La statue contemplée par Nébucadnetsar en Daniel 2 représente une succession de royaumes commençant avec Babylone et conduisant à l'établissement d'un Royaume qui ne sera jamais détruit. L'identification historique des différentes parties de la statue doit s'appuyer conjointement sur l'interprétation donnée à Daniel, sur les visions complémentaires de Daniel 7 et 8 et sur les données historiques relatives aux empires concernés. La vision ne constitue cependant pas seulement une chronologie des puissances antiques : elle présente l'ensemble des dominations humaines comme temporaires face à la permanence du Royaume établi par le Dieu du ciel.
1. Une vision accompagnée de sa propre interprétation
Le songe de Nébucadnetsar présente une particularité essentielle : le symbole n'est pas livré sans explication.
Le roi contemple :
« une grande statue » dont l'apparence est « extraordinaire » et « terrible » (Daniel 2.31).
Daniel en décrit ensuite les différentes parties :
« La tête de cette statue était en or pur, sa poitrine et ses bras en argent, son ventre et ses cuisses en bronze, ses jambes en fer, ses pieds en partie de fer et en partie d'argile » (Daniel 2.32-33).
Une pierre se détache ensuite « sans l'intervention d'aucune main », frappe les pieds de la statue et provoque la destruction de l'ensemble (Daniel 2.34-35).
Le récit pourrait s'arrêter à cette représentation symbolique. Il se poursuit cependant par une interprétation donnée à Daniel et communiquée au roi (Daniel 2.36-45).
Cette explication constitue le fondement de toute interprétation historique de la statue.
2. Nébucadnetsar : le point de départ explicitement identifié
La première identification ne dépend d'aucune reconstruction historique.
Daniel déclare à Nébucadnetsar :
“You are the head of gold” (Daniel 2.38).
Le roi représente ici la puissance politique dont il est le souverain. Cette manière d'associer un roi et son royaume est confirmée par la phrase suivante :
« Après toi s'élèvera un autre royaume, inférieur au tien » (Daniel 2.39).
Le passage de la personne du roi au royaume qu'il incarne est donc inscrit dans l'interprétation elle-même.
Le point de départ historique de la statue est ainsi établi : le premier royaume est celui de Nébucadnetsar, c'est-à-dire l'Empire néo-babylonien.
Cette identification fournit l'ancrage à partir duquel la succession peut être examinée.
3. Une succession chronologique de royaumes
Daniel ne présente pas les différentes parties de la statue comme plusieurs aspects simultanés d'un même pouvoir.
Il décrit une succession.
Après le royaume de Nébucadnetsar vient :
« un autre royaume » (Daniel 2.39).
Then:
« un troisième royaume, qui sera en bronze et qui dominera sur toute la terre » (Daniel 2.39).
Finally:
« il y aura un quatrième royaume, solide comme du fer » (Daniel 2.40).
La succession est donc explicitement numérique et chronologique.
Premier royaume : celui de Nébucadnetsar.
Deuxième royaume : celui représenté par l'argent.
Troisième royaume : celui représenté par le bronze.
Quatrième royaume : celui représenté par le fer.
La partie inférieure de la statue introduit ensuite une phase caractérisée par le mélange du fer et de l'argile (Daniel 2.41-43).
Enfin intervient le Royaume établi par Dieu (Daniel 2.44-45).
La statue présente ainsi une histoire orientée : elle possède un commencement, une succession et un terme.
4. De Babylone au Royaume de Dieu
La vision commence avec une réalité historique immédiatement identifiable : le royaume de Nébucadnetsar.
Elle s'achève avec une réalité d'une nature différente :
« À l'époque de ces rois, le Dieu du ciel fera surgir un royaume qui ne sera jamais détruit et qui ne passera jamais sous la domination d'un autre peuple ; il pulvérisera tous ces royaumes-là et y mettra fin, tandis que lui-même subsistera éternellement » (Daniel 2.44).
Ces deux extrémités structurent l'ensemble.
D'un côté se trouve un royaume humain dont le souverain est nommé.
De l'autre se trouve un Royaume établi directement par Dieu.
Entre les deux se déploie la succession des puissances représentées par les différents matériaux de la statue.
L'histoire des empires n'est donc pas présentée comme une succession indéfinie. Elle possède un aboutissement.
5. Ce que le texte affirme et ce qu’il faut identifier
L'interprétation de la statue exige une distinction essentielle entre les données explicitement fournies et les identifications obtenues par comparaison.
