Annexe
Annexe 1
L’Évangile de Luc

L’Évangile de Luc

Pour plus d’informations

Introduction

Luc a rédigé deux textes qui se concentrent sur l’origine et l’histoire de l’Église du premier siècle. Le premier, intitulé ‘l’Évangile selon Luc’, décrit les débuts du christianisme, tandis que le second, ‘les Actes des Apôtres’, relate la naissance de l’Église. Le travail de Luc se distingue nettement de celui de Matthieu et de Marc.

– Pourquoi a-t-il composé un troisième Évangile ?

– Quelles sont les raisons qui nous amènent à attribuer cette rédaction à Luc ?

– Quelle autorité lui a permis de rédiger un Évangile ?

– Quand a-t-il écrit cet ouvrage ?

Nous allons maintenant étudier son texte et tenter de répondre à toutes ces questions.

Luc

Luc ne décrit pas des faits dont il a été témoin. Il se convertit au christianisme peu de temps après la résurrection du Messie Jésus.

Il ne l’a pas rencontré, mais il a incontestablement fréquenté des apôtres et des dirigeants de ce nouveau mouvement religieux.

C’est un monde encore restreint et tous les responsables se connaissent à cette époque.

Il n’est pas juif, mais probablement grec. Il écrit dans cette langue et son expression recherchée dévoile un homme cultivé et scientifique.

Il prend soin de nous préciser le cadre de son travail.

Luc 1.1–4 (S21)

1 Plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous,
2 d’après ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et qui sont devenus des serviteurs de la parole.
3 Il m’a donc paru bon à moi aussi, qui me suis soigneusement informé sur toutes ces choses dès l’origine, de te les exposer par écrit d’une manière suivie, excellent Théophile,
4 afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus.

(Traduction Louis Segond S21)

Nous allons examiner en détail sa méthode de travail. Luc, le Grec, n’appartient pas au groupe des apôtres ni des proches du Messie Jésus, c’est un collaborateur de Paul, l’auteur de treize épîtres présentes dans nos Bibles.

Colossiens 4.14 (S21)

14 Luc, le médecin bien-aimé, vous salue, ainsi que Démas.

(Traduction Louis Segond S21)

Nous découvrons ici le métier de Luc, décrit comme médecin. Il est important de noter qu’à cette époque, le titre de ‘médecin’ était souvent attribué à des guérisseurs, parfois considérés comme des charlatans. Ainsi, cette appellation ne possédait pas au premier siècle le même prestige et la même respectabilité qu’elle a aujourd’hui.

Malgré cette connotation, nous voyons en Luc, au travers de ses contacts avec Paul, un personnage se rapprochant de nos thérapeutes contemporains. En étudiant ses écrits, nous identifions un intellectuel érudit, doté des capacités nécessaires pour rédiger l’histoire de l’Église et du christianisme.

Son œuvre, émanant d’une perspective non-juive des événements, s’adresse principalement à un public païen. Cette orientation marque un contraste avec les autres écrits de l’époque. Par exemple, le texte de Matthieu cible principalement les Juifs, celui de Marc s’adresse aux non-Juifs des régions avoisinantes, tandis que Luc élargit son audience à un contexte mondial.

De plus, la rédaction des Évangiles synoptiques, incluant l’œuvre de Luc, montre un parallèle avec le développement de l’œuvre chrétienne, soulignant l’évolution et l’expansion du message chrétien à différentes communautés et cultures.

Cela nous rappelle les paroles du Maître :

Actes 1.8 (S21)

8 Mais vous recevrez une puissance lorsque le Saint-Esprit viendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre.»

(Traduction Louis Segond S21)

L’écrivain du 3ème Évangile

Comment peut-on affirmer que l’auteur du 3ème Évangile et des Actes des Apôtres, est bien Luc, le collaborateur de Paul ?

Son nom ne figure pas dans les deux ouvrages mais Paul le cite à trois reprises Philémon 1.23-25 ; 2 Timothée 4.11 et Colossiens 4.13-14.

Toutefois, l’auteur fait directement référence à lui-même en employant le terme « nous » dans plusieurs passages de son second volume Actes 16.10 ; Actes 16.17 ; Actes 20.5 ; Actes 20.21 ; [/b]Actes.18[/b] ; Actes 27.1  et Actes 28.16.

