Regardons les textes en question.
La question du nombre d’animaux utilisés lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem repose sur une divergence apparente entre les récits évangéliques : Marc et Luc mentionnent un seul animal, un ânon (Marcos 11.7 ; San Lucas 19.35), tandis que Matthieu évoque une ânesse et son petit (San Mateo 21.7). Une analyse attentive montre cependant qu’il ne s’agit pas d’une contradiction, mais d’une différence de focalisation narrative.
Les récits de Marc et de Luc se concentrent sur l’élément essentiel de la scène : Jésus est monté sur un ânon. Leur objectif est de mettre en évidence l’accomplissement de la prophétie messianique, sans s’attarder sur des détails secondaires. Matthieu, en revanche, s’adresse prioritairement à un public juif et souligne davantage le lien explicite avec les Écritures. Il mentionne ainsi la présence de deux animaux afin de rendre compte de manière plus littérale de la prophétie : « Voici, ton roi vient à toi […] monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse » (Zacarías 9.9 ; cf. Isaías 62.11).
La mention des deux animaux chez Matthieu ne signifie pas que Jésus ait monté successivement ou simultanément les deux, mais qu’ils étaient tous deux présents. Le texte précise que les disciples placèrent leurs vêtements sur eux et « le firent asseoir dessus » (San Mateo 21.7). Cette expression peut être comprise comme se référant aux vêtements plutôt qu’aux animaux eux-mêmes, indiquant que Jésus s’assit sur l’ânon recouvert de manteaux. Cette lecture est cohérente avec les récits parallèles de Marc et de Luc, qui ne mentionnent que l’ânon comme monture effective.
Par ailleurs, la présence de l’ânesse peut s’expliquer par des considérations pratiques : l’ânon, probablement jeune et encore dépendant de sa mère, aurait été plus facilement conduit en étant accompagné de celle-ci. Ce détail, bien que secondaire pour certains évangélistes, est retenu par Matthieu en raison de son intérêt pour l’accomplissement précis de la prophétie.
Enfin, l’ensemble des récits converge sur un point central : Jésus entre à Jérusalem en accomplissant délibérément les Écritures messianiques. Les disciples, quant à eux, semblent agir dans l’obéissance immédiate sans nécessairement percevoir sur le moment la portée prophétique de leurs actes (Juan 12.16).
En conclusion, Jésus est monté sur un seul animal, l’ânon, conformément au témoignage convergent de Marc et de Luc. La mention de deux animaux chez Matthieu constitue un apport complémentaire, destiné à souligner l’accomplissement des prophéties. Il n’y a donc aucune contradiction entre les récits, mais une présentation différenciée d’un même événement, selon les intentions théologiques et narratives propres à chaque évangéliste.