Daniel 2 identifie directement le premier royaume.
Il affirme ensuite l'existence d'un deuxième, d'un troisième et d'un quatrième royaume.
Il décrit certaines caractéristiques de ces royaumes, particulièrement celles du quatrième et de sa phase divisée.
En revanche, Daniel 2 ne donne pas directement les noms historiques du deuxième, du troisième et du quatrième royaume.
Leur identification repose donc sur plusieurs catégories de données :
la succession historique des puissances ayant dominé le Proche-Orient ;
les caractéristiques attribuées aux différents royaumes ;
les visions complémentaires du livre de Daniel ;
et, dans certains cas, les identifications explicites fournies par ces visions.
Cette distinction permet de conserver la différence entre interprétation donnée par le texte et identification historique de ce que le texte décrit.
6. Daniel 7 et Daniel 8 comme textes complémentaires
Daniel 2 ne constitue pas la seule vision du livre consacrée à la succession des royaumes.
Daniel 7 présente quatre bêtes surgissant de la mer (Daniel 7.2-7). L'interprétation précise :
« Ces quatre grandes bêtes, ce sont quatre rois qui surgiront de la terre » (Daniel 7.17).
La quatrième bête reçoit une attention particulière avant l'intervention du jugement céleste et l'établissement d'un règne qui ne passera pas (Daniel 7.7-14, 19-27).
La structure générale présente donc une correspondance remarquable avec Daniel 2 :
plusieurs puissances terrestres se succèdent ;
la dernière possède des caractéristiques particulières ;
une intervention divine met fin à leur domination ;
un règne permanent leur succède.
Daniel 8 apporte une précision supplémentaire particulièrement importante.
Le bélier à deux cornes est explicitement identifié :
“The ram that you saw, which had two horns, represents the kings of Media and Persia” (Daniel 8.20).
Le bouc est ensuite identifié :
« Le bouc, c'est le roi de Grèce » (Daniel 8.21).
Ces indications constituent des données essentielles pour l'identification des royaumes de Daniel 2.
7. La succession Babylone, Médo-Perse et Grèce
L'histoire du Proche-Orient fournit une succession bien établie.
L'Empire néo-babylonien domine la région au VIe siècle av. J.-C. sous Nébucadnetsar et ses successeurs.
Babylone tombe en 539 av. J.-C. devant les forces de Cyrus.
La domination médo-perse devient alors la grande puissance impériale de la région.
Au IVe siècle av. J.-C., Alexandre le Grand renverse l'Empire perse. Les victoires du Granique en 334 av. J.-C., d'Issos en 333 et de Gaugamèles en 331 entraînent l'effondrement progressif de la puissance achéménide.
Le monde grec devient alors la puissance dominante.
Cette succession historique correspond aux identifications explicites fournies par Daniel 8 pour les Mèdes et les Perses, puis pour la Grèce (Daniel 8.20-21).
La principale difficulté interprétative se concentre dès lors sur l'identité du quatrième royaume.
8. Le quatrième royaume : une question déterminante
Daniel décrit le quatrième royaume de manière beaucoup plus développée :
« Il y aura un quatrième royaume, solide comme du fer. De même que le fer brise et pulvérise tout, il brisera et pulvérisera tout, comme le fer qui met tout en pièces » (Daniel 2.40).
Sa caractéristique explicitement donnée est donc sa capacité à briser et à écraser.
Dans l'interprétation historique traditionnelle, ce quatrième royaume est identifié à Rome.
Cette lecture établit la succession suivante :
Babylon;
Medo-Persia;
Grèce ;
Rome.
Elle possède une longue histoire dans l'interprétation juive et chrétienne et correspond à la succession des grandes puissances ayant dominé les territoires concernés après l'empire d'Alexandre.
Une autre lecture, particulièrement présente dans l'exégèse moderne associée à une datation de Daniel au IIe siècle av. J.-C., distingue parfois un royaume mède d'un royaume perse. La succession devient alors :
Babylon;
Mèdes ;
Perses ;
Grèce.
Le quatrième royaume est dans ce cas identifié au monde grec.
La manière dont Daniel lui-même associe les Mèdes et les Perses, particulièrement en Daniel 8.20, constitue par conséquent un élément majeur de cette discussion.
9. Les matériaux et leur signification
La statue présente une succession remarquable :
or ;
argent ;
bronze ;
fer ;
fer mêlé d'argile.
La diminution de la valeur économique des matériaux a souvent été interprétée comme l'image d'une dégradation progressive des royaumes.
