La des dix jeunes filles (
Matthieu 25.1-13
) est l'une des plus célèbres et des plus solennelles de l'enseignement de Jésus. Prononcée quelques jours avant sa Passion, elle appartient au grand discours eschatologique de Matthieu (
Cette s'inscrit dans une progression soigneusement construite. Après avoir exhorté ses disciples à veiller, car personne ne connaît le jour ni l'heure de son retour ( .36-44 ), Jésus développe cette exhortation au moyen de plusieurs paraboles complémentaires. Celle du serviteur fidèle et du mauvais serviteur ( .45-51 ) souligne l'importance de demeurer fidèle durant l'absence du maître. La des dix jeunes filles met ensuite l'accent sur la nécessité d'être constamment prêt lorsque l'Époux paraîtra. Enfin, la des talents ( Matthieu 25.14-30 ) montre que cette attente doit se traduire par une activité responsable, tandis que le jugement des nations ( Matthieu 25.31-46 ) révèle les conséquences éternelles de cette fidélité ou de cette infidélité. L'ensemble forme un véritable traité sur l'attente du Royaume.
Le cadre choisi par Jésus est celui d'un mariage juif du Ier siècle, une scène familière pour ses auditeurs. Les noces constituaient l'une des plus grandes réjouissances de la vie sociale d'Israël et servaient déjà, dans l'Ancien Testament, à évoquer l'alliance entre Dieu et son peuple ( Esaïe 54.5-8 ; Osée 2.16-22 ). En reprenant cette image, Jésus s'identifie implicitement à l'Époux attendu. Cette affirmation s'inscrit dans la continuité de son ministère, puisque Jean-Baptiste s'était déjà présenté comme « l'ami de l'Époux » ( Jean 3.29 ) et que Jésus avait lui-même déclaré que les invités aux noces ne pouvaient pas jeûner tant que l'Époux était avec eux ( Matthieu 9.14-15 ). La annonce ainsi le jour où le Christ reviendra pour introduire définitivement les siens dans la joie de son Royaume.
L'originalité de cette réside toutefois dans le retard de l'Époux. Contrairement aux attentes de nombreux Juifs de son époque, le Royaume de Dieu ne s'établit pas immédiatement dans sa plénitude. Un temps d'attente s'intercale entre la première venue du Messie et son retour glorieux. Ce délai, loin d'être un échec du plan divin, fait partie du dessein de Dieu. Il constitue une période durant laquelle la foi est éprouvée, la fidélité est mise à l'épreuve et la véritable préparation des disciples devient progressivement visible. L'attente n'est donc pas un simple intervalle entre deux événements ; elle est un temps de formation spirituelle et de persévérance.
La force de cette réside également dans le fait qu'elle s'adresse non aux adversaires de Jésus, mais à ceux qui se considèrent déjà comme ses disciples. Les dix jeunes filles attendent toutes le même Époux, appartiennent au même cortège, portent toutes une lampe et désirent participer aux noces. Rien, au premier regard, ne les distingue. La différence n'apparaît qu'au moment décisif, lorsque l'Époux arrive. Jésus montre ainsi qu'une appartenance visible au peuple de Dieu ne suffit pas. Ce qui importe est la réalité d'une foi persévérante, capable de demeurer prête malgré la longueur de l'attente.
Au fil des siècles, cette a suscité d'innombrables interprétations. Les Pères de l'Église, les théologiens médiévaux, les Réformateurs et les exégètes contemporains ont proposé des lectures variées du symbole de l'huile, des lampes ou encore du sommeil des jeunes filles. Si certaines de ces interprétations présentent un réel intérêt théologique, une lecture exégétique rigoureuse invite à ne pas attribuer une signification symbolique à chaque détail du récit. Comme dans la plupart des paraboles de Jésus, l'attention doit d'abord se porter sur le message central, sans transformer chaque élément du décor en allégorie.
L'enjeu fondamental de cette est donc clair. Jésus n'invite pas ses disciples à calculer la date de son retour, mais à vivre de telle manière qu'ils soient prêts à le rencontrer à tout moment. La vigilance chrétienne n'est ni une inquiétude permanente ni une spéculation sur les événements de la fin des temps. Elle consiste en une fidélité quotidienne, nourrie par une relation vivante avec le Christ, qui se manifeste dans la durée. Ainsi, la des dix jeunes filles demeure, pour chaque génération de croyants, un appel pressant à persévérer jusqu'à la venue glorieuse de l'Époux.