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Daniel 5 – O banquete de Belsazar: quando Babilônia é pesada e julgada

Daniel 5 relate l'histoire saisissante de Belshatsar, prince de Babylone, qui profane les objets sacrés du Temple de Jérusalem. Par une main mystérieuse, Dieu annonce la fin du règne babylonien. Le récit illustre la fragilité du pouvoir humain face à la souveraineté divine. La chute de Babylone à l'issue du festin démontre le jugement divin immédiat. L'identité de Belshatsar, confirmée historiquement, souligne le contraste entre son orgueil et la leçon apprise par Nebucadnetsar.

154 min Belsazar Babilônia profanação julgamento soberania 95 versículos 1 livro

Introdução geral

Daniel 5 rapporte l’une des scènes les plus saisissantes du livre : au cours d’un banquet donné par Belshatsar, les objets sacrés provenant du Temple de Jérusalem sont profanés, une main mystérieuse écrit sur la muraille du palais et Daniel annonce la fin immédiate du royaume. Le récit associe ainsi un événement historique majeur - la chute de Babylone - à une réflexion théologique sur l’orgueil humain, la profanation du sacré et la souveraineté de Dieu sur les empires.

1. Une nuit décisive dans l’histoire de Babylone

Daniel 5 s'ouvre sur une scène de puissance et de fête. Le roi Belshatsar organise un grand banquet auquel participent mille de ses dignitaires. Rien, dans les premiers versets, ne semble annoncer la disparition imminente du royaume.

Pourtant, à la fin du chapitre, la situation est entièrement renversée :

“Naquela mesma noite foi morto Belsazar, rei dos caldeus.” (Daniel 5.30)

Entre le banquet et la mort du roi se déroule ainsi tout le drame du chapitre. Un pouvoir qui paraît encore solidement établi est jugé, pesé et renversé en quelques heures.

L'événement possède une importance qui dépasse la destinée personnelle de Belshatsar. Avec la chute de Babylone s'achève la domination de l'empire néo-babylonien et commence une nouvelle période politique dominée par les Mèdes et les Perses.

Daniel 5 constitue donc un véritable tournant dans le livre.

2. La continuité avec les chapitres précédents

Le récit ne doit pas être isolé de ce qui précède.

Daniel 2 avait annoncé la succession de plusieurs royaumes. Babylone, associée à Nebucadnetsar, y était représentée par la tête d'or de la statue. Mais cette position prestigieuse ne signifiait pas que l'empire babylonien durerait indéfiniment. Après lui devait apparaître un autre royaume.

Daniel 4 avait ensuite montré Nebucadnetsar confronté à son propre orgueil. Le souverain avait dû apprendre que :

“o Altíssimo domina sobre o reino dos homens” (Daniel 4.20).

Daniel 5 reprend directement ce thème, mais dans une situation différente.

Nebucadnetsar avait été humilié avant d'être rétabli. Belshatsar, au contraire, connaît l'histoire de son prédécesseur mais n'en tire pas la leçon. Daniel lui déclarera :

«E tu, Belsazar, seu filho, não humilhaste o teu coração, embora soubesses todas estas coisas.» (Daniel 5.22)

Cette phrase constitue l'une des clés théologiques du chapitre. Belshatsar n'est pas seulement condamné pour son orgueil. Il l'est aussi parce que l'expérience passée aurait dû l'avertir.

Daniel 4 et Daniel 5 forment ainsi un contraste remarquable : Nebucadnetsar est humilié et reconnaît finalement la souveraineté divine ; Belshatsar connaît cet avertissement, mais persiste dans l'orgueil et rencontre le jugement.

3. Belshatsar : une question historique majeure

L'identité de Belshatsar constitue également l'un des dossiers historiques les plus importants du livre de Daniel.

Daniel le présente comme souverain à Babylone. Pourtant, les traditions historiques anciennes ont surtout conservé le nom de Nabonide comme dernier roi de l'empire néo-babylonien.

Cette situation a longtemps soulevé une difficulté : comment Daniel peut-il présenter Belshatsar comme roi alors que Nabonide occupait officiellement le trône ?

Les découvertes de textes cunéiformes ont considérablement renouvelé la question. Elles ont confirmé l'existence historique de Belshatsar et montré qu'il était le fils de Nabonide. Elles indiquent également qu'il exerça d'importantes responsabilités dans le gouvernement du royaume pendant les longues absences de son père.

Le terme « roi » employé dans Daniel devra donc être étudié en tenant compte de cette situation particulière : Nabonide demeure le souverain officiel, tandis que son fils exerce à Babylone une autorité royale considérable.

Cette donnée permettra également d'examiner une précision étonnante du récit. Belshatsar promet à celui qui interprétera l'inscription mystérieuse de devenir « le troisième dans le gouvernement du royaume » (Daniel 5.7). Cette expression mérite une étude spécifique, car elle pourrait s'expliquer précisément par la position de Nabonide et de Belshatsar.

Il faudra néanmoins distinguer soigneusement ce que les documents anciens permettent d'établir de ce qui demeure hypothétique.

4. Une profanation au cœur du récit

Le banquet prend une dimension particulière lorsque Belshatsar ordonne d'apporter les vases d'or et d'argent provenant du Temple de Jérusalem.

Ces objets avaient été emportés lors des campagnes babyloniennes contre Juda. Leur présence à Babylone représentait matériellement la victoire de l'empire sur Jérusalem.

Belshatsar franchit cependant une nouvelle étape : il utilise ces objets sacrés pour boire avec ses dignitaires, ses femmes et ses concubines, tandis que les participants célèbrent leurs propres divinités.

Le texte insiste sur le contraste :

« Ils burent du vin, et ils louèrent les dieux d'or, d'argent, d'airain, de fer, de bois et de pierre. » (Daniel 5.4)

La faute n'est donc pas seulement l'ivresse ou l'excès d'un banquet royal. Le récit décrit une profanation consciente de ce qui avait été consacré au Dieu d'Israël, associée à l'exaltation des divinités babyloniennes.

C'est immédiatement après cet acte qu'apparaît la main mystérieuse.

La succession narrative est significative : profanation, apparition de l'écriture, terreur du roi, incapacité des sages, intervention de Daniel, interprétation puis jugement.

5. « Mene, Mene, Tekel, Parsin »

Au centre du chapitre se trouvent quatre mots araméens :

מְנֵא מְנֵא תְּקֵל וּפַרְסִין

Mene, Mene, Tekel, Parsin.

Daniel en donne l'interprétation :

« Mene : Dieu a compté ton règne, et y a mis fin.Tekel : tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé léger.
Peres : ton royaume sera divisé, et donné aux Mèdes et aux Perses. » (Daniel 5.26-28)

Ces termes constituent l'un des passages linguistiques les plus intéressants du chapitre. Ils peuvent évoquer des unités de poids ou de valeur, tout en permettant un jeu de mots fondé sur des racines araméennes associées aux actions de compter, peser et diviser.

L'inscription ne constitue donc pas une simple énigme destinée à impressionner le roi. Elle condense sous une forme extrêmement brève le jugement porté sur Belshatsar et son royaume.

Son temps est compté.

Le roi est pesé.

Son royaume est divisé et transmis à d'autres.

L'analyse textuelle devra revenir précisément sur ces différents niveaux de signification.

6. La chute historique de Babylone

Daniel 5 possède enfin une particularité essentielle : le jugement annoncé par Daniel se réalise immédiatement.

Le récit ne place pas plusieurs années entre la prophétie et son accomplissement. Il affirme :

“Naquela mesma noite foi morto Belsazar, rei dos caldeus.” (Daniel 5.30)

La chute de Babylone peut être située historiquement en 539 av. J.-C., lorsque les forces de Cyrus prennent le contrôle de la ville et mettent fin à l'empire néo-babylonien.

Cette conquête est connue par plusieurs sources anciennes, notamment des documents babyloniens. Leur comparaison avec Daniel 5 sera importante, mais devra être conduite avec méthode. Le texte biblique et les documents historiques ne poursuivent pas le même objectif et ne décrivent pas nécessairement les mêmes aspects de l'événement.

Daniel s'intéresse principalement au sens théologique de cette nuit : le royaume de Belshatsar n'est pas seulement vaincu par une puissance militaire supérieure ; il a été pesé et jugé.

L'histoire politique devient ainsi, dans le récit, le lieu où s'accomplit le jugement annoncé.

7. Une difficulté demeure : Darius le Mède

Le dernier verset introduit cependant une question qui ne peut être évitée :

«E Dario, o Medo, recebeu o reino, tendo cerca de sessenta e dois anos.» (Daniel 5.31)

L'identification de ce Darius constitue l'une des difficultés historiques les plus discutées du livre de Daniel.

Plusieurs solutions ont été proposées : identification à un gouverneur connu sous un autre nom, titre ou nom royal porté par un personnage de l'administration médo-perse, relation avec Cyrus, ou autres reconstructions.

Aucune solution ne doit être présentée comme certaine avant examen.

Une étude académique doit ici conserver une distinction claire entre trois niveaux : ce que Daniel affirme, ce que les sources extrabibliques permettent d'établir et les différentes hypothèses proposées pour rapprocher ces données.

Cette question sera donc examinée séparément, sans qu'une difficulté historique particulière soit utilisée pour déterminer à elle seule l'interprétation de l'ensemble du chapitre.

8. La souveraineté de Dieu comme clé de lecture

Derrière le banquet, l'inscription mystérieuse et la chute de Babylone apparaît finalement le même thème qui traverse les premiers chapitres de Daniel : les royaumes humains ne possèdent jamais une souveraineté absolue.

Belshatsar dispose d'un palais, de richesses, de dignitaires et de tous les signes extérieurs du pouvoir. Pourtant, au moment même où il célèbre sa puissance et ses dieux, son règne est déjà arrivé à son terme.

Daniel ne lui annonce pas que son royaume pourrait tomber. Il lui déclare que Dieu l'a déjà compté, pesé et donné à d'autres.

Daniel 5 constitue ainsi l'accomplissement historique d'un principe annoncé auparavant dans le livre : les empires se succèdent, mais aucun ne maîtrise définitivement l'histoire.

La chute de Babylone devient alors plus qu'un changement de dynastie. Elle manifeste la fragilité de toute puissance humaine qui se considère comme souveraine et rappelle que, dans la perspective du livre de Daniel, le Très-Haut demeure maître du temps, des rois et des royaumes.

L'étude du chapitre devra donc maintenir ensemble ses différentes dimensions : le contexte historique de la chute de Babylone, la structure littéraire du récit, la signification de l'inscription araméenne, la responsabilité personnelle de Belshatsar et la théologie de la souveraineté divine. C'est leur convergence qui donne à Daniel 5 sa force particulière.

Commentaire 1 - Le festin de Belshatsar et son contexte historique

Daniel 5 s’ouvre sur un banquet organisé par Belshatsar peu avant la chute de Babylone. L’identification historique de ce souverain, longtemps considérée comme problématique, est aujourd’hui éclairée par les textes cunéiformes qui attestent son existence et son rôle majeur aux côtés de son père Nabonide.

1. Belshatsar dans le récit de Daniel

Le chapitre commence sans transition chronologique détaillée :

« Le roi Belshatsar donna un grand festin à ses grands, au nombre de mille, et il but du vin en leur présence. » (Daniel 5.1)

Le lecteur passe ainsi du règne de Nebucadnetsar, au chapitre précédent, à celui de Belshatsar. Plusieurs décennies séparent pourtant les événements rapportés.

Nebucadnetsar meurt en 562 av. J.-C. Après plusieurs règnes relativement courts, Nabonide accède au trône de Babylone en 556 av. J.-C. Il demeure le dernier souverain officiel de l'empire néo-babylonien jusqu'à la conquête perse de 539 av. J.-C.

Daniel 5 ne mentionne pourtant pas Nabonide. Il présente Belshatsar comme celui qui exerce le pouvoir à Babylone.

Cette particularité constitue un élément essentiel pour comprendre le chapitre.

2. Belshatsar et Nabonide

Belshatsar n'est pas un personnage fictif. Les documents cunéiformes babyloniens attestent son existence et l'identifient comme fils de Nabonide.

La situation politique devient particulièrement intéressante lorsque Nabonide quitte Babylone et séjourne pendant plusieurs années à Téma, en Arabie. Durant cette absence prolongée, Belshatsar exerce d'importantes responsabilités dans le royaume.

Les textes disponibles ne permettent pas de conclure qu'il ait été officiellement couronné roi de Babylone au même titre que son père. Nabonide reste le souverain reconnu dans les documents officiels.

Cependant, Belshatsar occupe une position suffisamment élevée pour exercer une autorité qui peut expliquer la présentation de Daniel 5.

Le mot « roi » doit donc être compris à la lumière de cette situation politique particulière : Nabonide est le souverain officiel, tandis que Belshatsar exerce à Babylone une autorité royale déléguée considérable.

Cette distinction évite deux excès : prétendre que Belshatsar était officiellement roi au même titre que Nabonide, ou considérer que Daniel aurait inventé un souverain inconnu de l'histoire.

3. Une précision remarquable : « le troisième dans le royaume »

Cette situation éclaire une expression qui revient plusieurs fois dans le chapitre.

Belshatsar promet à celui qui pourra lire et expliquer l'inscription mystérieuse :

« il sera le troisième dans le gouvernement du royaume » (Daniel 5.7).

La même promesse est faite à Daniel, puis accomplie après son interprétation.

Pourquoi seulement la troisième position ?

Une explication particulièrement cohérente consiste à tenir compte de la structure du pouvoir : Nabonide occupe la première place et Belshatsar la seconde. La dignité la plus élevée que Belshatsar puisse alors proposer serait logiquement la troisième.

Cette correspondance est intéressante, mais elle doit être formulée avec prudence. Les sources cunéiformes confirment l'autorité exceptionnelle de Belshatsar sans nous fournir un document administratif décrivant formellement une hiérarchie numérotée « premier, deuxième, troisième ».

L'explication reste donc une reconstruction historique vraisemblable plutôt qu'une preuve absolue.

4. Le contexte de la dernière année de Babylone

Le récit se situe à la fin de l'empire néo-babylonien.

En 539 av. J.-C., Cyrus II de Perse mène la campagne qui provoque l'effondrement du royaume babylonien. Les forces babyloniennes sont battues et la capitale passe sous domination perse.

Daniel 5 place précisément le banquet de Belshatsar dans ce contexte terminal.

Le contraste littéraire est puissant. À l'intérieur du palais, le roi organise une fête imposante. À l'extérieur, l'empire auquel il appartient est arrivé au terme de son histoire.

Le lecteur connaît la suite dès qu'il lit le chapitre dans son ensemble : le banquet n'est pas le signe d'une puissance en expansion, mais l'une des dernières scènes du pouvoir babylonien.

5. Le banquet est-il historiquement vraisemblable ?

La tenue d'un grand banquet dans un contexte politique dangereux peut paraître surprenante. Elle n'est cependant pas, en elle-même, invraisemblable.

Dans les monarchies antiques, les banquets possédaient également une fonction politique et sociale. Ils manifestaient la richesse du souverain, entretenaient les relations avec les dignitaires et pouvaient servir à afficher la stabilité du pouvoir.

Daniel insiste sur l'ampleur de la réception : mille dignitaires sont présents.

Il est difficile de vérifier historiquement ce nombre précis. Il n'est cependant pas nécessaire de supposer que Daniel décrive mille personnes réunies autour d'une seule table. Les grands complexes palatiaux permettaient des rassemblements considérables associant plusieurs espaces et catégories de participants.

L'essentiel du récit se situe ailleurs : Belshatsar se présente comme un souverain capable d'organiser une démonstration spectaculaire de puissance au moment même où son royaume approche de sa disparition.

6. Le contraste avec Nebucadnetsar

La comparaison avec Daniel 4 commence déjà à apparaître.

Nebucadnetsar contemplait Babylone et déclarait :

« N'est-ce pas ici Babylone la grande, que j'ai bâtie comme résidence royale, par la puissance de ma force et pour la gloire de ma magnificence ? » (Daniel 4.33)

Son orgueil avait immédiatement été suivi de son humiliation.

