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La reine de Daniel 5 : identité et fonction dans le récit

Après l'apparition de l'écriture sur la muraille, Belshatsar convoque les sages de Babylone. Aucun d'eux ne parvient à lire l'inscription ni à en donner l'interprétation.…

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1. Une intervention inattendue

Après l'apparition de l'écriture sur la muraille, Belshatsar convoque les sages de Babylone. Aucun d'eux ne parvient à lire l'inscription ni à en donner l'interprétation.

Le trouble gagne alors le roi et ses dignitaires.

C'est à ce moment que le récit introduit un nouveau personnage :

« La reine, à cause des paroles du roi et de ses grands, entra dans la salle du festin. » (Daniel 5.10)

Son intervention modifie immédiatement la situation.

Alors que les responsables présents ne savent plus vers qui se tourner, elle connaît l'existence d'un homme capable d'interpréter les mystères : Daniel.

2. Une femme qui n’était apparemment pas au banquet

Le texte indique que la reine entre dans la salle après avoir entendu les paroles du roi et de ses dignitaires.

Cette précision est importante puisque Daniel 5.3 mentionne déjà :

« le roi et ses grands, ses femmes et ses concubines ».

La « reine » de Daniel 5.10 semble donc distincte des femmes déjà présentes au banquet.

Cette observation rend peu probable qu'il s'agisse simplement de l'une des épouses de Belshatsar participant à la fête.

Son statut paraît différent.

3. Le terme araméen

Le mot employé en Daniel 5.10 est מַלְכְּתָא (malkĕtāʾ), généralement traduit par « reine ».

Le terme désigne une femme appartenant au cercle royal, mais le contexte doit déterminer plus précisément sa fonction.

Le récit ne fournit ni son nom ni son lien familial exact avec Belshatsar.

Il est donc nécessaire de distinguer ce que le texte affirme de ce que l'on peut raisonnablement reconstruire.

4. L’hypothèse de la reine mère

L'une des explications les plus courantes consiste à voir dans cette femme une reine mère.

Cette hypothèse rend compte de plusieurs éléments du récit.

Elle n'est pas présente parmi les femmes et les concubines participant au banquet.

Elle peut entrer librement dans la salle.

Elle s'adresse au roi avec assurance.

Elle connaît des événements remontant au règne de Nebucadnetsar.

Elle possède manifestement une autorité suffisante pour recommander immédiatement Daniel au souverain.

Dans les monarchies du Proche-Orient ancien, la mère du roi ou une femme de rang élevé appartenant à la génération précédente pouvait conserver une influence importante à la cour.

L'identification comme reine mère est donc historiquement plausible.

5. Une identification possible avec Nitocris ?

Certains commentaires anciens ont tenté d'identifier la reine de Daniel 5 à Nitocris, personnage mentionné par Hérodote.

Cette identification rencontre cependant des difficultés importantes.

Le récit d'Hérodote concernant Nitocris contient des problèmes chronologiques et ne permet pas d'établir avec assurance sa place exacte dans la dynastie néo-babylonienne.

Il n'existe surtout aucun document permettant de démontrer que la femme de Daniel 5.10 soit cette Nitocris.

L'identification doit donc être abandonnée comme certitude historique.

La reine de Daniel 5 demeure anonyme.

6. Était-elle la mère de Belshatsar ?

Si le personnage est effectivement une reine mère, il pourrait naturellement s'agir de la mère de Belshatsar.

Mais cette conclusion n'est pas explicitement donnée par le texte.

Une autre possibilité serait une femme de la génération royale précédente ayant conservé un rang élevé et une influence particulière à la cour.

Le texte permet seulement d'affirmer qu'elle appartient à l'entourage royal et qu'elle possède une connaissance du passé que Belshatsar et ses conseillers n'utilisent pas.

Son identité généalogique exacte reste donc incertaine.

7. Sa connaissance de Nebucadnetsar

La reine rappelle à Belshatsar :

« Il y a dans ton royaume un homme qui a en lui l'esprit des dieux saints. » (Daniel 5.11)

Elle poursuit en évoquant explicitement le règne de Nebucadnetsar.

Cette connaissance est essentielle à sa fonction narrative.

La reine représente en quelque sorte la mémoire de la cour.

La génération présente est incapable de résoudre la crise, mais une personne qui se souvient du règne précédent sait vers qui se tourner.

Elle établit ainsi un pont entre Daniel 5 et les épisodes concernant Nebucadnetsar.

8. « Ton père Nebucadnetsar »

La reine parle de :

« Nebucadnetsar, ton père » (Daniel 5.11).

