Annexe
Annexe 114
ANN114 - Je bâtirai mon Eglise

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Vous pouvez consulter l’annexe ANN038 : Le ministère du Messie Jésus

Introduction

Dans Matthieu 16.17-19 , le Messie Jésus prononce pour la première fois l’expression « mon Église » (ekklesia) et associe Pierre à plusieurs images majeures : le rocher, les clés du Royaume des cieux ainsi que le pouvoir de « lier » et de « délier ». Ce passage constitue l’un des textes les plus débattus de l’exégèse néotestamentaire en raison de ses importantes implications ecclésiologiques et doctrinales.

Le but de cette étude est précisément de définir avec rigueur le rôle attribué à Pierre dans ce passage et de mieux comprendre la portée exacte des paroles prononcées par Jésus. Il ne s’agit ni de minimiser l’importance de Pierre dans les débuts de l’Église primitive, ni d’attribuer au texte des affirmations qu’il ne formule pas explicitement. Une analyse attentive du contexte immédiat, du vocabulaire employé ainsi que de l’ensemble du témoignage néotestamentaire apparaît donc nécessaire afin de replacer ces déclarations dans leur cadre historique et théologique.

L’étude des Écritures montre que Pierre occupe effectivement une fonction majeure dans les premiers développements du christianisme, notamment dans l’annonce initiale de l’Évangile et l’ouverture du Royaume aux Juifs puis aux nations ( Actes des apôtres 2.14-41 ; Actes des apôtres 10.34-48 ). Toutefois, le Nouveau Testament affirme parallèlement que l’autorité suprême demeure celle du Christ, présenté comme la pierre angulaire et la tête de l’Église ( Ephésiens 2.20 ; Colossiens 1.18 ). L’autorité confiée à Pierre apparaît ainsi réelle mais dérivée, exercée dans le cadre de la mission apostolique et en accord avec la volonté divine.

I. Le texte de Matthieu

Matthieu 16.17-19 (Louis Segond S21)

Jésus reprit la parole et lui dit: «Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car ce n'est pas une pensée humaine qui t'a révélé cela, mais c'est mon Père céleste.

Et moi, je te dis que tu es Pierre et que sur ce rocher je construirai mon Eglise, et les portes du séjour des morts ne l'emporteront pas sur elle.

Je te donnerai les clés du royaume des cieux: ce que tu lieras sur la terre aura été lié au ciel et ce que tu délieras sur la terre aura été délié au ciel.»

Voici le texte complet. Ni Marc, ni Luc, ni Jean ne rapportent ces paroles du Maître.

Dans ce passage, Jésus félicite Pierre pour avoir reconnu sa véritable identité :

Matthieu 16.16 (Louis Segond S21) :
Simon Pierre répondit: «Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant.»

Il attribue cette révélation à une source divine plutôt qu’à une compréhension humaine. Ensuite, le Messie Jésus déclare :

Matthieu 16.18 (Louis Segond S21) :
Et moi, je te dis que tu es Pierre et que sur ce rocher je construirai mon Eglise, et les portes du séjour des morts ne l'emporteront pas sur elle.

Il lui confère une autorité particulière en lui offrant « les clés du royaume des cieux », avec le pouvoir de lier et de délier sur terre et au ciel.

Matthieu 16.19 (Louis Segond S21) :
Je te donnerai les clés du royaume des cieux: ce que tu lieras sur la terre aura été lié au ciel et ce que tu délieras sur la terre aura été délié au ciel.»

Ce texte est interprété de diverses manières par les exégètes, et il est nécessaire de reconnaître que son explication demeure complexe. Par conséquent, une étude approfondie de ces paroles du Maître ainsi que du contexte dans lequel elles ont été prononcées est indispensable pour comprendre les intentions du Messie Jésus.

II. Examinons maintenant Matthieu 16.17

Matthieu 16.17 (Louis Segond S21)

Jésus reprit la parole et lui dit: «Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car ce n'est pas une pensée humaine qui t'a révélé cela, mais c'est mon Père céleste.

Pierre venait de répondre à la question du Messie Jésus :

Matthieu 16.15 (Louis Segond S21)

«Et d'après vous, qui suis-je?» leur dit-il.

Et voici sa réponse :

Matthieu 16.16 (Louis Segond S21)

Simon Pierre répondit: «Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant.»

Pierre prend la parole, comme cela arrive fréquemment. Cependant, ses propos reflètent-ils la position du groupe ou seulement son avis personnel ? Au vu de la réponse du Maître, il semble plus probable que Pierre ait bénéficié d’une révélation personnelle, qui a sans doute été approuvée par les autres disciples.

