Synopse
Péricope 262
PER262 - Enseignement sur le divorce

Consultation

Vous pouvez consulter l’annexe ANN078 : Les paraboles

Vous pouvez consulter l’annexe ANN072 : Les miracles rĂ©alisĂ©s par le Messie JĂ©sus

Textes bibliques

Matthieu 19.3-12 (Louis Segond S21)

Les pharisiens l'abordÚrent et, pour lui tendre un piÚge, ils lui dirent: «Est-il permis à un homme de divorcer de sa femme pour n'importe quel motif?»

Il répondit: «N'avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, a fait l'homme et la femme

et qu'il a dit: C'est pourquoi l'homme quittera son pĂšre et sa mĂšre et s'attachera Ă  sa femme, et les deux ne feront qu'un?

Ainsi, ils ne sont plus deux mais ne font qu'un. Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni.»

«Pourquoi donc, lui dirent-ils, Moïse a-t-il prescrit de donner une lettre de divorce à la femme lorsqu'on la renvoie?»

Il leur rĂ©pondit: «C'est Ă  cause de la duretĂ© de votre cƓur que MoĂŻse vous a permis de divorcer de vos femmes; au commencement, ce n'Ă©tait pas le cas.

Mais je vous le dis, celui qui renvoie sa femme, sauf pour cause d'infidélité, et qui en épouse une autre commet un adultÚre, [et celui qui épouse une femme divorcée commet un adultÚre].»

Ses disciples lui dirent: «Si telle est la condition de l'homme vis-à-vis de la femme, il vaut mieux ne pas se marier.»

Il leur répondit: «Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné.

En effet, il y a des eunuques qui le sont dĂšs le ventre de leur mĂšre, d'autres le sont devenus par les hommes, et il y en a qui se sont faits eux-mĂȘmes eunuques Ă  cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne.»

Marc 10.2-12 (Louis Segond S21)

Les pharisiens l'abordĂšrent et, pour lui tendre un piĂšge, ils lui demandĂšrent s'il est permis Ă  un homme de divorcer de sa femme.

Il leur répondit: «Que vous a prescrit Moïse?»

«Moïse, dirent-ils, nous a permis d'écrire une lettre de divorce et de renvoyer notre femme.»

JĂ©sus leur dit: «C'est Ă  cause de la duretĂ© de votre cƓur que MoĂŻse vous a donnĂ© cette rĂšgle.

Mais au commencement de la création, Dieu a fait l'homme et la femme;

c'est pourquoi l'homme quittera son pĂšre et sa mĂšre [et s'attachera Ă  sa femme],

et les deux ne feront qu'un. Ainsi, ils ne sont plus deux mais ne font qu'un.

Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni.»

Lorsqu'ils furent dans la maison, les disciples l'interrogĂšrent encore lĂ -dessus.

Il leur dit: «Celui qui renvoie sa femme et qui en épouse une autre commet un adultÚre envers elle,

et si une femme divorce de son mari et en épouse un autre, elle commet un adultÚre.»

Luc (Louis Segond S21) non cité dans le livre

Jean (Louis Segond S21) non cité dans le livre

Détails techniques

Lieu : Béthanie au delà du Jourdain

Date : AprĂšs l’arrivĂ©e Ă  BĂ©thanie, au delĂ  du Jourdain, le jeudi 23 dĂ©cembre 32

Mode opératoire : Nous basculons maintenant avec Marc

Note sur le mode opératoire : Matthieu confirme les propos de Marc

Le Messie Jésus, accompagné de ses disciples, séjourne à Béthanie au-delà du Jourdain, tandis que des pharisiens venus de Jérusalem ont entrepris le déplacement afin de le rencontrer.

