Le discours de Gamaliel
Le discours de Gamaliel en Actes des apôtres 5.34-40 constitue un tournant important dans le récit de Luc. Alors que les membres du Sanhédrin, exaspérés par les paroles de Pierre, envisagent de faire mourir les apôtres ( Actes des apôtres 5.33 ), un homme respecté intervient pour empêcher une décision irréversible.
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Un personnage particulièrement influent
Luc précise que Gamaliel est un pharisien, docteur de la Loi, estimé de tout le peuple ( Actes des apôtres 5.34 ). Il s’agit très probablement de Gamaliel l’Ancien, petit-fils du célèbre Hillel et maître de Paul avant sa conversion ( Actes des apôtres 22.3 ).
Contrairement aux sadducéens qui dominent alors le sacerdoce, les pharisiens croient à la résurrection, aux anges et au monde spirituel ( Actes des apôtres 23.8 ). Gamaliel ne semble pas être devenu disciple de Jésus, mais sa position plus modérée contraste avec l’hostilité des sadducéens.
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Un appel à la prudence
Gamaliel demande d’abord que les apôtres soient éloignés du conseil ( Actes des apôtres 5.34 ). Il invite ensuite ses collègues à réfléchir avant d’agir :
« Prenez garde à ce que vous allez faire à l’égard de ces hommes » ( Actes des apôtres 5.35 ).
Son raisonnement est essentiellement pragmatique. Il ne cherche pas à démontrer que les apôtres ont raison, mais qu’il est dangereux de combattre un mouvement dont l’origine n’est pas encore clairement établie.
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Les exemples de Theudas et de Judas le Galiléen
Gamaliel rappelle deux mouvements qui ont disparu après la mort de leurs chefs :
- Theudas, qui avait rassemblé environ quatre cents hommes ( Actes des apôtres 5.36 ) ;
- Judas le Galiléen, qui s’était révolté lors du recensement et dont les partisans avaient été dispersés ( Actes des apôtres 5.37 ).
Le second personnage est bien connu par l’historien juif Flavius Josèphe. Judas le Galiléen mena une révolte contre le recensement organisé sous Quirinius vers l’an 6 après Jésus-Christ. Son mouvement donna naissance au courant des zélotes.
La mention de Theudas pose une difficulté chronologique puisque l’historien Josèphe situe un autre Theudas sous le procurateur Cuspius Fadus, vers 44-46 après Jésus-Christ. Plusieurs explications ont été proposées :
- il pourrait s’agir d’un autre personnage portant le même nom ;
- Josèphe et Luc pourraient évoquer des événements différents ;
- Josèphe n’a probablement pas recensé tous les agitateurs de cette période.
Cette difficulté ne remet pas nécessairement en cause la fiabilité du récit de Luc.
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Un principe fondé sur la souveraineté de Dieu
Gamaliel conclut :
« Si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle se détruira ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire ; ne courez pas le risque d’avoir combattu contre Dieu » ( Actes des apôtres 5.38-39 ).
Cette réflexion rappelle certains principes de l’Ancien Testament selon lesquels Dieu renverse les projets humains et accomplit infailliblement ses desseins ( Psaumes 33.10-11 ; Proverbes 19.21 ; Esaïe 46.10 ).
Il est remarquable qu’un pharisien invite le Sanhédrin à envisager la possibilité que Dieu soit à l’œuvre dans ce mouvement qu’ils cherchent à détruire.
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Une sagesse humaine insuffisante
Le raisonnement de Gamaliel est empreint de prudence, mais il demeure incomplet. Il ne se prononce pas sur la personne de Jésus ni sur la réalité de sa résurrection. Il préconise l’attentisme plutôt que la foi.
Or, dans les Actes, Dieu n’appelle pas simplement à attendre pour voir, mais à se repentir et à croire au Christ ( Actes des apôtres 2.38 ; Actes des apôtres 3.19 ; Actes des apôtres 4.12 ).
La neutralité de Gamaliel est donc préférable à la violence des sadducéens, mais elle reste en deçà de l’engagement demandé par l’Évangile.
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Une intervention providentielle
Les membres du Sanhédrin suivent finalement son avis. Les apôtres échappent à la peine de mort, mais ils sont battus et reçoivent à nouveau l’ordre de ne plus parler au nom de Jésus ( Actes des apôtres 5.40 ).
Sans le savoir, Gamaliel devient ainsi un instrument de la providence divine. Son intervention permet la poursuite de la mission apostolique et prépare l’expansion de l’Église.
Conclusion
Le discours de Gamaliel illustre l’ironie fréquente du livre des Actes. Un maître juif respecté, qui n’est pas présenté comme un disciple de Jésus, contribue involontairement à la préservation de ceux que ses collègues veulent faire mourir. Son avertissement est demeuré célèbre :
« Si cette œuvre vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire » ( Actes des apôtres 5.39 ).
L’histoire de l’Église donnera finalement raison à cette intuition. Malgré les persécutions, les oppositions et les tentatives répétées pour faire disparaître le christianisme, l’œuvre commencée à Jérusalem poursuivra son développement jusqu’aux extrémités de la terre, conformément à la promesse du Seigneur ( Actes des apôtres 1.8 ).