Nous sommes donc dans un contexte particulier où la compréhension des disciples s’éclaire sous l’influence divine. Cela évoque le principe de l’aveugle de Bethsaïda (voir la péricope PER187 : L’aveugle de Bethsaïda) qui a retrouvé la vue en deux étapes. En ce moment, les disciples franchissent ensemble une étape significative. Ils parviennent à exprimer clairement leurs pensées. C’est Pierre qui initie cette démarche.

Un détail dans la réponse du Maître est notable. Il appelle Pierre par son nom de naissance, Simon, au lieu du nom qu’il lui avait donné ( Jean 1.42 ). De plus, nous apprenons que le père de Simon s’appelait Jonas.

III. Examinons maintenant Matthieu 16.18

Matthieu 16.18 (Louis Segond S21)

Et moi, je te dis que tu es Pierre et que sur ce rocher je construirai mon Eglise, et les portes du séjour des morts ne l'emporteront pas sur elle.

Nous avons précédemment mentionné que le Messie Jésus avait utilisé l’ancien nom de Pierre, Simon. A présent, il emploie son nouveau nom, Cephas en araméen, qui se traduit par Pierre.

Dans Matthieu 16.17 , le Messie Jésus utilise le nom, Simon, pour rappeler l’identité originelle de Pierre avant sa mission apostolique. En l’appelant Simon, fils de Jonas, il indique que cette révélation provient non pas de son héritage humain, mais de Dieu.

Ensuite, dans Matthieu 16.18 , le Messie Jésus utilise le nom Pierre (Petros en grec), qui signifie rocher, pour marquer un tournant dans son rôle. Ce changement de nom symbolise la mission que le Messie confie à Pierre : être un fondement pour l’Eglise. Cette méthode est courante dans la Bible, où un changement de nom accompagne souvent une transformation spirituelle (par exemple, Abram devenant Abraham dans Genèse 17.5 , ou Jacob devenant Israël dans Genèse 32.28 et Genèse 35.10 ).

Dans la traduction Segond 21, le terme Pierre est distinct du terme rocher.

Il existe en effet une différence notable dans le grec original du verset Matthieu 16.18 entre les termes Pierre et rocher.

Pierre est traduit du grec « Petros » (Πέτρος), qui désigne une pierre ou un caillou, souvent interprété comme une pierre mobile ou détachée.

Rocher est traduit du grec « Petra » (πέτρα), qui désigne un rocher massif, une fondation solide et immuable.

Il est ainsi possible de considérer que l’Église repose sur un fondement solide. Cependant, ce fondement n’est pas Pierre, qui représente uniquement une petite partie de l’ensemble. Pierre contribue à la construction de l’Église, sans en être le pilier principal.

Selon notre conclusion, l’Évangile de Matthieu, destiné prioritairement à un public juif, aurait d’abord été rédigé en araméen, puis traduit en grec, peut‑être par Matthieu lui‑même. En araméen, un jeu de mots se perçoit nettement mais se brouille en grec.

Restitué en araméen, le propos sonnerait ainsi : « Tu es Kepha, et sur cette kepha je bâtirai mon Église. » Le même terme (kepha) désigne à la fois le nom donné à Simon et le « rocher ». Il s’agit donc d’un jeu de mots unitaire : le nom propre et l’image de fondation se répondent sans nuance distincte.

Ce sous‑texte araméen (Kepha/kepha) montre que Jésus fait volontairement coïncider le nom de Pierre et l’image du rocher. Il associe Pierre à la fondation, non comme fondement ultime—qui demeure le Christ—mais comme instrument inaugural au service de la véritable fondation : la confession que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu. 1 Pierre 2.6-8 Ephésiens 2.20-22

La seconde partie de ce verset indique que l’Eglise fondée par Jésus ne sera pas vaincue par la mort ou les forces du mal. Voici quelques éléments d’explication :

« Le séjour des morts » (Hadès en grec) fait référence au royaume des morts, souvent interprété comme symbolisant la puissance de la mort ou les forces du mal.

« Les portes » symbolisent l’autorité et le pouvoir. Dans l’Antiquité, les portes d’une ville représentaient son gouvernement et sa force. Le Messie Jésus est la porte ( Jean 10.9 )

« Ne l’emporteront pas » signifie que l’Eglise restera victorieuse malgré les attaques du mal et les épreuves.

La prédiction du Maître s’est réalisée et continue de se réaliser ; l’Église est fréquemment la cible d’attaques, mais elle demeure résiliente et ne faiblit pas. Le terme Église ne désigne pas un mouvement religieux.

