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Les membres du Sanhédrin, avec Anne et Caïphe à leur tête, font sortir Pierre et Jean afin de délibérer. Placés dans une situation embarrassante, ils cherchent avant tout un moyen de préserver leur autorité et leur crédibilité. L’évidence du miracle accompli au nom de Jésus les empêche de condamner ouvertement les deux apôtres ( Actes des apôtres 4.16 ). Pourtant, malgré les faits qui s’imposent à eux, ils refusent d’en tirer les conséquences spirituelles et de reconnaître que Dieu agit à travers ces disciples.
Leur attitude rappelle celle qu’ils avaient déjà adoptée face au ministère de Jésus. Malgré les nombreux miracles dont ils avaient été témoins, ils avaient refusé de croire et avaient finalement obtenu sa condamnation ( Jean 11.47-53 ). Quelques semaines plus tard, leur position n’a guère évolué. Cependant, tous les membres du Conseil ne partageaient pas nécessairement cette hostilité. Les Évangiles mentionnent en effet Joseph d’Arimathée, membre du Sanhédrin, qui attendait le royaume de Dieu ( Marc 15.43 ), ainsi que Nicodème, qui manifesta progressivement sa foi en Jésus ( Jean 3.1-2 ; Jean 19.39 ). Il n’est donc pas impossible que d’autres membres de cette haute assemblée aient commencé à reconsidérer une position davantage politique que spirituelle.
La décision du Sanhédrin révèle son embarras. Incapables de nier le miracle et craignant la réaction du peuple qui glorifie Dieu pour ce qui vient de se produire ( Actes des apôtres 4.21 ), les autorités renoncent à toute condamnation et se contentent d’interdire à Pierre et à Jean de parler et d’enseigner au nom de Jésus ( Actes des apôtres 4.18 ). La réponse des deux apôtres est immédiate et sans équivoque :
« Est-il juste, devant Dieu, de vous écouter, vous, plutôt que Dieu ? Jugez-en vous-mêmes. Quant à nous, nous ne pouvons pas ne pas annoncer ce que nous avons vu et entendu » ( Actes des apôtres 4.19-20 ).
Les menaces des autorités semblent désormais avoir perdu toute efficacité sur Pierre et Jean. Quelques semaines auparavant, la peur avait conduit les disciples à se cacher ( Jean 20.19 ). Désormais, fortifiés par le Saint-Esprit ( Actes des apôtres 4.8 ), les deux apôtres comprennent que leur véritable autorité vient de Dieu et non des hommes. Leur obéissance au Seigneur passe désormais avant toute autre considération.
Luc met également en lumière l’embarras et l’incohérence des autorités religieuses. Contrairement à ce qui s’était produit durant le ministère de Jésus, elles ne prétendent pas que ce miracle provient de Béelzébul ( Matthieu 12.24 ). Elles reconnaissent au contraire qu’un miracle incontestable a été accompli ( Actes des apôtres 4.16 ). Cependant, cette reconnaissance intellectuelle ne conduit pas à la repentance. En refusant d’accepter les conséquences spirituelles de ce qu’ils constatent, elles se ferment elles-mêmes l’accès au royaume de Dieu.
Enfin, Luc ajoute un détail significatif : l’homme guéri était âgé de plus de quarante ans ( Actes des apôtres 4.22 ). Connu depuis longtemps comme infirme de naissance, il constituait un témoin vivant de la réalité du miracle. Sa présence aux côtés de Pierre et de Jean rendait toute contestation impossible. Après avoir accompagné les deux apôtres devant le tribunal, cet homme disparaît silencieusement du récit. Il ne prononce aucune parole et son nom même ne nous est pas connu. Comme beaucoup de bénéficiaires des miracles rapportés dans les Écritures, il demeure dans l’anonymat, laissant toute la place au témoignage rendu au Christ ressuscité.