Belshatsar se trouve dans une situation comparable, mais plus grave encore. Il dispose du témoignage laissé par l'histoire de Nebucadnetsar. Daniel lui rappellera explicitement cet épisode avant de lui annoncer son jugement.

Le problème fondamental de Belshatsar ne sera donc pas seulement son ignorance. Il est présenté comme un homme qui aurait dû savoir.

Cette distinction prépare Daniel 5.22 :

« Et toi, Belshatsar, son fils, tu n'as pas humilié ton cœur, quoique tu susses toutes ces choses. »

Le récit établit ainsi un principe de responsabilité : connaître l'avertissement donné à un autre et refuser d'en tirer les conséquences augmente la gravité de la faute.

7. Un empire au seuil de sa disparition

Dès son premier verset, Daniel 5 met donc en présence deux réalités opposées.

Du point de vue de Belshatsar, la scène manifeste la richesse, le prestige et l'autorité royale.

Du point de vue du récit biblique, cette puissance est déjà condamnée.

Cette opposition prépare tout le chapitre. Belshatsar pense pouvoir célébrer son royaume ; Dieu en a déjà compté les jours. Il manifeste sa grandeur devant ses dignitaires ; il sera bientôt pesé et trouvé insuffisant. Il fait servir à son banquet les objets sacrés rapportés de Jérusalem ; son propre royaume sera donné à une autre puissance.

Le festin n'est donc pas un simple décor narratif. Il représente la dernière manifestation de l'assurance d'un pouvoir qui ignore que son temps est achevé.

C'est dans ce contexte que Belshatsar va commettre l'acte qui donne au banquet toute sa portée théologique : faire apporter les vases sacrés provenant du Temple de Jérusalem.

Commentaire 2 - Les mille dignitaires et le grand banquet royal

Le banquet de Daniel 5 n’est pas un simple détail de décor. Il manifeste publiquement la puissance de Belshatsar et prépare le contraste entre l’assurance du souverain et la fragilité réelle de son royaume.

1. Un banquet de dimension royale

Daniel précise que Belshatsar donna un grand festin à mille de ses dignitaires et qu'il but du vin devant eux (Daniel 5.1).

Le nombre souligne l'importance de la réunion. Il ne faut pas nécessairement imaginer mille personnes disposées autour d'une table unique. Les palais du Proche-Orient ancien comportaient de vastes espaces permettant d'organiser des cérémonies et des réceptions réunissant un grand nombre de participants.

Le texte cherche surtout à montrer que l'événement est public et solennel. Belshatsar ne célèbre pas dans l'intimité : il apparaît devant les représentants de l'élite du royaume.

La suite du récit n'en devient que plus significative. L'humiliation du roi aura lieu devant ceux-là mêmes qui assistent à la manifestation de sa puissance.

2. « Il but du vin devant les mille »

Daniel ajoute que Belshatsar « but du vin en présence des mille ».

Cette précision peut indiquer que le souverain participe lui-même ostensiblement au banquet. Le roi ne se contente pas de présider la cérémonie : il prend part à la consommation du vin devant ses dignitaires.

Le texte ne condamne toutefois pas explicitement le banquet ni même la consommation du vin en tant que tels. Le tournant du récit intervient lorsque Belshatsar ordonne d'utiliser les objets sacrés provenant du Temple de Jérusalem.

Il importe donc de ne pas déplacer l'accent du passage. La faute centrale n'est pas simplement d'avoir organisé une fête ou consommé du vin. Elle réside dans ce que Belshatsar décide de faire au cours de cette fête.

3. Une démonstration de puissance

Dans le contexte royal antique, un grand banquet pouvait également manifester la richesse et le prestige du souverain.

Belshatsar apparaît entouré de ses dignitaires, de ses femmes et de ses concubines. Tout ce qui caractérise extérieurement la puissance royale est réuni : autorité, richesse, cour, abondance et célébration.

Mais cette grandeur apparente constitue précisément l'un des procédés littéraires du chapitre.

Le roi paraît puissant, mais son royaume est sur le point de disparaître.

Il est entouré de nombreux dignitaires, mais aucun ne pourra le sauver.

Il possède les trésors pris aux peuples vaincus, mais les objets provenant du Temple de Jérusalem vont devenir le signe de sa condamnation.

Le banquet place donc Belshatsar au sommet de sa gloire apparente quelques heures seulement avant sa chute.

4. Une sécurité trompeuse

Daniel ne précise pas ce que Belshatsar savait exactement de la situation militaire au moment du banquet. Il serait donc excessif de reconstruire ses pensées ou d'affirmer qu'il célébrait volontairement alors que les Perses se trouvaient déjà aux portes du palais.

Le texte permet cependant d'observer un contraste certain : Belshatsar agit comme un souverain sûr de son pouvoir alors que l'empire babylonien arrive à son terme.

Cette opposition correspond parfaitement au message général du chapitre.

L'homme regarde les signes visibles de la puissance : palais, dignitaires, richesses et murailles.

Le récit invite au contraire à regarder une réalité invisible : le jugement de Dieu est déjà arrêté.

Lorsque la main apparaîtra sur la muraille, ce contraste deviendra manifeste. Quelques mots suffiront à faire disparaître l'assurance du roi.

5. Du banquet à la profanation

Le banquet fournit enfin le cadre dans lequel Belshatsar prend la décision déterminante du récit.

Sous l'effet du vin, il ordonne :

« qu'on apportât les vases d'or et d'argent que Nebucadnetsar, son père, avait enlevés du temple de Jérusalem » (Daniel 5.2).

À partir de cet instant, le récit change de nature.

Il ne s'agit plus seulement d'un banquet royal, mais d'une confrontation symbolique entre le pouvoir babylonien et le Dieu dont les objets sacrés avaient été emportés de Jérusalem.

Belshatsar transforme les trophées conservés dans les trésors de Babylone en instruments de célébration pour sa cour et ses dieux.

C'est cette décision qui conduit directement à l'apparition de la main sur la muraille.

Le grand banquet de Daniel 5 constitue donc le cadre d'un renversement complet : ce qui devait manifester la grandeur de Belshatsar devient la scène publique de son jugement.

Commentaire 3 - Les vases du Temple de Jérusalem profanés

En faisant apporter les vases sacrés provenant du Temple de Jérusalem, Belshatsar transforme son banquet en acte de profanation. Le récit établit ainsi un lien direct entre la destruction de Jérusalem, la puissance apparente de Babylone et le jugement qui va frapper le roi.

1. Les objets emportés par Nebucadnetsar

Daniel précise l'origine des objets utilisés pendant le banquet :

« Belshatsar, quand il eut goûté au vin, fit apporter les vases d'or et d'argent que Nebucadnetsar, son père, avait enlevés du temple de Jérusalem. » (Daniel 5.2)

Cette mention renvoie directement au commencement du livre. Daniel 1.2 rapporte déjà que Nebucadnetsar avait emporté une partie des objets de la maison de Dieu et les avait déposés dans le trésor de son dieu.

Le chapitre 5 reprend donc un élément introduit dès Daniel 1.

Ces objets constituent un fil conducteur entre la conquête de Jérusalem et la chute de Babylone.

2. Des trophées de victoire devenus objets de profanation

Dans le monde antique, la prise des objets sacrés d'un peuple vaincu pouvait manifester la victoire du conquérant et, symboliquement, la supériorité de ses divinités.

La présence des vases du Temple à Babylone pouvait donc être interprétée comme un signe de la victoire babylonienne sur Juda.

Le livre de Daniel donne cependant une autre lecture des événements. Daniel 1.2 affirme que c'est le Seigneur qui avait livré Jojakim entre les mains de Nebucadnetsar. La victoire de Babylone ne signifiait donc pas que les dieux babyloniens avaient vaincu le Dieu d'Israël.

Belshatsar commet précisément l'erreur de traiter ces objets comme de simples trophées appartenant à un peuple définitivement vaincu.

3. Une profanation volontaire

Belshatsar ne se contente pas de faire exposer les objets. Il ordonne que le roi, ses dignitaires, ses femmes et ses concubines s'en servent pour boire.

Le geste possède ainsi une dimension publique.

Les objets consacrés au service du Temple sont détournés de leur fonction et intégrés à un banquet royal. Mais le verset suivant rend l'acte encore plus explicite :

« Ils burent du vin, et ils louèrent les dieux d'or, d'argent, d'airain, de fer, de bois et de pierre. » (Daniel 5.4)

Les vases du Temple servent donc pendant que sont célébrées les divinités de Babylone.

C'est cette association qui donne à l'acte toute sa gravité : ce qui avait été consacré au Dieu d'Israël est utilisé dans une célébration consacrée à d'autres dieux.

4. Le contraste entre les idoles et le Dieu vivant

L'énumération des matériaux - or, argent, bronze, fer, bois et pierre - n'est pas sans portée.

Ces dieux sont représentés par des objets fabriqués à partir de matières appartenant au monde créé. Plus loin, Daniel souligne leur impuissance :

« les dieux d'argent, d'or, d'airain, de fer, de bois et de pierre, qui ne voient point, qui n'entendent point, et qui ne savent rien » (Daniel 5.23).

Puis il oppose immédiatement ces divinités au Dieu véritable :

« et tu n'as pas glorifié le Dieu qui a dans sa main ton souffle et toutes tes voies. »

L'opposition est fondamentale.

Belshatsar honore des dieux qui ne voient pas, alors que Dieu voit ses actes.

Il célèbre des dieux qui ne connaissent rien, alors que Dieu connaît et juge son règne.

Il s'appuie sur des divinités sans vie, alors que sa propre vie dépend du Dieu qu'il refuse d'honorer.

5. Un acte plus grave que celui de Nebucadnetsar

Une distinction doit être faite entre Nebucadnetsar et Belshatsar.

Nebucadnetsar avait emporté les objets du Temple après la conquête de Jérusalem. Le livre présente cette conquête comme permise par Dieu dans le cadre du jugement de Juda.

Belshatsar accomplit autre chose : il prend volontairement ces objets sacrés pour les employer dans une célébration idolâtre.

Daniel ne lui reproche donc pas simplement de posséder les trésors provenant de Jérusalem. Il lui reproche d'avoir consciemment exalté ses dieux tout en profanant ce qui appartenait au Dieu d'Israël.

C'est pourquoi Daniel déclarera :

« Tu t'es élevé contre le Seigneur des cieux. » (Daniel 5.23)

La faute de Belshatsar est ainsi définie comme une opposition consciente à Dieu.

6. La réponse est immédiate

La construction du récit est particulièrement forte. Après la description de la profanation, Daniel écrit :

«Nesse momento, apareceram os dedos de uma mão humana e escreveram [...] na parede do palácio real.» (Daniel 5.5)

L'expression « en ce moment » établit une relation narrative directe entre l'acte de Belshatsar et l'apparition de l'écriture.

Le roi vient de se servir de ses mains pour prendre les objets consacrés à Dieu ; une main apparaît alors devant lui pour annoncer son jugement.

Le contraste est saisissant : Belshatsar pense disposer librement des choses sacrées, mais il découvre soudain qu'une autorité supérieure dispose de son propre royaume.

7. De Jérusalem à Babylone : un renversement

La présence des vases du Temple permet finalement de relier le début et la fin de l'empire babylonien dans le livre de Daniel.

Au chapitre 1, les objets quittent Jérusalem pour Babylone. Tout semble alors manifester la victoire de Nebucadnetsar.

Au chapitre 5, ces mêmes objets réapparaissent au moment où Babylone va tomber.

Le mouvement est significatif. La destruction de Jérusalem n'avait pas signifié la défaite définitive du Dieu d'Israël. Babylone avait reçu pour un temps la domination, mais cette domination possédait elle aussi une limite.

Les vases sacrés deviennent ainsi les témoins silencieux de deux événements : l'humiliation de Jérusalem et le jugement de Babylone.

Entre les deux demeure le même principe qui traverse tout le livre de Daniel : les empires peuvent conquérir des villes, déplacer des peuples et s'emparer de leurs trésors, mais ils ne deviennent jamais pour autant maîtres de l'histoire.

Commentaire 4 - Les dieux d’or, d’argent, de bronze, de fer, de bois et de pierre

L’énumération des divinités célébrées pendant le banquet n’est pas secondaire. Daniel oppose délibérément des dieux fabriqués, incapables de voir ou de connaître, au Dieu vivant dont dépend le souffle même de Belshatsar.

1. Une énumération volontairement insistante

Après avoir bu dans les vases provenant du Temple, Belshatsar et ses invités :

« louèrent les dieux d’or, d’argent, d’airain, de fer, de bois et de pierre » (Daniel 5.4).

Cette longue énumération attire l'attention sur la matérialité des idoles. Elles sont faites de métaux plus ou moins précieux, mais aussi de bois et de pierre.

Le texte ne cherche donc pas à présenter une description détaillée du panthéon babylonien. Il insiste plutôt sur la nature des représentations auxquelles les participants rendent hommage.

Ce sont des objets fabriqués.

2. Une critique biblique de l’idolâtrie

Cette manière de parler des idoles appartient à une tradition largement présente dans l'Ancien Testament. Les prophètes soulignent régulièrement le contraste entre le Dieu vivant et les représentations fabriquées par les hommes.

Daniel reprend cette opposition lorsqu'il reproche à Belshatsar d'avoir honoré :

« les dieux d’argent, d’or, d’airain, de fer, de bois et de pierre, qui ne voient point, qui n’entendent point, et qui ne savent rien » (Daniel 5.23).

Trois incapacités sont mentionnées : voir, entendre et connaître.

L'idole peut être visible, précieuse et impressionnante ; elle demeure incapable de percevoir celui qui l'adore.

3. Le contraste avec le Dieu dont dépend Belshatsar

Daniel poursuit immédiatement :

« et tu n’as pas glorifié le Dieu qui a dans sa main ton souffle et toutes tes voies » (Daniel 5.23).

Cette phrase constitue l'une des affirmations théologiques les plus fortes du chapitre.

Belshatsar célèbre des divinités sans vie alors que sa propre vie dépend de Dieu.

Le contraste est donc absolu : les idoles sont entre les mains des hommes qui les fabriquent et les manipulent ; Belshatsar, lui, est entre les mains de Dieu.

Le souverain pense disposer des vases du Temple, de ses richesses et de son royaume. Daniel lui rappelle qu'il ne dispose même pas souverainement de son propre souffle.

4. Un lien possible avec Daniel 2

L'énumération de Daniel 5 rappelle également certains matériaux rencontrés dans la statue de Daniel 2 : or, argent, bronze et fer.

Il serait excessif d'affirmer que Daniel 5.4 constitue une reprise systématique de la statue, puisque le bois et la pierre sont également mentionnés et que le contexte est différent.

Le rapprochement demeure néanmoins intéressant. Dans Daniel 2, les métaux représentent des royaumes successifs qui finissent tous par disparaître devant le royaume établi par Dieu. Dans Daniel 5, des matières comparables servent à fabriquer les dieux que les hommes adorent.

Dans les deux cas, ce qui semble puissant, précieux ou durable appartient finalement au monde créé et ne peut rivaliser avec la souveraineté divine.

5. L’erreur fondamentale de Belshatsar

Le péché de Belshatsar ne consiste donc pas seulement à avoir utilisé abusivement des objets sacrés.

Daniel formule une accusation beaucoup plus profonde :

« Tu t’es élevé contre le Seigneur des cieux. » (Daniel 5.23)

La profanation des vases et la célébration des idoles sont les manifestations visibles de cette attitude.

Belshatsar inverse l'ordre des choses : il glorifie ce qui n'a ni vie ni connaissance et refuse de glorifier celui dont dépend son existence.

Cette opposition explique pourquoi le jugement qui suit porte directement sur sa personne et sur son pouvoir.

Il a exalté ses dieux : Dieu va l'abaisser.

Il s'est comporté comme maître des choses sacrées : Dieu va lui montrer qu'il est maître de son royaume.

Il célèbre sa puissance : Dieu va en fixer le terme.

