
Les Mages d’Orient à Bethléem
Pour plus d’informations
Introduction
Dans l’Orient ancien, des mages ont observé un phénomène céleste, qu’il soit de nature naturelle ou surnaturelle. Ils interprétèrent ce signe comme l’annonce de la naissance d’un roi, un événement qui dura apparemment plusieurs mois. Poussés par cette observation, ils se lancèrent dans un long périple, suivant la direction de cette étoile, dans l’espoir de rencontrer ce nouveau-né royal.
Bien que certains exégètes considèrent ce récit comme légendaire, destiné à souligner la naissance exceptionnelle du Messie Jésus, notre approche diffère.
Selon notre analyse, les Évangiles ont été rédigés peu de temps après la mort de Jésus, à une époque où de nombreux témoins étaient encore en vie pour attester ou infirmer les faits narrés. Nous pensons donc que ce récit, vraisemblablement transmis par Marie elle-même, possède un fondement historique, malgré l’absence d’explications entièrement rationnelles.
Pour plus de détails sur la rédaction des Évangiles, voir le chapitre : Les Évangiles .
Pour une analyse plus approfondie de l’étoile de Bethléem, consulter l’annexe ANN013 : L’étoile de Bethléem.
Ce récit pourrait être relié à des passages des Psaumes et d’Ésaïe, qui évoquent l’adoration d’un souverain par des nations lointaines et l’apport d’offrandes et de tributs. Cependant, plutôt que d’être une source d’inspiration pour Matthieu, ces textes prophétiques semblent plutôt corroborer, avec une certaine précision, les événements qu’il relate Psaumes 72.8-12 ; Esaïe 60.6.
Nous allons donc examiner de plus près le récit de Matthieu, en le replaçant dans son contexte historique et biblique, afin de mieux comprendre et apprécier sa portée.
Le récit de Matthieu
Matthieu est l’unique évangéliste à mentionner la visite des mages. D’après Luc, Joseph, Marie et le jeune Jésus semblent retourner à Nazareth après la purification de Marie, soit environ 41 jours après la naissance de Jésus.
Cet intervalle de temps pose la question de la capacité de Joseph à subvenir aux besoins de sa famille durant cette période, l’obligeant vraisemblablement à travailler à Bethléem.
Matthieu décrit un changement de lieu, de la mangeoire à une maison, et un changement dans la description de Jésus, passant de « nouveau-né » (« brephos ») chez Luc à « petit enfant » (« paidion ») chez Matthieu.
Cette différence suggère un laps de temps entre la visite des bergers et celle des mages, qui pourrait s’étendre de quelques semaines à quelques mois.
Matthieu se concentre principalement sur les mages, des savants spécialistes des astres originaires d’Orient, suivant une étoile pour rencontrer le Roi des Juifs nouvellement né, sans s’attarder sur des détails supplémentaires. Cette approche succincte et directe caractérise son récit de la visite des mages.
La chronologie des faits
Il existe des débats concernant la chronologie des premiers mois de la vie de Jésus. Selon une hypothèse, la mort d’Hérode le Grand aurait eu lieu le 2 shebat, ce qui correspond au 26 janvier -1 av. J.-C., mais n’aurait été rendue publique qu’en avril -1 av. J.-C., juste avant la Pâque.
Les écrits de Daniel et de Luc suggèrent une naissance de Jésus en octobre -2 av. J.-C. Selon cette chronologie, Joseph et Marie auraient quitté rapidement Bethléem pour l’Égypte en novembre -2 av. J.-C., après la purification de Marie, probablement peu de temps avant la visite des Mages.
Luc ne mentionne pas le séjour en Égypte et semble indiquer que la famille est retournée en Galilée immédiatement après la visite au Temple. Cependant, il est possible que plus d’un an se soit écoulé entre ces deux événements.
