Après toutes ces péripéties, les apôtres se retrouvent une nouvelle fois devant le , l'assemblée qui représente les plus hautes autorités religieuses de la nation juive sous la domination romaine ( Actes des apôtres 5.27 ). Le contraste est saisissant. D'un côté se tiennent les apôtres, de simples hommes du peuple, pour la plupart originaires de Galilée et dépourvus de formation rabbinique reconnue ( Actes des apôtres 4.13 ) ; de l'autre, les grands prêtres, les anciens et les scribes, investis d'une autorité considérable.
D'un point de vue humain, tout semble indiquer où résident le pouvoir et l'autorité. Pourtant, les apparences sont trompeuses. Dans la perspective de Luc, le véritable pouvoir ne se trouve pas nécessairement du côté des institutions humaines. Derrière le prestige du se cache une profonde impuissance face à l'action souveraine de Dieu et à l'œuvre du Saint-Esprit ( Actes des apôtres 4.29-31 ; Actes des apôtres 5.39 ).
C'est Caïphe, le souverain sacrificateur issu du , qui prend l'initiative de l'interrogatoire. Son reproche est sans équivoque :
« Nous vous avions formellement défendu d'enseigner en ce nom-là, et voici que vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire retomber sur nous le sang de cet homme » ( Actes des apôtres 5.28 ).
Fait remarquable, le grand prêtre évite même de prononcer le nom de Jésus et désigne celui-ci par l'expression « cet homme ». Celui dont il refuse de prononcer le nom est pourtant celui dont les apôtres proclament désormais le message dans toute la ville. Paradoxalement, son accusation constitue également un aveu involontaire du succès de la prédication apostolique, puisque Jérusalem a été « remplie » de cet enseignement.
Cette référence au « sang de cet homme » est également significative. Quelques semaines plus tôt, les autorités religieuses avaient demandé la condamnation de Jésus devant Pilate ( Jean 19.6-16 ), et la foule avait déclaré : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants » ( Matthieu 27.25 ). Désormais, les chefs juifs cherchent à se dégager de toute responsabilité dans cette condamnation.
Pierre prend alors la parole au nom de tous les apôtres. Sa réponse témoigne d'une remarquable assurance et d'une profonde fidélité à Dieu. Reprenant un principe fondamental du judaïsme, il affirme :
« Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » ( Actes des apôtres 5.29 ).
Les apôtres ne se considèrent pas comme des rebelles ou des révolutionnaires. Ils se voient avant tout comme des serviteurs chargés d'accomplir la mission que le Christ ressuscité leur a confiée ( Matthieu 28.19-20 ; Actes des apôtres 1.8 ). Leur obéissance au Seigneur Jésus manifeste implicitement leur reconnaissance de son autorité divine.
Cette déclaration rappelle les paroles de Jésus lui-même, qui avait averti ses disciples qu'ils seraient traduits devant les tribunaux et qu'ils auraient à rendre témoignage devant les autorités ( Matthieu 10.17-20 ; Luc 21.12-15 ).
Pierre poursuit son discours en proclamant que Jésus, rejeté et mis à mort, a été ressuscité par Dieu et élevé à sa droite comme Prince et Sauveur afin d'accorder à Israël la repentance et le pardon des péchés ( Actes des apôtres 5.30-31 ).
Ce résumé de l'Évangile reprend plusieurs thèmes déjà développés dans les précédents discours apostoliques ( Actes des apôtres 2.22-24 ; Actes des apôtres 3.13-15 ). Une nouvelle fois, la responsabilité des autorités dans la mort de Jésus est rappelée, mais cette accusation est immédiatement accompagnée de l'annonce de la grâce divine. Même ceux qui ont participé au rejet du Messie sont encore appelés à la repentance et peuvent recevoir le pardon des péchés ( Actes des apôtres 3.17-19 ).
Il est remarquable que les apôtres ne cherchent pas à assurer leur propre défense. Leur priorité demeure l'annonce de l'Évangile. Devant le même tribunal qui avait condamné Jésus quelques semaines auparavant ( Jean 18.13-24 ), ils accomplissent leur mission de témoins du Christ ( Actes des apôtres 1.8 ).
À l'écoute de ces paroles, les membres du parti sacerdotal sont profondément exaspérés. Luc rapporte qu'ils furent « transportés de rage » et qu'ils délibéraient sur les moyens de faire mourir les apôtres ( Actes des apôtres 5.33 ).
Cette réaction annonce déjà celle qui conduira quelques mois plus tard au martyre d'Étienne. Là encore, l'incapacité à réfuter le témoignage chrétien se transformera en violence ( Actes des apôtres 7.54-60 ). Dans les deux cas, la proclamation de Jésus ressuscité provoque une hostilité croissante des autorités religieuses.
