Annexe
Annexe 15
L’Evangile de Marc

L’Evangile de Marc

Pour plus d’informations

Introduction

Nous allons dans cette annexe résumer les informations que nous trouvons principalement dans la Bible, et en particulier dans le Nouveau Testament.

De nombreux commentateurs des textes du Nouveau Testament affirment que l’Évangile de Marc serait le premier à avoir été rédigé, suivi ensuite par ceux de Matthieu et de Luc, et enfin celui de Jean.

Cependant, l’hypothèse de l’antériorité de Marc est contestée, et d’autres experts placent plutôt Matthieu en premier, juste avant Marc. Dans le chapitre intitulé « Les Évangiles », nous expliquons les raisons qui nous ont poussés à défendre l’hypothèse d’une antériorité de Matthieu.

L’Évangile de Marc a suivi rapidement, si bien que nous pourrions dire qu’ils ont été édités presque simultanément. Nous allons dans cette étude analyser les origines de cet Évangile sans pour autant entrer dans des détails que chacun peut lire sur Internet.

Marc, l’auteur de l’Evangile

Nous notons que les livres de Marc et de Jean sont signés de manière indirecte ; pour Jean, cela se fait par l’expression récurrente « le disciple que Jésus aimait », et pour Marc, à travers une anecdote peu commune et très personnelle.

Concernant l’Évangile de Marc, il ne s’agit pas à proprement parler d’une signature, mais plutôt d’une note personnelle qui nous guide vers l’identification de l’auteur.

Marc 14.50–52 (S21)

50 Alors tous l’abandonnèrent et prirent la fuite.

51 Un jeune homme le suivait, habillé d’un simple drap. On l’attrapa,

52 mais il lâcha le drap et se sauva tout nu.

(Traduction Louis Segond S21)

Mais qui était ce jeune homme ? Il semble qu’il soit l’auteur de cet Évangile, car il est le seul à connaître un détail aussi intime. Luc nous rapporte un autre fait qui, comme nous allons le voir, va nous permettre d’identifier ce personnage.

Actes 12.12–14 (S21)

12Après avoir réfléchi, il se dirigea vers la maison de Marie, la mère de Jean, surnommé Marc, où beaucoup de personnes étaient réunies et priaient.

13 Il frappa à la porte d’entrée et une servante appelée Rhode s’approcha pour écouter.

14 Elle reconnut la voix de Pierre et, dans sa joie, au lieu d’ouvrir, elle courut annoncer que Pierre se tenait devant la porte.

(Traduction Louis Segond S21)

Nous sommes quelques mois après la mort du Messie Jésus, et Marc est un homme connu. Sa mère, Marie, très active dans le soutien aux disciples, est nommée « la mère de Jean, surnommé Marc ».

Mais quel lien nous permet d’affirmer que le Marc de l’Évangile et Jean, surnommé Marc, fils de Marie, sont une seule et même personne ?

Le jeune homme cité dans l’Évangile de Marc n’aurait pas pu savoir quand et où le Messie Jésus et ses disciples partiraient la nuit de l’arrestation, à moins qu’il n’ait été lui-même dans la même maison, celle de Marie mentionnée par Luc.

Dans ce cas, Marie est la mère de Marc, l’auteur de l’Évangile qui porte maintenant son nom. Nous remarquons que lorsque deux disciples portent le même nom, ils sont souvent distingués par un surnom, comme Jacques le fils de Zébédée et l’autre Jacques, le fils d’Alphée. Jacques, le frère du Seigneur, était qualifié de Juste, Jacques le Juste.

Aucun autre Marc n’est mentionné dans les Évangiles. Nous pouvons donc affirmer que Marc, l’auteur de l’Évangile, est ce jeune homme courant de nuit dans Jérusalem et qu’il est le fils de Marie, propriétaire d’une grande maison à Jérusalem.

Ce jeune homme ne fait donc pas partie des Apôtres et n’a pas été un témoin direct de ce qu’il va nous écrire. Dans ces conditions, pourquoi cet écrit a-t-il été considéré comme authentique ?