Chronologie des Ă©vĂ©nements entre Hanoucca et Pessa’h

La pĂ©riode qui sĂ©pare Hanoucca de Pessa’h, soit environ quatre mois, fait l’objet d’interprĂ©tations variĂ©es de la part des commentateurs des Evangiles. Nous avons jugĂ© pertinent de prĂ©senter notre propre vision chronologique de cette pĂ©riode. Cette approche s’appuie rigoureusement sur les informations fournies par Luc et Jean, en veillant Ă  respecter le texte sans jamais le contraindre. Ainsi, notre hypothĂšse apparaĂźt comme naturelle et cohĂ©rente au regard des donnĂ©es Ă©vangĂ©liques.

AprĂšs la fĂȘte de Hanoucca ou de la DĂ©dicace ( Jean 10.22-23 ), le 15 dĂ©cembre 33, le Messie JĂ©sus quitte JĂ©rusalem pour Ă©chapper Ă  une tentative d’arrestation. Il se retire alors « au‑delĂ  du Jourdain », dans la rĂ©gion oĂč Jean avait baptisĂ©, un lieu isolĂ© mais accessible, oĂč beaucoup viennent encore Ă  lui ( Jean 10.40-42 ). C’est lĂ , dans ce refuge hivernal, qu’un messager arrive depuis BĂ©thanie pour lui annoncer que Lazare, son ami proche, est gravement malade ( Jean 11.1-3 ). Le messager a mis environ une journĂ©e pour parcourir les 35 Ă  40 kilomĂštres qui sĂ©parent les deux villages.

Mais le Messie JĂ©sus, Ă  la surprise de ses disciples, ne part pas immĂ©diatement. Il reste encore deux jours Ă  l’endroit oĂč il se trouvait ( Jean 11.6 ). Pendant ce temps, Lazare meurt, probablement le jour mĂȘme, ou peu de temps aprĂšs le dĂ©part du messager, ce qui explique que le Messie JĂ©sus puisse dire ensuite : « Lazare est mort » avant mĂȘme d’arriver en JudĂ©e ( Jean 11.14 ). Lorsque ces deux jours sont Ă©coulĂ©s, le Messie JĂ©sus annonce Ă  ses disciples qu’ils retournent en JudĂ©e, malgrĂ© les risques ( Jean 11.7-10 ).

Le groupe se met alors en route. Depuis BĂ©thanie‑au‑delà‑du‑Jourdain, la route la plus directe pour rejoindre BĂ©thanie, prĂšs de JĂ©rusalem, passe par JĂ©richo. C’est une descente puis une longue montĂ©e, un itinĂ©raire frĂ©quentĂ© et logique. En approchant de JĂ©richo, le Messie JĂ©sus rencontre un aveugle assis au bord du chemin : BartimĂ©e. MalgrĂ© les reproches de la foule, l’homme crie vers le Messie JĂ©sus, qui s’arrĂȘte, le fait venir et lui rend la vue ( Luc 18.35-43 ). Puis le Messie JĂ©sus traverse JĂ©richo, la ville historique, oĂč il s’arrĂȘte sous un sycomore pour appeler ZachĂ©e, le chef des collecteurs d’impĂŽts, et sĂ©journer dans sa maison ( Luc 19.1-10 ). Ces rencontres s’inscrivent naturellement dans le mĂȘme voyage : celui qui conduit JĂ©sus de l’autre cĂŽtĂ© du Jourdain jusqu’à BĂ©thanie.

AprĂšs cette halte, le Messie JĂ©sus reprend la route. La montĂ©e de JĂ©richo Ă  BĂ©thanie demande une journĂ©e et demie de marche Ă  cause de la foule qui le suit. Lorsqu’il arrive enfin au village, Lazare est dĂ©jĂ  dans le tombeau depuis quatre jours ( Jean 11.17 ).

Le messager est parti de BĂ©thanie alors que Lazare Ă©tait encore en vie, bien que gravement malade, comme le rapporte Jean 11.3 . A ce stade, personne n’a connaissance du dĂ©cĂšs de Lazare : ni le messager, ni ceux qui l’entourent. Pourtant, alors que le messager n’a pas encore transmis la nouvelle au Messie JĂ©sus et que l’état de Lazare reste incertain pour tous, le Messie JĂ©sus reçoit la rĂ©vĂ©lation que son ami Lazare est effectivement dĂ©cĂ©dĂ©. Cette annonce marque un tournant dans le rĂ©cit, tĂ©moignant de la connaissance particuliĂšre dont JĂ©sus dispose quant au sort de son ami, avant mĂȘme d’arriver en JudĂ©e.