L'apparition de la main sur la muraille constitue la réponse immédiate à cette inversion. À partir de cet instant, l'atmosphère du banquet change complètement : la célébration laisse place à la terreur.

Commentaire 5 - La main qui écrit sur la muraille

Au moment même où Belshatsar profane les objets du Temple et célèbre ses dieux, une main apparaît et écrit sur la muraille du palais. Le récit passe brutalement de l’assurance royale à la terreur : celui qui semblait disposer de tout découvre qu’il est lui-même soumis au jugement.

1. Une intervention soudaine

Daniel établit une relation immédiate entre la profanation et l'apparition du signe :

«Nesse momento, apareceram os dedos de uma mão humana e escreveram [...] na parede do palácio real.» (Daniel 5.5)

L'expression « en ce moment » est essentielle. Le jugement n'apparaît pas comme un événement sans rapport avec ce qui précède. Il constitue la réponse directe à l'attitude de Belshatsar.

Le roi vient de célébrer les dieux de Babylone avec les objets consacrés au Dieu d'Israël. C'est alors qu'une manifestation surnaturelle interrompt le banquet.

2. Une main, mais aucun personnage visible

Le texte ne décrit ni ange ni apparition divine complète. Belshatsar voit seulement les doigts d'une main qui écrivent.

Cette sobriété renforce la force du récit. Le roi ne peut identifier celui qui écrit, mais il comprend immédiatement que le phénomène échappe à l'ordre naturel.

L'attention porte donc moins sur l'apparence de la main que sur l'autorité dont elle est le signe.

Plus tard, Daniel expliquera clairement l'origine de l'inscription :

« C'est pourquoi il a envoyé cette extrémité de main qui a tracé cette écriture. » (Daniel 5.24)

Le signe vient de Dieu.

3. L’écriture sur le mur du palais

Daniel précise que la main écrit « sur le plâtre de la muraille du palais royal, en face du chandelier ».

Ce détail permet de comprendre que l'inscription se trouve dans un endroit visible et éclairé. Le roi lui-même observe la main pendant qu'elle écrit.

Le jugement n'est donc ni un rêve ni une vision reçue pendant le sommeil, comme dans certains chapitres précédents.

Belshatsar est éveillé.

Ses dignitaires sont présents.

L'inscription apparaît dans la salle même où se déroule le banquet.

Le lieu de la célébration royale devient ainsi le lieu où est prononcée la sentence contre le souverain.

4. La transformation immédiate de Belshatsar

La réaction du roi est décrite avec une précision remarquable :

« Alors le roi changea de couleur, et ses pensées le troublèrent ; les jointures de ses reins se relâchèrent, et ses genoux se heurtèrent l'un contre l'autre. » (Daniel 5.6)

Quelques instants auparavant, Belshatsar apparaissait sûr de lui devant mille dignitaires. L'apparition de quelques mots suffit à détruire cette assurance.

Le renversement est volontairement spectaculaire.

Celui qui manifestait publiquement sa puissance ne parvient plus à maîtriser son propre corps.

Le texte montre ainsi la fragilité du pouvoir humain. Aucun ennemi n'est encore entré dans la salle ; aucune armée n'est décrite devant Belshatsar. Pourtant, le roi est déjà terrifié.

5. Les sages de Babylone de nouveau impuissants

Belshatsar fait alors appeler les enchanteurs, les Chaldéens et les astrologues. Il leur promet des vêtements de pourpre, un collier d'or et la troisième place dans le royaume s'ils parviennent à lire et interpréter l'inscription.

Mais :

« Tous les sages du roi entrèrent ; mais ils ne purent pas lire l'écriture et en donner au roi l'explication. » (Daniel 5.8)

Cette scène rappelle plusieurs épisodes antérieurs du livre.

Dans Daniel 2, les sages de Babylone avaient été incapables de révéler le songe de Nebucadnetsar et son interprétation. Daniel avait alors montré que le secret appartenait au Dieu des cieux.

Daniel 5 reprend le même principe : la sagesse officielle de Babylone atteint ses limites lorsqu'elle est confrontée à une révélation venant de Dieu.

6. Pourquoi l’inscription est-elle incompréhensible ?

Le texte ne précise pas exactement pourquoi les sages sont incapables de lire ou d'interpréter les mots.

Plusieurs explications ont été proposées : caractères inhabituels, absence de voyelles, disposition particulière des lettres ou difficulté à comprendre le sens véritable des termes.

Aucune de ces solutions ne peut être établie avec certitude à partir du récit lui-même.

Il convient donc de conserver la sobriété du texte : les sages voient l'inscription, mais ils ne sont pas capables d'en fournir au roi la lecture et surtout l'interprétation autorisée.

La difficulté n'est pas seulement linguistique. Les mots doivent être compris comme un message de jugement divin, et Daniel sera celui qui en révélera le sens.

7. Une terreur qui gagne toute la cour

L'échec des sages augmente encore l'angoisse du souverain :

« Sur quoi le roi Belshatsar fut très effrayé, il changea de couleur, et ses grands furent consternés. » (Daniel 5.9)

La peur n'est désormais plus seulement celle du roi. Elle gagne les dignitaires.

La salle qui résonnait quelques instants auparavant des célébrations du banquet se trouve plongée dans la consternation.

Le renversement est complet : Belshatsar avait réuni sa cour pour manifester sa grandeur ; cette même cour devient témoin de son impuissance.

Le roi possède encore son titre, son palais et ses richesses, mais il ne comprend pas les quelques mots inscrits devant lui.

C'est alors qu'une nouvelle personne intervient dans le récit : la reine rappelle l'existence d'un homme qui, autrefois déjà, avait été capable d'expliquer ce que les sages de Babylone ne pouvaient comprendre.

Cet homme est Daniel.

Commentaire 6 - La reine et le souvenir de Daniel

Alors que Belshatsar et ses dignitaires restent incapables de comprendre l’inscription, la reine intervient et rappelle l’existence de Daniel. Son intervention établit un lien direct avec le règne de Nebucadnetsar et montre que la sagesse autrefois reconnue chez Daniel avait été oubliée par la nouvelle cour.

1. L’intervention de la reine

Après l'échec des sages, Daniel 5.10 introduit un nouveau personnage :

« La reine, à cause des paroles du roi et de ses grands, entra dans la salle du festin. »

Cette formulation est intéressante. La reine entre dans la salle après que le banquet a commencé. Elle ne semble donc pas appartenir au groupe des femmes et des concubines qui participaient déjà à la fête.

Cette distinction a conduit de nombreux interprètes à penser qu'il ne s'agit probablement pas simplement de l'épouse de Belshatsar.

2. Qui était cette « reine » ?

Le texte araméen utilise ici un terme pouvant désigner une femme de rang royal. Son identité exacte n'est cependant pas donnée.

Plusieurs hypothèses ont été proposées : la mère de Belshatsar, la reine-mère, ou une autre femme importante de la dynastie possédant une connaissance personnelle de l'ancienne cour.

L'hypothèse de la reine-mère est particulièrement intéressante, car elle expliquerait à la fois son absence initiale du banquet, son autorité lorsqu'elle s'adresse au roi et sa connaissance précise de Daniel.

Il faut néanmoins conserver cette identification comme une hypothèse. Daniel 5 ne donne pas son nom et ne permet pas de déterminer avec certitude son lien exact avec Belshatsar.

3. « Que tes pensées ne te troublent pas »

La reine s'adresse directement à Belshatsar :

« Ô roi, vis éternellement ! Que tes pensées ne te troublent pas, et que ton visage ne change pas de couleur ! » (Daniel 5.10)

La formule respecte le langage de cour, mais la situation est paradoxale.

Belshatsar est roi, entouré de ses dignitaires et de ses sages, pourtant personne dans la salle ne peut résoudre le problème. Une personne extérieure au banquet doit rappeler l'existence de celui qui possède la compétence nécessaire.

L'intervention de la reine révèle ainsi indirectement une faiblesse de la cour de Belshatsar : Daniel, pourtant autrefois élevé à une fonction importante, semble avoir été largement oublié.

4. Le souvenir du règne de Nebucadnetsar

La reine déclare :

« Il y a dans ton royaume un homme qui a en lui l'esprit des dieux saints. » (Daniel 5.11)

Elle rappelle ensuite que, sous Nebucadnetsar, Daniel avait manifesté lumière, intelligence et sagesse.

Le vocabulaire employé correspond au langage de la cour babylonienne. La reine décrit Daniel selon les catégories religieuses qui lui sont familières. Cela ne signifie pas que le narrateur adopte lui-même une conception polythéiste de l'origine de la sagesse de Daniel.

Les chapitres précédents ont au contraire clairement affirmé que la capacité de Daniel vient du Dieu des cieux.

La reine témoigne donc, avec son propre vocabulaire, d'un fait reconnu depuis longtemps : Daniel possède une capacité que les sages ordinaires de Babylone ne possèdent pas.

5. Daniel et les sages de Babylone

La reine rappelle également que Nebucadnetsar avait établi Daniel à la tête des magiciens, astrologues, Chaldéens et devins.

Cette position renvoie aux événements de Daniel 2 et à la reconnaissance officielle dont Daniel avait bénéficié après l'interprétation du songe de la statue.

Le contraste avec Daniel 5 est significatif.

Des années ont passé. Le pouvoir a changé de mains. Daniel n'occupe manifestement plus la même place dans l'entourage immédiat du souverain.

Mais ce qui avait fondé son autorité demeure.

Les institutions peuvent changer et les hommes peuvent être oubliés ; le don qui avait permis à Daniel d'interpréter les révélations sous Nebucadnetsar n'a pas disparu avec le changement de règne.

6. Pourquoi Belshatsar ne semble-t-il pas connaître Daniel ?

Le texte ne dit pas que Belshatsar ignorait absolument l'existence de Daniel. Lorsqu'il le rencontre, il paraît savoir qu'il appartient aux déportés de Juda.

Il est donc préférable de ne pas conclure que Daniel était totalement inconnu du roi.

Ce que le récit montre avec certitude est plutôt que Daniel n'avait pas été consulté en premier. Belshatsar s'était tourné vers les sages habituels de sa cour, et ce n'est qu'après leur échec que la reine recommande de faire venir Daniel.

Cette situation reproduit un schéma déjà rencontré dans le livre : la sagesse humaine est sollicitée en premier, révèle ses limites, puis Daniel intervient.

7. « Qu’on appelle donc Daniel »

La conclusion de la reine est simple :

« Que Daniel soit donc appelé, et il donnera l'explication. » (Daniel 5.12)

Sa confiance contraste fortement avec l'impuissance des sages.

Elle ne dit pas seulement que Daniel pourrait essayer d'interpréter l'inscription. Elle affirme qu'il en donnera l'explication.

Daniel va donc entrer dans la salle non comme un courtisan cherchant à obtenir les faveurs du roi, mais comme celui qui possède la réponse que le pouvoir royal ne peut obtenir par ses propres moyens.

Cette position prépare immédiatement la scène suivante.

Belshatsar va offrir à Daniel richesse, honneur et pouvoir. Daniel lui répondra qu'il peut conserver ses présents.

Ce refus est essentiel : le prophète ne parle pas pour obtenir une récompense du roi. Il prononce librement le jugement de Dieu sur un royaume qui, quelques heures plus tard, cessera d'exister.

Commentaire 7 - Pourquoi Belshatsar propose-t-il la troisième place du royaume ?

La promesse d’accorder au lecteur de l’inscription la « troisième place » dans le royaume constitue l’un des détails historiques les plus intéressants de Daniel 5. Elle s’accorde particulièrement bien avec la situation de Belshatsar, qui exerçait une autorité considérable sous le règne de son père Nabonide.

1. Une promesse répétée trois fois

Lorsque l'inscription apparaît sur la muraille, Belshatsar promet une récompense exceptionnelle à celui qui pourra la lire et l'interpréter :

« Quiconque lira cette écriture et m'en donnera l'explication sera revêtu de pourpre, portera un collier d'or à son cou, et aura la troisième place dans le gouvernement du royaume. » (Daniel 5.7)

La même promesse est répétée lorsque Daniel se présente devant le roi (Daniel 5.16), puis effectivement accordée après l'interprétation (Daniel 5.29).

Cette répétition montre que la précision n'est pas accidentelle.

2. Pourquoi la troisième place et non la seconde ?

À première lecture, la formulation peut surprendre. Un roi souhaitant accorder à quelqu'un la dignité la plus élevée après lui pourrait normalement lui proposer la seconde place.

Or Belshatsar promet précisément la troisième.

La situation historique de la fin de l'empire néo-babylonien fournit une explication cohérente.

Nabonide demeure officiellement roi de Babylone. Son fils Belshatsar exerce cependant une autorité considérable dans le royaume, particulièrement durant les longues absences de son père.

Si Nabonide occupe la première position et Belshatsar la suivante, la troisième place représente effectivement la plus haute dignité que Belshatsar puisse proposer à un autre homme.

3. Ce que les sources permettent réellement d’affirmer

Cette explication est séduisante, mais elle doit être formulée avec précision.

Les documents cunéiformes attestent l'existence de Belshatsar, sa filiation avec Nabonide et l'importance de ses responsabilités. Ils permettent donc de comprendre pourquoi Belshatsar pouvait disposer d'une autorité exceptionnelle tout en n'étant pas le souverain officiel de l'empire.

En revanche, nous ne possédons pas un document babylonien établissant une hiérarchie officielle formulée exactement comme : Nabonide premier, Belshatsar deuxième, puis un troisième personnage.

Il est donc préférable de parler d'une explication historique très cohérente plutôt que d'une démonstration absolue.

4. Une précision difficile à expliquer si Belshatsar était seul roi

Cette donnée reste néanmoins remarquable.

Si le récit avait simplement imaginé Belshatsar comme souverain unique de Babylone, la promesse de la « troisième place » serait assez étrange. Dans la situation historique désormais connue, elle devient beaucoup plus intelligible.

Le détail s'accorde ainsi avec une particularité réelle de la fin de l'empire : le pouvoir était exercé dans une situation où Nabonide demeurait roi tandis que Belshatsar possédait lui-même une autorité très élevée.

Daniel 5 reflète donc une situation politique plus complexe que ne le laisserait supposer la simple succession traditionnelle des rois de Babylone.

5. Une récompense déjà sans avenir

Le récit contient cependant une ironie plus profonde.

Belshatsar offre à Daniel la troisième place dans un royaume qui est sur le point de disparaître.

Pour le roi, la pourpre, le collier d'or et le rang politique représentent des récompenses considérables. Pour Daniel, elles ne peuvent modifier le message qu'il doit annoncer.

Quelques heures seulement séparent cette promesse de la mort de Belshatsar.

La valeur réelle de la récompense est donc déjà presque nulle.

Le contraste est particulièrement fort : Belshatsar distribue encore les dignités d'un royaume dont Dieu vient de prononcer la fin.

Cette situation prépare le refus de Daniel. Le prophète n'a aucun intérêt à adapter son interprétation pour obtenir les faveurs d'un pouvoir condamné.

C'est pourquoi il peut répondre au roi avec une indépendance remarquable :

« Garde tes dons, et accorde à un autre tes présents ; je lirai néanmoins l'écriture au roi, et je lui en donnerai l'explication. » (Daniel 5.17)

Daniel va parler, mais il ne peut être acheté.

Commentaire 8 - Daniel devant Belshatsar : une parole qui ne s’achète pas

Conduit devant Belshatsar, Daniel refuse les récompenses promises tout en acceptant d’interpréter l’inscription. Son attitude manifeste son indépendance à l’égard du pouvoir royal : il ne parle ni pour obtenir une faveur ni pour accéder à une fonction, mais pour transmettre le jugement de Dieu.

1. Daniel est introduit devant le roi

À la suite de l'intervention de la reine, Daniel est conduit devant Belshatsar :

« Alors Daniel fut introduit devant le roi. » (Daniel 5.13)

La simplicité de cette phrase contraste avec l'agitation qui précède. Les sages ont été convoqués, les récompenses promises, mais aucune solution n'a été trouvée.