Quelles sont les sources de Marc ?

Un témoignage intéressant

Eusèbe, évêque de Césarée, cite vers l’an 325 le témoignage de Papias, évêque d’Hiérapolis (vers l’an 125-130), qui lui-même rapportait les affirmations d’un certain Jean l’Ancien, qui pourrait être l’apôtre Jean. Voici ce qu’il dit :

« Marc, qui avait été l’interprète de Pierre, écrivit avec exactitude tout ce dont il se souvenait, bien qu’il ne l’ait pas fait dans l’ordre, des paroles et des actes du Seigneur. Car il n’avait ni entendu le Seigneur ni été son disciple, mais plus tard, comme je l’ai mentionné, celui de Pierre. Pierre donnait ses enseignements selon les besoins, sans chercher à donner un récit ordonné des discours du Seigneur. Ainsi, Marc n’a pas commis d’erreur en écrivant certaines choses telles qu’il s’en souvenait. Sa seule préoccupation était de ne rien omettre de ce qu’il avait entendu et de ne rapporter que la vérité. »

Cette citation nous offre l’information suivante : Marc, ou Jean-Marc, a été l’interprète de l’apôtre Pierre. Ce témoignage remonterait à l’apôtre Jean, auteur du quatrième Évangile.

Effectivement, compte tenu de l’importance de l’apôtre Pierre, il est surprenant qu’il n’ait pas directement écrit un Évangile. Nous voudrions souligner deux points : le premier, pourquoi Pierre, comme il l’a fait pour ses épîtres ou à l’instar de Paul, n’a-t-il pas signé cet écrit s’il en était la source principale ?

Le second, comment est-il possible qu’à aucun moment, à la lecture de ce texte, on ne ressente le simple secrétaire qui se contente d’écrire ce qu’on lui dicte ?

En effet, en lisant ces lignes, on a l’impression que celui qui rédige a vécu ce qu’il décrit !

L’Evangile selon Marc

L’attribution de la rédaction de cet Évangile à Marc ne s’est produite qu’à la fin du IIe siècle. À cette époque, Marc, déjà décédé, était très connu dans le milieu chrétien.

Ce n’est donc pas Marc lui-même qui s’est attribué la paternité de cet ouvrage. L’habitude était déjà établie : c’est Marc qui avait rédigé cet Évangile, et l’appellation ‘selon Marc’ n’a fait qu’entériner une évidence pour tous à l’époque.

C’est probablement pour rétablir un point historique important, selon lui, qu’Eusèbe nous rapporte l’information que nous avons mentionnée. Peut-être souhaitait-il simplement appuyer l’authenticité de cet écrit ?

Il semble évident que, même si Marc n’a pas été un apôtre, il a été un disciple. Grâce à sa mère, Marie, il s’est rapproché très tôt du groupe d’intimes qui suivaient Jésus, le Messie.

Ainsi, même s’il n’a pas été témoin de tous les miracles qu’il rapporte, il a tout de même assisté à certains événements. Il connaissait aussi la plupart des faits que Pierre lui racontait.

De plus, il fréquentait les apôtres qui se réunissaient souvent, surtout lors des grandes fêtes juives, dans la maison de sa mère. C’est pour l’ensemble de ces raisons que, lorsque nous lisons les récits de Marc, nous avons l’impression qu’il en a été un témoin direct.

La maison de Marie

Marc reste discret dans sa rédaction. Lorsqu’il évoque la maison où se déroulera le dernier repas du Seigneur, il ne mentionne pas explicitement qu’il s’agit de la maison de Marie, sa mère.

Au lieu de cela, il fournit des détails qui maintiennent une certaine confidentialité quant à l’emplacement du lieu. Cette discrétion contraste avec le second livre de Luc, qui divulgue clairement tous les détails.

Cette différence nous amène à penser que le livre des Actes des Apôtres, rédigé par Luc, a été publié à une époque où les témoins ne risquaient plus d’être persécutés, ce qui n’est pas le cas lors de la rédaction du récit de Marc.

