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Les autorités religieuses de Jérusalem constatent avec amertume que le mouvement chrétien, qui aurait dû selon leurs calculs disparaître avec la mort de Jésus, connaît au contraire un développement extraordinaire. Celui qui avait été condamné et crucifié n’est plus physiquement présent, mais ses disciples poursuivent son œuvre et reproduisent, sous l’action du Saint-Esprit, les mêmes signes et les mêmes guérisons qui avaient caractérisé son ministère terrestre ( Jean 14.12 ; Actes des apôtres 5.12-16 ).
Les résultats sont particulièrement remarquables. Le nombre des croyants augmente continuellement, et hommes et femmes se joignent en foule à l’Église ( Actes des apôtres 5.14 ). Devant une telle situation, les autorités juives, et plus particulièrement le parti des sadducéens, réagissent avec jalousie ( Actes des apôtres 5.17 ). Cette hostilité n’est pas seulement d’ordre doctrinal. Elle traduit également la crainte de voir leur influence et leur autorité religieuse remises en cause. Déjà, lors de la première arrestation de Pierre et de Jean, les membres du Sanhédrin avaient été surpris de constater que des hommes considérés comme « sans instruction et du peuple » manifestaient une telle assurance et une telle connaissance des Écritures ( Actes des apôtres 4.13 ). Incapables de réfuter leur témoignage et ne pouvant nier la réalité des miracles accomplis ( Actes des apôtres 4.14-16 ), ils cherchent désormais à entraver la progression de l’Église par la force.
Nous remarquons que Luc désigne à nouveau les Sadducéens comme seuls instigateurs de cette réaction ( Actes des apôtres 5.17 ), confirmant ainsi ce qu’il avait déjà indiqué en Actes des apôtres 4.1-2 : les Pharisiens ne sont pas impliqués dans cette opposition initiale.
Luc mentionne simplement « les apôtres » ( Actes des apôtres 5.18 ), ce qui laisse naturellement penser qu’il s’agit des douze. Leur arrestation a probablement nécessité l’intervention d’un nombre important de gardes du Temple envoyés sur l’ordre du grand prêtre. Toutefois, l’opération se déroule sans violence. Les autorités agissent avec prudence, conscientes de la sympathie dont jouissent les apôtres auprès du peuple. Une émeute dans l’enceinte du Temple aurait pu avoir des conséquences graves et attirer l’intervention des autorités romaines ( Actes des apôtres 5.26 ).
Les apôtres sont alors enfermés dans la prison publique ( Actes des apôtres 5.18 ). Cependant, au cours de la nuit, un événement extraordinaire se produit : un ange du Seigneur ouvre miraculeusement les portes de la prison et ordonne aux apôtres de retourner dans le Temple afin d’y annoncer « toutes les paroles de cette vie » ( Actes des apôtres 5.19-20 ). Cette intervention surnaturelle rappelle plusieurs délivrances miraculeuses rapportées dans les Écritures, notamment celle de Pierre lui-même quelques années plus tard ( Actes des apôtres 12.6-11 ) ainsi que celle de Paul et Silas à Philippes ( Actes des apôtres 16.25-26 ).
Au matin, lorsque le grand prêtre convoque le Sanhédrin pour interroger les prisonniers, les gardes découvrent avec stupeur que les cellules sont fermées et surveillées, mais qu’elles sont vides ( Actes des apôtres 5.21-23 ). Peu après, on annonce aux autorités que les hommes qu’elles avaient emprisonnés se trouvent de nouveau sur l’esplanade du Temple et qu’ils enseignent la foule ( Actes des apôtres 5.25 ).
D’un point de vue humain, ces événements extraordinaires auraient pu conduire les chefs religieux à reconsidérer leur opposition. Pourtant, loin de renoncer à leurs projets, ils persistent dans leur hostilité. Caïphe fait arrêter les apôtres une seconde fois et les fait comparaître devant le Sanhédrin. Son reproche résume parfaitement l’échec des mesures précédentes :
« Nous vous avions formellement interdit d’enseigner en ce nom-là, et voici que vous avez rempli Jérusalem de votre enseignement et que vous voulez faire retomber sur nous le sang de cet homme ! » ( Actes des apôtres 5.28 ).
Paradoxalement, cette accusation constitue un aveu involontaire du succès remarquable de la prédication apostolique. En reconnaissant que Jérusalem a été remplie de cet enseignement, Caïphe confirme lui-même l’expansion rapide du christianisme. De plus, en refusant de prononcer le nom de Jésus et en parlant simplement de « cet homme », le grand prêtre manifeste son hostilité persistante envers celui qu’il avait pourtant livré à la mort ( Matthieu 26.65-66 ). Désormais, le conflit ne porte plus seulement sur quelques disciples galiléens, mais sur une œuvre qui, selon la perspective de Luc, progresse avec une puissance que les hommes sont incapables d’arrêter ( Actes des apôtres 5.39 ).