Synopse
Péricope 311
PER311 - Judas l’Iscariot, le traitre est identifié

Consultation

Vous pouvez consulter l’annexe ANN027 : Le dernier repas de Pâque

Vous pouvez consulter l’annexe ANN028 : La journée juive au temps de Jésus

Vous pouvez consulter l’annexe ANN033 : Les dernières journées avant la crucifixion

Textes bibliques

Matthieu 26.21-25 (Louis Segond S21)

Pendant qu'ils mangeaient, il dit: «Je vous le dis en vérité, l'un de vous me trahira.»

Ils furent profondément attristés et chacun se mit à lui dire: «Est-ce moi, Seigneur?»

Il répondit: «Celui qui a mis la main dans le plat avec moi, c'est celui qui me trahira.

Le Fils de l'homme s'en va, conformément à ce qui est écrit à son sujet, mais malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme est trahi! Mieux vaudrait pour cet homme qu'il ne soit pas né.»

Judas, celui qui le trahissait, prit la parole et dit: «Est-ce moi, maître?» Jésus lui répondit: «Tu le dis.»

Marc 14.18-21 (Louis Segond S21)

Pendant qu'ils étaient à table et qu'ils mangeaient, Jésus dit: «Je vous le dis en vérité, l'un de vous, qui mange avec moi, me trahira.»

Ils devinrent tout tristes et lui dirent l'un après l'autre: «Est-ce moi?»

Il leur répondit: «C'est l'un des douze, celui qui met la main dans le plat avec moi.

Le Fils de l'homme s'en va conformément à ce qui est écrit à son sujet, mais malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme est trahi! Mieux vaudrait pour cet homme qu'il ne soit pas né.»

Luc 22.21-23 (Louis Segond S21)

Cependant celui qui me trahit est avec moi à cette table.

Le Fils de l'homme s'en va conformément à ce qui a été fixé, mais malheur à l'homme par qui il est trahi!»

Ils commencèrent à se demander les uns aux autres lequel d'entre eux ferait cela.

Jean 13.2-3 (Louis Segond S21)

C'était pendant le souper. Le diable avait déjà mis dans le cœur de Judas l'Iscariot, fils de Simon, l'intention de le trahir.

Jésus savait que le Père avait tout remis entre ses mains, qu'il était venu de Dieu et qu'il retournait vers Dieu.

Détails techniques

Lieu : La ville de Jérusalem, la Maison d Marie mère de Jean-Marc

Date : le jeudi 31 mars 33

Mode opératoire : Nous continuons avec Marc

Note sur le mode opératoire : Matthieu et Luc confirment les propos de Marc, Jean donne aussi une indication

Le Messie Jésus annonce la trahison d’un des apôtres présents sans donner son nom.

Commentaires

Détails chronologiques, selon nos conclusions :

_3 La maison est, selon nous, celle de Marie la mère de Jean surnommé Marc. Actes des apôtres 12.12  .

_4 Le repas de Pâque commence le jeudi soir, après 18 h. C’est déjà le vendredi pour les Juifs ( Marc 14.17 , Matthieu 26.20 , Luc 22.14-18 ) . Ce n’est donc pas le Seder officiel qui se déroulera le soir du vendredi Jean 18.28  .

Vous pouvez consulter l’intégralité de cette chronologie dans l’étude ANN026 : L’heure de la crucifixion.

 

Commentaire :

 

1- L’annonce solennelle de la trahison

Lors du repas pascal, le Messie Jésus prononce une parole d’une gravité exceptionnelle, brisant soudainement l’atmosphère de communion fraternelle :

Matthieu 26.21 (Louis Segond S21) :
Pendant qu'ils mangeaient, il dit: «Je vous le dis en vérité, l'un de vous me trahira.»

Cette déclaration prophétique plonge les disciples dans la stupeur et le désarroi. Marc rapporte leur réaction immédiate : « Ils commencèrent à s’attrister, et à lui dire l’un après l’autre : Est-ce moi ? » ( Marc 14.18-19 ). Cette question, répétée par chacun des Douze, révèle à la fois leur attachement sincère au Maître et leur incapacité à identifier le traître parmi eux. Leur silence perplexe, en particulier celui de Simon-Pierre — pourtant si prompt à s’exprimer en d’autres circonstances ( Matthieu 16.16 ; Matthieu 16.22 ) —, montre qu’ils ne perçoivent pas encore la portée dramatique de cette révélation.