Marc 14.13–14 (S21)

13 Il envoya deux de ses disciples et leur dit : « Allez à la ville. Vous rencontrerez un homme qui porte une cruche d’eau : suivez-le.

14 Là où il entrera, dites au propriétaire de la maison : ‘Le maître dit : Où est la salle où je mangerai la Pâque avec mes disciples ?’

(Traduction Louis Segond S21)

Nous constatons que Luc dans son Evangile, même s’il est écrit plus tardivement que celui de Marc prend encore des précautions pour décrire la maison de Marie alors que dans son second ouvrage, il révèle tous les détails.

Luc 22.9–13 (S21)

9 Ils lui dirent: «Où veux-tu que nous la préparions?»

10 Il leur répondit: «Quand vous serez entrés dans la ville, vous rencontrerez un homme qui porte une cruche d’eau; suivez-le dans la maison où il entrera

11 et dites au propriétaire de la maison: ‘Le maître te demande: Où est la salle où je mangerai la Pâque avec mes disciples?’

12 Alors il vous montrera une grande pièce aménagée à l’étage: c’est là que vous préparerez la Pâque.»

13 Ils partirent et trouvèrent tout comme il le leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

(Traduction Louis Segond S21)

Cet épisode nous rappelle le récit de Marc 11.1-7, où nous observons la connaissance surnaturelle du Messie Jésus. Dans notre cas, la prudence était de mise, car les autorités religieuses cherchaient des informations sur le groupe des apôtres dans le but de les arrêter également Marc 14.11 ; Jean 11.57.

Ce témoignage, attribué à l’apôtre Pierre et cité par Marc puis repris par Luc, nous laisse supposer qu’il s’agit de la maison de Marie, la mère de Marc. Marc, vivant dans cette demeure, aurait pu suivre discrètement les événements du repas, le départ du groupe et être présent lors de l’arrestation finale. Il ne pouvait révéler ouvertement qu’il s’agissait de la maison de sa mère, mais les détails ne pouvaient provenir que d’un proche, témoin direct des événements.

La crainte des autorités religieuses juives était palpable. Trop de détails pourraient permettre aux autorités de localiser le lieu de réunion, mettant ainsi en danger Marie, sa mère, ainsi que ses serviteurs. Cette maison deviendra par la suite un lieu de rassemblement pour les disciples en quête de refuge.

La résurrection du Messie Jésus et le discours de Pierre à la Pentecôte ont sûrement été des éléments déclencheurs de l’engagement personnel de Marc. Il a donc été témoin des derniers moments de la vie terrestre du Messie Jésus et présent lors de la Pentecôte, cette réunion se tenant, selon toute vraisemblance, dans cette même maison. Il est peu probable que les disciples disposaient de plusieurs grandes maisons à Jérusalem. L’hypothèse de cette unique maison, celle de Marie, mère de Jean surnommé Marc, devient logique et nous aide à comprendre le déroulement des événements lors du dernier repas de la Pâque.

Marie, la mère de Jean-Marc, était bien connue du Messie Jésus et des disciples, ce qui a facilité l’introduction de son fils dans ce groupe. Judas Iscariote était également présent dans cette maison, mais il n’y a pas mené les soldats pour l’arrestation du Messie Jésus.

Il semble que Judas ne souhaitait pas dénoncer ses anciens camarades, mais uniquement le Messie Jésus. Par son suicide, il a échappé aux interrogatoires des autorités religieuses juives, qui souhaitaient éradiquer ce mouvement naissant en persécutant les disciples et leurs soutiens.

Les disciples se cachaient, et ce jeune homme, Marc, a fui, laissant sa tunique entre les mains de ses agresseurs. Nous étions au printemps, en pleine nuit, et tous dormaient, si bien que Marc n’a pas dû avoir trop froid et surtout, a échappé de justesse à la capture.

Marie, la mère de Jean surnommé Marc, possédait donc une maison à Jérusalem, devenue un point de ralliement pour les apôtres. Elle était suffisamment grande pour accueillir un nombre conséquent de disciples, 120 étant présents le jour de la Pentecôte.

