Synopse
Péricope 330
PER330 - La troupe conduite par Judas l'Iscariote arrive

Consultation

Vous pouvez consulter l’annexe ANN027 : Le dernier repas de Pñque

Vous pouvez consulter l’annexe ANN028 : La journĂ©e juive au temps de JĂ©sus

Vous pouvez consulter l’annexe ANN026 : L’heure de la crucifixion

Textes bibliques

Matthieu 26.46-47 (Louis Segond S21)

Levez-vous, allons-y! Celui qui me trahit s'approche.»

Il parlait encore quand Judas, l'un des douze, arriva avec une foule nombreuse armĂ©e d'Ă©pĂ©es et de bĂątons, envoyĂ©e par les chefs des prĂȘtres et par les anciens du peuple.

Marc 14.42-43 (Louis Segond S21)

Levez-vous, allons-y! Celui qui me trahit s'approche.»

Il parlait encore quand soudain arriva Judas, l'un des douze, avec une foule armĂ©e d'Ă©pĂ©es et de bĂątons envoyĂ©e par les chefs des prĂȘtres, par les spĂ©cialistes de la loi et par les anciens.

Luc 22.47-48 (Louis Segond S21)

Il parlait encore quand une foule arriva. Celui qui s'appelait Judas, l'un des douze, marchait devant elle. Il s'approcha de Jésus pour l'embrasser.

Jésus lui dit: «Judas, c'est par un baiser que tu trahis le Fils de l'homme!»

Jean 18.2-3 (Louis Segond S21)

Judas, celui qui le trahissait, connaissait aussi l'endroit parce que Jésus et ses disciples s'y étaient souvent réunis.

Judas prit donc la troupe de soldats romains ainsi que des gardes envoyĂ©s par les chefs des prĂȘtres et les pharisiens, et il s'y rendit avec des lanternes, des torches et des armes.

Détails techniques

Lieu : Le jardin de Gethsémané au pied du Mont de Oliviers en face de la ville de Jérusalem

Date : le vendredi 1er avril, le matin trĂšs tĂŽt

Mode opératoire : Nous suivons maintenant Marc

Note sur le mode opératoire : Matthieu, Luc et Jean notent aussi cet événement

La troupe de soldats menĂ©e par l’apĂŽtre Judas l’Iscariote arrive afin d’arrĂȘter le Messie JĂ©sus.

Commentaires

Détails chronologiques, selon nos conclusions :

_8 Ils vont s’arrĂȘter en bas du mont des Oliviers, au jardin de GethsĂ©manĂ©. Matthieu 26.36 ; Marc 14.32 .

_9 Ils passent une heure dans la priĂšre, de 2 h Ă  3 h. Matthieu 26.40 .

_10 La troupe menĂ©e par Judas Iscariote arrive. Nous sommes toujours la nuit de jeudi, avant l’aube du vendredi, vers 3 h. Marc 14.43-52 ; Matthieu 26.47-56 ; Luc 22.47-53 ; Jean 18.2-12 .

_11 L’arrestation a lieu à ce moment-là, vers 3 h 30. Nous sommes à environ 1 km du Temple. Matthieu 26.47 ; Marc 14.43 ; Luc 22.47 ; Jean 18.3 .

Vous pouvez consulter l’intĂ©gralitĂ© de cette chronologie dans l’étude ANN026 : L’heure de la crucifixion.

 

Commentaire :

Dans ces quatre passages, nous sommes au moment dĂ©cisif oĂč la passion du Messie JĂ©sus entre dans sa phase visible et irrĂ©versible. AprĂšs la priĂšre Ă  GethsĂ©manĂ©, le Messie JĂ©sus ne cherche plus Ă  Ă©viter l’affrontement. Au contraire, il se livre volontairement Ă  ce qui doit arriver. En Matthieu et Marc, il dit Ă  ses disciples de se lever, car celui qui le livre est proche. Cette parole montre que le Messie JĂ©sus n’est pas surpris par l’arrivĂ©e de Judas ; il sait ce qui vient et marche consciemment vers l’accomplissement des Ecritures ( Matthieu 26.45-46 ) ( Marc 14.41-42 ) ( Jean 18.4 ).

Il y a quelque chose d’étonnant dans le comportement de Judas l’Iscariote. Il ne conduit pas la troupe Ă  la maison de Marie oĂč le repas avait vraisemblablement eu lieu, lieu qu’il connaissait pourtant puisqu’il venait de le quitter. Il mĂšne les soldats au jardin des Oliviers, dans ce lieu de retraite habituel oĂč le Messie JĂ©sus se rendait souvent avec ses disciples. Jean le souligne explicitement : Judas connaissait cet endroit, parce que le Messie JĂ©sus s’y Ă©tait souvent rĂ©uni avec eux ( Jean 18.2 ). Cela peut suggĂ©rer que Judas ne cherchait pas d’abord Ă  livrer tout le groupe, mais Ă  dĂ©signer le Messie JĂ©sus dans un lieu oĂč il serait plus isolĂ©, en dehors de la foule et peut-ĂȘtre mĂȘme Ă  l’écart de certains sympathisants.