Daniel arrive seulement après leur échec.

Cette construction rappelle les chapitres précédents : lorsque la sagesse de Babylone atteint ses limites, Daniel devient l'interprète de ce que Dieu a révélé.

2. « Es-tu ce Daniel, l’un des captifs de Juda ? »

Belshatsar commence par rappeler l'origine de Daniel :

« Es-tu ce Daniel, l'un des captifs de Juda, que le roi mon père a amenés de Juda ? » (Daniel 5.13)

Cette manière de le présenter est significative. Daniel avait autrefois reçu d'importantes responsabilités sous Nebucadnetsar, mais Belshatsar le désigne d'abord par son origine : il appartient aux déportés de Juda.

Cette situation renforce le renversement qui traverse tout le chapitre.

Les vases de Jérusalem sont traités comme les trophées d'un peuple vaincu ; Daniel appartient lui-même à ce peuple déporté. Pourtant, c'est précisément ce Judéen qui va expliquer au roi de Babylone le jugement que ses propres sages sont incapables de comprendre.

3. Belshatsar reconnaît la réputation de Daniel

Le roi reprend ensuite ce qui lui a été rapporté :

« J'ai appris sur ton compte que tu as en toi l'esprit des dieux, et qu'on trouve chez toi des lumières, de l'intelligence et une sagesse extraordinaire. » (Daniel 5.14)

Belshatsar ne connaît donc pas nécessairement Daniel personnellement, mais il connaît désormais sa réputation.

Le vocabulaire demeure celui de la cour babylonienne. Pour Daniel, cependant, la source de sa capacité à révéler les mystères a déjà été clairement définie dans le livre : la sagesse véritable vient de Dieu.

Daniel 2.28 l'avait formulé sans ambiguïté :

« Il y a dans les cieux un Dieu qui révèle les secrets. »

Cette conviction demeure inchangée dans Daniel 5.

4. Le refus des présents

Belshatsar renouvelle alors sa promesse : pourpre, collier d'or et troisième place dans le royaume.

Daniel répond :

« Garde tes dons, et accorde à un autre tes présents ; je lirai néanmoins l'écriture au roi, et je lui en donnerai l'explication. » (Daniel 5.17)

Daniel ne refuse donc pas d'interpréter le message. Il refuse que cette interprétation puisse apparaître comme achetée par le roi.

Cette indépendance est indispensable à la fonction prophétique.

Daniel va annoncer à Belshatsar non une promotion ou une victoire, mais la fin de son règne. Son message ne peut donc dépendre de la récompense proposée par celui qu'il doit juger.

5. Une différence avec Daniel 2

Sous Nebucadnetsar, Daniel avait accepté les honneurs et les responsabilités qui lui avaient été accordés après l'interprétation du songe (Daniel 2.48-49).

Son refus dans Daniel 5 ne signifie donc pas que toute fonction politique ou toute récompense royale serait en elle-même condamnable.

Le contexte est différent.

Nebucadnetsar avait reconnu la supériorité du Dieu de Daniel après la révélation du mystère. Belshatsar, lui, vient de profaner les objets du Temple et son royaume est sur le point d'être jugé.

Daniel ne veut rien recevoir en échange du message qu'il doit maintenant prononcer.

6. Une parole libre devant le pouvoir

Le refus des présents prépare surtout la sévérité du discours qui suit.

Daniel ne cherche pas à ménager Belshatsar. Avant même d'expliquer les quatre mots inscrits sur la muraille, il rappelle au roi l'histoire de Nebucadnetsar et l'accuse directement :

«E tu, Belsazar, seu filho, não humilhaste o teu coração, embora soubesses todas estas coisas.» (Daniel 5.22)

Le prophète se trouve ainsi devant l'un des hommes les plus puissants de Babylone, mais le rapport d'autorité est déjà inversé.

Belshatsar peut offrir des vêtements, de l'or et une dignité politique.

Daniel possède ce que le roi ne peut ni acheter ni obtenir de ses sages : la compréhension du message qui vient de Dieu.

La scène prépare ainsi le véritable acte d'accusation du chapitre. Avant de lire la sentence inscrite sur la muraille, Daniel va montrer pourquoi cette sentence a été prononcée.

Pour cela, il ramène Belshatsar à l'histoire de Nebucadnetsar : un roi puissant qui avait lui aussi été élevé, puis humilié lorsqu'il avait laissé son cœur s'enorgueillir.

Commentaire 9 - Daniel rappelle l’histoire de Nebucadnetsar

Avant d’interpréter l’inscription, Daniel rappelle à Belshatsar ce qui était arrivé à Nebucadnetsar. Ce rappel n’est pas une digression : il établit la responsabilité du roi. Belshatsar connaissait l’humiliation de son prédécesseur, mais il n’en avait tiré aucune leçon.

1. Dieu avait donné la royauté à Nebucadnetsar

Daniel commence son discours en remontant à Nebucadnetsar :

« Ô roi, le Dieu suprême avait donné à Nebucadnetsar, ton père, l’empire, la grandeur, la gloire et la magnificence. » (Daniel 5.18)

Cette déclaration reprend l'un des thèmes fondamentaux du livre : le pouvoir politique n'est jamais présenté comme absolument autonome.

Nebucadnetsar avait effectivement conquis un vaste territoire et imposé son autorité à de nombreux peuples. Daniel affirme cependant que cette puissance lui avait été donnée.

Cette précision est importante pour comprendre la suite. Si Dieu peut donner la royauté, il peut également la retirer.

2. Une puissance considérable

Daniel ne minimise pas la grandeur de Nebucadnetsar :

« Tous les peuples, les nations, les hommes de toutes langues étaient dans la crainte et tremblaient devant lui. » (Daniel 5.19)

Le souverain disposait d'une autorité redoutable. Daniel ajoute qu'il pouvait faire mourir ou laisser vivre, élever ou abaisser.

Cette description prépare un contraste essentiel.

Nebucadnetsar avait possédé une puissance supérieure à celle dont Belshatsar pouvait alors se prévaloir. Pourtant, cette puissance ne l'avait pas placé au-dessus du jugement de Dieu.

Si Nebucadnetsar lui-même avait dû être humilié, Belshatsar ne pouvait supposer que son propre rang le protégerait.

3. L’orgueil de Nebucadnetsar

Daniel résume ensuite l'événement développé au chapitre précédent :

« Mais lorsque son cœur s'éleva et que son esprit s'endurcit jusqu'à l'arrogance, il fut précipité de son trône royal et dépouillé de sa gloire. » (Daniel 5.20)

Le problème central était donc l'orgueil.

Daniel 4 avait raconté cet épisode en détail. Nebucadnetsar contemplait Babylone comme l'œuvre de sa propre puissance lorsqu'il fut soudainement humilié.

Daniel 5 ne répète pas tout le récit. Il en rappelle uniquement les éléments nécessaires pour comprendre la faute de Belshatsar.

4. L’humiliation avait un but

L'abaissement de Nebucadnetsar n'était pas présenté comme arbitraire. Il devait conduire le souverain à reconnaître une vérité fondamentale :

« jusqu'à ce qu'il reconnût que le Dieu suprême domine sur le règne des hommes et qu'il le donne à qui il lui plaît. » (Daniel 5.21)

Cette affirmation constitue le lien théologique majeur entre Daniel 4 et Daniel 5.

Le pouvoir de Nebucadnetsar avait une limite.

Celui de Belshatsar en possède une également.

Les royaumes peuvent changer de souverain, mais le principe demeure : aucun roi humain n'est le propriétaire ultime de son royaume.

5. « Quoique tu susses toutes ces choses »

Daniel se tourne alors directement vers Belshatsar :

«E tu, Belsazar, seu filho, não humilhaste o teu coração, embora soubesses todas estas coisas.» (Daniel 5.22)

Cette phrase explique pourquoi Daniel vient de rappeler longuement l'histoire de Nebucadnetsar.

Belshatsar connaissait ce précédent.

La gravité de sa conduite ne réside donc pas seulement dans son orgueil, mais dans le fait qu'il reproduit une attitude dont il connaissait déjà les conséquences.

Le texte introduit ainsi une notion importante de responsabilité : la connaissance d'un avertissement antérieur aurait dû conduire à une attitude différente.

6. Que signifie « Nebucadnetsar, ton père » ?

Daniel appelle à plusieurs reprises Nebucadnetsar le « père » de Belshatsar. Or les documents babyloniens identifient Nabonide comme le père de Belshatsar.

Il ne faut donc pas nécessairement comprendre ici le mot « père » dans son sens biologique strict.

Dans les langues sémitiques et dans le langage dynastique, les termes de parenté peuvent être employés plus largement pour désigner un ancêtre, un prédécesseur ou une relation dynastique.

Le texte de Daniel lui-même concentre surtout son attention sur la relation politique et morale entre les deux souverains : Nebucadnetsar représente le grand roi babylonien dont Belshatsar aurait dû retenir l'expérience.

L'identification précise d'un éventuel lien familial entre eux demeure une question historique distincte et devra être examinée avec prudence dans les annexes.

7. Deux rois face au même principe

Daniel 4 et Daniel 5 présentent finalement deux réactions différentes devant la même vérité.

Nebucadnetsar s'était élevé dans son orgueil, avait été humilié, puis avait reconnu la souveraineté du Très-Haut.

Belshatsar connaît cette histoire, mais refuse de s'humilier.

La différence explique en partie la différence d'issue : Nebucadnetsar connaît l'humiliation suivie du rétablissement ; Belshatsar reçoit l'annonce d'un jugement qui s'accomplira la nuit même.

Le rappel de Daniel n'est donc pas un simple résumé historique. Il constitue l'acte d'accusation préalable à la sentence.

Avant même d'interpréter Mene, Mene, Tekel, Parsin, Daniel établit pourquoi Belshatsar est jugé : il connaissait l'avertissement donné par l'histoire, mais il a choisi de s'élever à son tour contre le Seigneur des cieux.

Commentaire 10 - « Tu n’as pas humilié ton cœur »

Daniel identifie maintenant directement la faute de Belshatsar. Le roi n’est pas jugé simplement parce qu’il appartient à Babylone, mais parce qu’il connaissait l’avertissement donné par l’histoire de Nebucadnetsar et qu’il a néanmoins choisi de s’élever contre Dieu.

1. La responsabilité personnelle de Belshatsar

Après avoir rappelé l'humiliation de Nebucadnetsar, Daniel déclare :

«E tu, Belsazar, seu filho, não humilhaste o teu coração, embora soubesses todas estas coisas.» (Daniel 5.22)

Le « et toi » marque une transition décisive. Daniel ne parle plus du passé : il applique directement à Belshatsar la leçon de l'histoire qu'il vient de rappeler.

Le roi disposait d'un précédent qui aurait dû l'avertir. Il savait que la puissance de Nebucadnetsar n'avait pas empêché son humiliation lorsque son cœur s'était élevé.

Belshatsar reproduit pourtant la même attitude.

2. « Tu t’es élevé contre le Seigneur des cieux »

Daniel précise ensuite la nature de sa faute :

« Tu t'es élevé contre le Seigneur des cieux. » (Daniel 5.23)

Cette formulation va plus loin qu'une simple accusation d'orgueil personnel. L'attitude de Belshatsar est présentée comme une opposition à Dieu.

La profanation des vases du Temple prend ici tout son sens. Le roi savait leur provenance et ordonna néanmoins de les utiliser pendant le banquet.

Daniel relie donc explicitement l'orgueil intérieur du souverain à un acte extérieur : Belshatsar s'est élevé contre Dieu en traitant comme objets ordinaires les vases consacrés à son service.

3. Une accusation en trois éléments

Daniel résume la faute du roi autour de trois comportements étroitement liés.

Belshatsar a d'abord fait apporter les vases du Temple et les a utilisés avec sa cour.

Il a ensuite célébré « les dieux d'argent, d'or, d'airain, de fer, de bois et de pierre ».

Enfin, il n'a pas glorifié « le Dieu qui a dans sa main ton souffle et toutes tes voies ».

La progression est importante. Le problème n'est pas seulement ce que Belshatsar a fait, mais également celui qu'il a choisi d'honorer et celui qu'il a refusé d'honorer.

4. « Le Dieu qui a dans sa main ton souffle »

Cette expression donne au discours de Daniel une portée particulièrement forte.

Belshatsar est roi. Il exerce une autorité sur d'autres hommes et peut distribuer dignités et récompenses. Pourtant, Daniel lui rappelle que son existence elle-même ne lui appartient pas souverainement.

Son « souffle » est dans la main de Dieu.

L'expression renverse donc complètement la perspective du banquet. Belshatsar agit comme s'il pouvait disposer des objets du Temple, des dignitaires de sa cour et des richesses du royaume. Mais celui qui croit disposer de tout dépend lui-même de Dieu pour sa propre vie.

Le contraste avec les idoles est également manifeste. Belshatsar honore des dieux sans souffle alors que son propre souffle dépend du Dieu qu'il refuse de glorifier.

5. « Toutes tes voies »

Daniel ajoute que Dieu tient également entre ses mains « toutes tes voies ».

La souveraineté divine ne concerne donc pas uniquement la durée biologique de la vie de Belshatsar. Elle englobe aussi son parcours, son pouvoir et finalement le destin de son royaume.

Cette affirmation prépare directement l'interprétation de l'inscription.

Le règne de Belshatsar a été compté.

Le roi a été pesé.

Son royaume sera divisé.

Les événements qui vont suivre ne constituent donc pas, dans la perspective de Daniel, un accident imprévisible de l'histoire. Ils représentent l'aboutissement du jugement annoncé.

6. De l’avertissement au jugement

Une différence fondamentale apparaît alors entre les chapitres 4 et 5.

Nebucadnetsar avait reçu un avertissement avant son humiliation. Daniel lui avait même conseillé de renoncer à ses péchés et de pratiquer la justice (Daniel 4.30).

Dans Daniel 5, aucune période de sursis comparable n'est annoncée à Belshatsar.

Le message inscrit sur la muraille ne dit pas : « change de conduite afin que ton royaume soit préservé ». Il annonce que la décision est déjà prise.

Cette différence correspond à la construction du récit : Belshatsar n'est pas présenté comme un homme qui n'aurait jamais été averti. Il connaissait déjà ce qui était arrivé à Nebucadnetsar.

L'avertissement existait donc avant même le banquet.

7. Le jugement précède l’arrivée des Perses

Daniel 5 présente ainsi la chute de Babylone sous deux angles complémentaires.

Sur le plan historique, l'empire tombe devant la puissance médo-perse.

Sur le plan théologique, le royaume de Belshatsar tombe parce que son temps a été compté par Dieu.

Le récit ne nie donc pas les causes politiques et militaires de la chute de Babylone. Il leur donne une signification plus profonde.

Avant que le lecteur n'apprenne la mort de Belshatsar, le jugement est déjà formulé.

C'est seulement après avoir établi la responsabilité du roi que Daniel peut maintenant se tourner vers l'inscription elle-même :

Mene, Mene, Tekel, Parsin.

Ces quatre mots condensent en quelques termes toute la sentence qui vient d'être exposée.

Commentaire 11 - « Mene, Mene, Tekel, Parsin » : analyse textuelle et linguistique

Les quatre mots inscrits sur la muraille constituent le centre littéraire de Daniel 5. Leur force repose sur un double niveau de lecture : ils évoquent des unités de poids ou de valeur, mais Daniel les interprète également à partir de racines araméennes signifiant compter, peser et diviser.

1. L’inscription

Daniel révèle finalement les mots apparus sur la muraille :

« Voici l'écriture qui a été tracée : Mene, Mene, Tekel, Parsin. » (Daniel 5.25)

Le texte araméen donne :

מְנֵא מְנֵא תְּקֵל וּפַרְסִין

Menē, menē, teqēl ûfarsîn.

L'inscription est extrêmement brève. Pourtant, Daniel va en tirer une sentence complète concernant à la fois Belshatsar et son royaume.

