Synopse
Péricope 313
PER313 - Le Messie Jésus lave les pieds de ses disciples

Consultation

Vous pouvez consulter l’annexe ANN027 : Le dernier repas de Pâque

Vous pouvez consulter l’annexe ANN028 : La journée juive au temps de Jésus

Vous pouvez consulter l’annexe ANN033 : Les dernières journées avant la crucifixion

Textes bibliques

Matthieu (Louis Segond S21) non cité dans le livre
Marc (Louis Segond S21) non cité dans le livre
Luc (Louis Segond S21) non cité dans le livre
Jean 13.4-11 (Louis Segond S21)

Il se leva de table, quitta ses vêtements et prit un linge qu'il mit autour de sa taille.

Ensuite il versa de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu'il avait autour de la taille.

Il arriva donc vers Simon Pierre qui lui dit: «Toi, Seigneur, tu me laves les pieds!»

Jésus lui répondit: «Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le comprendras par la suite.»

Pierre lui dit: «Non, jamais tu ne me laveras les pieds.» Jésus lui répondit: «Si je ne te lave pas, tu n'auras pas de part avec moi.»

Simon Pierre lui dit: «Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête!»

Jésus lui dit: «Celui qui s'est baigné n'a besoin que de se laver les pieds pour être entièrement pur, et vous êtes purs, mais pas tous.»

En effet, il connaissait celui qui était prêt à le trahir; voilà pourquoi il dit: «Vous n'êtes pas tous purs.»

Détails techniques

Lieu : La ville de Jérusalem, la Maison d Marie mère de Jean-Marc

Date : le jeudi 31 mars 33, la nuit

Mode opératoire : Nous continuons avec Luc

Note sur le mode opératoire : Luc est le seul a noter cette dispute

Les disciples se disputent au sujet de la première place.

Commentaires

Détails chronologiques, selon nos conclusions :

_3 La maison est, selon nous, celle de Marie la mère de Jean surnommé Marc. Actes des apôtres 12.12  .

_4 Le repas de Pâque commence le jeudi soir, après 18 h. C’est déjà le vendredi pour les Juifs ( Marc 14.17 , Matthieu 26.20 , Luc 22.14-18 ) . Ce n’est donc pas le Seder officiel qui se déroulera le soir du vendredi Jean 18.28  .

Vous pouvez consulter l’intégralité de cette chronologie dans l’étude ANN026 : L’heure de la crucifixion.

 

Commentaire :

 

1- Un geste unique rapporté par l’Évangile de Jean

Parmi les quatre Évangiles, seul Jean rapporte le lavement des pieds des disciples ( Jean 13.1-17 ). Alors que les évangiles synoptiques mettent principalement l’accent sur l’institution de la Cène ( Matthieu 26.26-29 ; Marc 14.22-25 ; Luc 22.19-20 ), Jean choisit de rapporter un geste d’une portée théologique exceptionnelle.

Au cours du repas, Jésus se lève, dépose son manteau, prend un linge dont il se ceint, verse de l’eau dans un bassin et commence à laver les pieds de ses disciples ( Jean 13.4-5 ).

Dans le monde juif du Ier siècle, le lavement des pieds constituait un geste d’hospitalité rendu nécessaire par les déplacements sur des chemins poussiéreux. Il était habituellement accompli par un esclave, un serviteur ou, dans les familles les plus modestes, par une personne de condition inférieure ( Genèse 18.4 ; Genèse 19.2 ; Luc 7.44 ).

Que le Maître accomplisse lui-même ce service apparaît donc comme un renversement complet des valeurs humaines.

 

2- Le Maître devient serviteur

Par ce geste, Jésus ne donne pas seulement une leçon d’humilité.

Il révèle la nature même de sa mission.

Celui que les disciples reconnaissent comme le Messie et le Seigneur accepte volontairement la place du serviteur.

Cette attitude illustre parfaitement son propre enseignement :

Matthieu 23.11 (Louis Segond S21) :
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.

Elle accomplit également les paroles qu’il avait déjà prononcées :

« Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs » ( Matthieu 20.28 ; Marc 10.45 ).

Le lavement des pieds devient ainsi une anticipation visible du plus grand acte de service que Jésus accomplira quelques heures plus tard en offrant sa vie sur la croix.

 

3- L’incompréhension de Pierre

Comme souvent dans les Évangiles, Simon Pierre exprime spontanément ce que plusieurs disciples pensent sans oser le dire.

Profondément choqué, il refuse que son Maître accomplisse envers lui un geste réservé aux serviteurs :

Jean 13.6-8 (Louis Segond S21) :
Il arriva donc vers Simon Pierre qui lui dit: «Toi, Seigneur, tu me laves les pieds!»Jésus lui répondit: «Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le comprendras par la suite.»Pierre lui dit: «Non, jamais tu ne me laveras les pieds.» Jésus lui répondit: «Si je ne te lave pas, tu n'auras pas de part avec moi.»

Son refus ne traduit pas un manque d’amour, mais une compréhension encore incomplète de la mission du Christ.

À ses yeux, le Messie ne peut s’abaisser de cette manière.

Jésus lui répond cependant que la signification profonde de ce geste ne pourra être pleinement comprise qu’après sa mort, sa résurrection et le don du Saint-Esprit ( Jean 13.7 ; Jean 16.12-13 ).

 

4- « Si je ne te lave pas… »

La réponse de Jésus constitue le cœur théologique du récit :

« Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi » ( Jean 13.8 ).

Le lavement des pieds dépasse ici le simple geste d’hospitalité.

Il devient le symbole de l’œuvre purificatrice que seul le Christ peut accomplir.

L’homme ne peut entrer en communion avec Dieu par ses propres mérites.

Il doit être purifié par l’œuvre du Fils de Dieu.