Luc avait accès à d’autres écrits, y compris ceux de Matthieu et Marc, et était conscient qu’il n’était pas le seul à rédiger une biographie de Jésus. Il semble donc avoir omis volontairement le récit du séjour en Égypte, considérant qu’il n’était pas essentiel pour son public principalement non-juif. Luc, comme Marc, aurait pu choisir de ne pas accentuer les aspects plus typiquement juifs de l’Évangile de Matthieu, visant une audience plus large et diverse.
En résumé, Luc a probablement délibérément omis certains détails du récit de la naissance et de la petite enfance de Jésus pour se concentrer sur son objectif principal : convaincre un public non-juif de la messianité de Jésus, tout en respectant les contraintes techniques de l’édition à cette époque, lire l’annexe ANN046 : Les exigences techniques d’édition au premier siècle.
Qui sont ces Mages ?
Pour mieux comprendre le passage de l’Évangile de Matthieu concernant les mages, il est important de s’attarder sur le terme grec utilisé, « magos » (numéro Strong : 3097). Ce terme, utilisé six fois dans le Nouveau Testament, est traduit différemment selon le contexte : en tant que « magicien » dans les Actes 13.6 et Actes 13.8, et « mage » dans l’Évangile de Matthieu, reflétant ainsi la dualité de son sens.
La conception moderne du mot « mage » comme pratiquant de magie ou de sciences occultes peut prêter à confusion. Il serait incohérent que de tels individus, condamnés par la loi de Moïse, rendent hommage au Roi des Juifs. Matthieu ne rapporterait pas un événement contraire à la loi juive Lévitique 19.31 et Lévitique 20.27. Une meilleure traduction serait « sage » ou « savant », mais la tradition a maintenu le terme « mage », initialement signifiant prêtre ou astrologue chez les Perses.
Ces « mages » étaient vraisemblablement des astronomes, experts en observation des astres et en détermination du calendrier. Leur voyage, motivé par l’apparition d’une étoile liée à la naissance d’un roi juif, indique la crédibilité de leurs observations.
Il est important de noter que ces mages ne sont ni des rois ni identifiés par leurs noms dans le texte de Matthieu. Les interprétations ultérieures, qui leur attribuent la royauté et les noms de Melchior, Gaspard et Balthazar, s’éloignent du récit original.
En réalité, ces savants étaient motivés par une découverte astronomique, interprétant l’apparition d’une nouvelle étoile comme la naissance d’un roi juif. Ce récit, bien que parfois embellit dans la tradition, souligne la reconnaissance de la nature exceptionnelle, royale et divine de Jésus par des hommes de science de l’époque.
Les autres évangélistes, Marc, Luc et Jean, n’ayant pas le même objectif narratif que Matthieu, n’ont pas inclus ce récit dans leurs écrits. La simplicité de la réalité historique doit être reconnue : des astronomes ont suivi une étoile nouvelle, interprétée comme annonciatrice de la naissance d’un roi, et ont décidé de vérifier les faits par eux-mêmes.
La découverte des Mages
Les Mages, lors de leurs observations du ciel, discernent une nouvelle source lumineuse ou une étoile.
Il est difficile à présent, de comprendre comment ils ont réussi à faire le lien, entre leur découverte et la naissance d’un personnage éminent, le résultat, ils préparent maintenant un voyage d’environ 6 mois.
C’est un grand bouleversement dans la vie de ces hommes. Visiblement, les perspectives d’un déplacement long et coûteux ne leur posent aucun problème, pas plus que les présents d’ailleurs !
Ce ne sont donc pas de simples petits observateurs des astres, mais des notables, riches. Ils ont dû aussi sans doute justifier ce déplacement et leur absence pendant ces 5 ou 6 mois auprès des autorités de leur pays dont ils dépendaient.
Nous ne possédons plus assez d’information pour répondre, mais nous pouvons nous demander si ces présents proviennent directement de ces savants ou du roi parthe.
Nous l’avons dit un peu plus haut, la date de leur voyage correspond avec un important bouleversement politique dans leur pays.
Le nouveau monarque, et la reine Musa, assistés sûrement de leurs propres conseillers, ont probablement écarté, au moins à titre provisoire, l’ancienne équipe du maître assassiné.
