu et à l’œuvre du Saint-Esprit.
C’est Caïphe, le souverain sacrificateur issu du parti des sadducéens, qui prend l’initiative de l’interrogatoire. Son reproche est sans équivoque : « Nous vous avions formellement défendu d’enseigner en ce nom-là, et voici que vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire retomber sur nous le sang de cet homme » ( Actes des apôtres 5.28 ). Fait remarquable, il évite même de prononcer le nom de Jésus et désigne celui-ci par l’expression « cet homme ». Sans doute refuse-t-il d’accorder la moindre reconnaissance à celui qu’il considère toujours comme un imposteur. Celui dont il ne veut pas prononcer le nom est pourtant celui dont les apôtres proclament désormais le message dans toute la ville.
Pierre prend alors la parole au nom de tous les apôtres. Sa réponse témoigne d’une remarquable assurance et d’une profonde fidélité aux Écritures. Reprenant un principe fondamental du judaïsme, il affirme : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » ( Actes des apôtres 5.29 ). Les apôtres ne se considèrent pas comme des rebelles, mais comme des serviteurs de Dieu accomplissant la mission que le Christ ressuscité leur a confiée ( Matthieu 28.19-20 ). Leur obéissance au Seigneur Jésus manifeste implicitement leur reconnaissance de son autorité divine.
Pierre poursuit alors son témoignage en proclamant que Jésus, rejeté et mis à mort par les autorités juives, a été ressuscité par Dieu et élevé à sa droite comme Prince et Sauveur afin d’accorder à Israël la repentance et le pardon des péchés ( Actes des apôtres 5.30-31 ). Au cœur même du tribunal qui avait condamné Jésus quelques semaines auparavant, l’Évangile est annoncé avec une hardiesse extraordinaire. Les apôtres ne cherchent pas à assurer leur défense ni à obtenir leur acquittement ; ils remplissent simplement leur mission de témoins du Christ ( Actes des apôtres 1.8 ).
À l’écoute de ces paroles, les membres du parti sacerdotal sont profondément exaspérés. Incapables de réfuter le témoignage des apôtres ou de nier les miracles qui les accompagnent, ils sont saisis d’une violente colère et envisagent de les faire mourir ( Actes des apôtres 5.33 ). Cette réaction annonce celle qui conduira quelques mois plus tard au martyre d’Étienne ( Actes des apôtres 7.54-60 ). Bien que le Sanhédrin ne possédât plus officiellement le droit d’exécuter une sentence capitale sans l’approbation des autorités romaines ( Jean 18.31 ), il pouvait néanmoins favoriser ou tolérer certaines violences, comme le démontreront les événements ultérieurs.
Un élément apparaît désormais avec évidence : les autorités religieuses commencent à perdre progressivement le contrôle des événements. Leur prestige est ébranlé, leurs menaces ne produisent plus l’effet recherché et des divergences profondes existent entre les différents courants qui composent le Sanhédrin. Ces divisions apparaîtront d’ailleurs au grand jour lors de l’intervention de Gamaliel ( Actes des apôtres 5.34-39 ). À l’inverse, les apôtres manifestent une unité et une assurance remarquables. Une fois encore, l’action du Saint-Esprit triomphe de l’opposition humaine, et rien ne semble pouvoir arrêter la progression de l’Évangile conformément aux promesses du Seigneur ( Actes des apôtres 1.8 ; Actes des apôtres 6.7 ).