Cette purification trouvera son accomplissement dans le sacrifice de la croix, où Jésus versera son sang pour le pardon des péchés ( Matthieu 26.28 ; Ephésiens 1.7 ; 1 Jean 1.7 ).

 

5- Le bain et le lavement des pieds

Toujours fidèle à son caractère spontané, Pierre change aussitôt d’attitude :

Jean 13.9 (Louis Segond S21) :
Simon Pierre lui dit: «Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête!»

Jésus lui répond :

« Celui qui est lavé n’a besoin que de se laver les pieds » ( Jean 13.10 ).

Le texte grec emploie ici deux verbes différents.

Le premier (louō) désigne un bain complet.

Le second (niptō) évoque le lavage d’une partie du corps, ici les pieds.

Cette distinction éclaire le sens de la parole de Jésus.

Celui qui appartient déjà au Christ est entièrement purifié devant Dieu.

Il n’a cependant pas cessé de vivre dans un monde marqué par le péché.

Comme les pieds se salissent au cours de la marche, le croyant a continuellement besoin de revenir au Seigneur afin que sa communion avec lui soit renouvelée ( 1 Jean 1.8-9 ).

Le texte ne traite donc pas de la perte ou du maintien du salut, mais de la purification quotidienne nécessaire à la vie du disciple.

 

6- Judas : une pureté seulement extérieure

Jésus ajoute immédiatement :

« Vous êtes purs, mais non pas tous » ( Jean 13.10 ).

Jean précise aussitôt que cette remarque concerne Judas Iscariot ( Jean 13.11 ).

Judas a reçu extérieurement le même service que les autres disciples.

Pourtant, son cœur demeure fermé.

Cette précision montre que la purification symbolisée par le lavement des pieds ne résulte pas d’un rite extérieur.

Elle suppose une foi véritable en Jésus-Christ.

Ainsi, Jean oppose discrètement deux réalités : une purification extérieure, visible, et la purification intérieure que seul le Christ peut accomplir.

 

7- Un exemple pour tous les disciples

Après avoir repris son vêtement, Jésus explique lui-même le sens pratique de son geste :

« Je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait » ( Jean 13.15 ).

Le Seigneur n’institue pas ici un nouveau rite destiné à remplacer les sacrements.

Il invite ses disciples à adopter la même attitude de service humble et désintéressé.

La grandeur dans le Royaume de Dieu ne consiste pas à dominer, mais à servir les autres ( Luc 22.24-27 ).

Cette leçon prépare directement le commandement nouveau qui suivra quelques instants plus tard :

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » ( Jean 13.34-35 ).

Le service devient ainsi l’expression concrète de l’amour chrétien.

 

8- Le lavement des pieds annonce la croix

Ce récit possède enfin une profonde portée christologique.

L’abaissement volontaire de Jésus au milieu de ses disciples annonce l’abaissement beaucoup plus profond qu’il accomplira à la croix.

En déposant son manteau, en prenant la condition du serviteur puis en reprenant ensuite son vêtement ( Jean 13.4 ; Jean 13.12 ), Jean décrit un mouvement qui rappelle celui développé par l’apôtre Paul :

Philippiens 2.6-8 (Louis Segond S21) :
lui qui est de condition divine, il n'a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver,mais il s'est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme,il s'est humilié lui-même en faisant preuve d'obéissance jusqu'à la mort, même la mort sur la croix.

Le Fils de Dieu s’abaisse volontairement afin d’accomplir le salut de l’humanité.

Le lavement des pieds constitue ainsi une parabole vivante de toute l’œuvre rédemptrice du Christ.

 

9- Une progression littéraire remarquable

Jean construit ce récit selon une progression particulièrement soignée.

Le lecteur passe successivement :

  • du geste concret de Jésus ( Jean 13.4-5 ) ;
  • à l’incompréhension de Pierre ( Jean 13.6-9 ) ;
  • puis à l’explication spirituelle ( Jean 13.10-11 ) ;
  • enfin à l’application pour tous les disciples ( Jean 13.12-17 ).

Cette progression conduit du visible vers l’invisible, de l’action vers son interprétation, puis de l’enseignement théologique à la mise en pratique.

Elle constitue l’une des plus belles constructions narratives de l’Évangile selon Jean.

 

10- L’humilité révèle la gloire du Fils

Le lavement des pieds résume admirablement la théologie johannique.

Celui qui est le Seigneur et le Maître ( Jean 13.13 ) choisit librement de devenir le serviteur de ses disciples.

Son humiliation n’est pas une diminution de sa gloire ; elle en constitue au contraire la plus parfaite manifestation.

En servant les siens jusqu’à s’agenouiller devant eux, Jésus révèle le véritable visage de Dieu : un Dieu qui aime, qui purifie et qui se donne lui-même pour le salut des hommes ( Jean 3.16-17 ; Jean 13.1 ).

Ainsi, ce geste ne constitue pas seulement un exemple moral. Il annonce déjà la croix, où le plus grand service rendu à l’humanité sera accompli par le sacrifice volontaire du Fils de Dieu.

Vous pouvez consulter l’annexe ANN128 : Le serviteur dans la Bible : du Serviteur de l’Éternel au lavement des pieds.

Voici quelques titres qui peuvent vous intéresser :

PER098 – Le sermon sur la montagne (14), le jeûne
PER131- La parabole du riche insensé
PER163- Mort de Jean le baptiste
PER077 – La guérison de l’homme à la main paralysée
PER109 – La guérison d’un lépreux après le sermon sur la montagnes
PER142- La comparaison avec la croissance de la semence
PER088 – Le sermon sur la montagne (4), la lumière du Monde
PER120 – Le témoignage de la famille du Messie Jésus
PER153- La guérison de la fille de Jaïrus interrompue
Navigation par thématique