Dans ces conditions, nous pouvons envisager que ces Mages aient eu davantage de temps pour se consacrer à une recherche plus fondamentale.
La nouvelle équipe gouvernementale n’a dès lors émis aucune objection à leur départ.
Ce serait alors dans cette hypothèse, peut être Phraatès V lui-même, qui aurait autorisé, et financé, ce voyage et ces présents.
Nous ne voulons pas affirmer que les événements se sont déroulés de cette façon, mais juste montrer que la réalité historique de l’époque corrobore les faits rapportés par Matthieu.
Le point le plus intrigant dans cette affaire reste le rapprochement que ces scientifiques ont réussi à opérer entre cette étoile et la naissance d’un roi en Israël.
Ils savent que le roi Hérode le Grand gouverne le pays d’Israël et doivent imaginer que ce futur roi est un fils du monarque.
Ce n’était assurément pas la première fois qu’ils découvrent un nouveau corps céleste, alors pourquoi est-ce différent cette fois-ci ? Nous concevons trois possibilités qui peuvent aussi se complémenter facilement.
La première est une révélation surnaturelle, semblable à celle, citée par Matthieu, lorsque les Mages songeaient encore à retourner voir le roi Hérode. C’est effectivement envisageable, malgré cela, nous pensons également aux options ci-dessous.
Nous connaissons l’implantation de colonies juives dans cette région. En effet à la suite des diverses déportations, toute cette population n’est pas rentrée dans son pays, et certains ont fait le choix de s’installer définitivement dans cette contrée.
Leurs descendants ont ainsi formé des colonies, afin de garder leurs habitudes et surtout leur religion.
Ces Mages ont-ils communiqué avec eux et découvert les promesses des Prophètes juifs, au sujet de la venue d’un Roi, le Messie ? C’est aussi envisageable, mais à notre avis insuffisant pour comprendre une telle situation et entreprendre un si grand voyage.
Un point nous gêne dans cette option, que beaucoup adoptent, ces Juifs auraient obligatoirement signalé, aux Mages, l’endroit exact de la naissance du Messie. Les religieux, convoqués par Hérode, n’ont pas hésité à évoquer le village de Bethléem. Cela nous conduit à la dernière possibilité.
Les astres ont une signification pour ces Orientaux, sûrement perse. Vénus représente la maternité et Jupiter la paternité. Régulus symbolise la royauté tandis que la constellation du Lion désigne l’image d’Israël.
La conjonction de l’ensemble de ces planètes a donc peut-être renvoyé un message clair, à ces hommes, dans la mesure, où ils sont de fins connaisseurs de toutes ces représentations.
Leur travail consiste à lire le ciel, afin de détecter différentes informations et d’en tirer des conclusions. Ce sont des scientifiques à l’affût de nouvelles découvertes. Ils sont sûrement aussi des conseillers des autorités gouvernantes.
En opérant le lien entre cette étoile originale et la naissance d’un roi ont-ils pensé au Messie juif ou simplement à un autre descendant d’Hérode le grand ?
Ont-ils compris la réalité uniquement en arrivant sur place ?
Notre théorie
Dans l’analyse de l’histoire des Mages, il est plausible de supposer une certaine familiarité avec la culture et la religion juives. Cependant, s’ils avaient mené des enquêtes auprès de sages juifs, ils auraient vraisemblablement identifié rapidement Bethléem comme le lieu de naissance du Messie.
Le fait que les Mages se soient dirigés vers Jérusalem et aient dû poser des questions indique qu’ils ne connaissaient pas cette information au préalable. De plus, l’examen du ciel pour obtenir des informations n’était pas une pratique courante dans la tradition juive, souvent perçue comme relevant de la divination, bien que ce ne soit pas nécessairement le cas.
Une révélation surnaturelle, similaire à celle qui les a guidés à éviter Hérode sur le chemin du retour, reste une possibilité, mais ne semble pas suffisante pour justifier un tel voyage.