2. Des termes pouvant désigner des poids

Pris comme des substantifs, les mots peuvent évoquer des unités de poids ou de valeur du Proche-Orient ancien.

Mene correspond au mina ou à la mine.

Tekel est apparenté au shekel, le sicle.

Parsin est le pluriel de peres et peut évoquer des fractions, notamment des demi-unités.

L'inscription pouvait ainsi apparaître comme une succession énigmatique de valeurs : quelque chose comme mine, mine, sicle et fractions.

Mais Daniel ne se limite pas à cette lecture nominale. Il exploite les racines de ces termes pour faire apparaître leur signification prophétique.

3. Mene : « Dieu a compté ton règne »

Daniel começa:

« Mene : Dieu a compté ton règne, et y a mis fin. » (Daniel 5.26)

Le terme est rapproché d'une racine araméenne exprimant l'idée de compter ou de déterminer.

Le règne de Belshatsar possède donc une mesure fixée.

L'image est particulièrement forte dans le contexte du chapitre. Le roi agit comme si son pouvoir pouvait se prolonger, alors que Dieu en a déjà compté les jours.

La répétition de Mene dans l'inscription accentue encore cette idée : le terme du royaume n'est plus une possibilité lointaine. La décision est arrêtée.

4. Tekel : « Tu as été pesé »

Le deuxième terme reçoit une interprétation personnelle :

« Tekel : tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé léger. » (Daniel 5.27)

La racine correspondante porte l'idée de peser.

Le jugement ne concerne donc plus seulement la durée du royaume, mais Belshatsar lui-même.

Le roi qui se trouvait quelques instants auparavant au centre d'une démonstration de richesse et de puissance est placé symboliquement sur une balance.

Le verdict est sans ambiguïté : il ne fait pas le poids.

L'image traduit ainsi une évaluation morale. Le rang royal, l'or, la pourpre et la puissance politique n'ont aucune valeur lorsqu'ils sont placés dans la balance du jugement divin.

5. Peres et Parsin : « ton royaume est divisé »

Daniel prossegue:

« Peres : ton royaume sera divisé, et donné aux Mèdes et aux Perses. » (Daniel 5.28)

L'inscription porte le pluriel Parsin, tandis que l'interprétation utilise la forme singulière Peres.

Le terme permet un nouveau jeu de mots. Il peut être rapproché d'une racine signifiant diviser, partager ou fractionner.

Le royaume de Belshatsar va donc être partagé et passer à d'autres.

Mais le mot Peres présente également une proximité sonore avec le nom des Perses. Daniel exploite ainsi probablement une double signification : le royaume est divisé et remis aux Mèdes et aux Perses.

6. Compter, peser, diviser

Les trois idées forment une progression parfaitement adaptée au récit :

Dieu a compté le règne.Dieu a pesé le roi.
Dieu divise le royaume.

Le jugement passe ainsi du temps accordé au pouvoir, à la personne qui l'exerce, puis au sort politique de l'empire.

La brièveté de l'inscription contraste avec l'ampleur de ses conséquences.

Quelques mots suffisent pour annoncer la fin d'un royaume.

7. Pourquoi Daniel peut-il interpréter l’inscription ?

Le texte ne présente pas Daniel comme un simple spécialiste capable de résoudre une énigme linguistique grâce à une meilleure connaissance de l'araméen.

Sa capacité d'interprétation appartient au thème plus large du livre : Dieu révèle à Daniel ce que les sages de Babylone ne peuvent comprendre.

L'inscription possède certes une construction linguistique élaborée, mais son véritable sens dépend de la connaissance du jugement auquel elle se rapporte.

Daniel ne se contente donc pas de traduire des mots. Il révèle ce que Dieu vient de décider concernant Belshatsar et son royaume.

8. Une sentence désormais irrévocable

L'interprétation ne contient aucune promesse conditionnelle.

Daniel ne dit pas que le royaume sera épargné si Belshatsar se repent. Les verbes décrivent une décision déjà prononcée : le règne a été compté, le roi a été pesé et le royaume est donné à une autre puissance.

Cette certitude explique la rapidité de la conclusion du chapitre.

Il ne reste plus plusieurs années à Belshatsar, ni même plusieurs jours.

La sentence inscrite sur la muraille va recevoir son accomplissement cette même nuit.

Ainsi, Mene, Mene, Tekel, Parsin constitue bien davantage qu'une formule mystérieuse. Ces mots résument le message central de Daniel 5 : Dieu fixe la durée des royaumes, juge ceux qui exercent le pouvoir et peut transférer leur domination lorsqu'arrive le terme qu'il a déterminé.

Commentaire 12 - « Tu as été pesé dans la balance et trouvé léger »

Parmi les trois sentences expliquées par Daniel, celle concernant directement Belshatsar est particulièrement personnelle : le roi a été « pesé ». L’image exprime une évaluation morale dans laquelle le prestige, la richesse et le pouvoir ne peuvent compenser l’orgueil et le refus de reconnaître Dieu.

1. Le roi lui-même est jugé

Daniel interprète Tekel par ces paroles :

« Tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé léger. » (Daniel 5.27)

La première sentence concernait la durée du règne : Dieu l'avait comptée. La troisième concernera le royaume : il sera donné à d'autres.

Entre les deux se trouve Belshatsar lui-même.

Le texte distingue ainsi le jugement d'un système politique de celui de l'homme qui exerce le pouvoir. Babylone arrive au terme de son histoire, mais Belshatsar porte également une responsabilité personnelle.

2. L’image de la balance

La balance constitue une image particulièrement appropriée au contexte de l'inscription puisque Tekel appartient au vocabulaire du poids.

Mais Daniel transforme cette notion en image judiciaire.

Belshatsar est symboliquement placé sur la balance et évalué selon une mesure qui n'est pas celle de sa cour.

Devant ses dignitaires, il est roi.

Dans son palais, il possède richesses et autorité.

Dans la balance divine, ces signes extérieurs de grandeur ne déterminent pas sa valeur morale.

Le verdict tombe : il est « trouvé léger ».

3. Ce qui manque à Belshatsar

Le texte a déjà expliqué pourquoi ce jugement est prononcé.

Daniel ne reproche pas au roi un défaut indéterminé. Il vient de rappeler plusieurs éléments précis : Belshatsar connaissait l'histoire de Nebucadnetsar, il ne s'est pourtant pas humilié, il s'est élevé contre le Seigneur des cieux, il a profané les vases du Temple, il a honoré des idoles et il n'a pas glorifié le Dieu dont dépendait son propre souffle.

Être « trouvé léger » résume donc tout ce qui précède.

La balance ne mesure pas la puissance militaire de Belshatsar. Elle révèle l'insuffisance morale du souverain devant Dieu.

4. L’inversion des valeurs du banquet

Le thème du poids produit également un contraste avec la scène initiale.

Le banquet met en avant tout ce que les hommes peuvent considérer comme important : l'or, l'argent, le rang social, la proximité du souverain, les vêtements de pourpre et les dignités politiques.

Belshatsar propose même un collier d'or et une position élevée à celui qui interprétera l'inscription.

Pourtant, lorsque le roi lui-même est « pesé », toutes ces richesses deviennent sans importance.

Daniel 5 oppose ainsi deux systèmes d'évaluation : ce que la cour de Babylone considère comme prestigieux et ce que Dieu considère lorsqu'il juge le souverain.

5. Un jugement sans nouveau délai

Dans Daniel 4, l'humiliation de Nebucadnetsar avait finalement conduit à son rétablissement.

Daniel 5 ne présente aucune évolution comparable pour Belshatsar.

La sentence n'est pas formulée comme un avertissement destiné à éviter un jugement futur. Elle décrit un jugement déjà établi : « tu as été pesé ».

Le temps de l'avertissement appartient au passé. Belshatsar connaissait ce qui était arrivé à Nebucadnetsar et n'en avait pas tenu compte.

Le temps est désormais celui du verdict.

6. Une portée qui dépasse Belshatsar

La formule « pesé et trouvé léger » possède finalement une portée qui dépasse la personne du dernier souverain babylonien présenté dans le récit.

Elle rappelle que la grandeur politique et la valeur morale ne sont pas identiques.

Un homme peut occuper une position considérable dans l'histoire et être néanmoins déclaré insuffisant lorsqu'il est évalué selon d'autres critères que ceux du pouvoir humain.

Daniel 5 ne condamne donc pas la puissance parce qu'elle serait nécessairement mauvaise. Nebucadnetsar lui-même avait reçu sa grandeur de Dieu. Ce qui est condamné est la puissance qui oublie qu'elle est limitée, reçue et responsable.

Belshatsar croyait encore pouvoir distribuer les honneurs du royaume.

Mais le jugement révèle que ce n'est plus lui qui décide de l'avenir.

Après avoir compté son règne et pesé le roi, Dieu prononce la troisième sentence : le royaume sera divisé et donné aux Mèdes et aux Perses.

Commentaire 13 - Le royaume donné aux Mèdes et aux Perses

La dernière partie de l’inscription ne concerne plus seulement Belshatsar : elle annonce le transfert de son royaume. La chute de Babylone s’inscrit ainsi dans le thème majeur du livre de Daniel, celui de la succession des empires sous la souveraineté de Dieu.

1. La troisième sentence

Après Mene et Tekel, Daniel interprète le dernier terme :

« Peres : ton royaume sera divisé, et donné aux Mèdes et aux Perses. » (Daniel 5.28)

La progression est désormais complète.

Le temps du royaume a été compté.

Belshatsar a été pesé.

Le royaume va être divisé et donné à d'autres.

La sentence dépasse donc la mort personnelle du souverain. C'est l'ordre politique babylonien lui-même qui arrive à son terme.

2. Le jeu de mots sur Peres

L'emploi de Peres est particulièrement intéressant.

Le terme est associé à une racine exprimant l'idée de division ou de partage. Mais sa forme permet également un rapprochement sonore avec le nom des Perses.

Le message possède ainsi un double effet : le royaume de Belshatsar est partagé et sa domination passe aux Perses.

Ce jeu linguistique explique en partie la force de l'inscription. Quelques mots suffisent à annoncer simultanément le jugement du roi et le changement d'empire.

3. « Donné » aux Mèdes et aux Perses

Le choix du verbe est théologiquement important.

Daniel ne dit pas seulement que les Mèdes et les Perses vont conquérir le royaume. Il affirme que celui-ci leur est donné.

Cette formulation correspond à un thème déjà rencontré dans le livre.

En Daniel 2, Dieu révèle la succession des royaumes. En Daniel 4, Daniel rappelle que le Très-Haut « donne » le royaume à qui il veut. En Daniel 5, ce principe devient un événement historique : la domination retirée à Babylone passe à une nouvelle puissance.

Le changement d'empire possède donc deux niveaux de lecture qui ne s'opposent pas.

Historiquement, Babylone tombe devant ses adversaires.

Théologiquement, Daniel interprète ce changement comme un transfert de domination permis par Dieu.

4. Les Mèdes et les Perses

La mention conjointe des Mèdes et des Perses correspond au cadre politique dans lequel se produit la chute de Babylone.

Au VIe siècle av. J.-C., les Perses prennent progressivement la prééminence sous Cyrus, mais l'élément mède demeure important dans la constitution et la représentation de ce nouvel ensemble impérial.

Le livre de Daniel emploiera encore l'association des deux peuples. Daniel 6 évoque « la loi des Mèdes et des Perses », tandis que Daniel 8 représentera explicitement l'empire médo-perse par un bélier.

Il n'est donc pas nécessaire de comprendre Daniel 5.28 comme l'annonce de deux empires entièrement séparés qui recevraient successivement Babylone. Le texte peut désigner l'ensemble politique médo-perse qui succède à la domination babylonienne.

La question devient toutefois plus complexe avec l'apparition de « Darius le Mède » en Daniel 5.31. Elle devra être examinée séparément.

5. L’accomplissement de Daniel 2

La chute de Babylone possède également une importance particulière lorsqu'elle est rapprochée de Daniel 2.

Nebucadnetsar y avait été identifié à la tête d'or :

« C'est toi qui es la tête d'or. » (Daniel 2.38)

Mais la prophétie ajoutait immédiatement :

« Après toi, il s'élèvera un autre royaume, moindre que le tien. » (Daniel 2.39)

Daniel 5 marque précisément le moment où cette transition devient historique.

L'empire associé à la tête d'or ne demeure pas éternellement. Il cède effectivement la place à une autre domination.

Le chapitre 5 ne constitue donc pas un récit isolé : il représente une étape importante dans le déroulement du schéma prophétique annoncé au chapitre 2.

6. La fin d’une domination, non la fin de Babylone comme ville

Il faut toutefois préciser ce que signifie la « fin » de Babylone.

La conquête de 539 av. J.-C. ne signifie pas que la ville fut immédiatement détruite et abandonnée. Babylone continua d'exister sous la domination perse et conserva encore une importance considérable.

Ce qui prend fin en 539 est avant tout la souveraineté de l'empire néo-babylonien.

Cette distinction est importante pour éviter de confondre la chute politique de Babylone avec la disparition matérielle de la ville.

Daniel 5 s'intéresse au transfert du royaume : Belshatsar perd le pouvoir et Babylone passe sous une nouvelle domination.

7. Un royaume que Belshatsar ne peut plus transmettre

L'ironie du récit atteint ici son sommet.

Quelques instants auparavant, Belshatsar promettait à Daniel la troisième place dans son royaume. Il se comportait encore comme celui qui pouvait distribuer les fonctions et déterminer la position de chacun.

L'inscription révèle qu'une décision bien plus importante a déjà été prise sans lui :

son royaume lui-même est donné à d'autres.

Le souverain qui croyait pouvoir distribuer les honneurs découvre qu'il ne possède pas définitivement le royaume dont il dispose.

La prophétie rejoint ainsi l'un des thèmes fondamentaux de Daniel : les empires humains exercent une domination réelle, mais temporaire.

Babilónia tinha recebido o seu tempo.

Ce temps est désormais achevé.

La dernière étape du récit peut donc commencer : la sentence prononcée dans la salle du banquet va rencontrer l'histoire. Cette même nuit, Belshatsar meurt et la domination babylonienne prend fin.

Commentaire 14 - La chute de Babylone en une seule nuit

Daniel 5 s’achève par l’accomplissement immédiat de la sentence : Belshatsar meurt et la domination babylonienne prend fin. Cet événement peut être situé historiquement en 539 av. J.-C., lors de la conquête de Babylone par les forces de Cyrus.

1. Une conclusion d’une extrême brièveté

Après l'interprétation de l'inscription, Belshatsar tient sa promesse : Daniel reçoit la pourpre, le collier d'or et la proclamation de sa nouvelle dignité.

Depois, o relato termina bruscamente:

“Naquela mesma noite foi morto Belsazar, rei dos caldeus.” (Daniel 5.30)

Aucune longue description de bataille ne vient interrompre le récit. Daniel s'intéresse avant tout à la relation entre la sentence et son accomplissement.

Le contraste est saisissant : au début du chapitre, Belshatsar donne un banquet à mille dignitaires ; à la fin, il est mort et son royaume appartient à une autre puissance.

2. La date historique : 539 av. J.-C.

La chute de Babylone constitue un événement historique bien établi.

En 539 av. J.-C., Cyrus II affronte l'empire néo-babylonien de Nabonide. Après la défaite des forces babyloniennes, Babylone passe sous domination perse.

La documentation babylonienne permet de situer cette conquête avec une précision remarquable. La Chronique de Nabonide rapporte la défaite babylonienne à Opis, la prise de Sippar, puis l'entrée des forces de Cyrus à Babylone.

La conquête de la ville appartient donc à un cadre historique solidement attesté.

3. Babylone ne fut probablement pas prise après un immense siège destructeur

Une précision est nécessaire.

L'expression « chute de Babylone » peut donner l'impression que la ville fut immédiatement détruite par une bataille gigantesque. Les sources disponibles présentent plutôt une prise relativement rapide de la capitale.

La Chronique de Nabonide indique que les forces perses entrèrent dans Babylone et que Cyrus y fit ensuite son entrée.