Bien que le ne possédât plus officiellement le droit d'exécuter une sentence capitale sans l'approbation des autorités romaines ( Jean 18.31 ), certains épisodes ultérieurs montreront que des violences pouvaient néanmoins être tolérées ou encouragées dans certaines circonstances.
Un autre élément mérite également d'être souligné. Dans la perspective de Luc, les autorités religieuses apparaissent de plus en plus incapables d'enrayer la progression du mouvement chrétien. Les menaces adressées aux apôtres n'ont produit aucun résultat, les interdictions prononcées par le sont restées sans effet et les disciples continuent à enseigner avec une assurance croissante ( Actes des apôtres 4.18-20 ; Actes des apôtres 5.28 ).
Par ailleurs, le n'apparaît plus comme un bloc parfaitement homogène. Rien ne permet certes d'affirmer qu'une division ouverte existe déjà, mais le récit laisse entrevoir des sensibilités différentes au sein de l'assemblée. Ces divergences se manifesteront plus clairement lors de l'intervention de ( Actes des apôtres 5.34-39 ) et apparaîtront ouvertement plusieurs années plus tard lors du procès de Paul, lorsque et s'opposeront publiquement ( Actes des apôtres 23.6-10 ).
À l'inverse, les apôtres manifestent une remarquable unité et une grande assurance. Leur attitude contraste fortement avec l'embarras et les hésitations de leurs adversaires. Une fois encore, Luc met en évidence l'action souveraine de Dieu et l'œuvre du Saint-Esprit, qui permettent aux témoins du Christ de poursuivre leur mission malgré les oppositions ( Actes des apôtres 4.29-31 ).
L'un des grands thèmes du livre des Actes apparaît ainsi avec une clarté croissante : la progression irrésistible de la Parole de Dieu. Depuis la promesse du Christ avant son ascension ( Actes des apôtres 1.8 ), rien ne semble pouvoir empêcher l'expansion de l'Évangile. Cette idée reviendra régulièrement au cours du récit ( Actes des apôtres 6.7 ; Actes des apôtres 12.24 ; Actes des apôtres 19.20 ; Actes des apôtres 28.30-31 ).
Quelques versets plus loin, formulera lui-même ce principe en déclarant : « Si cette œuvre vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire » ( Actes des apôtres 5.39 ). Dans la perspective de Luc, les persécutions, les menaces et les emprisonnements ne constituent donc pas des obstacles susceptibles de compromettre le dessein divin. Au contraire, ils contribuent paradoxalement à mettre en évidence la souveraineté de Dieu et l'efficacité de sa Parole ( Esaïe 55.11 ).
( Actes des apôtres 1.8 ) ; ( Actes des apôtres 6.7 ) ; ( Actes des apôtres 12.24 ) ; ( Actes des apôtres 19.20 ) ; ( Actes des apôtres 28.30-31 ) – La progression de l'Évangile
( Actes des apôtres 2.22-24 ) ; ( Actes des apôtres 3.13-15 ) ; ( Actes des apôtres 3.17-19 ) ; ( Actes des apôtres 5.30-31 ) – La prédication apostolique et le salut en Jésus-Christ
( Actes des apôtres 4.13 ) – Les apôtres devant les autorités religieuses
( Actes des apôtres 4.18-20 ) ; ( Actes des apôtres 5.28 ) ; ( Actes des apôtres 5.29 ) – L'interdiction de prêcher et l'obéissance à Dieu
( Actes des apôtres 4.29-31 ) ; ( Actes des apôtres 5.39 ) – L'action souveraine de Dieu et du Saint-Esprit
( Actes des apôtres 5.27 ) – La comparution des apôtres devant le
( Actes des apôtres 5.33 ) ; ( Actes des apôtres 7.54-60 ) – La colère du et le martyre d'Étienne
( Actes des apôtres 5.34-39 ) ; ( Actes des apôtres 23.6-10 ) – Les divisions au sein du
( Esaïe 55.11 ) – L'efficacité de la Parole de Dieu
( Matthieu 10.17-20 ) ; ( Luc 21.12-15 ) – Les disciples traduits devant les autorités
( Matthieu 27.25 ) ; ( Jean 19.6-16 ) – La responsabilité des autorités dans la condamnation de Jésus
( Matthieu 28.19-20 ) – La mission confiée aux disciples
( Jean 18.13-24 ) – Jésus devant le grand prêtre
( Jean 18.31 ) – Les limites du pouvoir judiciaire du
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