Située dans un quartier résidentiel de Jérusalem, cette demeure disposait de servantes et probablement de serviteurs, dont l’homme portant une cruche mentionnée en Marc 13.13.

Jean-Marc a donc grandi dans un milieu privilégié. Il est clair que Marie avait une confiance inébranlable en ses serviteurs et servantes, car accueillir les apôtres recherchés par les soldats romains n’était pas sans risque. Ils étaient probablement eux-mêmes disciples du Messie Jésus, comme le suggèrent les paroles de Rhode en Actes 12.14-16.

Actes 12.14–16 (S21)

14 Elle reconnut la voix de Pierre et, dans sa joie, au lieu d’ouvrir, elle courut annoncer que Pierre se tenait devant la porte.

15 Ils lui dirent : « Tu es folle », mais elle soutenait que c’était bien vrai. Ils dirent alors : « C’est son ange. »

16 Cependant Pierre continuait à frapper. Ils ouvrirent et furent stupéfaits de le voir.

(Traduction Louis Segond S21)

Joseph d’Arimathée

Certains exégètes ont suggéré un lien entre Joseph d’Arimathée et Marie, la mère de Jean surnommé Marc. Les Évangiles, ne fournissant aucune information sur l’identité du père de Marc, permettent de spéculer sur diverses possibilités.

Joseph d’Arimathée, envisagé comme l’époux ou le père de Marie, est une de ces hypothèses, motivée notamment par le fait que la vaste demeure de Marie implique une certaine aisance financière. Joseph, connu pour être un homme de stature importante et probable propriétaire d’une grande maison, pourrait correspondre à ce profil. Cependant, ces liens restent purement conjecturaux en l’absence de preuves scripturaires directes.

Il n’existe pas de lien direct entre Joseph d’Arimathée et Marie, la mère de Jean surnommé Marc, mentionné dans les textes bibliques. Joseph d’Arimathée est connu pour avoir demandé à Pilate le corps de Jésus après sa crucifixion pour l’enterrer dans son propre tombeau neuf, comme rapporté dans les quatre évangiles Matthieu 27.57-60 ; Marc 15.42-46 ; Luc 23.50-54 et Jean 19.38-42.

Marie, la mère de Jean surnommé Marc, est mentionnée dans les Actes des Apôtres comme une figure importante de la communauté chrétienne primitive à Jérusalem. Sa maison servait de lieu de rassemblement pour la prière Actes 12.12.

Les Évangiles et les Actes des Apôtres ne font pas mention d’un lien familial ou d’une interaction spécifique entre ces deux personnes. Ils apparaissent dans des contextes différents et jouent des rôles distincts dans les récits du Nouveau Testament.

Le lien particulier de Pierre avec Marc, et le projet de Pierre

Le père de Marc n’est jamais mentionné, ce qui suggère que Marie pourrait être veuve. Il faisait sûrement partie de la riche élite religieuse de l’époque résidant à proximité du temple.

Dès son plus jeune âge, Marc est immergé dans cet environnement. Bien qu’il ne soit alors qu’un adolescent, il connaît les Apôtres et le Messie, Jésus. Il entretient un lien particulier avec l’un d’entre eux, Pierre.

1 Pierre 5.13 (S21)

13 Ceux qui ont été choisis comme vous et sont à Babylone vous saluent, ainsi que Marc, mon fils.

(Traduction Louis Segond S21)

Cette expression affectueuse provient assurément du fait que Marc s’est converti lors d’un discours de Pierre, peut-être à la Pentecôte, juste après la crucifixion, le 22 mai 33.

Marc est très engagé dans cette nouvelle mission et décide d’accompagner Paul et Barnabas dans un grand voyage visant à annoncer la Bonne Nouvelle dans les pays limitrophes. Nous sommes alors en l’an 45.