La ville ne disparut donc pas en 539 av. J.-C. Elle continua à jouer un rôle important sous la domination perse.

Ce qui s'effondre cette année-là est l'empire néo-babylonien comme puissance souveraine.

Cette distinction correspond bien à Daniel 5 : l'inscription annonce que le royaume de Belshatsar est donné aux Mèdes et aux Perses.

4. Les récits grecs de la conquête

Des auteurs grecs ont également transmis des traditions concernant la prise de Babylone.

Hérodote et Xénophon racontent notamment que les conquérants auraient profité d'une fête et auraient pénétré dans la ville après avoir détourné ou abaissé le niveau de l'Euphrate.

Ces récits présentent des ressemblances intéressantes avec l'atmosphère de Daniel 5, notamment l'idée d'une ville surprise pendant une période de festivités.

Il faut toutefois les utiliser avec prudence. Ils sont postérieurs aux événements et leurs descriptions ne concordent pas sur tous les détails avec la documentation babylonienne.

Il serait donc excessif de reconstruire toute la nuit de Daniel 5 uniquement à partir de ces auteurs.

L'élément historiquement assuré demeure la prise de Babylone en 539 av. J.-C. par les forces de Cyrus.

5. Qui commandait lors de l’entrée dans Babylone ?

La Chronique de Nabonide mentionne l'entrée dans Babylone de troupes associées à Cyrus avant l'arrivée personnelle de celui-ci dans la ville.

Ce détail est important pour Daniel 5. Cyrus n'a pas nécessairement besoin d'être personnellement présent dans le palais au moment où le pouvoir babylonien s'effondre.

La conquête peut être réalisée par ses forces et ses commandants tandis que Cyrus demeure le souverain sous l'autorité duquel l'opération est menée.

Cette distinction deviendra importante lorsqu'il faudra examiner la difficile question de Darius le Mède.

6. La mort de Belshatsar

Daniel affirme explicitement que Belshatsar fut tué « cette même nuit ».

Les sources babyloniennes actuellement connues ne donnent pas un récit détaillé permettant de reconstituer indépendamment les circonstances précises de sa mort.

Il faut donc distinguer ce qui est historiquement documenté de manière indépendante de ce qui est rapporté spécifiquement par Daniel.

La chute de Babylone en 539 av. J.-C. et l'existence historique de Belshatsar sont attestées par des sources extrabibliques. La mort de Belshatsar au cours de cette nuit appartient, dans l'état actuel de la documentation, au témoignage propre du récit de Daniel.

Cette distinction est nécessaire dans une étude académique.

7. La sentence rencontre l’histoire

Pour l'auteur de Daniel, cependant, l'essentiel n'est pas de fournir une chronique militaire complète de la conquête.

Le chapitre met en relation deux événements.

Dans la salle du banquet, Daniel annonce :

« Dieu a compté ton règne, et y a mis fin. »

Puis le narrateur constate :

« Cette même nuit, Belshatsar [...] fut tué. »

La rapidité de l'accomplissement constitue l'un des effets littéraires les plus puissants du chapitre.

Le royaume ne tombe pas parce que Daniel prononce une formule magique. Daniel annonce ce qui est déjà présenté comme décidé par Dieu, tandis que les événements politiques et militaires en constituent l'accomplissement historique.

8. La fin de la tête d’or

La chute de Babylone doit enfin être replacée dans la progression générale du livre.

Daniel 2 avait annoncé qu'après le royaume de Nebucadnetsar apparaîtrait un autre royaume.

Daniel 5 décrit le moment où cette transition devient effective.

La tête d'or n'est pas éternelle.

L'empire qui avait détruit Jérusalem, emporté les objets du Temple et déporté Daniel finit lui-même par perdre sa souveraineté.

Le récit ne nie donc jamais la puissance historique de Babylone. Il en affirme la limite.

C'est précisément ce que l'inscription annonçait : le temps de Babylone avait été compté.

En 539 av. J.-C., cette période prend fin.

Mais le dernier verset du chapitre introduit immédiatement une nouvelle difficulté historique :

«E Dario, o Medo, recebeu o reino, tendo cerca de sessenta e dois anos.» (Daniel 5.31)

L'identité de ce personnage est beaucoup moins aisée à établir que celle de Belshatsar. Elle constitue l'une des questions les plus discutées de l'ensemble du livre de Daniel et demande, pour cette raison, une analyse distincte et particulièrement prudente.

Commentaire 15 - Darius le Mède : une difficulté historique majeure

Daniel 5 s’achève avec l’apparition de « Darius le Mède », qui reçoit le royaume après la mort de Belshatsar. Son identification demeure l’une des questions historiques les plus difficiles du livre. Plusieurs solutions ont été proposées, mais aucune ne s’impose avec une certitude suffisante pour clore le débat.

1. Le dernier verset de Daniel 5

Après avoir annoncé la mort de Belshatsar, le texte ajoute :

« Et Darius le Mède reçut le royaume, étant âgé d’environ soixante-deux ans. » (Daniel 5.31)

Daniel 6 poursuit immédiatement le récit sous l'autorité de ce même personnage.

Le texte fournit donc plusieurs renseignements : son nom est Darius, il est qualifié de Mède, il est âgé d'environ soixante-deux ans et il « reçoit » le royaume.

C'est l'identification historique de ce personnage qui pose difficulté.

2. Le problème posé par les sources extrabibliques

Les sources actuellement connues présentent Cyrus II comme le souverain perse qui conquiert l'empire néo-babylonien en 539 av. J.-C.

Or aucun souverain appelé « Darius le Mède » n'est actuellement attesté comme roi indépendant de Babylone entre Belshatsar et Cyrus.

Il ne faut pas minimiser cette difficulté. Elle est réelle et doit être reconnue dans une étude académique.

La question est donc de savoir comment comprendre la fonction attribuée à Darius dans Daniel.

3. L’importance du verbe « recevoir »

Daniel ne dit pas simplement que Darius conquit Babylone. Il affirme qu'il « reçut le royaume ».

Cette formulation peut être significative.

Elle peut laisser entendre que l'autorité exercée par Darius lui fut confiée dans le cadre d'un pouvoir plus vaste. Dans cette hypothèse, Darius ne serait pas nécessairement le souverain suprême ayant dirigé la conquête, mais un personnage placé à la tête de Babylone sous l'autorité du nouveau pouvoir.

Cette possibilité expliquerait pourquoi Daniel peut concentrer son récit sur Darius tandis que les documents impériaux accordent naturellement la première place à Cyrus.

Elle reste cependant une interprétation du texte et non une identification historique démontrée.

4. Darius pourrait-il être Gubaru ?

Une hypothèse souvent discutée rapproche Darius d'un personnage nommé Gubaru - ou Gobryas dans certaines formes grecques du nom - associé à la conquête de Babylone.

Les documents babyloniens mentionnent effectivement des personnages portant des noms de ce type dans l'entourage de Cyrus et dans l'administration de la région.

L'intérêt de cette hypothèse est évident : elle permettrait de comprendre Darius comme un gouverneur exerçant une autorité réelle sur Babylone après sa conquête.

Mais plusieurs difficultés subsistent, notamment l'identification précise des différents personnages portant des noms proches et la correspondance entre leurs fonctions et les renseignements fournis par Daniel.

Il serait donc excessif d'écrire simplement : « Darius le Mède était Gubaru. »

La formulation rigoureuse consiste à présenter cette identification comme une possibilité discutée.

5. Darius le Mède et Cyrus

Une autre solution consiste à identifier Darius le Mède à Cyrus lui-même, « Darius » étant alors compris comme un autre nom, un titre ou une désignation employée dans un contexte particulier.

Certains arguments grammaticaux ou historiques ont été proposés en faveur de cette lecture, notamment à partir de Daniel 6.27.

Cette hypothèse présente l'avantage de ne pas introduire un souverain supplémentaire entre la chute de Babylone et le règne de Cyrus.

Elle rencontre cependant elle aussi des difficultés. Daniel distingue apparemment Darius par son origine mède, tandis que Cyrus est normalement identifié comme Perse. Aucun document actuellement connu ne permet non plus d'établir clairement que Cyrus ait porté le nom de Darius.

L'identification directe de Darius à Cyrus demeure donc possible dans certaines reconstructions, mais non démontrée.

6. Un souverain ou un gouverneur sous Cyrus ?

Une troisième approche consiste à ne pas chercher nécessairement en Darius un roi impérial indépendant.

Le vocabulaire royal employé dans Daniel peut désigner un homme exerçant une autorité gouvernementale considérable sur un territoire, sans qu'il soit nécessairement le souverain suprême de l'ensemble médo-perse.

Dans cette perspective, Cyrus demeure le conquérant et le souverain de l'empire, tandis que Darius exerce une autorité déléguée sur l'ancien royaume babylonien.

Cette lecture s'accorde assez bien avec l'expression selon laquelle il « reçut » le royaume.

Elle ne résout toutefois pas la question principale : quel personnage historique précis se cache derrière le nom de Darius le Mède ?

7. Une donnée supplémentaire : son âge

Daniel précise que Darius avait « environ soixante-deux ans ».

Cette information est trop précise pour être négligée, mais elle n'a pas encore permis une identification incontestable.

Elle doit donc faire partie des critères permettant d'évaluer les différentes hypothèses : une identification satisfaisante devrait idéalement rendre compte du nom, de l'origine mède, de la fonction exercée, de la relation avec Cyrus et de cet âge approximatif.

Aucune solution actuellement proposée ne répond sans difficulté à l'ensemble de ces critères.

8. O que se pode afirmar com certeza

Il convient donc de distinguer les données certaines des reconstructions.

Le texte de Daniel affirme qu'après la mort de Belshatsar, un personnage appelé Darius le Mède reçoit le royaume et exerce une autorité importante, comme le montrera Daniel 6.

Les sources extrabibliques établissent parallèlement que Cyrus est le souverain sous l'autorité duquel Babylone tombe en 539 av. J.-C.

En revanche, l'identité exacte de Darius le Mède ne peut actuellement être établie avec certitude à partir des documents disponibles.

Cette absence d'identification ne justifie ni d'affirmer que le problème est définitivement résolu, ni de conclure automatiquement que le personnage est fictif.

9. Une question à maintenir ouverte

La méthode la plus rigoureuse consiste donc à conserver la question ouverte.

Plusieurs solutions sont historiquement envisageables : un responsable mède ou médo-perse placé sous Cyrus, une identification avec un personnage connu sous un autre nom, ou une identification particulière avec Cyrus lui-même.

Chacune doit être évaluée selon ses arguments et ses difficultés.

Daniel 5 permet néanmoins une conclusion importante : le texte ne présente pas nécessairement Darius comme celui qui aurait personnellement conquis l'empire à la place de Cyrus. La formule « reçut le royaume » autorise la possibilité d'une autorité exercée dans le cadre du nouvel ordre politique établi par la conquête perse.

L'identité de Darius le Mède demeure donc une difficulté historique réelle, mais circonscrite. Elle ne remet pas en cause les données beaucoup mieux établies du chapitre : l'existence de Belshatsar, son rôle sous Nabonide et la chute de la domination néo-babylonienne en 539 av. J.-C.

Le passage de Babylone au nouvel empire réalise en outre un mouvement déjà annoncé bien avant cette nuit dans le livre : après la tête d'or de Daniel 2 devait venir un autre royaume.

Commentaire 16 - De Daniel 2 à Daniel 5 : la fin de la tête d’or

La chute de Babylone ne constitue pas seulement l’aboutissement historique de Daniel 5. Elle marque également la première grande transition entre les royaumes annoncés dans la vision de Daniel 2. La tête d’or laisse place au royaume suivant, confirmant l’un des thèmes structurants du livre : aucun empire humain n’est .

1. Babylone comme « tête d’or »

Dans Daniel 2, Nebucadnetsar voit en songe une immense statue composée de plusieurs matériaux. Daniel lui explique :

« C’est toi qui es la tête d’or. » (Daniel 2.38)

Cette identification associe directement Nebucadnetsar et, à travers lui, la puissance babylonienne à la première partie de la statue.

L'or convient à la splendeur de l'empire néo-babylonien et à la grandeur que le récit reconnaît à Nebucadnetsar. Mais Daniel 2 affirme immédiatement que cette domination ne sera pas permanente :

« Après toi, il s'élèvera un autre royaume, moindre que le tien. » (Daniel 2.39)

Dès Daniel 2, la fin de la domination babylonienne est donc annoncée.

2. Daniel 5 accomplit la première transition de Daniel 2

Daniel 5 décrit précisément le moment où cette succession devient réalité historique.

Au commencement du chapitre, Babylone paraît encore gouvernée par ses propres dirigeants. Belshatsar donne des ordres, convoque ses dignitaires et distribue des fonctions.

À la fin du chapitre, cette souveraineté a disparu.

La tête d'or n'est pas détruite parce qu'elle aurait toujours été dépourvue de puissance. Elle disparaît parce que la période qui lui était accordée arrive à son terme.

La prophétie de Daniel 2 et le récit de Daniel 5 se rejoignent ainsi : un royaume succède effectivement à Babylone.

3. Une souveraineté réelle, mais limitée

Le livre de Daniel ne présente pas les empires humains comme des illusions. Nebucadnetsar possède réellement une puissance considérable. Babylone conquiert Jérusalem, déporte une partie de sa population et domine un vaste territoire.

Mais cette puissance demeure limitée dans le temps.

Daniel 2 annonçait déjà cette limite par la succession des matériaux de la statue. Daniel 5 la traduit dans le langage du jugement :

«Deus contou o teu reino e pôs-lhe fim.» (Daniel 5.26)

Les deux chapitres expriment donc le même principe sous des formes différentes.

Dans Daniel 2, un autre royaume doit venir après Babylone.

Dans Daniel 5, le royaume de Belshatsar est donné aux Mèdes et aux Perses.

4. De l’or à l’argent

La statue de Daniel 2 passe de la tête d'or à la poitrine et aux bras d'argent.

Dans l'interprétation traditionnelle suivie dans cette lecture du livre, ce deuxième ensemble correspond à l'empire médo-perse.

Daniel 5 constitue alors la charnière historique entre les deux premières puissances représentées par la statue : la domination babylonienne prend fin et le monde politique dans lequel Daniel vit passe sous autorité médo-perse.

Cette relation deviendra encore plus explicite dans Daniel 8, où le bélier à deux cornes est directement identifié :

« Le bélier que tu as vu, et qui avait deux cornes, ce sont les rois des Mèdes et des Perses. » (Daniel 8.20)

Le livre lui-même fournit ainsi un élément important pour comprendre la place de l'ensemble médo-perse dans la succession des puissances.

5. Le contraste entre l’or et la fragilité du royaume

Daniel 5 donne également une profondeur particulière au symbole de l'or.

Belshatsar célèbre précisément des « dieux d'or » et utilise des vases d'or provenant du Temple. L'or est partout présent dans l'univers royal et religieux de Babylone.

Pourtant, la richesse du matériau ne garantit aucune permanence.

La tête est d'or, mais elle appartient toujours à une statue destinée à disparaître.

Les vases sont d'or, mais Belshatsar ne peut impunément les profaner.

Les dieux sont d'or, mais Daniel les décrit comme incapables de voir, d'entendre ou de connaître.

L'or représente donc la grandeur, non l'éternité.

6. Le véritable maître de la succession des royaumes

Daniel 2 avait expliqué que Dieu :

“remove reis e estabelece reis” (Daniel 2.21).

Daniel 4 avait affirmé que :

“o Altíssimo domina sobre o reino dos homens” (Daniel 4.20).

Daniel 5 transforme ces affirmations en événement historique.

Le pouvoir change de mains.

Babylone n'est pas éternelle, pas plus que ne le seront les empires qui lui succéderont.

Le livre construit ainsi progressivement une théologie de l'histoire : les royaumes humains apparaissent, dominent puis disparaissent, tandis que la souveraineté de Dieu traverse toute leur succession.

7. Daniel 5 dans la progression générale du livre

Le chapitre 5 occupe donc une position essentielle dans l'architecture de Daniel.