Cette observation ne doit cependant pas être confondue avec une explication explicitement donnée par Daniel.
Le texte établit clairement une certaine infériorité du deuxième royaume :
« Après toi s'élèvera un autre royaume, inférieur au tien » (Daniel 2.39).
Il explique également explicitement le symbolisme du fer :
« le fer brise et pulvérise tout » (Daniel 2.40).
En revanche, aucune phrase n'affirme directement que la succession or-argent-bronze-fer représente une décadence morale continue de l'humanité.
La symbolique des matériaux doit donc être établie à partir des indications du texte avant d'être complétée par des rapprochements historiques.
10. Une diminution de valeur accompagnée d’une augmentation de force
La structure de la statue présente néanmoins un contraste remarquable.
L'or possède une valeur supérieure à celle de l'argent, du bronze et du fer.
Mais le fer possède une résistance et une capacité de destruction supérieures à celles de l'or.
La progression n'est donc pas simplement celle d'un affaiblissement.
Le quatrième royaume est précisément présenté comme particulièrement puissant.
La statue associe ainsi deux mouvements :
une diminution de la valeur des matériaux ;
une augmentation de leur dureté jusqu'au fer.
Cette combinaison permet de comprendre pourquoi le quatrième royaume peut être inférieur sous certains aspects aux royaumes précédents tout en étant militairement plus destructeur.
11. La prudence nécessaire dans l’interprétation anatomique de la statue
La statue comporte une tête, une poitrine, deux bras, un ventre, deux cuisses, deux jambes, des pieds et des orteils.
Ces caractéristiques anatomiques ont donné lieu à de nombreuses correspondances historiques.
Les deux bras ont parfois été associés aux Mèdes et aux Perses.
Les deux cuisses ont été rapprochées des principales puissances issues du partage de l'empire d'Alexandre, notamment les Séleucides et les Ptolémées.
Les deux jambes ont souvent été associées à une division orientale et occidentale de l'Empire romain.
Ces rapprochements sont possibles, mais leur degré de certitude n'est pas identique à celui des identifications explicitement données par Daniel.
Le texte explique la signification des matériaux, mais n'attribue pas directement une signification historique au nombre des bras, des cuisses ou des jambes.
Une interprétation rigoureuse doit donc distinguer la structure anatomique nécessaire à la représentation d'une statue et les éléments auxquels l'explication prophétique attribue explicitement une fonction symbolique.
12. Les pieds prolongent le quatrième royaume
La transition entre les jambes et les pieds possède une importance particulière.
Les jambes sont en fer (Daniel 2.33).
Les pieds sont :
« en partie de fer et en partie d'argile » (Daniel 2.33).
Daniel explique ensuite :
« Puisque tu as vu les pieds et les orteils en partie d'argile de potier et en partie de fer, ce royaume sera divisé ; mais il y aura en lui quelque chose de la force du fer, parce que tu as vu le fer mêlé à l'argile » (Daniel 2.41).
Le maintien du fer établit une continuité avec le quatrième royaume.
Le texte ne présente donc pas clairement les pieds comme un cinquième royaume entièrement indépendant du précédent.
Il s'agit plutôt d'une transformation du royaume de fer : sa force demeure partiellement, mais elle se trouve désormais associée à une fragilité structurelle.
13. Force et fragilité
Daniel specifies:
« Comme les orteils des pieds étaient en partie de fer et en partie d'argile, ce royaume sera en partie fort et en partie fragile » (Daniel 2.42).
La dernière phase de la statue possède donc un caractère paradoxal.
Elle conserve quelque chose de la puissance du fer.
Mais cette puissance ne produit plus une unité homogène.
La fragilité n'est pas extérieure au système ; elle se trouve mêlée à sa force.
Cette caractéristique distingue les pieds des jambes tout en maintenant une continuité entre eux.
L'interprétation historique de cette phase constitue l'une des questions les plus discutées de Daniel 2.
14. « Ils se mêleront par des alliances humaines »
Daniel 2.43 adds:
« Tu as vu le fer mêlé à l'argile parce qu'ils se mêleront par des alliances humaines ; mais ils ne seront pas unis l'un à l'autre, de même que le fer ne se mélange pas avec l'argile. »
L'expression araméenne traditionnellement rendue par une référence à la « semence des hommes » est difficile.
Elle a été comprise comme une allusion à des mariages dynastiques, à des alliances politiques ou au mélange de populations différentes.
L'identification précise demeure discutée.