Il reste un fidèle collaborateur de Paul et un témoin de divers faits cités dans l’ouvrage des Actes des Apôtres. Nous ne possédons donc pas beaucoup de renseignements sur Luc, mais depuis la parution de ces deux volumes, ils lui sont attribués sans contestation sérieuse. Nous n’avons donc aucune raison de douter de cette paternité. D’autre part, personne ne porte ce nom dans le cercle des disciples que nous connaissons.

Philémon 23–25 (S21)

23 Epaphras, mon compagnon de détention en Jésus-Christ, te salue,

24 ainsi que Marc, Aristarque, Démas et Luc, mes collaborateurs.

25 Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit !

(Traduction Louis Segond S21)

2 Timothée 4.11 (S21)

11 Luc seul est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est utile pour le ministère.

(Traduction Louis Segond S21)

Colossiens 4.13–14 (S21)

13 Je lui rends en effet ce témoignage : il se dépense sans compter pour vous, pour ceux de Laodicée et pour ceux de Hiérapolis.

14 Luc, le médecin bien-aimé, vous salue, ainsi que Démas.

(Traduction Louis Segond S21)

L’objectif de Luc

Luc entreprend la rédaction de son livre pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il souhaite démontrer à son ami Théophile que tout l’enseignement qu’il a reçu repose sur des faits certifiés. En adressant son texte à Théophile, qui est un païen converti, Luc espère toucher tous les non-Juifs et leur proposer une description de l’origine du mouvement religieux dans lequel ils s’engagent, c’est-à-dire le christianisme.

De plus, Luc veut apporter des références historiques qui ne se trouvent pas dans les récits de Matthieu et de Marc. Ces informations permettent de recadrer chronologiquement les événements de la vie terrestre de Jésus. Luc souhaite ainsi offrir un récit innovant résultant de recherches approfondies.

Il est possible que Théophile, en tant que membre d’une classe sociale privilégiée, ait financé les recherches de Luc et l’ait incité à partager ses découvertes avec un public plus large.

En résumé, Luc rédige son livre pour fournir des faits certifiés, apporter des références historiques, décrire l’origine du christianisme et toucher un public non-Juif, encouragé en cela par Théophile.

La méthode de travail de Luc

Luc nous informe sur sa méthode de travail. Il a mené des recherches approfondies, visant à présenter des propos exacts et précis. Il commence par examiner divers écrits, y compris les récits de Matthieu et de Marc, et probablement d’autres documents. Luc mentionne des rédactions fondées sur les témoignages des apôtres, indiquant ainsi que ces écrits ne sont pas ceux de Matthieu et de Marc qui ont été des témoins directs de ce qu’ils témoignent. Marc retranscrit les souvenirs de Pierre.

Luc affirme que nombreux sont ceux qui ont tenté de raconter l’histoire du Maître, une démarche compréhensible étant donné que l’Église naissante reposait sur l’enseignement de Jésus. En interrogeant des témoins et en recueillant des détails personnels, notamment sur la vie de Joseph et de Marie, il apparaît que Luc a pu s’informer directement auprès de Marie, la mère de Jésus. Étant donné que la rédaction a probablement eu lieu vers l’année 60, Marie aurait été très âgée, environ 75 ans. Il est donc plausible que Luc ait utilisé des notes prises lors d’entretiens antérieurs.

Dans son travail, Luc agit en quelque sorte comme un journaliste d’investigation moderne, cherchant à fournir un compte rendu authentique et détaillé de la vie de Jésus. Ainsi, il est raisonnable de penser que Luc a vérifié scrupuleusement les informations de son ouvrage, leur conférant une réelle crédibilité historique.

Théophile, et probablement d’autres lecteurs, avaient la possibilité de confronter les affirmations de Luc avec leurs propres connaissances des faits. En outre, sachant que Luc disposait des écrits de Matthieu et de Marc, il est peu probable qu’il ait inclus des propos contradictoires qui auraient pu affaiblir la crédibilité de son récit.

En résumé lorsque Théophile a découvert les notes de Luc, il a immédiatement compris leur importance pour l’Église et a donc encouragé Luc à rédiger une biographie de Jésus. Fort de cette réussite, Luc a ensuite rédigé ‘Les Actes des Apôtres’, un récit où il est lui-même un témoin direct, poursuivant ainsi l’histoire de l’Église.