L’hypothèse la plus convaincante est qu’ils ont observé des astres symbolisant la maternité, la paternité, et la royauté, en lien avec une nouvelle étoile. Cette interprétation les a menés à croire qu’un roi était né. Bien qu’ils aient pu consulter des autorités locales ou des sages juifs, il est probable que leurs conclusions se sont basées sur leurs propres compétences en astronomie et astrologie. Nous ne sommes donc pas dans le domaine de la divination !
Initialement, ils auraient pu penser à la naissance d’un descendant d’Hérode, sans savoir que sa santé se détériorait et que sa mort était imminente. Ils se sont donc dirigés vers l’Ouest, accompagnés d’une caravane pour assurer leur sécurité et celle de leurs biens.
L’assassinat de leur souverain et le changement politique subséquent, ainsi que le remplacement du cercle de conseillers, ont probablement facilité leur départ et expliqué leur longue absence. Il est possible, bien que peu probable, qu’ils aient emmené leurs familles dans ce voyage à caractère plus officiel que personnel.
Cette expédition, donc, se profile comme un périple significatif, motivé par des interprétations astrologiques et astronomiques.
L’arrivée des Mages à Jérusalem
Lorsque les Mages arrivent à Jérusalem, ville royale, ils interrogent les habitants à la recherche d’informations sur la naissance d’un roi, pensant naturellement que cet événement majeur n’aurait pas échappé à l’attention publique. Le roi Hérode, alerté de leur quête par ses espions, consulte alors les autorités religieuses juives. La prédiction d’un roi n’est pas une surprise pour ces dernières, qui révèlent même le lieu de naissance attendu de ce roi, Bethléem.
Bien que Jérusalem soit déjà en émoi à la suite des recherches des Mages, Hérode choisit de les convoquer secrètement. Ce choix ne s’explique par sa volonté de ne pas légitimer davantage la rumeur ni de risquer un soulèvement populaire.
Pour Hérode, seul souverain légitime d’Israël, il importe de minimiser l’impact de cette nouvelle et d’éviter que la population n’établisse un lien entre cet enfant et le Messie attendu par les Juifs. Un soulèvement populaire, alimenté par l’espoir messianique, représente un danger pour sa position.
Ainsi, Hérode fournit aux Mages les informations nécessaires pour localiser Bethléem, mais le fait discrètement pour ne pas encourager l’idée d’un rival potentiel au trône. Bethléem, moins peuplé et plus abordable que Jérusalem en période de fête, semble être un lieu logique pour que la famille de Jésus trouve refuge, d’autant plus qu’ils y ont des origines. À ce moment, tous les pèlerins sont repartis et la vie a repris son rythme normal.
Cependant, la réaction des autorités religieuses juives paraît étonnamment modérée face à une nouvelle aussi capitale. Leur absence d’enthousiasme ou d’intérêt pour cet événement soulève des questions.
Les Mages, observant que l’étoile continue de briller au-dessus d’eux, comprennent qu’ils sont proches de leur destination. Ils établissent probablement leur campement à la sortie de Jérusalem ou peut-être vers Hérodion où se situe le somptueux palais du roi Hérode le Grand.
Le lendemain, forts des renseignements obtenus auprès d’Hérode, ils se rendent à Bethléem et entament une recherche similaire à celle qu’ils avaient menée à Jérusalem. Dans ce petit village, il n’est pas difficile de découvrir une famille avec un nourrisson, ce qui les mène finalement à Jésus.
Hérode, un roi naïf ?
La question de savoir si Hérode a fait preuve de naïveté dans sa gestion de la visite des Mages mérite une analyse attentive. Il est évident qu’Hérode n’a pas pris suffisamment au sérieux les informations apportées par les Mages, ni même l’interprétation des sages juifs concernant la naissance du Messie à Bethléem. Cette sous-estimation a conduit à une absence de réaction immédiate de sa part et des autorités religieuses juives.
