
Introduction
Voici la trentième-huitième question ou contradiction présentée sur le site www.islamland.com, référencée sous le numéro 70.
Jésus a-t-il prié Le Père pour empêcher la crucifixion ? 1) : Oui. ( Matthieu 26.39 ; Marc 14.36 ; Luc 22.42 ) ; 2) : Non. ( Jean 12.27 ).
Notre réponse :
Regardons les textes en question.
La question de savoir si Jésus a prié le Père pour éviter la crucifixion repose sur deux ensembles de textes : d’une part les récits synoptiques affirmant qu’il demanda que « cette coupe » s’éloigne de lui ( Matthieu 26.39 ; Marc 14.36 ; Luc 22.42 ) ; d’autre part une déclaration de l’Évangile de Jean qui semble aller en sens inverse ( Jean 12.27 ).
Les trois premiers passages situent l’épisode au jardin de Gethsémané. Ils rapportent la prière de Jésus, ce qui implique que les disciples – au moins l’un d’entre eux – ne dormaient pas constamment, puisqu’ils ont conservé le souvenir précis de ses paroles. Pour comprendre cet épisode, il faut tenir compte de l’humanité réelle du Christ. La perspective des souffrances imminentes, de l’humiliation, ainsi que l’expérience de la séparation d’avec le Père, constitue pour lui une épreuve d’une intensité unique. L’évangéliste Luc, médecin de profession, précise que la détresse fut telle que « sa sueur devint comme des grumeaux de sang » ( Luc 22.44 ), donnée médicale qui souligne l’extrême tension psychique et physique du moment.
À cette lutte intérieure s’ajoute un élément théologique important : Jésus affirme ailleurs qu’un seul mot prononcé aurait suffi pour qu’il échappe à ses adversaires ( Matthieu 26.53 ). Cela montre que son obéissance ne lui fut nullement imposée de l’extérieur ; elle releva d’un choix libre, renouvelé dans la prière.
Les Évangiles synoptiques décrivent donc un combat spirituel authentique, au terme duquel Jésus affirme sa volonté d’accomplir pleinement celle du Père. L’Évangile de Jean, souvent perçu comme contradictoire, exprime en réalité la même dynamique. Lorsque Jésus déclare, en parlant de son « heure » : « Dirai‑je : Père, délivre‑moi de cette heure ? Mais c’est pour cela que je suis venu » ( Jean 12.27 ), il ne nie pas l’angoisse exprimée à Gethsémané ; il en révèle plutôt la résolution finale : la mission acceptée en connaissance de cause.
Les formulations diffèrent, mais le sens demeure cohérent. Elles reflètent la durée du combat intérieur et la diversité des paroles prononcées au cours de cette période. Jésus a bien exprimé, dans son humanité, le désir naturel d’être épargné de la souffrance ; mais il a simultanément affirmé, de manière ferme et définitive, son adhésion à la volonté du Père. Ainsi, loin de constituer une contradiction, les textes se complètent pour montrer la profondeur de l’obéissance du Messie.