Cette formulation ne permet pas à elle seule d'établir que Nebucadnetsar était le père biologique de Belshatsar.

Les sources babyloniennes identifient Nabonide comme son père.

Dans les langues sémitiques et dans le vocabulaire dynastique, les termes correspondant à « père » et « fils » peuvent avoir une portée plus large que la filiation biologique immédiate. Ils peuvent exprimer une relation ancestrale, dynastique ou de succession.

La formule doit donc être comprise en tenant compte à la fois de cet usage linguistique et des données historiques concernant la famille de Belshatsar.

La question d'un éventuel lien familial précis entre Nabonide, Belshatsar et la dynastie de Nebucadnetsar demeure distincte et ne peut être résolue par la seule expression de Daniel 5.

9. La description de Daniel

La reine accumule les expressions pour caractériser Daniel :

« lumière, intelligence et une sagesse semblable à la sagesse des dieux » (Daniel 5.11).

Elle rappelle ensuite qu'on avait trouvé chez lui :

« un esprit supérieur, de la science et de l'intelligence, la faculté d'interpréter les songes, d'expliquer les énigmes et de résoudre les questions difficiles » (Daniel 5.12).

Cette accumulation répond directement à l'impuissance des sages de la cour.

Le problème n'est donc pas l'absence totale d'un interprète capable de résoudre le mystère.

L'homme existe.

Mais la cour de Belshatsar ne pense plus spontanément à lui.

10. Daniel avait-il été oublié ?

Daniel avait occupé une position importante sous Nebucadnetsar. Daniel 2.48 rapporte que le roi l'avait élevé et lui avait confié d'importantes responsabilités.

Pourtant, au chapitre 5, il n'appartient manifestement plus au premier cercle consulté par Belshatsar.

Plusieurs années et plusieurs règnes séparent les événements.

Cette évolution est parfaitement compréhensible dans une cour ayant connu plusieurs changements de souverains et de responsables.

Il n'est pas nécessaire d'en conclure que Belshatsar n'avait jamais entendu parler de Daniel. Le récit montre seulement que Daniel n'est pas convoqué avec les premiers sages.

C'est la reine qui rappelle son rôle exceptionnel.

11. Une mémoire que Belshatsar aurait dû conserver

L'intervention de la reine prépare également l'accusation que Daniel adressera ensuite au roi.

Elle rappelle Nebucadnetsar.

Daniel rappellera à son tour l'histoire de Nebucadnetsar.

Puis il dira à Belshatsar :

«E tu, Belsazar, seu filho, não humilhaste o teu coração, embora soubesses todas estas coisas.» (Daniel 5.22)

Cette progression est significative.

La cour avait conservé une mémoire des événements du règne précédent. L'expérience de Nebucadnetsar n'appartenait donc pas à un passé totalement inaccessible.

Belshatsar disposait d'un avertissement historique qu'il n'avait pas transformé en leçon personnelle.

12. La reine comme personnage charnière

La reine n'apparaît que brièvement, mais sa fonction littéraire est essentielle.

Sans elle, le récit resterait bloqué sur l'échec des sages.

Son intervention permet :

le rappel de Daniel ;

le retour de la mémoire de Nebucadnetsar ;

la convocation de l'interprète ;

et le passage de la terreur inexpliquée à l'explication du jugement.

Elle ne donne pas elle-même la solution.

Elle sait cependant qui peut la donner.

13. Une identité qui doit rester ouverte

Aucune donnée du chapitre ne permet finalement de donner un nom certain à cette femme.

L'hypothèse d'une reine mère demeure la plus cohérente avec son absence initiale du banquet, son autorité et sa connaissance du règne de Nebucadnetsar.

Mais cette conclusion reste une identification fonctionnelle plutôt qu'une identification personnelle démontrée.

La formulation la plus rigoureuse consiste donc à retenir que la reine de Daniel 5 était probablement une femme de très haut rang appartenant à la génération royale précédente, vraisemblablement une reine mère, sans que son identité exacte puisse actuellement être établie.

Cette incertitude n'empêche pas de reconnaître son importance dans le récit : au milieu d'une cour qui ne comprend plus le signe apparu sur la muraille, elle est celle qui se souvient de Daniel et, à travers lui, des leçons du règne de Nebucadnetsar.

Referências bíblicas citadas

Daniel 2.47-49 ; Daniel 5.3-4 ; Daniel 5.5-9 ; Daniel 5.10-12 ; Daniel 5.13-16 ; Daniel 5.18-23.