Colossiens 4.10 (S21)

10 Aristarque, mon compagnon de détention, vous salue, ainsi que Marc, le cousin de Barnabas, au sujet duquel vous avez reçu des instructions : s’il vient chez vous, faites-lui bon accueil.

(Traduction Louis Segond S21)

Nous remarquons que Barnabas, l’ami et le principal collaborateur de l’apôtre Paul, est le cousin de Marc. Paul accepte d’embarquer ce jeune homme en tant qu’assistant pour le voyage.

Actes 12.25 (S21)

25 Une fois leur mission à Jérusalem accomplie, Barnabas et Saul repartirent, emmenant avec eux Jean, surnommé Marc.

(Traduction Louis Segond S21)

Mais tout ne se passe pas comme Marc l’avait imaginé.

Actes 13.13 (S21)

13 Paul et ses compagnons embarquèrent à Paphos pour se rendre à Perge en Pamphylie, mais Jean se sépara d’eux et retourna à Jérusalem.

(Traduction Louis Segond S21)

Marc ne s’attendait visiblement pas à autant de difficultés lors de ce voyage. Il n’a pas réussi à suivre Paul et Barnabas, qui étaient plus aguerris. Il abandonne rapidement et revient à Jérusalem.

Nous pouvons imaginer son désarroi et même la honte de ce retour prématuré.

Pierre va aider ce jeune homme à surmonter cette épreuve. Nous pouvons supposer que dès son retour en 45, Pierre, voyant une opportunité, commence à travailler avec Marc sur la rédaction de son Évangile. Il avait le désir de laisser un témoignage écrit pour la postérité, ce qui ressort des textes écrits ultérieurement.

2 Pierre 3.1 (S21)

Bien-aimés, voici déjà la deuxième lettre que je vous écris. Dans l’une et dans l’autre je fais appel à vos souvenirs pour éveiller en vous une saine intelligence,

(Traduction Louis Segond S21)

2 Pierre 1.13–15 (S21)

13 Oui, j’estime juste de vous tenir en éveil par mes rappels aussi longtemps que je suis dans cette tente,

14 car je sais que je quitterai bientôt ce corps, comme notre Seigneur Jésus-Christ me l’a fait connaître.

15 Mais je ferai en sorte qu’après mon départ vous puissiez en toute occasion vous souvenir de ces enseignements.

(Traduction Louis Segond S21)

Pierre avait compris depuis longtemps que l’écriture était le moyen le plus fiable de laisser une trace de son témoignage et de son enseignement. Il veillait donc à ce que ses paroles soient consignées par écrit. Sylvain, son secrétaire, semble avoir été chargé de rédiger les deux épîtres.

Son Evangile avait déjà été consigné par écrit avec Marc bien avant. Ce texte est resté anonyme pendant les deux premiers siècles, mais il était communément admis que Pierre en était l’auteur et Marc, l’écrivain ou l’interprète.

Marc n’aurait jamais osé, ni même souhaité, s’attribuer la rédaction de cet Évangile. En ce qui concerne les épîtres, le principe est différent : la mention du nom de l’auteur est essentielle.

Sylvain précise bien que c’est Pierre qui en est l’auteur. Ces lettres peuvent être datées d’avant les années 64 à 68, période correspondant à la persécution menée par l’empereur Néron.

Le texte de l’Evangile

Marc avait bénéficié d’une solide instruction. Sa famille aisée, résidant à Jérusalem, lui avait permis d’accéder aux meilleurs maîtres de la capitale. Il maîtrisait le grec.

La présence de ce jeune intellectuel pourrait-elle avoir été un signe pour Pierre de s’engager dans la rédaction d’une nouvelle version de l’Évangile ? Nous l’avons déjà mentionné : la première version de l’Évangile, connue sous le nom ‘selon Matthieu’, ne répondait pas entièrement aux attentes de Pierre.

En effet, ce livre, principalement orienté vers les lecteurs juifs, nécessitait une révision pour mieux s’adresser aux lecteurs non juifs, en particulier les Grecs.

