
Les Evangiles en chiffres
Pour plus d’informations
Introduction
Dans un premier temps, nous entreprendrons de recenser le nombre de péricopes présentes dans chacun des quatre Évangiles. Cette démarche nous aidera à déterminer les spécificités et les informations propres à chaque Évangile. Nous identifierons les péricopes qui sont communes à plusieurs textes et celles qui sont mentionnées exclusivement par un seul auteur.
Notre objectif est de déterminer s’il existe une relation de dépendance entre ces différents récits. Cela pourrait indiquer si l’un des Évangiles a servi de modèle aux autres, ou si, au contraire, les apôtres avaient établi une liste commune de péricopes utilisée par Matthieu, Marc et Luc.
Ainsi, nous cherchons à établir la priorité ou l’antériorité de l’un de ces textes par rapport aux autres.
La liste des faits
Nous avons réalisé un décompte des différents faits relatés par chacun des auteurs des Évangiles, basé sur une liste de 178 événements distincts. Cette liste s’inspire de celle établie par Cor Bruins dans son ouvrage ‘L’harmonie des évangiles‘. En effet, selon le découpage choisi, le nombre d’événements peut varier. Dans notre synopse, nous avons subdivisé certains événements, augmentant ainsi de manière substantielle leur nombre. Cette approche vise à affiner notre analyse.
Cependant, pour simplifier notre étude, nous avons opté pour le découpage proposé par Cor Bruins, qui est également adopté par plusieurs exégètes. Nous considérerons donc que nos quatre Évangiles relatent 178 péricopes différentes.
Analyse avec une antériorité de Matthieu
Nous partons de l’hypothèse que l’Évangile de Matthieu est le premier à avoir été rédigé, et nous l’utilisons comme référence. Dans notre tableau, nous avons inclus tous les faits cités par chacun des auteurs des Évangiles, en suivant cette chronologie : Matthieu, Marc, Luc, puis Jean. Pour plus de détails, veuillez consulter l’annexe ANN059 intitulée : Les évolutions de Marc.
Nous savons que l’Évangile de Jean, rédigé plus tardivement, introduit 29 nouvelles péricopes, ce qui implique que les synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) n’en ont cité que 149 sur les 178 totales (178 – 29 = 149).
Dans ce contexte, Matthieu mentionne 103 nouvelles péricopes sur les 149 recensées dans les synoptiques. Marc, qui suit Matthieu dans l’ordre chronologique, reprend 80 péricopes de Matthieu et en ajoute 9 nouvelles. Luc, quant à lui, reprend 74 péricopes de ses prédécesseurs et contribue avec 37 faits inédits.
Ainsi, Marc reprend 90% des informations de Matthieu, n’apportant que 10% de contenu nouveau.
D’où proviennent ces nouvelles informations ?
Dans notre chapitre sur les Évangiles, nous formulons l’hypothèse d’une liste de péricopes établie par les apôtres, destinée à couvrir l’ensemble des miracles de Jésus. Si les apôtres s’étaient limités aux miracles les plus spectaculaires, nous aurions eu principalement des récits de résurrections !
Cette liste a probablement servi de base aux rédactions de Matthieu et de Marc, et il est possible que Luc y ait également eu accès.

Analyse avec une antériorité de Marc
Sous l’hypothèse de la priorité de Marc, il apparaît que 78% du contenu de l’Évangile de Matthieu est dérivé de celui de Marc, tandis que 22% des faits présentés par Matthieu sont des ajouts uniques.
De plus, 90% du contenu de l’Évangile de Marc est repris par Matthieu. Il est également notable que toutes les informations contenues dans l’Évangile de Marc se retrouvent dans les Évangiles de Matthieu et de Luc.
Cela signifie que, parmi les Évangiles synoptiques, Marc ne contribue aucun fait inédit. Cette observation a conduit certains exégètes à envisager l’hypothèse selon laquelle l’Évangile de Marc aurait été le premier à être rédigé.

La priorité de Marc
La ‘priorité de Marc‘ est une hypothèse bien établie parmi les spécialistes des Évangiles en études bibliques. Proposée au début du 19e siècle, cette théorie suggère que l’Évangile selon Marc a été le premier des quatre Évangiles du Nouveau Testament à être rédigé. Cette idée remet en question l’ordre chronologique traditionnellement admis, qui place Matthieu en premier, suivi de Marc, Luc, et Jean. Nous allons examiner brièvement cinq arguments clés qui soutiennent cette théorie, tout en apportant nos observations pour chaque point.
Simplicité et brièveté de Marc : Le récit de Marc est le plus court et semble moins élaboré que ceux de Matthieu et Luc. Cette simplicité suggère que Marc pourrait être la source originale.
Notre observation : Cette brièveté pourrait résulter d’une simplification du texte de Matthieu, destinée à un public non-juif.
Structure narrative : Matthieu et Luc suivent largement l’ordre des événements de Marc, tout en y ajoutant leur propre contenu.
Notre observation : Il est également possible que Marc et Luc aient adapté la structure de Matthieu, modifiant le contenu pour leurs propres objectifs.
Détails et langue : Les choix des mots et les détails bruts de Marc sont souvent améliorés dans Matthieu et Luc.
Notre observation : Les compétences linguistiques érudites de Matthieu et Luc se manifestent dans leurs récits, tandis que le récit de Marc reflète une approche plus simple, adaptée à un public moins familier avec les coutumes juives.
Théorie des deux sources : Elle suggère que Matthieu et Luc ont utilisé Marc et une source hypothétique ‘Q’ pour leur rédaction.
Notre observation : Nous envisageons plutôt une liste commune de péricopes établie par les apôtres, avec Matthieu en tant que principal rédacteur. Pierre aurait ensuite simplifié le texte de Matthieu avec l’aide de Marc dans le but de l’adapter à un public non juif.
Analyses littéraires et textuelles : Les analyses comparatives des textes montrent que Matthieu et Luc reprennent souvent textuellement de larges portions de Marc, ce qui est moins fréquent dans le sens inverse.
Notre observation : Le texte de Luc est écrit bien après Matthieu et Marc, il devrait être analysé séparément. L’étroite liaison entre Matthieu et Marc suggère que Marc est une version simplifiée de Matthieu.
En conclusion, bien que la priorité de Marc soit largement débattue, elle n’est pas universellement acceptée. Notre analyse suggère que la priorité de Matthieu est aussi une option viable, qui nous parait plus en accord avec le pragmatisme et la dynamique du groupe des apôtres.
Conclusion
Les diverses conclusions concernant la rédaction des Évangiles demeurent des hypothèses qui alimentent des débats parmi les érudits, souvent basés sur des argumentations complexes. Depuis le début du 19e siècle, nous observons également une remise en question systématique des conclusions établies antérieurement, souvent remontant aux Pères de l’Église.
Face à ces nouvelles propositions, il est essentiel d’analyser soigneusement les raisons des changements suggérés. Dans notre cas, nous penchons en faveur de la priorité de l’Évangile de Matthieu, comme nous l’avons exposé dans le chapitre : Les Évangiles. Selon nous, les circonstances politiques de l’époque appuient cette hypothèse.
Il nous paraît crucial de prendre en compte le réalisme et le pragmatisme des apôtres face à leur contexte historique et social lors de l’examen de ces questions.