A BĂ©thanie, le Messie JĂ©sus rencontre Marthe puis Marie, et les conduit Ă  la foi. Puis il se rend au tombeau, oĂč il appelle Lazare hors de la mort ( Jean 11.38-44 ). Ce signe spectaculaire provoque une rĂ©action immĂ©diate des autoritĂ©s religieuses, qui dĂ©cident de mettre le Messie JĂ©sus Ă  mort ( Jean 11.53 . Pour Ă©chapper Ă  cette menace, le Messie JĂ©sus quitte BĂ©thanie et se retire vers ÉphraĂŻm, une ville situĂ©e au nord de JĂ©rusalem, dans la rĂ©gion montagneuse proche de la Samarie ( Jean 11.53-54 ).

Quelques semaines plus tard, alors que la PĂąque approche, le Messie JĂ©sus quitte EphraĂŻm et revient Ă  BĂ©thanie, six jours avant la fĂȘte ( Jean 12.1 ). Le lendemain, il entre Ă  JĂ©rusalem sous les acclamations de la foule ( Jean 12.12-15 , Luc 19.28-40 ).

Cet Ă©vĂ©nement se situe aprĂšs la cĂ©lĂ©bration de la fĂȘte de la dĂ©dicace, qui s’est dĂ©roulĂ©e du mercredi 15 dĂ©cembre au mercredi 22 dĂ©cembre. Le groupe effectue alors son retour, probablement le jeudi 23 dĂ©cembre de l’an 32. L’enseignement dont il est question intervient au plus tĂŽt le vendredi 24 dĂ©cembre, mais il est possible qu’il ait eu lieu ultĂ©rieurement.

Commentaires

Visiblement cet Ă©vĂ©nement se dĂ©roule Ă  BĂ©thanie de l’autre cĂŽtĂ© du Jourdain (PER261). C’est un endroit sĂ©curisĂ© d’une part par la localisation du site d’oĂč il est facile de fuir vers l’est vers la PĂ©rĂ©e (la Jordanie). BĂ©thanie au-delĂ  du Jourdain se trouve en PĂ©rĂ©e.

C’est un endroit paisible tout le contraire de JĂ©rusalem oĂč le Messie JĂ©sus peux Ă©chapper aux attaques rĂ©guliĂšres des religieux. Nous remarquons que BĂ©thanie au-delĂ  du jourdain est un village avec des maisons ( Marc 10.10 ).

Des pharisiens sont donc venus de JĂ©rusalem pour s’entretenir avec le Messie JĂ©sus. L’observation de Matthieu 9.3 et Marc 10.2 confirme bien leur intention de rechercher des preuves Ă  charge afin de traduire le Messie JĂ©sus devant le SanhĂ©drin.

Dans les deux Ă©vangiles, la scĂšne s’ouvre sur une question posĂ©e au Messie JĂ©sus par des pharisiens. Leur intention n’est pas neutre : ils cherchent Ă  le mettre Ă  l’épreuve. Le divorce Ă©tait un sujet dĂ©battu dans le judaĂŻsme du Ier siĂšcle, notamment entre les Ă©coles de Hillel (plus permissive) et de ShammaĂŻ (plus stricte). En interrogeant le Messie JĂ©sus, les pharisiens espĂšrent le piĂ©ger dans ce dĂ©bat ou le mettre en contradiction avec la loi de MoĂŻse.

Le Messie JĂ©sus refuse d’entrer dans une simple querelle d’interprĂštes. Il renvoie d’abord Ă  MoĂŻse, qui a permis de rĂ©diger un acte de rĂ©pudiation, mais il en donne immĂ©diatement la raison : cette concession rĂ©pondait Ă  la « duretĂ© du cƓur ». Autrement dit, MoĂŻse n’a pas instituĂ© le divorce comme un idĂ©al, mais comme une mesure de rĂ©gulation dans un monde marquĂ© par le pĂ©chĂ©.