Cependant, les qualités intellectuelles de Marc ne semblent pas aussi remarquables qu’on aurait pu le supposer. La majorité des spécialistes s’accordent à dire que le style est plutôt rudimentaire et que ni Marc ni Pierre ne possédaient les compétences littéraires d’un Paul.

Malgré ces critiques sévères et surprenantes, il est indéniable que ce texte a été lu et relu par des centaines de millions de personnes.

Le style grec des deux épîtres de Pierre est nettement différent, ce qui suggère une contribution significative de Sylvain.

À travers les époques, que ce soit dans l’Antiquité, au Moyen Âge, durant le Siècle des Lumières ou à l’époque moderne, ces lignes ont captivé un nombre incalculable de lecteurs pour des raisons personnelles indéniables. Il y a véritablement quelque chose d’exceptionnel dans cet Évangile de Marc, et, plus largement, dans toute la Bible.

L’aventure du jeune Marc

L’histoire de Marc ne s’arrête pas là. Après le concile de Jérusalem en 49, il souhaite de nouveau accompagner Paul et Barnabas dans un second voyage. Environ cinq années se sont écoulées, et la position de l’apôtre Paul est devenue radicale.

Actes 15.36–39 (S21)

36 Quelques jours plus tard, Paul dit à Barnabas : « Retournons visiter nos frères et sœurs dans toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir comment ils vont. »

37 Barnabas voulait emmener aussi Jean, surnommé Marc,

38 mais Paul estimait qu’il ne fallait pas prendre avec eux celui qui les avait quittés depuis la Pamphylie et ne les avait pas accompagnés dans leur tâche.

39 Ce désaccord fut assez vif pour qu’ils se séparent l’un de l’autre. Barnabas prit Marc avec lui et embarqua pour l’île de Chypre.

(Traduction Louis Segond S21)

L’apôtre Paul refuse catégoriquement de reprendre Marc comme aide, sa décision est irrévocable. Face à cette situation, Barnabas se sépare de Paul et décide de partir pour l’île de Chypre, dont il est originaire, accompagné de son cousin Marc. De son côté, Paul partira avec Silas.

Actes 4.36–37 (S21)

36 Joseph – celui que les apôtres surnommaient Barnabas, ce qui signifie « fils d’encouragement » –, un Lévite originaire de Chypre,

37 vendit un champ qu’il possédait, apporta l’argent et le déposa aux pieds des apôtres.

(Traduction Louis Segond S21)

Nous ne disposons plus de détails sur ce voyage, car toute l’attention est désormais captée par Saul de Tarse, devenu l’Apôtre Paul. Il est cependant intéressant de noter que les relations entre Paul et Marc se sont nettement améliorées par la suite.

2 Timothée 4.11 (S21)

11 Luc seul est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est utile pour le ministère.

(Traduction Louis Segond S21)

Vers la fin de sa vie, Paul sollicite l’aide de Marc, reconnaissant son utilité pour le ministère. Si l’apôtre Paul affirme cela, c’est vraisemblablement parce qu’il a personnellement constaté les nouvelles qualités de Marc.

Il semble que Marc et Luc, deux auteurs des Évangiles, se soient côtoyés à cette période. Ils ont probablement échangé sur leur travail respectif, même si la rédaction de l’Évangile de Marc était achevée depuis longtemps.

Date de rédaction de l’Evangile de Marc

Il est difficile de déterminer une date précise de rédaction pour cet Évangile. Il est important de ne pas confondre rédaction avec traduction ou copie. Le succès de ce livre est dû au fait que, lors de sa première publication, de nombreuses personnes pouvaient authentifier les événements qu’il raconte. Le témoignage de ces premiers lecteurs a renforcé la crédibilité de l’écrit.

Il ne faut pas supposer que ces lecteurs étaient crédules et acceptaient sans preuve ces récits extraordinaires. Eux aussi avaient besoin de preuves, et la confirmation par de nombreux témoins encore en vie a été déterminante dans la propagation et le succès de cet Évangile.