Cette hypothĂšse n’est pas absurde. On peut se demander si Judas voulait, d’une certaine maniĂšre, prĂ©server les autres disciples pour n’atteindre que le Messie JĂ©sus. D’ailleurs, dans l’Evangile de Jean, le Messie JĂ©sus lui-mĂȘme protĂšge les siens au moment de l’arrestation en disant :

Jean 18.8 (Louis Segond S21) :
Jésus répondit: «Je vous ai dit que c'est moi. Si donc c'est moi que vous cherchez, laissez partir ceux-ci.»

Cela correspond Ă  la parole selon laquelle aucun de ceux que le PĂšre lui a donnĂ©s ne devait ĂȘtre perdu ( Jean 18.9 ), ( Jean 17.12 ). MĂȘme si Judas trahit son maĂźtre, il n’est pas impossible qu’il ait pensĂ© limiter la portĂ©e immĂ©diate de son acte. Mais cette Ă©ventuelle nuance ne diminue en rien la gravitĂ© de sa trahison, car il livre dĂ©libĂ©rĂ©ment le Messie entre les mains de ses ennemis ( Luc 22.48 ), ( Actes des apĂŽtres 1.16-18 ).

Mais, les autoritĂ©s religieuses n’auraient pas pu s’arrĂȘter au Messie JĂ©sus seulement. AprĂšs la mort du Messie, elles auraient forcĂ©ment eu intĂ©rĂȘt Ă  remonter vers le cercle de ses disciples pour Ă©touffer tout le mouvement messianique naissant. C’est bien ce que montre la suite du rĂ©cit dans les Actes : les chefs religieux poursuivront les apĂŽtres, chercheront Ă  les faire taire, les arrĂȘteront et les menaceront ( Actes des apĂŽtres 4.1-3 ), ( Actes des apĂŽtres 5.17-18 ), ( Actes des apĂŽtres 5.40 ). L’intention des autoritĂ©s n’était donc pas seulement de neutraliser un homme isolĂ©, mais d’éteindre ce qu’elles percevaient comme un danger religieux, thĂ©ologique et peut-ĂȘtre politique ( Jean 11.47-50 ).

Le fait que Judas utilise un baiser a souvent paru surprenant, puisque le Messie JĂ©sus Ă©tait une personnalitĂ© publique trĂšs connue. Il enseignait dans le Temple, au vu de tous, et le Messie JĂ©sus lui-mĂȘme rappelle qu’il parlait chaque jour publiquement sans qu’on l’arrĂȘte ( Matthieu 26.55 ), ( Marc 14.49 ), ( Luc 22.53 ). Pourtant, ce geste avait une utilitĂ© prĂ©cise.

D’abord, l’arrestation se dĂ©roule de nuit, dans un jardin, dans des conditions de visibilitĂ© rĂ©duite, avec un groupe d’hommes armĂ©s et une certaine tension. Il fallait un signe convenu Ă  l’avance pour Ă©viter toute confusion ( Marc 14.44 ). Ensuite, il Ă©tait important dans le cadre de la procĂ©dure que le dĂ©nonciateur dĂ©signe lui-mĂȘme l’homme Ă  arrĂȘter. Judas devient ainsi le tĂ©moin-acteur de l’identification. Les autoritĂ©s peuvent alors apparaĂźtre comme n’exĂ©cutant qu’une arrestation lĂ©galement fondĂ©e sur une dĂ©nonciation ciblĂ©e, et non comme une opĂ©ration arbitraire.

Cette prĂ©cision Ă©claire aussi leur maniĂšre d’agir pendant la fĂȘte de la PĂąque. ArrĂȘter le Messie JĂ©sus en pleine pĂ©riode sacrĂ©e pouvait choquer. Les chefs avaient d’ailleurs cherchĂ© Ă  Ă©viter une arrestation publique pendant la fĂȘte, par peur d’un tumulte parmi le peuple ( Matthieu 26.3-5 ), ( Marc 14.1-2 ), ( Luc 22.2 ).

Le recours Ă  Judas permettait une intervention discrĂšte, de nuit, loin des foules, tout en donnant Ă  l’opĂ©ration une apparence de lĂ©galitĂ© religieuse. On peut dire qu’ils voulaient montrer qu’ils n’agissaient pas contre un innocent, mais contre un homme dĂ©signĂ© comme dangereux. Ainsi, selon leur logique, ils ne faisaient qu’appliquer la loi. Cela leur permettait de justifier une action mĂȘme durant la grande fĂȘte.