Hérode a choisi de ne pas envoyer d’espions ou de soldats à Bethléem pour vérifier ces informations. Cette décision semble guidée par plusieurs facteurs. D’une part, il ne voulait pas donner d’importance à la rumeur d’un nouveau roi potentiel, de peur de susciter des troubles parmi la population déjà agitée par l’espoir messianique. D’autre part, il est probable qu’Hérode était préoccupé par des problèmes plus pressants, notamment sa santé déclinante et les questions autour de sa succession.
Quant aux sages juifs, leur manque de réaction face à la nouvelle des Mages est également surprenant. Malgré leur attente d’un Messie, ils n’ont pas jugé nécessaire de se rendre à Bethléem pour vérifier ces dires, peut-être doutant de la crédibilité de sources étrangères.
Hérode a donc décidé de temporiser, en attendant le retour des Mages pour de plus amples informations. Ce manque de réactivité immédiate semble être une combinaison de scepticisme, de préoccupations personnelles, et d’une stratégie visant à minimiser l’impact de la nouvelle.
En ce qui concerne le lieu de l’entretien entre Hérode et les Mages, Matthieu ne fournit pas de détails spécifiques. Il est possible que cet entretien ait eu lieu soit à Hérodion, soit à la forteresse Antonia à Jérusalem. Hérodion, situé à environ 12 km au sud de Jérusalem, est un lieu plausible pour une telle rencontre, surtout si Hérode y résidait après les festivités des Tabernacles. Toutefois, en l’absence de précisions de Matthieu, cette localisation reste hypothétique.
Le temps des surprises
La surprise des Mages devant l’absence de connaissance générale, à Jérusalem, de la naissance d’un roi est effectivement notable. Leur attente d’une naissance royale spectaculaire contraste fortement avec la réalité modeste de la maison où ils trouvent Jésus.
Le roi Hérode, résidant à Hérodion, une colline artificielle située à environ 6,4 km au sud-est de Bethléem et 12 km au sud de Jérusalem, avait également des appartements à la forteresse Antonia à Jérusalem. Ces résidences luxueuses contrastent nettement avec la simplicité de la maison où résidaient Joseph, Marie et l’Enfant Jésus à Bethléem. Les Mages, habitués à la grandeur des palais royaux, sont donc surpris par la simplicité des lieux.
Cette surprise est partagée par Joseph et Marie, qui ne s’attendaient pas à recevoir la visite de tels personnages éminents. L’échange entre les Mages et la famille de Jésus, vraisemblablement en araméen, révèle à chacun la nature extraordinaire de l’événement. Les Mages, qui ne trouvent aucun signe extérieur de royauté chez l’enfant, doivent repenser leurs attentes et leurs croyances face à la simplicité de la scène. Cette prise de conscience pourrait être attribuée à une révélation divine qui les aurait convaincus de la nature royale de Jésus.
L’idée que Marie ait été la source d’information pour Matthieu concernant l’histoire des Mages est plausible, bien que ce point ne puisse être confirmé de manière catégorique. Cela suppose que Marie ait partagé avec Matthieu le récit de la visite des Mages, enrichissant ainsi le récit évangélique avec des détails qui ne pouvaient être connus que par ceux qui avaient vécu ces événements.
En conclusion, le récit des Mages dans l’Évangile de Matthieu souligne la différence entre les attentes humaines de la royauté et la réalité de la naissance du Messie dans la simplicité, un thème récurrent dans les enseignements du Nouveau Testament.
Le songe des Mages
Les Mages, ayant passé quelques jours à Bethléem, sont confrontés à un changement soudain de leurs plans. Comme le rapporte Matthieu, ils sont avertis dans un rêve de ne pas retourner vers Hérode, une instruction qu’ils prennent très au sérieux.
Cette alerte nocturne, bien que décrite simplement comme un rêve, semble porter un message divin. Matthieu ne mentionne pas explicitement un ange comme messager dans ce rêve, contrairement aux récits des rêves de Joseph. Cependant, l’importance accordée à ce rêve par les Mages suggère une origine surnaturelle ou divine.