Daniel 2 avait annoncé la succession des royaumes.

Daniel 4 avait montré que le plus puissant des rois demeure soumis au Très-Haut.

Daniel 5 montre désormais la disparition effective du premier royaume de la série.

La prophétie commence à devenir histoire.

Ce constat prépare également les visions ultérieures de Daniel. Les chapitres suivants développeront davantage la succession des puissances, leurs conflits et leur terme.

La chute de Babylone constitue ainsi une première démonstration historique du principe qui dominera ces visions : aucun empire humain, quelle que soit sa grandeur, ne possède le dernier mot sur l'histoire.

Commentaire 17 - Le message théologique de Daniel 5

Daniel 5 ne rapporte pas seulement la disparition d’un souverain et la chute d’un empire. Le chapitre développe une réflexion cohérente sur la souveraineté de Dieu, la responsabilité de celui qui connaît les avertissements reçus, l’orgueil du pouvoir et la profanation de ce qui appartient à Dieu. La chute de Belshatsar devient ainsi l’illustration historique d’un principe théologique qui traverse tout le livre de Daniel.

1. Dieu demeure souverain au milieu des changements politiques

La première affirmation théologique du chapitre concerne la maîtrise de l'histoire.

À première vue, Daniel 5 raconte un changement de domination politique : Babylone perd son royaume au profit des Mèdes et des Perses. Mais l'interprétation donnée par Daniel place cet événement dans une perspective différente.

Le royaume n'est pas simplement conquis : il est donné.

Le règne de Belshatsar n'est pas seulement interrompu : Dieu l'a compté et en a déterminé la fin.

Cette conception correspond à celle des chapitres précédents. Les transformations politiques ont leurs causes militaires, diplomatiques et humaines, mais elles n'échappent pas pour autant à la souveraineté divine.

2. La connaissance augmente la responsabilité

L'un des éléments les plus importants de l'accusation portée contre Belshatsar se trouve dans Daniel 5.22 :

« Et toi, Belshatsar, son fils, tu n'as pas humilié ton cœur, quoique tu susses toutes ces choses. »

La faute de Belshatsar est donc aggravée par sa connaissance.

Nebucadnetsar avait lui-même été humilié après s'être élevé dans son orgueil. Son expérience constituait désormais un avertissement historique.

Belshatsar connaissait cet avertissement.

Il choisit néanmoins de reproduire l'attitude qui avait conduit Nebucadnetsar à l'humiliation.

Le chapitre établit ainsi un principe de responsabilité : connaître un avertissement sans en tenir compte rend la faute plus grave.

3. L’orgueil consiste à oublier la limite du pouvoir

Belshatsar agit comme si son autorité était absolue.

Il convoque ses dignitaires, organise son banquet, fait apporter les objets du Temple et promet honneurs et fonctions.

Tout dans la première partie du récit présente un souverain habitué à donner des ordres.

Mais le chapitre inverse progressivement cette situation.

Celui qui commande ne peut empêcher la main d'écrire.

Celui qui distribue les dignités ne peut comprendre le message.

Celui qui promet la troisième place dans son royaume ne peut empêcher ce royaume d'être donné à d'autres.

L'orgueil de Belshatsar ne réside donc pas seulement dans une attitude psychologique. Il consiste à vivre et à gouverner comme si son pouvoir ne dépendait d'aucune autorité supérieure.

4. La profanation du sacré révèle une prétention plus profonde

L'utilisation des vases du Temple constitue le point de rupture du récit.

Belshatsar ne se contente pas de posséder des objets provenant de Jérusalem. Il les introduit volontairement dans son banquet et les utilise pendant que les convives célèbrent leurs divinités.

L'acte possède une dimension théologique précise.

Les objets consacrés au culte du Dieu d'Israël sont incorporés à une célébration idolâtre.

Daniel interprète cette conduite comme une élévation contre « le Seigneur des cieux ».

La profanation manifeste donc quelque chose de plus profond que l'irrespect envers des objets religieux : elle exprime la prétention du roi à disposer librement de ce qui avait été consacré à Dieu.

5. Les idoles et le Dieu vivant

Le contraste entre les divinités célébrées pendant le banquet et le Dieu annoncé par Daniel constitue un autre axe essentiel du chapitre.

Les convives louent :

« les dieux d'or, d'argent, d'airain, de fer, de bois et de pierre » (Daniel 5.23).

Daniel ajoute qu'ils « ne voient point, n'entendent point, et ne savent rien ».

Face à eux se trouve :

« le Dieu qui a dans sa main ton souffle et toutes tes voies ».

L'opposition est radicale.

Les idoles sont fabriquées à partir de matières possédées et travaillées par les hommes.

Le Dieu dont parle Daniel possède, au contraire, le souffle même de l'homme qui prétend l'ignorer.

Belshatsar célèbre ce qui ne possède pas la vie alors que sa propre vie dépend de celui qu'il refuse de glorifier.

6. Le jugement révèle ce que les apparences dissimulent

Le banquet donne initialement l'image d'un royaume puissant et d'une cour sûre d'elle-même.

L'inscription révèle une autre réalité.

Le règne est terminé.

Le roi a été pesé.

Le royaume appartient déjà, dans la sentence prononcée, à d'autres.

Daniel 5 oppose ainsi l'apparence du pouvoir à sa situation réelle devant Dieu.

Cette opposition explique la force de l'image de la balance. Belshatsar peut être considéré comme grand par ses dignitaires et pourtant être « trouvé insuffisant » lorsqu'il est pesé selon une autre mesure.

Le jugement divin dévoile donc une réalité que la splendeur du banquet dissimulait.

7. Le silence des idoles et la parole de Dieu

Le chapitre repose également sur un contraste entre silence et parole.

Les dieux célébrés pendant le banquet « ne voient point, n'entendent point, et ne savent rien ».

Ils ne parlent pas davantage.

Au milieu de cette célébration apparaît pourtant une écriture.

Le Dieu que Belshatsar n'honore pas fait inscrire son jugement sur la muraille même du palais.

Cette opposition possède une force littéraire particulière : les divinités que les hommes célèbrent restent silencieuses, tandis que le Dieu qu'ils refusent de glorifier prononce la sentence.

Daniel devient alors l'interprète de cette parole.

8. Le jugement n’abolit pas les causes historiques

La lecture théologique de Daniel 5 ne supprime pas l'histoire.

Babylone tombe dans un contexte politique et militaire identifiable. Les armées de Cyrus remportent des victoires, la capitale passe sous leur contrôle et l'empire néo-babylonien disparaît comme puissance indépendante.

Le texte biblique ne demande pas de choisir entre une cause historique et une interprétation théologique.

Il présente l'événement historique comme appartenant simultanément à l'histoire des empires et au jugement de Dieu.

La conquête explique comment le royaume change de mains.

Daniel cherche principalement à expliquer ce que signifie ce changement dans la perspective théologique du livre.

9. Le Dieu de Jérusalem n’a pas été vaincu par Babylone

Cette conclusion renvoie au commencement même du livre.

Daniel 1 avait raconté la prise de Jérusalem et le transport d'une partie des objets du Temple dans le pays de Schinear.

Une lecture purement politique aurait pu conclure que le dieu de Babylone avait triomphé du Dieu d'Israël.

Mais Daniel 1.2 avait immédiatement corrigé cette interprétation :

« Le Seigneur livra entre ses mains Jojakim, roi de Juda, et une partie des ustensiles de la maison de Dieu. »

Daniel 5 reprend précisément ces objets.

Ils avaient accompagné symboliquement le commencement de la domination babylonienne sur Juda ; leur profanation accompagne maintenant la fin de cette domination.

L'ensemble forme un remarquable encadrement narratif.

Babylone avait pu emporter les vases du Temple parce que Dieu avait livré Jérusalem. Elle ne pouvait donc pas transformer cette victoire historique en preuve de la supériorité définitive de ses dieux.

La chute de Babylone montre que la défaite politique de Juda n'avait jamais signifié la défaite du Dieu de Juda.

10. Un avertissement qui dépasse Babylone

Daniel 5 concerne un roi précis, dans une situation historique précise. Il ne faut donc pas effacer Belshatsar derrière une application générale.

Mais le principe développé par le chapitre dépasse nécessairement son règne.

Nebucadnetsar avait appris que le Très-Haut domine sur les royaumes humains.

Belshatsar connaissait cette leçon et l'a ignorée.

Babylone disparaît ensuite au profit d'un nouvel empire, qui lui-même ne sera pas .

Le chapitre inscrit ainsi le jugement de Belshatsar dans une conception beaucoup plus vaste de l'histoire : tout pouvoir humain est réel, mais limité ; toute autorité est temporaire ; aucune puissance politique ne peut transformer sa réussite présente en garantie d'éternité.

Daniel 5 constitue donc bien davantage que le récit spectaculaire d'une écriture mystérieuse sur une muraille.

Il montre un roi qui possède tout ce que le monde babylonien considère comme prestigieux, mais qui ne possède ni son souffle, ni la durée de son règne, ni l'avenir de son royaume.

Au commencement de la nuit, Belshatsar paraît être celui qui décide.

À la fin de la nuit, son règne est compté, sa personne est pesée et son royaume est donné.

Mene, Tekel, Peres résume ainsi, en trois mots, toute la théologie du chapitre : Dieu fixe la durée du pouvoir, juge celui qui l'exerce et demeure souverain lorsque les empires passent d'une main à une autre.

Analyse textuelle et littéraire de Daniel 5

Daniel 5 est construit avec une grande cohérence narrative. Le récit progresse du banquet royal au jugement, puis du jugement à son accomplissement. L’analyse de sa structure, de son vocabulaire et de ses contrastes montre que l’épisode ne repose pas seulement sur le caractère spectaculaire de l’écriture sur la muraille : chaque élément contribue à renverser progressivement la position de Belshatsar et à montrer que la véritable autorité appartient à Dieu.

1. Une structure narrative fortement organisée

Le chapitre peut être divisé en plusieurs mouvements successifs :

  • le banquet et la profanation des vases du Temple (5.1-4) ;
  • l'apparition de la main et la terreur de Belshatsar (5.5-9) ;
  • l'intervention de la reine et le rappel de Daniel (5.10-12) ;
  • la convocation de Daniel et la promesse de récompense (5.13-16) ;
  • le discours de Daniel et le rappel de Nebucadnetsar (5.17-24) ;
  • la lecture et l'interprétation de l'inscription (5.25-28) ;
  • l'honneur accordé à Daniel et la mort de Belshatsar (5.29-30) ;
  • le transfert du royaume à Darius le Mède (5.31).

Cette organisation fait progresser le récit d'une scène de puissance vers une scène de jugement.

Au verset 1, Belshatsar domine le récit.

Au verset 31, il a disparu.

Entre ces deux extrémités, son autorité se désagrège progressivement.

2. Le banquet comme scène d’ouverture

Le récit commence sans introduction historique développée :

« Le roi Belshatsar donna un grand festin à ses grands au nombre de mille. » (Daniel 5.1)

Cette entrée immédiate place le lecteur à l'intérieur de la cour.

Le vocabulaire de la grandeur domine : un roi, un grand banquet, mille dignitaires, du vin, de l'or, de l'argent.

Tout suggère l'abondance et la puissance.

Mais cette grandeur constitue précisément le décor que le récit va renverser.

Plus Belshatsar apparaît puissant au début du chapitre, plus sa chute finale devient saisissante.

3. La progression de la profanation

Daniel 5.2-4 décrit une succession d'actions soigneusement ordonnées.

Belshatsar ordonne d'apporter les vases.

Les vases sont apportés.

Le roi et ses convives y boivent.

Puis ils célèbrent leurs dieux.

Le récit ne présente donc pas simplement un banquet auquel se trouveraient accidentellement mêlés des objets sacrés. Il décrit une progression conduisant à une profanation explicite.

Cette séquence prépare immédiatement l'intervention qui suit :

« En ce moment, apparurent les doigts d'une main d'homme. » (Daniel 5.5)

La proximité entre les deux scènes établit un rapport narratif direct entre l'acte de Belshatsar et l'apparition de l'inscription.

4. « En ce moment » : la soudaineté du jugement

L'expression qui introduit l'apparition de la main est essentielle au rythme du récit.

Il n'existe aucun long intervalle entre la profanation et le signe.

Au moment même où les convives célèbrent les dieux d'or, d'argent, de bronze, de fer, de bois et de pierre, une main commence à écrire.

Le contraste est immédiat.

Les idoles sont silencieuses.

La muraille, elle, reçoit un message.

Le récit passe ainsi sans transition d'une célébration humaine à une intervention divine.

5. Le renversement physique de Belshatsar

Le changement de situation est exprimé jusque dans le corps du roi.

Daniel 5.6 décrit son visage qui change, ses pensées qui le troublent, les jointures de ses reins qui se relâchent et ses genoux qui s'entrechoquent.

La description contraste fortement avec le Belshatsar du premier verset.

Quelques instants auparavant, il commandait devant mille dignitaires.

Il devient maintenant incapable de maîtriser sa propre réaction.

Le texte matérialise ainsi le renversement du pouvoir : avant même de perdre son royaume, Belshatsar perd son assurance.

6. La répétition de l’impuissance des sages

La convocation des sages rappelle volontairement des scènes précédentes du livre.

Comme dans Daniel 2, les spécialistes de la cour sont convoqués devant un mystère qu'ils ne peuvent résoudre.

Cette répétition possède une fonction littéraire importante.

La cour babylonienne dispose d'un système de savoir reconnu, de spécialistes et d'interprètes. Pourtant, lorsque la révélation vient de Dieu, ce savoir atteint sa limite.

Daniel n'est donc pas présenté comme simplement plus intelligent que les autres sages.

Sa différence essentielle réside dans la source de son interprétation.

Ce motif relie Daniel 5 aux premiers chapitres du livre et renforce leur unité thématique.

7. Le rôle charnière de la reine

L'intervention de la reine constitue le pivot permettant le passage entre l'échec des sages et l'arrivée de Daniel.

Elle accomplit trois fonctions narratives.

Elle apaise momentanément Belshatsar.

Elle rappelle l'existence de Daniel.

Elle établit un lien avec le règne de Nebucadnetsar.

Grâce à elle, le passé entre dans la scène présente.

Ce procédé prépare le principal reproche que Daniel adressera ensuite à Belshatsar : le roi aurait dû connaître et comprendre la leçon donnée par l'histoire de Nebucadnetsar.

8. Deux portraits opposés de Daniel

Belshatsar présente Daniel comme :

« l'un des captifs de Juda ».

La reine l'avait au contraire décrit comme un homme possédant lumière, intelligence et sagesse.

Cette juxtaposition crée un contraste.

Du point de vue impérial, Daniel demeure un ancien déporté provenant d'un peuple vaincu.

Du point de vue du récit, il est précisément celui qui possède l'intelligence que la cour babylonienne ne possède pas.

Le captif est capable d'expliquer l'avenir du royaume au roi.

La situation politique et la situation spirituelle sont ainsi inversées.

9. La fonction du long rappel de Nebucadnetsar

Daniel ne commence pas immédiatement par traduire l'inscription.

Les versets 18-23 forment un discours relativement développé consacré à Nebucadnetsar et à Belshatsar.

Cette disposition est significative.

L'interprétation linguistique des mots ne suffit pas. Daniel doit d'abord expliquer pourquoi la sentence a été prononcée.

Le récit distingue donc implicitement deux questions :

Que signifie l'inscription ?

e:

Pourquoi ce jugement est-il prononcé ?

L'histoire de Nebucadnetsar répond à la seconde.

La connaissance du passé devient ainsi la clé permettant de comprendre la culpabilité présente.

10. Le contraste entre Nebucadnetsar et Belshatsar

Les deux souverains suivent initialement un mouvement comparable.

Tous deux possèdent une grande autorité.

Tous deux s'élèvent dans leur orgueil.

Tous deux sont confrontés à la souveraineté du Très-Haut.

Mais leurs récits se séparent ensuite.

Nebucadnetsar est humilié, reconnaît finalement la souveraineté divine et retrouve sa royauté.