Il faut aussi remarquer le contraste moral saisissant que Luc met en lumiĂšre. Judas s’approche pour embrasser le Messie JĂ©sus, qui lui rĂ©pond :

Luc 22.47-48 (Louis Segond S21) :
Il parlait encore quand une foule arriva. Celui qui s'appelait Judas, l'un des douze, marchait devant elle. Il s'approcha de Jésus pour l'embrasser.Jésus lui dit: «Judas, c'est par un baiser que tu trahis le Fils de l'homme!»

Le baiser, signe d’affection, d’honneur et de proximitĂ©, devient l’instrument de la trahison. C’est l’un des aspects les plus tragiques de la scĂšne : le symbole de l’amitiĂ© est dĂ©tournĂ© pour livrer le juste. Cela rappelle la douleur exprimĂ©e dans les psaumes devant la trahison venant d’un proche, non d’un ennemi dĂ©clarĂ© ( Psaumes 41.10 ), ( Psaumes 55.13-15 ). Matthieu accentue encore cette ironie douloureuse lorsque Judas dit : « Salut, Rabbi ! » avant de l’embrasser ( Matthieu 26.49 ). La politesse extĂ©rieure cache ici une rupture intĂ©rieure totale.

Jean apporte des dĂ©tails supplĂ©mentaires trĂšs importants. Il ne mentionne pas le baiser, sans doute parce qu’il veut mettre l’accent sur la souverainetĂ© du Messie JĂ©sus. Judas vient avec une cohorte et des gardes fournis par les principaux sacrificateurs et les pharisiens, munis de lanternes, de torches et d’armes ( Jean 18.3 ). Cette mise en scĂšne suggĂšre qu’ils s’attendent Ă  arrĂȘter quelqu’un de dangereux ou Ă  devoir maĂźtriser une rĂ©sistance. Pourtant, le Messie JĂ©sus prend l’initiative. Il s’avance et demande : « Qui cherchez-vous ? » ( Jean 18.4 ). Quand ils rĂ©pondent : « JĂ©sus de Nazareth », il dĂ©clare : « C’est moi », et ils reculent et tombent par terre ( Jean 18.5-6 ). Ce dĂ©tail montre que le Messie JĂ©sus n’est pas capturĂ© parce qu’il est impuissant, mais parce qu’il consent Ă  se livrer. Sa passion n’est pas un accident subi ; elle est une offrande volontaire ( Jean 10.17-18 ).

Ainsi, les quatre rĂ©cits se complĂštent admirablement. Matthieu et Marc insistent sur l’imminence de l’heure et sur la trahison qui approche. Luc souligne la gravitĂ© spirituelle du baiser de Judas et la dignitĂ© de JĂ©sus au cƓur de l’injustice. Jean met en lumiĂšre la connaissance du lieu par Judas, l’organisation de l’arrestation, et surtout la maĂźtrise totale du Messie JĂ©sus sur les Ă©vĂ©nements. Ensemble, ils montrent que la trahison de Judas est rĂ©elle, la culpabilitĂ© des autoritĂ©s est entiĂšre, mais que tout cela s’inscrit aussi dans le dessein souverain de Dieu pour le salut du monde ( Actes des apĂŽtres 2.23 ), ( Actes des apĂŽtres 4.27-28 ).

Sur le plan thĂ©ologique, ce moment rĂ©vĂšle Ă  la fois le pĂ©chĂ© humain et l’amour divin. L’homme trahit, manipule, ment, arrĂȘte injustement. Mais Dieu, Ă  travers mĂȘme cette noirceur, accomplit son projet de rĂ©demption. Le Messie JĂ©sus va librement vers son arrestation, puis vers sa mort, non parce qu’il est vaincu, mais parce qu’il vient sauver. C’est ici que la passion rejoint le cƓur de l’Evangile :

Jean 3.16-17 (Louis Segond S21) :
En effet, Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Le jardin de l’arrestation est donc dĂ©jĂ  le seuil du salut.

En rĂ©sumĂ©, le choix du lieu par Judas n’est probablement pas anodin. Il connaissait les habitudes de JĂ©sus et utilise cette connaissance pour permettre une arrestation discrĂšte, hors de la foule. On peut se demander s’il cherchait Ă  atteindre le Messie JĂ©sus seul, sans exposer immĂ©diatement les autres disciples. Le baiser, quant Ă  lui, n’était pas inutile malgrĂ© la notoriĂ©tĂ© de JĂ©sus : il servait de signe d’identification prĂ©cis, et donnait Ă  l’arrestation un cadre formel qui pouvait ĂȘtre prĂ©sentĂ© comme lĂ©gal. Enfin, ces rĂ©cits montrent surtout que, derriĂšre la trahison de Judas et la manƓuvre des autoritĂ©s, le Messie JĂ©sus demeure le maĂźtre de la situation, avançant volontairement vers l’heure pour laquelle il Ă©tait venu ( Matthieu 20.28 ), ( Jean 12.27 ), ( Jean 18.11 ).

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