Les synagogues de Jérusalem
Les synagogues de Jérusalem constituent un élément important du contexte de Actes des apôtres 6.1-7 , car elles permettent probablement de mieux comprendre l’origine du conflit entre Hébreux et Hellénistes ainsi que l’organisation des premiers chrétiens.
Un grand nombre de synagogues à Jérusalem
Au premier siècle, Jérusalem ne possédait pas une seule synagogue, mais probablement plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines. Le Talmud mentionne même un chiffre de 480 synagogues, qui est certainement exagéré mais témoigne de leur grand nombre.
Chaque groupe de Juifs originaires d’une même région ou partageant une même langue avait tendance à fréquenter sa propre synagogue.
Les synagogues des Juifs hellénistes
Les Juifs venus de la diaspora parlaient principalement le grec et possédaient leurs propres lieux de réunion. Luc mentionne ainsi :
« Quelques membres de la synagogue dite des Affranchis, des Cyrénéens, des Alexandrins, avec ceux de la Cilicie et de l’Asie… » ( Actes des apôtres 6.9 ).
Cette remarque montre qu’il existait à Jérusalem des synagogues fréquentées par des Juifs originaires :
- d’Afrique du Nord (Cyrène, Alexandrie) ;
- d’Asie Mineure ;
- de Cilicie (patrie de Saul de Tarse).
Il est même possible que Saul ait fréquenté l’une de ces synagogues avant sa conversion.
Un arrière-plan pour la crise d’Actes 6
Les « Hébreux » ( Actes des apôtres 6.1 ) étaient probablement issus des milieux palestiniens parlant l’araméen, tandis que les « Hellénistes » étaient des Juifs de langue grecque.
Avant leur conversion, ces deux groupes avaient sans doute déjà leurs propres réseaux, leurs propres synagogues et leurs propres habitudes. Il n’est donc pas surprenant que certaines différences culturelles subsistent au sein de l’Église de Jérusalem.
La plainte concernant les veuves hellénistes ne semble pas révéler une divergence doctrinale mais plutôt des tensions héritées de cette diversité culturelle.
Les premières assemblées chrétiennes et les synagogues
Il est possible que les premiers croyants aient continué à fréquenter certaines synagogues tout en se réunissant dans les maisons ( Actes des apôtres 2.46 ). Durant les premières années, les disciples de Jésus ne se considéraient pas comme séparés du judaïsme.
L’organisation de l’Église primitive pourrait même avoir été influencée par certaines pratiques synagogales :
- enseignement régulier des Écritures ;
- prière communautaire ;
- assistance aux pauvres ;
- présence d’anciens et de responsables ;
- importance accordée aux veuves et aux nécessiteux.
Une hypothèse intéressante concernant les Sept
Plusieurs exégètes ont proposé que les Sept aient été choisis parmi les croyants hellénistes et qu’ils aient été responsables des assemblées issues de ces milieux. Le fait que leurs noms soient tous grecs ( Actes des apôtres 6.5 ) et que le conflit concerne précisément les Hellénistes renforce cette hypothèse.
Importance pour la suite des Actes
Il n’est probablement pas fortuit que le chapitre suivant ( Actes des apôtres 6.9 ) nous montre Étienne discutant avec les membres de synagogues hellénistes. Étienne lui-même était vraisemblablement un Juif helléniste et son ministère s’exerçait probablement dans ces milieux. C’est d’ailleurs dans ce contexte que Saul de Tarse apparaît pour la première fois ( Actes des apôtres 7.58 ).
Ainsi, les nombreuses synagogues de Jérusalem constituent probablement l’arrière-plan culturel et religieux indispensable pour comprendre la crise d’ Actes des apôtres 6.1-7 , la nomination des Sept et le ministère ultérieur d’Étienne. Elles expliquent également comment, dès ses débuts, l’Église de Jérusalem réunissait des croyants issus de milieux très divers tout en cherchant à préserver son unité.