Le résultat, en revanche, est explicite :
l'union recherchée ne produit pas une véritable cohésion.
Le fer et l'argile se trouvent ensemble sans devenir une matière homogène.
La dernière phase du royaume est ainsi caractérisée simultanément par la proximité, le mélange et l'impossibilité d'une unité durable.
15. La question des dix orteils
Les orteils apparaissent explicitement dans l'interprétation :
« Comme les orteils des pieds étaient en partie de fer et en partie d'argile » (Daniel 2.42).
Une statue humaine possède normalement dix orteils, ce qui a conduit de nombreux interprètes à rechercher dix royaumes ou dix puissances correspondant à la phase finale.
Daniel 2 ne donne cependant pas explicitement le nombre dix et n'identifie aucun royaume particulier aux différents orteils.
La question prend davantage d'importance lorsqu'elle est rapprochée des dix cornes de la quatrième bête de Daniel 7 (Daniel 7.7, 20, 24).
La correspondance entre les deux visions mérite donc d'être examinée, mais elle ne doit pas être supposée sans démonstration.
16. La pierre ne constitue pas un métal supplémentaire
La succession des métaux pourrait laisser attendre un nouveau matériau après le fer et l'argile.
Ce n'est pas ce qui se produit.
Une pierre apparaît :
« sans l'intervention d'aucune main » (Daniel 2.34).
Cette rupture est fondamentale.
La pierre ne fait pas partie de la statue.
Elle ne provient pas de celle-ci.
Elle ne représente pas simplement une nouvelle étape naturelle dans l'évolution des royaumes précédents.
Son origine est extérieure à l'ensemble.
L'expression « sans l'intervention d'aucune main » souligne précisément cette différence.
Le Royaume qu'elle représente n'est pas produit par les empires humains.
17. La destruction de la statue est totale
La pierre frappe la statue aux pieds :
« Alors le fer, l'argile, le bronze, l'argent et l'or furent pulvérisés ensemble et devinrent comme la balle qui s'échappe d'une aire de battage en été ; le vent les emporta et on n'en retrouva aucune trace » (Daniel 2.35).
Le détail est théologiquement important.
La pierre frappe les pieds, mais toute la statue disparaît.
Les différents royaumes appartiennent à des périodes différentes de l'histoire, mais la vision les rassemble finalement dans une même réalité : celle des puissances humaines temporaires.
Leur diversité historique ne supprime pas leur destinée commune.
Aucun métal ne subsiste devant le Royaume établi par Dieu.
18. La pierre devient une montagne
La destruction de la statue ne constitue que la première partie du mouvement.
Daniel adds:
« Quant à la pierre qui avait frappé la statue, elle devint une grande montagne et remplit toute la terre » (Daniel 2.35).
La pierre n'est donc pas uniquement un instrument de destruction.
Elle possède une dimension positive et constructive.
It becomes a mountain.
Elle remplit la terre.
Daniel en donne l'interprétation :
“The God of heaven will establish a kingdom that will never be destroyed” (Daniel 2.44).
La pierre représente ainsi un Royaume dont l'origine, la durée et l'étendue contrastent avec celles de tous les royaumes précédents.
19. Un Royaume d’origine divine
La différence fondamentale entre la statue et la pierre réside dans leur origine.
The statue represents a succession of human kingdoms.
La pierre est détachée « sans l'intervention d'aucune main » (Daniel 2.34, 45).
Daniel précise que c'est :
« le Dieu du ciel »
qui établit ce Royaume (Daniel 2.44).
Le contraste ne porte donc pas seulement sur la durée.
Il concerne la nature même du pouvoir.
Les empires de la statue appartiennent à la succession des dominations humaines.
Le Royaume représenté par la pierre procède de l'initiative divine.
20. Un Royaume qui ne sera jamais remplacé
Chaque royaume de la statue est suivi par un autre.
Babylone n'est pas permanente.
Le deuxième royaume ne l'est pas davantage.
Le troisième est remplacé.
Le quatrième connaît lui-même une transformation et une division.
Le Royaume établi par Dieu rompt cette logique :
« il ne sera jamais détruit et [...] ne passera jamais sous la domination d'un autre peuple » (Daniel 2.44).
La succession prend fin.
Ce Royaume n'est pas seulement plus puissant que les précédents.
Il possède une caractéristique qu'aucun d'eux ne possède : la permanence.
21. La portée messianique de la pierre
Dans son contexte immédiat, Daniel interprète explicitement la pierre comme le Royaume établi par Dieu (Daniel 2.44-45).