Dans Matthieu 16.18 , le mot grec traduit par « Église » est ἐκκλησία (ekklesia). Ce terme est composé de « ek » (hors de) et « klesis » (appel), ce qui signifie littéralement « ceux qui sont appelés hors de ». A l’époque, ekklesia désignait une assemblée ou un rassemblement de citoyens. Dans le contexte chrétien, il fait référence à la communauté des croyants réunis en Christ.

Ce terme ne peut en aucun cas être associé uniquement à un mouvement religieux, bien que celui-ci en fasse partie.

IV. Examinons maintenant Matthieu 16.19

Matthieu 16.19 (Louis Segond S21)

Je te donnerai les clés du royaume des cieux: ce que tu lieras sur la terre aura été lié au ciel et ce que tu délieras sur la terre aura été délié au ciel.»

Nous observons que la même formulation apparaît plus loin dans le texte, mais cette fois adressée à tous les disciples et non exclusivement à Pierre. Il est à noter que la partie concernant les clés du royaume n’est pas reprise explicitement.

Cependant, Jean traite du problème de reprendre un membre en faute et même de l’exclure de l’Église s’il persiste dans son erreur, ce qui pourrait correspondre à l’idée de donner les clés du royaume.

Matthieu 18.18 (Louis Segond S21)

Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre aura été lié au ciel et tout ce que vous délierez sur la terre aura été délié au ciel.

Le verset de Matthieu 16.19 est notable car il semble conférer à Pierre une autorité particulière. Cette déclaration, présente également dans Matthieu 18.1 , indique le concept d’une autorité spirituelle octroyée par le Messie Jésus à ses disciples. Ainsi, il est raisonnable de conclure que cette autorité est accordée à chaque disciple et non uniquement à Pierre, comme pourrait le laisser penser une lecture isolée de Matthieu 16.19 .

 

Voici quelque explication :

_ Lier et délier : Dans la tradition juive, ces termes étaient utilisés par les rabbins pour désigner l’autorité d’interdire ou de permettre certaines pratiques. Jésus applique ce principe à l’Eglise, lui conférant une responsabilité doctrinale et disciplinaire.

_ Une action en accord avec le ciel : La formulation « aura été lié au ciel » suggère que les décisions prises sur terre doivent être en harmonie avec la volonté divine. Ce n’est pas l’homme qui dicte à Dieu, mais l’Église qui agit en accord avec ce qui est déjà établi dans le ciel.

_ Application pratique : Ce pouvoir concerne notamment l’enseignement, la discipline ecclésiastique et le pardon des péchés (voir Jean 20.23 ).

Jean 20.23 (Louis Segond S21)

Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.»

Nous aborderons l’analyse du texte de Jean 20.23 ultérieurement.

En ce qui concerne le concept des clés du royaume, il est essentiel de comprendre qu’il n’est pas concevable qu’un individu ait la capacité de déterminer le salut ou la perdition d’une personne pour l’éternité. Cette prérogative est exclusivement réservée au Messie Jésus. Le rôle et le pouvoir de l’homme, en particulier celui du disciple, se limitent à ratifier les décisions du ciel.

Cette affirmation est-elle bibliquement valide ?

Dans ce contexte, il est pertinent de se demander pourquoi le Messie Jésus annonce à Pierre qu’il lui donnera les clés du royaume des cieux. Il convient de noter que le verbe employé est au futur, indiquant ainsi que ce pouvoir n’est pas présent mais sera conféré ultérieurement. Cette déclaration peut être mise en relation avec le passage de l’apôtre Paul :

1 Corinthiens 6.2 (Louis Segond S21)

Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde? Et si c'est par vous que le monde doit être jugé, êtes-vous incapables de rendre des jugements de faible importance?

L’apôtre Paul rappelle aux croyants que les saints seront appelés à juger le monde et les encourage à résoudre leurs différends entre eux plutôt qu’en recourant à des tribunaux extérieurs. Par conséquent, il est possible de considérer ce don des clés du royaume et ce jugement de manière similaire.

Le prophète Esaïe 22.22 parle d’un homme honorable, Eliakim à qui seront remises les clés de la maison de David.

Cette clé symbolise l’autorité et le pouvoir d’ouvrir et de fermer des portes de manière définitive. Dans le contexte immédiat du chapitre, il s’agit de Eliakim, un serviteur fidèle qui remplace Shebna comme intendant du palais royal.