 

2- Le contraste entre intimité et trahison

L’évangéliste Luc apporte une précision qui accentue le caractère poignant de la scène :

Luc 22.21 (Louis Segond S21) :
Cependant celui qui me trahit est avec moi à cette table.

Cette indication — « la main de celui qui me livre est avec moi à cette table » — souligne le contraste saisissant entre l’intimité sacrée du repas pascal et la trahison imminente. Dans la culture orientale antique, partager le pain avec quelqu’un établissait un lien de confiance et de protection mutuelle ( Psaumes 41.10 ). La trahison d’un convive constituait donc une violation particulièrement odieuse de l’hospitalité et de l’alliance fraternelle. Le psalmiste avait prophétiquement annoncé cette blessure : « Celui-là même avec qui j’étais en paix, qui avait ma confiance et qui mangeait mon pain, lève le talon contre moi » ( Psaumes 41.10 ; Jean 13.18 ).

 

3- Judas quitte la table : l’entrée dans les ténèbres

Contrairement aux autres disciples qui demeurent dans l’incompréhension, Judas l’Iscariote saisit parfaitement le sens des paroles du Maître. L’évangéliste Jean décrit le moment décisif avec une sobriété dramatique : après avoir reçu le morceau trempé des mains de Jésus, « Satan entra en lui », et le Seigneur lui dit : « Ce que tu fais, fais-le promptement » ( Jean 13.26-27 ).

Judas, troublé et démasqué, quitte alors la table avant la fin du repas pour accomplir ce qu’il avait déjà conçu dans son cœur corrompu par l’avarice ( Jean 12.4-6 ). Jean note avec une concision chargée de sens : « Judas, ayant pris le morceau, sortit aussitôt. Il était nuit » ( Jean 13.30 ). Cette notation temporelle dépasse le simple constat chronologique : elle signale l’entrée de Judas dans les ténèbres spirituelles, lui qui s’éloigne de Celui qui est la Lumière du monde ( Jean 8.12 ; Jean 12.35-36 ).

 

4- L’incompréhension des disciples et le dessein providentiel

Si Simon-Pierre avait compris à cet instant la gravité du geste de Judas et l’imminence de l’arrestation, son tempérament ardent et impétueux l’aurait sans doute poussé à intervenir avec violence, comme il le fera quelques heures plus tard dans le jardin de Gethsémané en frappant Malchus, serviteur du grand prêtre ( Jean 18.10-11 ; Matthieu 26.51-54 ). Mais le Messie Jésus, maître souverain des événements, ne permet pas une telle intervention prématurée : l’heure de la trahison devait suivre son cours selon le dessein divin arrêté de toute éternité ( Actes des apôtres 2.23 ; Actes des apôtres 4.27-28 ).

Les disciples, malgré les avertissements répétés du Messie concernant sa passion imminente ( Matthieu 16.21 ; Matthieu 17.22-23 ; Matthieu 20.17-19 ), demeurent incapables d’imaginer une issue tragique. Leur espérance d’un royaume messianique visible et glorieux, conforme aux attentes populaires de l’époque, les empêche d’accepter la perspective de la croix et de la mort ignominieuse de leur Maître ( Luc 18.31-34 ; Luc 24.21 ).

 

5- L’aveuglement spirituel des Douze

Cette incompréhension des disciples ne relève pas d’un manque d’intelligence, mais d’un aveuglement spirituel temporaire, permis par Dieu dans sa sagesse insondable. Luc précise explicitement : « Mais ils ne comprirent rien à cela ; c’était pour eux un langage caché, et ils ne saisissaient pas ce qui leur était dit » ( Luc 18.34 ). Les catégories mentales des disciples, façonnées par l’attente d’un Messie politique et triomphant, ne pouvaient accueillir l’idée d’un Messie souffrant, serviteur de l’Éternel livré à la mort pour les péchés du peuple ( Esaïe 53.1-12 ).