Puis le Messie JĂ©sus remonte plus haut que MoĂŻse, jusqu’à la crĂ©ation. Il cite GenĂšse 1 et 2 pour rappeler que l’homme et la femme sont appelĂ©s Ă  devenir « une seule chair ». Le mariage n’est pas seulement un contrat social ; il est une union profonde, voulue par Dieu, que l’ĂȘtre humain n’est pas autorisĂ© Ă  dĂ©faire Ă  la lĂ©gĂšre. Le Messie JĂ©sus replace ainsi la question du divorce dans une perspective thĂ©ologique : le mariage est un don, une vocation, et non un simple arrangement humain.

Dans les deux rĂ©cits, une fois Ă  l’écart, le Messie JĂ©sus parle plus directement Ă  ses disciples. Il affirme que rompre cette union pour en contracter une autre revient Ă  commettre un adultĂšre. L’enseignement est exigeant, radical mĂȘme, et il surprend les disciples, qui vivaient dans un contexte oĂč le divorce Ă©tait relativement courant.

C’est ici que les nuances entre les deux Ă©vangiles deviennent importantes.

Matthieu introduit une précision absente de Marc :

« sauf en cas d’union illĂ©gitime » (ou « sauf pour cause de porneia »).

Cette clause d’exception a suscitĂ© beaucoup de discussions. Elle semble indiquer que, dans certains cas prĂ©cis, probablement des unions non valides selon la loi juive (inceste, mariage interdit, union irrĂ©guliĂšre), la sĂ©paration est permise. Matthieu Ă©crit pour une communautĂ© judĂ©o-chrĂ©tienne, plus proche des dĂ©bats rabbiniques, et il prend soin de prĂ©ciser ce cas particulier. Marc, qui Ă©crit pour un public plus large et non juif, ne mentionne pas cette nuance.

Dans Matthieu, les disciples réagissent vivement :

Matthieu 19.10 (Louis Segond S21) :
Ses disciples lui dirent: «Si telle est la condition de l'homme vis-à-vis de la femme, il vaut mieux ne pas se marier.»

Cette remarque n’apparaĂźt pas chez Marc. Matthieu met en lumiĂšre la difficultĂ© de l’enseignement du Messie JĂ©sus et ouvre ainsi la porte Ă  un autre sujet : le cĂ©libat pour le Royaume.

Matthieu ajoute un dĂ©veloppement absent de Marc : le Messie JĂ©sus parle des « eunuques », certains le sont de naissance, d’autres par contrainte, et d’autres encore choisissent de renoncer au mariage « Ă  cause du Royaume des cieux ». Ce passage Ă©largit la perspective : Le Messie JĂ©sus ne se contente pas de dĂ©fendre la dignitĂ© du mariage ; il valorise aussi le cĂ©libat volontaire comme un chemin spirituel. Cette ouverture est propre Ă  Matthieu et reflĂšte les besoins de sa communautĂ©, oĂč certains chrĂ©tiens vivaient dĂ©jĂ  ce choix.

Marc présente donc un enseignement bref, radical, centré sur le retour au projet créateur de Dieu.

Matthieu reprend cet enseignement mais l’encadre davantage : il ajoute une clause d’exception liĂ©e Ă  des unions irrĂ©guliĂšres, il montre la rĂ©action des disciples, il ouvre une rĂ©flexion sur le cĂ©libat pour le Royaume.

Les deux rĂ©cits convergent sur l’essentiel : le Messie JĂ©sus refuse de rĂ©duire le mariage Ă  un simple acte juridique et rappelle sa vocation profonde. Mais Matthieu adapte l’enseignement aux questions concrĂštes de sa communautĂ©, tandis que Marc en donne une version plus concise et universelle.

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