Nous ne pouvons pas affirmer que la première version publiée était aussi complète que celle que nous connaissons aujourd’hui. Certains passages ont pu être ajoutés par les auteurs eux-mêmes au fil des années, avant de parvenir à notre version définitive.

Cette pratique n’est pas douteuse, mais reflète plutôt le désir des écrivains, témoins des événements, de transmettre la version la plus parfaite et compréhensible.

Nous sommes convaincus que la première ébauche de cet Évangile était déjà connue avant le concile de Jérusalem en 49 et que, dès l’an 45, Pierre et Marc avaient commencé à travailler sur ce projet. Initialement, il s’agissait de reprendre et de réviser le texte de Matthieu.

C’est pour toutes ces raisons que nous envisageons une publication aux alentours des années 46 ou 47 au plus tard.

Pour plus d’informations vous pouvez consulter le chapitre : « Les Evangiles »

La fin de l’Evangile de Marc

Les douze derniers versets de Marc 16.9-20 n’apparaissent pas dans certains des manuscrits les plus anciens, ce qui a conduit différents érudits à affirmer qu’ils ont été ajoutés tardivement au texte original.

Cependant, nous disposons de témoignages d’écrivains du deuxième siècle qui y font référence. Dans nos traductions modernes, ce passage est souvent placé entre parenthèses, comme le fait la traduction Segond 21, pour indiquer qu’il n’est pas présent dans tous les manuscrits considérés comme originaux. Nous sommes ainsi face à un débat d’experts sans consensus clair.

En lisant le texte, nous remarquons une transition brutale entre les versets Marc 16.8 et Marc 16.9, sans lien apparent entre ces deux parties, ce qui suggère effectivement un ajout à cette conclusion. Malgré tout, deux points importants sont à noter. Premièrement, le texte demeure conforme aux autres écrits des Évangiles et ne contredit ni ne s’écarte des autres récits à aucun moment. Deuxièmement, l’Église a inclus ces douze versets dans le canon.

Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de douter de l’authenticité de ce récit, même si nous pouvons envisager qu’il a été écrit légèrement plus tard.

Nous envisageons deux hypothèses principales : la première, Marc et Pierre auraient conclu leur récit au verset Marc 16.8, puis estimé que cette fin pourrait être améliorée, ajoutant ainsi ultérieurement les douze derniers versets.

La seconde, la fin originale de leur récit aurait été perdue, provoquant cette nouvelle rédaction. Il est même possible qu’un autre auteur, ayant une autorité certaine au sein de l’Église, ait effectué cette modification en se basant sur les récits de Matthieu et de Luc.

Il semble difficile, au vu des informations limitées dont nous disposons, de déterminer les véritables raisons de ce changement à la fin de l’Évangile de Marc, mais les informations qu’il apporte s’alignent avec les textes des autres Évangiles.

Conclusion

Ce texte attribué à Marc et Pierre apparaît comme une révision de celui de Matthieu, avec des références à la culture juive supprimées. Cet Évangile semble s’adresser principalement aux non-juifs, peu familiers avec les écrits des grands prophètes mentionnés dans la Bible hébraïque.

Bien que sa rédaction n’atteigne pas la qualité littéraire des écrits de Paul, son rythme rapide et ses courtes séquences d’événements, dépourvues de fioritures, en font un récit captivant, particulièrement adapté à une génération en quête d’informations directes.

Contrairement à ses contemporains, Marc n’apporte pas d’éléments inédits et se retrouve donc inclus dans les récits de Matthieu et de Luc. Théoriquement, il pourrait être omis sans altérer significativement la compréhension globale de ces événements. Cependant, l’importance de ce récit réside ailleurs : il répond aujourd’hui parfaitement aux besoins d’une génération qui se détourne de la lecture approfondie et des conventions littéraires traditionnelles au profit d’une approche plus directe de l’information.

Les différentes scènes présentées par Marc et Pierre s’apparentent à nos bandes dessinées modernes qui captivent tant de jeunes lecteurs. Le message vivant du Messie Jésus, rapporté dans l’Évangile de Marc, était probablement aussi destiné à la jeune génération contemporaine.