Les résultats de son travail

Nous recevons un texte en deux volumes. Le premier volume qui nous intéresse particulièrement est similaire aux récits de Matthieu et de Marc déjà publiés. Il suit un schéma similaire et présente une suite chronologique analogue des événements. Ainsi, Luc se joint logiquement à Matthieu et à Marc dans la liste des synoptiques.

Il est probable que, pour des raisons financières, Luc a choisi d’utiliser deux papyrus pour écrire les deux parties de son récit. Il devient le plus long des trois Évangiles. Celui de Jean qui sera publié plusieurs décennies plus tard sera aussi plus court.

Si nous reprenons le principe que nous avons développé dans l’étude sur les Évangiles, qui consiste à compter les 178 événements majeurs différents mentionnés dans les quatre Évangiles, Luc en rapporte 111. Il en emprunte 74 à Matthieu et Marc. 62 récits sont déjà notés par Matthieu et Marc, 6 sont repris de Matthieu, 6 sont repris de Marc, et 37 sont propres à Luc.

Lorsque Luc commence à écrire son récit, Matthieu et Marc ont déjà noté 112 péricopes différentes, et Luc en ajoute 37, ce qui nous donne un total de 149. Il faudra attendre Jean, qui en apportera 29, pour porter le nombre à 178.

Les recherches effectuées par Luc lui ont permis de relever 37 épisodes qui n’avaient pas été cités par Matthieu et Marc. Mais ce qui est important à nos yeux, ce sont les références historiques que Luc prend soin de consigner. Son texte indépendant reste malgré tout un complément aux récits de Matthieu et Marc. Il ne les copie pas, mais ajoute des précisions qui s’avèrent essentielles pour nous aujourd’hui.

Ses notes chronologiques nous aident à confirmer les écrits du Prophète Daniel pour fixer la date de la mort du Messie Jésus.

La date de rédaction

Luc n’appartenant pas au groupe des apôtres, il n’a pas participé aux décisions concernant l’écriture de leurs témoignages. Cependant, nous pouvons observer une structure similaire entre les textes de Matthieu, Marc et Luc, qui sont connus sous le nom d’Évangiles synoptiques. Cette similarité suggère que Luc avait connaissance des récits des autres évangélistes et que sa rédaction est postérieure.

Nous estimons que l’évangile de Marc a été publié vers l’an 46, juste après Matthieu. En comparaison, l’écriture de Luc semble avoir eu lieu beaucoup plus tard. Il semble évident qu’il a rédigé les deux volumes de son histoire de l’Église consécutivement, sans trop attendre. Si nous situons le dernier voyage de l’apôtre Paul vers l’an 59 ou 60, nous pouvons estimer que la composition de l’évangile de Luc était déjà achevée à cette époque.

Le livre des Actes des apôtres se termine par le travail de Paul à Rome. Il n’évoque pas sa mort, qui a probablement eu lieu vers l’an 67. Cela nous conduit à penser que la rédaction des Actes s’est achevée vers l’an 62 ou 63. Par conséquent, la composition de l’évangile de Luc peut être datée de 2 à 3 ans plus tôt, soit vers l’an 60, pendant l’emprisonnement de Paul à Césarée. Il est très probable que Luc ait finalisé son travail sur l’évangile durant cette période.

Conclusion

Contrairement aux récits de Matthieu et de Marc, celui de Luc, plus tardif, possède des repères historiques qui démontrent la qualité des investigations effectuées. Luc n’a pas été soumis aux mêmes contraintes extérieures que les apôtres pour préparer son texte. Il a donc pris le temps de mener des recherches pendant plusieurs années, accumulant ainsi une grande quantité de documentation dans le but d’écrire la genèse de l’Église. Théophile, ayant découvert l’importance des informations rassemblées par Luc, l’a encouragé à rédiger le récit que nous avons aujourd’hui.

Dans l’histoire de la composition de cet Évangile, il est important de distinguer la phase d’investigation de celle de l’écriture. La rédaction des Actes des Apôtres a suivi rapidement celle de l’Évangile, selon notre compréhension.

Luc, le médecin bien-aimé et collaborateur de l’apôtre Paul, a toujours été reconnu comme l’auteur de cet Évangile. Les nouveaux convertis, issus de différentes cultures et traditions, ignoraient tout de l’histoire du Messie Jésus et de la naissance du christianisme. Le travail de Luc vient donc combler cette lacune d’informations.