1- Devant le grand tribunal du judaïsme
Nous découvrons maintenant que Pierre et Jean ont passé leur première nuit en prison et qu'ils doivent comparaître devant le , le grand tribunal religieux juif. Cette institution, composée des principaux sacrificateurs, des anciens et des scribes, représentait la plus haute autorité religieuse du judaïsme ( Actes des apôtres 4.5 ).
Sous la domination romaine, le conservait d'importantes prérogatives dans les domaines religieux et judiciaires. Son autorité s'étendait à l'ensemble de la vie cultuelle ainsi qu'à de nombreuses questions relatives à l'application de la Loi.
2- Une procédure menée dans le cadre des institutions juives
Il est remarquable que Luc ne fasse aucune mention d'une intervention des autorités romaines. L'arrestation de Pierre et de Jean a été effectuée par la et l'affaire est désormais examinée par le . Les responsables religieux semblent ainsi avoir cherché à traiter cette question dans le cadre de leurs propres institutions, sans attirer inutilement l'attention des .
Cette attitude peut s'expliquer par le contexte politique de l'époque. Les grands prêtres et l'aristocratie sacerdotale entretenaient des relations relativement étroites avec les autorités impériales et avaient tout intérêt à maintenir l'ordre public afin de conserver leurs privilèges. Une agitation populaire ou une intervention romaine risquait au contraire de fragiliser leur position.
Il est donc vraisemblable que les aient souhaité régler cette affaire discrètement et empêcher qu'elle ne prenne une ampleur susceptible de provoquer l'intervention des forces romaines. Cette attitude rappelle celle qu'elles avaient déjà adoptée lors du procès du Messie Jésus, lorsqu'elles avaient d'abord tenté de traiter l'affaire dans le cadre des institutions juives avant d'être contraintes de faire appel au gouverneur Ponce Pilate ( Jean 18.28-31 ).
3- Une assemblée particulièrement impressionnante
Pierre et Jean auraient pu être profondément impressionnés par la solennité de cette assemblée. Luc prend soin de préciser que le souverain sacrificateur Caïphe est présent, ainsi que son beau-père Anne, qui avait lui-même exercé auparavant cette fonction ( Jean 18.13 ). L'évangéliste mentionne également un certain Jean, un certain Alexandre et plusieurs membres de la famille du grand prêtre ( Actes des apôtres 4.6 ).
Tout semble avoir été organisé afin de réunir les représentants les plus influents de l'aristocratie sacerdotale. Les mêmes hommes qui avaient participé au procès du Messie Jésus quelques semaines auparavant se retrouvent désormais face à ses disciples.
4- Le contraste entre les accusateurs et les accusés
Revêtus de leurs vêtements officiels et conscients de leur autorité, ces dignitaires entendent probablement rappeler à Pierre et à Jean qui détient le pouvoir religieux sur le peuple d'Israël. Leur position sociale contraste fortement avec celle des deux apôtres, simples Galiléens dépourvus de formation rabbinique reconnue ( Actes des apôtres 4.13 ).
Il est possible que cette mise en scène solennelle ait eu pour but d'impressionner, voire d'intimider ces prédicateurs afin de les réduire au silence. Les autorités religieuses avaient déjà employé des méthodes comparables au cours du procès de Jésus ( Marc 14.53-65 ).
5- Une nouvelle confrontation avec les mêmes autorités
Le parallèle avec les événements de la Passion est particulièrement frappant. Les chefs religieux pensaient avoir mis un terme au mouvement suscité par Jésus en obtenant sa condamnation et son exécution ( Jean 19.15-16 ). Pourtant, quelques semaines plus tard, ils découvrent que ses disciples poursuivent son œuvre et proclament publiquement sa résurrection.
Ainsi, Pierre et Jean se retrouvent devant les mêmes autorités qui avaient jugé leur Maître. Cette continuité constitue l'un des thèmes majeurs des premiers chapitres des Actes et montre que l'opposition rencontrée par les apôtres s'inscrit dans le prolongement direct de celle que Jésus lui-même avait connue.
6- Une situation particulièrement dangereuse
La situation des deux apôtres était particulièrement délicate. Le disposait d'une autorité considérable et pouvait prononcer des sanctions sévères. Quelques années plus tard, Étienne sera mis à mort à la suite d'une comparution semblable ( Actes des apôtres 7.54-60 ), tandis que Jacques, le frère de Jean, sera exécuté sur ordre d'Hérode Agrippa Ier ( Actes des apôtres 12.1-2 ).
Il fallait donc beaucoup de courage pour comparaître devant une telle assemblée. Plus encore, l'assistance du Saint-Esprit, promise par Jésus à ses disciples lorsqu'ils seraient conduits devant les tribunaux ( Matthieu 10.19-20 ; Luc 12.11-12 ), apparaissait plus nécessaire que jamais pour affronter cette épreuve.
7- L'Église face aux premières persécutions
Il est possible que la communauté chrétienne, rapidement informée de l'arrestation de Pierre et de Jean, se soit réunie dans la prière afin de rechercher le secours de Dieu. Cette hypothèse paraît d'autant plus vraisemblable que Luc rapportera un peu plus loin la réunion des croyants après leur libération ( Actes des apôtres 4.23-31 ).
La réalité de la persécution vient désormais tempérer l'enthousiasme suscité par les premiers succès de la prédication apostolique. L'Église naissante découvre qu'elle devra apprendre à vivre dans l'opposition et à s'appuyer constamment sur l'assistance du Saint-Esprit.
Ainsi, dès les premiers chapitres des Actes, croissance de l'Église et persécutions apparaissent étroitement liées. L'opposition des autorités religieuses ne constitue pas un accident de parcours, mais l'une des réalités auxquelles les disciples du Christ devront désormais faire face.
8- Une scène préparant le témoignage de Pierre
Luc prend soin de replacer les événements dans leur contexte historique et institutionnel. La scène est désormais prête pour la confrontation entre les autorités religieuses et les deux apôtres.
Dans la section suivante, nous examinerons plus particulièrement la ainsi que l'attitude remarquable des deux apôtres face à leurs accusateurs. Conformément à la promesse du Seigneur, ceux qui avaient autrefois abandonné leur Maître vont maintenant rendre témoignage avec une assurance qui surprendra jusqu'aux membres du ( Actes des apôtres 4.13 ).
Cette réécriture introduit davantage la dimension politique et institutionnelle de l'affaire : les ne cherchent pas tant à agir clandestinement qu'à conserver la maîtrise de la situation à l'intérieur du cadre religieux juif, tout en évitant une implication romaine qui aurait pu leur faire perdre leur influence ou provoquer des troubles plus importants.