Même les deux disciples d’Emmaüs, après la crucifixion, confesseront leur désillusion : « Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël » ( Luc 24.21 ). Cette espérance d’une délivrance nationale immédiate voilait à leurs yeux la nécessité du sacrifice rédempteur.

 

6- La compréhension postpascale : l’illumination par l’Esprit

Ce n’est qu’après la crucifixion et la résurrection que les disciples saisiront pleinement le sens de ces paroles prononcées lors du dernier repas. Jean note avec honnêteté que, jusqu’à ce moment, « ils ne comprenaient pas encore que, selon l’Écriture, Jésus devait ressusciter des morts » ( Jean 20.9 ). La résurrection du troisième jour constitua le déclic herméneutique qui ouvrit leur intelligence aux Écritures ( Luc 24.45 ).

Le Ressuscité lui-même dut leur expliquer, en commençant par Moïse et tous les prophètes, ce qui le concernait dans toutes les Écritures ( Luc 24.27 ; Luc 24.44-47 ). Ils comprirent alors que la mort du Messie Jésus n’était pas un échec tragique, mais le passage nécessaire à la rédemption de l’humanité, l’accomplissement du dessein éternel d’amour du Père : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » ( Jean 3.16-17 ).

 

7- Le rôle de l’Esprit Saint dans l’illumination des disciples

Le Messie Jésus avait d’ailleurs annoncé cette illumination future par l’œuvre du Paraclet : « Le consolateur, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » ( Jean 14.26 ). Ce n’est qu’après la Pentecôte, lorsque l’Esprit descendit sur les disciples assemblés dans la chambre haute ( Actes des apôtres 2.1-4 ), que Pierre put proclamer avec assurance le mystère de la croix et de la résurrection devant les foules de Jérusalem ( Actes des apôtres 2.22-36 ).

L’incompréhension des disciples durant la Passion fait ainsi partie intégrante du plan divin : elle met en lumière la nécessité de la révélation par l’Esprit et souligne que la foi véritable ne procède pas de la sagesse humaine, mais de l’illumination divine ( 1 Corinthiens 2.10-14 ; Matthieu 16.17 ).

 

8- La gravité du dernier repas : un moment de tension eschatologique

Ainsi, la scène du dernier repas ne revêt nullement le caractère d’une fête joyeuse ou d’une célébration insouciante. C’est un moment de tension eschatologique intense, où la joie pascale traditionnelle se voile sous le poids de l’annonce prophétique. Le Messie Jésus, pleinement conscient de ce qui l’attend ( Jean 13.1 ; Jean 18.4 ), conduit ce repas avec une maîtrise souveraine, tandis que le plan du salut s’accomplit dans le silence troublé et l’incompréhension de ses plus proches disciples.

Cette tension dramatique entre la conscience parfaite du Messie et l’aveuglement de ses disciples confère au récit une profondeur théologique remarquable. Le Fils de Dieu marche vers la croix les yeux ouverts, librement et par amour ( Jean 10.17-18 ; Galates 2.20 ), tandis que ceux qu’il aime ne perçoivent pas encore la gloire qui jaillira de cette apparente défaite.

 

9- Conclusion : le silence porteur du mystère rédempteur

Le dernier repas demeure ainsi l’un des sommets dramatiques des récits de la Passion. Dans le contraste entre l’annonce claire du Messie et l’incompréhension persistante des disciples se révèle le mystère de la rédemption : ce que la sagesse humaine ne pouvait concevoir, Dieu l’a accompli par la folie apparente de la croix ( 1 Corinthiens 1.18-25 ).

Le silence des disciples, leur incapacité à saisir l’imminence du drame, leur questionnement anxieux — « Est-ce moi, Seigneur ? » — constituent autant de témoignages de leur humanité fragile, mais aussi de la pédagogie divine qui préparait leur cœur à recevoir, après Pâques, la pleine révélation du mystère caché depuis les siècles : « Christ en vous, l’espérance de la gloire » ( Colossiens 1.26-27 ).

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