Ce verset est également interprété comme une prophétie messianique, faisant référence au Messie Jésus, qui détient les clés du Royaume des cieux et dont l’autorité est confirmée dans Apocalypse 3.7 .

Pourtant il est bien question que Dieu donne les clés à des hommes, des disciples. En fait nous pouvons comprendre que le disciple exerce une fonction de ministre ou d’ambassadeur du Messie Jésus et en conséquence il le représente et défend ses intérêts.

Nous pourrions dire que le disciple dans son rôle d’ambassadeur applique ni plus ni moins les consignes du Dieu.

V. Les paroles de Jean 20.23

Jean 20.23 (Louis Segond S21)

Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.»

Nous avons établi que l’autorité humaine, notamment celle des disciples, se limite à ratifier les décisions célestes. Aucun individu n’a la capacité de pardonner ou de retenir les péchés de ses semblables ; ce pouvoir est exclusivement réservé à Dieu.

Par conséquent, il est possible d’affirmer que le Messie Jésus confie à ses disciples la mission de proclamer l’Évangile, qui inclut l’annonce du pardon des péchés pour ceux qui croient. Leur rôle consiste donc à déclarer ce pardon, et non à l’accorder directement. Certains théologiens indiquent que ce verset est en lien avec la prédication et l’appel à la repentance.

Dans ce contexte, quelle est l’opinion appropriée concernant l’absolution sacerdotale pratiquée par les prêtres de l’Église catholique ?

L’absolution sacerdotale est le pardon des péchés accordé par un prêtre dans le cadre du sacrement de la réconciliation. Selon la doctrine catholique, seul un prêtre ordonné a reçu l’autorité de pardonner les péchés au nom du Christ. Ce pardon est donné après la confession des fautes et un acte de contrition sincère.

L’absolution est un acte spirituel où le prêtre « délie » le pénitent de ses péchés, en application des paroles de Jésus à ses disciples : « Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés » ( Jean 20.23 ). La formule d’absolution prononcée par le prêtre invoque la miséricorde divine et la réconciliation avec Dieu.

Aucune personne, qu’elle soit pasteur, prêtre ou autre, ne détient le pouvoir de pardonner les péchés d’autrui. Elle peut uniquement, sur la base de l’expérience et du témoignage de l’individu concerné, confirmer que ses péchés sont pardonnés par Dieu.

VI. L’interprétation catholique

Selon l’Église catholique, Pierre est considéré comme le premier Pape, ce qui lui confère une importance significative dans cette tradition religieuse. Par conséquent, Pierre serait vu comme le premier dirigeant de l’Église.

Cependant, d’après la Bible, Jésus est le chef de l’Église. Plusieurs passages du Nouveau Testament soutiennent cette interprétation :

Colossiens 1.18 (Louis Segond S21)

Il est la tête du corps qu'est l'Eglise; il est le commencement, le premier-né d'entre les morts, afin d'être en tout le premier.

Ephésiens 5.23 (Louis Segond S21)

car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l'Eglise qui est son corps et dont il est le Sauveur.

Ces versets illustrent que l’Eglise est comparée à un corps dont le Messie Jésus est la tête, signifiant ainsi qu’il en est l’autorité suprême et le guide spirituel.

Dans la doctrine catholique, le Messie Jésus est considéré comme le chef suprême de l’Eglise en tant que fondateur et tête spirituelle. Le pape, en tant que successeur de l’apôtre Pierre à qui Jésus aurait confié la mission de guider l’Eglise, est perçu comme son représentant sur terre.

Le pape exerce une primauté sur l’Eglise catholique et joue un rôle de guide spirituel, en garantissant l’unité doctrinale et pastorale des fidèles. Il est également le chef du Collège des évêques, chargé de la transmission de la foi et de la gouvernance de l’Eglise catholique.

Ainsi, dans la théologie catholique, le Messie Jésus est vu comme le chef divin, tandis que le pape est son vicaire, responsable de diriger l’Eglise catholique sur terre.

Il est avéré que les protestants ne reconnaissent pas l’autorité du pape et considèrent que le seul chef de l’Eglise est Jésus-Christ. D’après leur interprétation, ils soutiennent que Pierre n’a pas reçu un pouvoir exclusif et exceptionnel, mais que cette autorité est partagée par l’ensemble des disciples, conformément aux divers versets mentionnés précédemment.

VII. Les fondements de l’Eglise

Il est pertinent d’examiner dans la Bible le principe de l’édification de l’Église, laquelle est bâtie sur un rocher. Voici quelques références notables :

Ephésiens 2.20-22 (Louis Segond S21)

Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire.