La lecture chrétienne met naturellement cette annonce en relation avec le Messie et avec la proclamation du Royaume de Dieu dans le Nouveau Testament.
Jésus annonce :
« Le royaume des cieux est proche » (Matthew 4.17).
Il affirme également :
« Si c'est par l'Esprit de Dieu que je chasse les démons, alors le royaume de Dieu est venu jusqu'à vous » (Matthew 12.28).
Le Nouveau Testament applique par ailleurs à Jésus plusieurs textes où apparaît le symbolisme de la pierre, notamment Psaume 118.22 (Matthew 21.42 ; Luke 20.17 ; Acts 4.11 ; 1 Peter 2.4-7).
Ces rapprochements permettent une lecture messianique de la pierre, à condition de conserver la donnée première de Daniel : la pierre représente le Royaume que Dieu établit.
22. Un Royaume déjà inauguré et encore attendu
Le Nouveau Testament présente le Royaume de Dieu sous une double perspective.
Il est déjà présent dans le ministère du Messie Jésus.
Mais son accomplissement définitif demeure futur.
Jésus enseigne à ses disciples à prier :
« Que ton règne vienne » (Matthew 6.10).
Paul décrit un terme de l'histoire où le Messie remettra :
« le Royaume à celui qui est Dieu et Père »
après avoir aboli toute domination, toute autorité et toute puissance (1 Corinthians 15.24-28).
L'Apocalypse annonce de même :
« Le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Messie, et il régnera aux siècles des siècles » (Revelation 11.15).
La pierre de Daniel 2 peut ainsi être comprise, dans une perspective chrétienne, à partir de cette tension entre inauguration messianique et accomplissement eschatologique.
23. La question historique et la question prophétique
La précision de la succession décrite dans Daniel a naturellement joué un rôle important dans les débats concernant la date du livre.
Une part importante de l'exégèse contemporaine situe la composition finale de Daniel au IIe siècle av. J.-C., dans le contexte de la persécution d'Antiochos IV Épiphane.
La lecture traditionnelle situe au contraire Daniel dans le cadre babylonien et perse présenté par le livre et considère ses visions comme de véritables annonces prophétiques.
La question ne peut être résolue par la seule interprétation de la statue.
Elle engage l'ensemble des données historiques, linguistiques, littéraires et textuelles du livre.
La précision des prophéties constitue néanmoins un élément central du débat puisque la datation retenue modifie nécessairement la manière de comprendre leur relation aux événements historiques.
24. Une histoire placée sous la souveraineté de Dieu
La statue ne doit finalement jamais être séparée de la déclaration prononcée par Daniel avant son interprétation :
“He changes times and circumstances; he removes kings and establishes kings” (Daniel 2.21).
Cette phrase fournit la clé théologique de toute la vision.
Babylone possède sa période.
Le royaume suivant possède la sienne.
La Grèce possède la sienne.
Le quatrième royaume possède la sienne.
Les divisions humaines possèdent elles aussi leur temps.
Mais aucune de ces puissances ne maîtrise l'ensemble de l'histoire.
Le songe donné à Nébucadnetsar présente précisément ce que le roi le plus puissant de son époque ne pouvait contrôler : ce qui arriverait après lui.
25. Le véritable contraste de la statue
La statue distingue plusieurs royaumes, mais la pierre révèle leur caractère commun.
L'or est différent de l'argent.
L'argent est différent du bronze.
Le bronze est différent du fer.
Le fer est différent de l'argile.
Pourtant, lorsque la pierre frappe la statue :
« le fer, l'argile, le bronze, l'argent et l'or furent pulvérisés ensemble » (Daniel 2.35).
Face au Royaume de Dieu, les différences entre les empires deviennent secondaires.
Ils appartiennent tous à la même catégorie : celle des royaumes temporaires.
La vision ne conduit donc pas seulement d'un empire au suivant.
Elle conduit de l'ensemble des royaumes humains au Royaume de Dieu.
C'est là que se trouve son véritable aboutissement.
La tête d'or ouvre l'histoire avec Nébucadnetsar.
La pierre la conduit vers un Royaume qui ne sera jamais remplacé.
Entre les deux se déploie la succession des puissances terrestres.
Ainsi, avant même l'identification détaillée de chacun des empires, la statue proclame une vérité qui gouverne toute son interprétation : les royaumes humains apparaissent, dominent et disparaissent ; le Royaume établi par le Dieu du ciel demeure éternellement.