Belshatsar connaît cette histoire mais ne s'humilie pas.

Le parallélisme sert donc à souligner une différence fondamentale : Belshatsar ne peut invoquer l'ignorance.

Daniel 5.22 constitue à cet égard l'une des phrases centrales du chapitre :

« Tu n'as pas humilié ton cœur, quoique tu susses toutes ces choses. »

11. Une accumulation volontaire dans l’accusation

Daniel 5.23 rassemble plusieurs fautes dans une seule séquence.

Belshatsar s'est élevé contre le Seigneur des cieux.

Il a fait apporter les vases du Temple.

Il y a bu avec ses dignitaires, ses femmes et ses concubines.

Il a célébré des dieux matériels.

Il n'a pas glorifié le Dieu dont dépend son souffle.

L'accumulation donne à l'accusation sa force.

La sentence n'apparaît pas comme arbitraire. Le texte établit auparavant les motifs du jugement.

L'inscription intervient donc comme conclusion d'un acte d'accusation déjà formulé.

12. Une inscription extrêmement brève

Après le long discours de Daniel, l'inscription elle-même surprend par sa concision :

מְנֵא מְנֵא תְּקֵל וּפַרְסִין

Menē, menē, teqēl ûfarsîn.

Quatre mots suffisent.

La brièveté contraste avec l'importance du jugement annoncé.

Cette concentration donne à la formule sa puissance littéraire. Le destin d'un empire est résumé dans quelques termes appartenant au vocabulaire du poids et de la mesure.

13. La répétition de Mene

Mene apparaît deux fois dans l'inscription.

Daniel ne développe pourtant qu'une seule interprétation :

«Deus contou o teu reino e pôs-lhe fim.» (Daniel 5.26)

La répétition renforce la solennité de la sentence.

Le règne a été compté. Sa durée n'est plus ouverte.

Le verbe employé dans l'interprétation transforme ainsi l'idée de nombre en affirmation théologique : le temps politique lui-même possède une limite.

14. Trois opérations qui résument le jugement

L'interprétation de Daniel repose sur trois opérations successives :

compter - peser - diviser.

La première concerne le règne.

La deuxième concerne le roi.

La troisième concerne le royaume.

Cette progression est particulièrement structurée :

Mene : le temps du pouvoir est terminé.

Tekel : le souverain est évalué et déclaré insuffisant.

Peres : le royaume change de mains.

L'inscription possède donc une cohérence interne remarquable. Elle passe de la durée du règne à la responsabilité du roi, puis à la conséquence politique du jugement.

15. Le passage du pluriel Parsin au singulier Peres

L'inscription présente Parsin, tandis que l'explication de Daniel emploie Peres.

Cette variation permet notamment de mettre en évidence le jeu de mots avec la division du royaume et les Perses.

Le procédé montre que l'interprétation ne consiste pas seulement à traduire mécaniquement chaque terme. Daniel exploite les possibilités sémantiques et phonétiques de l'inscription pour en révéler la portée.

Le message fonctionne ainsi simultanément comme vocabulaire de mesure et comme annonce politique.

16. Une ironie structurante : les récompenses de Belshatsar

Les récompenses promises par Belshatsar apparaissent plusieurs fois dans le chapitre.

Celui qui interprétera l'inscription recevra la pourpre, un collier d'or et deviendra le troisième personnage du royaume.

Daniel refuse d'abord les présents :

«Guarda os teus dons e dá a outro os teus presentes.» (Daniel 5.17)

Pourtant, après l'interprétation, Belshatsar ordonne malgré tout que les honneurs promis lui soient accordés.

La scène devient profondément ironique.

Daniel reçoit une haute dignité dans un royaume qui ne subsistera que quelques heures.

La récompense royale est donc réelle, mais déjà dépourvue d'avenir.

17. L’ironie du roi qui distribue ce qu’il est en train de perdre

Cette ironie dépasse la seule personne de Daniel.

Tout au long du chapitre, Belshatsar agit comme propriétaire de son royaume.

Il commande.

Il promet.

Il récompense.

Il nomme.

Mais l'inscription annonce que ce même royaume a déjà été attribué à d'autres.

Le contraste révèle la distance entre la perception du souverain et sa situation réelle.

Belshatsar croit encore disposer du royaume au moment même où il lui échappe.

18. La rapidité exceptionnelle du dénouement

Après l'interprétation, le récit ne développe presque plus rien.

Daniel reçoit les honneurs.

Puis vient immédiatement :

“Naquela mesma noite foi morto Belsazar, rei dos caldeus.” (Daniel 5.30)

La brièveté est volontairement saisissante.

Le narrateur n'a pas besoin de décrire longuement l'invasion puisque son objectif principal a déjà été atteint : montrer que la parole prononcée s'accomplit.

La formule « cette même nuit » relie directement prophétie et événement.

19. Du banquet à la mort : une construction en renversement

L'ensemble du chapitre peut finalement être lu comme une succession de renversements.

Belshatsar commence entouré de mille dignitaires ; il finit mort.

Les objets du Temple semblent soumis au pouvoir babylonien ; leur profanation devient l'occasion du jugement de Babylone.

Les sages officiels possèdent le prestige ; ils ne comprennent pas l'inscription.

Daniel est un ancien captif ; il possède l'interprétation.

Belshatsar promet la troisième place du royaume ; le royaume est donné à d'autres.

Les idoles sont célébrées ; elles restent silencieuses.

Le Dieu qui n'est pas honoré prononce la sentence.

La structure narrative entière sert donc le message théologique.

20. Daniel 5 comme conclusion du cycle babylonien

Daniel 5 possède enfin une fonction importante dans l'organisation générale des premiers chapitres.

Daniel 1 commence avec la victoire de Babylone sur Jérusalem et l'arrivée des vases du Temple dans le pays de Schinear.

Daniel 5 reprend ces mêmes vases au moment où la domination babylonienne s'achève.

Le rapprochement forme un encadrement particulièrement significatif.

Au commencement, Babylone paraît victorieuse.

À la fin, Babylone perd son royaume.

Entre ces deux événements, Daniel 2 à 4 a progressivement montré que le Dieu d'Israël demeure souverain sur les rois et les empires.

La trajectoire peut ainsi être résumée :

Daniel 1 : Babylone reçoit Jérusalem entre ses mains.

Daniel 2 : la durée des empires est révélée.

Daniel 3 : le pouvoir royal rencontre une limite.

Daniel 4 : le roi orgueilleux est humilié.

Daniel 5 : l'empire babylonien lui-même arrive à son terme.

Daniel 5 constitue ainsi l'aboutissement narratif du cycle babylonien. La chute de Belshatsar n'est pas un épisode isolé : elle confirme progressivement ce que le livre affirme depuis son ouverture.

Les royaumes passent, mais la souveraineté de Dieu demeure.

Conclusão geral

Daniel 5 marque un tournant majeur dans le livre. L’empire qui dominait le récit depuis la déportation de Juda arrive à son terme. À travers la dernière nuit de Belshatsar, le chapitre réunit histoire, jugement et accomplissement prophétique : Babylone perd la domination, mais la souveraineté de Dieu demeure.

1. La fin du cycle babylonien

Daniel 5 clôt une étape commencée dès le premier chapitre.

Daniel 1 s'ouvrait sur la prise de Jérusalem par Nebucadnetsar. Le roi de Babylone semblait alors appartenir au camp des vainqueurs, tandis que Daniel et ses compagnons appartenaient à celui des vaincus.

Les objets du Temple avaient été transportés à Babylone et placés dans le trésor du dieu du conquérant.

Daniel 5 reprend ces mêmes objets au moment où l'empire babylonien arrive à son terme.

Cette correspondance entre le commencement et la fin du cycle est essentielle. Les vases du Temple accompagnent symboliquement l'entrée de Babylone dans le récit et réapparaissent lors de sa dernière nuit.

L'histoire de l'empire est ainsi encadrée par une même question : la victoire politique de Babylone signifiait-elle que le Dieu d'Israël avait été vaincu ?

L'ensemble des cinq premiers chapitres répond négativement.

2. Belshatsar et la confirmation du cadre historique

L'existence historique de Belshatsar constitue un élément important pour l'étude de Daniel 5.

Il est aujourd'hui établi qu'il était le fils de Nabonide et qu'il exerça une autorité considérable à Babylone pendant une partie du règne de son père.

Cette situation permet également de mieux comprendre la promesse de faire de l'interprète de l'inscription le « troisième » du royaume. Si Nabonide occupait la position souveraine et Belshatsar une position immédiatement inférieure dans l'exercice du pouvoir, la troisième dignité représentait effectivement l'un des plus hauts honneurs que Belshatsar pouvait accorder.

Cette reconstruction demeure à formuler avec prudence, car les sources ne décrivent pas une hiérarchie officielle numérotée de cette manière. Elle fournit néanmoins un cadre historiquement cohérent à un détail autrefois considéré comme problématique.

3. La faute de Belshatsar ne se réduit pas à son banquet

Le jugement prononcé contre Belshatsar ne doit pas être réduit à l'organisation d'une fête ou à la consommation de vin.

Le centre de l'accusation se trouve ailleurs.

Belshatsar prend les objets consacrés au culte du Dieu d'Israël et les introduit dans une célébration idolâtre. Il célèbre des divinités d'or, d'argent, de bronze, de fer, de bois et de pierre tout en refusant d'honorer celui dont, selon Daniel, dépend son propre souffle.

Cette profanation manifeste une prétention plus profonde : le souverain agit comme s'il pouvait disposer sans limite des choses, des hommes et du sacré.

Daniel interprète cette conduite comme une élévation contre « le Seigneur des cieux ».

4. Une culpabilité aggravée par la connaissance

Le rappel de Nebucadnetsar explique pourquoi le jugement de Belshatsar est présenté comme immédiat.

Nebucadnetsar avait lui aussi connu l'orgueil. Mais son humiliation lui avait appris que « le Très-Haut domine sur le règne des hommes ».

Belsazar conhecia esta história.

Daniel lui adresse donc cette accusation décisive :

« Tu n'as pas humilié ton cœur, quoique tu susses toutes ces choses. » (Daniel 5.22)

Cette phrase fournit l'une des principales clés théologiques du chapitre.

Belshatsar n'est pas seulement coupable d'avoir commis une faute. Il est coupable d'avoir ignoré une leçon qu'il connaissait.

Le récit établit ainsi un lien étroit entre connaissance et responsabilité.

5. L’écriture sur la muraille comme sentence

L'apparition de la main constitue le moment le plus spectaculaire du chapitre, mais le signe n'est pas présenté comme un prodige destiné simplement à impressionner les convives.

Il introduit une sentence.

Les quelques mots inscrits sur la muraille résument l'ensemble du jugement :

Mene : compté.

Tekel : pesé.

Peres : divisé.

Le règne a été compté.

Le roi a été pesé.

Le royaume sera partagé et donné à d'autres.

La formule progresse ainsi du temps accordé au souverain vers son évaluation personnelle, puis vers la conséquence politique de cette évaluation.

6. Le roi qui pèse peu au milieu de ses richesses

L'image de la balance constitue l'un des renversements les plus puissants du chapitre.

Belshatsar possède les signes extérieurs de la grandeur : palais, dignitaires, or, argent, pourpre, pouvoir de nomination et autorité royale.

Pourtant, lorsqu'il est symboliquement placé dans la balance, il est « trouvé insuffisant ».

Le contraste est volontaire.

Daniel 5 ne mesure pas le souverain selon l'étendue de ses richesses ou la splendeur de son palais, mais selon sa responsabilité devant Dieu.

La valeur politique d'un homme et son évaluation morale ne sont donc pas nécessairement identiques.

7. La chute de Babylone et l’histoire

La conclusion du chapitre correspond à un événement historique majeur : la chute de la domination néo-babylonienne en 539 av. J.-C.

Les sources babyloniennes confirment la conquête de Babylone par les forces de Cyrus et le passage de la ville sous domination perse.

Daniel ne fournit cependant pas une chronique militaire détaillée de l'événement.

Son objectif est différent.

La conquête appartient à l'histoire politique du Proche-Orient ancien ; le récit biblique lui donne simultanément une interprétation théologique.

Les deux niveaux ne doivent pas être confondus, mais ils ne sont pas opposés.

Les armées de Cyrus expliquent historiquement le changement de domination.

Daniel affirme théologiquement que le temps accordé à Babylone était arrivé à son terme.

8. La première grande transition annoncée en Daniel 2

La disparition de l'empire babylonien possède également une fonction importante dans la structure prophétique du livre.

Daniel 2 tinha anunciado a Nabucodonosor:

« C'est toi qui es la tête d'or. » (Daniel 2.38)

Mais la vision annonçait immédiatement qu'un autre royaume viendrait après lui.

Daniel 5 constitue le moment historique où cette première transition devient effective.

La tête d'or ne demeure pas éternellement.

La succession des royaumes annoncée dans le songe commence à se manifester dans l'histoire racontée par le livre.

Cette continuité entre Daniel 2 et Daniel 5 prépare les visions ultérieures, dans lesquelles la succession des puissances sera développée avec davantage de précision.

9. La question non résolue de Darius le Mède

Le dernier verset introduit néanmoins une difficulté historique importante.

Daniel affirme que « Darius le Mède » reçut le royaume.

Plusieurs identifications ont été proposées : un gouverneur exerçant son autorité sous Cyrus, un personnage connu par les sources sous un autre nom, ou encore Cyrus lui-même selon certaines interprétations.

Aucune de ces solutions ne peut actuellement être considérée comme définitivement démontrée.

Cette question doit donc rester ouverte.

La rigueur historique exige de reconnaître simultanément deux réalités : plusieurs éléments de Daniel 5 correspondent remarquablement au contexte néo-babylonien, tandis que l'identification précise de Darius le Mède demeure incertaine.

Reconnaître cette difficulté n'affaiblit pas l'analyse ; cela permet au contraire de distinguer les données établies des hypothèses.

10. De la victoire apparente de Babylone à sa disparition

L'un des enseignements les plus profonds de Daniel 5 apparaît lorsqu'il est replacé dans la progression commencée au chapitre 1.

Babylone avait conquis Jérusalem.

Babylone avait emporté les objets du Temple.

Babylone avait déporté Daniel.

Babylone avait imposé sa puissance à Juda.

Pourtant, le livre avait précisé dès son ouverture que le Seigneur avait « livré » Jojakim entre les mains de Nebucadnetsar.

La victoire babylonienne était donc réelle, mais elle ne constituait pas la preuve que le Dieu d'Israël avait perdu sa souveraineté.

Daniel 5 achève la démonstration.

Les objets du Temple sont encore présents.

Daniel est encore présent.

Mais l'empire qui les avait emportés disparaît.

11. Les empires passent

Daniel 5 développe finalement une conception de l'histoire qui deviendra essentielle dans les chapitres prophétiques du livre.

Les empires peuvent être puissants.

Ils peuvent conquérir des peuples, renverser des rois, accumuler des richesses et donner l'impression que leur domination est durable.

Mais leur puissance possède une limite.

Babylone en fournit la première grande démonstration.

Au commencement du chapitre, Belshatsar célèbre sa puissance.

À la fin, il est mort.

Au commencement, il distribue les honneurs.

À la fin, son royaume est donné à d'autres.

Au commencement, les objets du Temple servent à glorifier les dieux babyloniens.

À la fin, c'est la parole du Dieu d'Israël qui explique la disparition de la domination babylonienne.

La dernière nuit de Belshatsar résume ainsi l'un des messages fondamentaux du livre de Daniel :

la puissance des royaumes humains est réelle, mais elle n'est jamais absolue ; leur durée est limitée, leurs souverains sont responsables de l'usage de leur pouvoir et l'histoire demeure finalement placée sous la souveraineté de Dieu.

Referências bíblicas citadas

Daniel 1.1-2 ; Daniel 2.20-21 ; Daniel 2.31-45 ; Daniel 4.17-37 ; Daniel 5.1-31 ; Daniel 5.31-6.27 ; Daniel 8.20.

Nota complementar