C'est en lui que tout l'édifice, bien coordonné, s'élève pour être un temple saint dans le Seigneur.

C'est en lui que vous aussi, vous êtes édifiés avec eux pour former une habitation de Dieu en Esprit.

Dans ce contexte, l’Église est décrite comme étant fondée sur les apôtres et les prophètes, avec Jésus le Messie en tant que pierre angulaire.

1 Corinthiens 10.4 (Louis Segond S21)

et ils ont tous bu la même boisson spirituelle. En effet, ils buvaient à un rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher était Christ.

Ce passage souligne que le véritable rocher ou fondation est incarnée par le Messie Jésus lui-même, comme indiqué dans Deutéronome 32.4 et Esaïe 26.4 .

1 Pierre 2.4-8 (Louis Segond S21)

Approchez-vous de Christ, la pierre vivante rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu,

et vous-mêmes, en tant que pierres vivantes, laissez-vous édifier pour former une maison spirituelle, un groupe de prêtres saints, afin d'offrir des sacrifices spirituels que Dieu peut accepter par Jésus-Christ.

En effet, il est dit dans l'Ecriture: Je mets dans Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse. Celui qui croit en elle n'en aura jamais honte.

Elle est donc précieuse pour vous qui croyez. Quant à ceux qui désobéissent, la pierre rejetée par ceux qui construisaient est devenue la pierre angulaire.

Elle est aussi une pierre qui fait obstacle et un rocher propre à faire trébucher. Ils s'y heurtent parce qu'ils désobéissent à la parole, et c'est à cela qu'ils ont été destinés.

Pierre indique que les croyants sont vus comme des pierres vivantes dans la structure spirituelle. Il ne se place pas en tant que fondement particulier.

Divers exégètes bibliques interprètent Matthieu 16.18 comme une reconnaissance du rôle spécifique de Pierre au sein de l’Église, tandis que d’autres soutiennent que le terme « rocher » se réfère principalement à Jésus-Christ. À la lumière des versets cités, il apparaît que Pierre ne revendique aucune position particulière au sein de l’Église. Au contraire, il reconnaît la prééminence du Messie Jésus, considéré comme le seul véritable rocher.

Conclusion

L’analyse de Matthieu 16.17-19 met en évidence l’importance particulière accordée à Pierre dans les débuts de l’Église primitive. Sa confession de foi — « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ( Matthieu 16.16 ) — constitue un moment déterminant du récit évangélique et marque une étape majeure dans la révélation progressive de l’identité messianique de Jésus. Le livre des Actes confirme ensuite la place prééminente de Pierre dans les premières phases de l’expansion du christianisme naissant, notamment lors de la Pentecôte ( Actes des apôtres 2.14-41 ) et dans l’ouverture de l’Évangile aux non-Juifs ( Actes des apôtres 10.34-48 ).

Toutefois, l’examen des données néotestamentaires conduit à distinguer le rôle historique et spirituel de Pierre des développements institutionnels ultérieurs relatifs à la papauté. En effet, aucun texte biblique n’affirme explicitement que Pierre aurait exercé une juridiction universelle et permanente sur l’ensemble de l’Église, ni qu’une succession pontificale aurait été établie comme principe doctrinal obligatoire. Une telle lecture repose principalement sur une construction théologique et ecclésiologique élaborée progressivement au cours de l’histoire chrétienne, plutôt que sur une formulation explicite des Écritures.

Par ailleurs, le Nouveau Testament souligne de manière récurrente que le fondement ultime de l’Église demeure le Messie Jésus lui-même ( 1 Corinthiens 3.11 ). Les apôtres apparaissent collectivement comme les témoins fondateurs de la foi chrétienne ( Ephésiens 2.20 ), tandis que Pierre se présente lui-même comme « ancien avec eux » plutôt que comme chef suprême de l’Église universelle ( 1 Pierre 5.1-3 ). De même, le récit du concile de Jérusalem ( Actes des apôtres 15.13-22 )montre une direction collégiale où plusieurs responsables interviennent dans le discernement doctrinal, Jacques occupant lui aussi une position déterminante dans la conclusion de l’assemblée ( Actes des apôtres 15.13-19 ).

Ainsi, les textes bibliques permettent de reconnaître à Pierre une fonction majeure dans l’histoire des origines chrétiennes sans pour autant imposer nécessairement l’identification de celui-ci au premier pape au sens institutionnel et doctrinal développé ultérieurement. Cette distinction apparaît essentielle afin de différencier ce qui relève explicitement des données scripturaires de ce qui procède d’interprétations théologiques postérieures.

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