La réaction immédiate des Mages à ce rêve révèle leur compréhension des intentions malveillantes d’Hérode, un roi dont la réputation de cruauté était déjà connue. Le partage de ce rêve avec Marie et Joseph déclenche une inquiétude légitime, bien qu’ils ne puissent anticiper l’ampleur de la violence qui allait suivre de la part d’Hérode.
Le retour des Mages
Les Mages, ayant pris la décision de ne pas repasser par Jérusalem ou Hérodion, optent pour un itinéraire alternatif pour leur retour, évitant ainsi d’attirer l’attention sur leur passage. Cette prudence accrue montre leur conscience des dangers potentiels après avoir été avertis dans un rêve.
Ces savants étrangers, malgré leur statut de païens, ont non seulement identifié mais aussi honoré le Roi des Juifs, démontrant ainsi une compréhension profonde de la signification de leur découverte. Leur adoration et leurs cadeaux reflètent une certitude inébranlable quant à la nature royale de Jésus.
Ce qui reste particulièrement frappant, c’est que ce sont des étrangers, et non les sages ou religieux juifs, qui ont reconnu et célébré la venue du Messie. Cette ironie souligne un thème central du Nouveau Testament, où la révélation divine transcende souvent les frontières ethniques et culturelles.
Quant à l’étoile qui a guidé les Mages, Matthieu ne fournit pas de détails sur son devenir. Elle pourrait encore briller dans le ciel, ou peut-être a-t-elle servi son unique but divin. Néanmoins, il est raisonnable de supposer que, une fois de retour dans leur région d’origine, ces Mages ont continué à suivre les astres et à s’intéresser à l’histoire des Juifs, en particulier celle de Jésus.
Pour Joseph, Marie et l’Enfant Jésus, la situation devient tendue à la suite des nouvelles du songe des Mages et de leur décision de ne pas retourner vers Hérode. Conscients du danger imminent que représente le roi Hérode, ils doivent envisager des mesures pour garantir leur sécurité. Cette tension suggère l’imminence de décisions cruciales pour leur sécurité.
Conclusion
Le récit des Mages venus d’Orient, tel que rapporté par Matthieu, n’est pas une simple anecdote légendaire conçue pour renforcer son argumentation. Si tel avait été le cas, ses contemporains, connaissant les faits, auraient probablement discrédité son récit et, par extension, l’ensemble de l’Évangile qui porte son nom. Luc, bien qu’il n’évoque pas cette histoire dans son propre Évangile, ne la contredit pas non plus, apportant d’autres éléments complémentaires.
Il apparaît plausible que les informations relatives à la visite des Mages proviennent directement de Marie elle-même. Après la mort et la résurrection de Jésus, elle aurait compris l’importance de partager son histoire, non plus comme un récit personnel, mais comme un témoignage de valeur universelle. Cette prise de conscience aurait incité Marie à partager des détails qu’elle avait auparavant gardés pour elle, par pudeur ou discrétion.
La mort et la résurrection de Jésus ont pu éclairer Marie sur la signification profonde des événements qu’elle avait vécus, comme l’annonce de l’ange, la prophétie de Siméon, et les différentes visites qu’elle a reçues. Ces événements, autrefois peut-être perçus comme isolés ou mystérieux, ont pris tout leur sens à la lumière de la résurrection.
Pour Marie, partager ces expériences, y compris la visite de ces savants venus d’Orient, est devenu essentiel pour laisser un témoignage durable. Cette visite, bien qu’elle puisse sembler anecdotique pour Luc, Marc et Jean, revêt pour Matthieu une importance particulière. Il y voit dans les présents offerts et dans l’adoration de ces notables une confirmation supplémentaire que Jésus est le Messie et le Roi des Juifs.
En somme, il est crucial de ne pas surcharger le récit de Matthieu de merveilles fictives. Bien que l’histoire relatée soit extraordinaire, elle reste ancrée dans un contexte historique réel, où souvent la réalité dépasse la fiction.