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Le sermon sur la montagne (3), le sel de la terre

L'article examine le 'sel de la terre' dans le sermon sur la montagne de Jésus, analysé dans Matthieu 5:13, avec des liens aux évangiles de Marc et Luc. Jésus utilise cette métaphore pour illustrer le rôle des disciples comme vecteurs de sagesse et de protection contre la corruption, mettant en garde envers la perte de leur influence spirituelle.

13 min sel de la terre sermon sur la montagne disciples Jésus 14 versets 4 livres

Consultation

Textes bibliques

Matthieu
Matthieu 5.13 (Louis Segond S21)

»Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu'à être jeté dehors et piétiné par les hommes.

Marc
Marc 9.50 (Louis Segond S21)

Le sel est une bonne chose, mais s'il perd sa saveur, avec quoi la lui rendrez-vous? Ayez du sel en vous-mêmes et soyez en paix les uns avec les autres.»

Luc
Luc 14.34-35 (Louis Segond S21)

»Le sel est une bonne chose, mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on?

Il n'est bon ni pour la terre, ni pour le fumier; on le jette dehors. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.»

Jean
Jean (Louis Segond S21) non cité dans le livre

Détails techniques

Lieu : Sur le plateau en contrebas d’une montagne à proximité de Capernaüm en Galilée

Date : Après le pèlerinage de Pâque à Jérusalem le 5 avril 31

Mode opératoire : Nous revenons avec Matthieu

Note sur le mode opératoire : Matthieu nous livre le maximum d'informations, Luc reprend ce thème plus tard dans son récit et marc cite ce détail

Bargraphe année 31

Le disciple se doit d'être le sel de la terre.

Commentaires

Nous examinons ici le Sermon sur la montagne, organisé dans cette étude en vingt-trois sections. La comparaison avec le récit de Luc fait apparaître une différence importante : Matthieu développe plus largement les questions relatives à la Loi, à son accomplissement et à certaines pratiques caractéristiques du judaïsme ( Matthieu 5.17-48 ;

Format attendu : Livre Chapitre.Verset ou Livre Chapitre.Verset1-Verset2 (ex. « Ge 4.1-10 »).
). Cette orientation correspond particulièrement bien à un lectorat familiarisé avec les Écritures et les traditions juives. Luc, dont l'œuvre s'adresse également à un environnement largement non juif, présente ces enseignements sous une forme différente et plus condensée.

Matthieu introduit, immédiatement après les Béatitudes, deux métaphores destinées à caractériser la vocation des disciples : le sel de la terre et la lumière du monde ( Matthieu 5.13-16 ). Luc ne place pas l'image du sel dans son discours parallèle, mais la rapporte dans un autre contexte ( Luc 14.34-35 ). Marc transmet également une parole comparable ( Marc 9.50 ).

La présence de cette image dans des contextes différents peut s'expliquer de plusieurs manières. Les évangélistes ont pu organiser certains enseignements selon leurs objectifs littéraires et théologiques respectifs ; il est également tout à fait vraisemblable que le Messie Jésus ait repris, à différentes occasions, des images particulièrement adaptées à son enseignement. Ces deux possibilités ne sont d'ailleurs pas nécessairement exclusives.

Le sel peut-il réellement perdre sa saveur ?

La formulation de Jésus peut surprendre : « Si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? » ( Matthieu 5.13 ).

Du point de vue chimique, le chlorure de sodium (sel) pur ne perd pas spontanément son caractère salé. Tant qu'il demeure du chlorure de sodium, il conserve ses propriétés caractéristiques. Une simple exposition au feu ne suffit donc pas à transformer du sel pur en une substance dépourvue de saveur.

Cependant, le « sel » utilisé dans l'Antiquité ne correspondait pas nécessairement au chlorure de sodium hautement purifié que connaissent les sociétés modernes. Les produits salins provenant notamment de dépôts naturels pouvaient contenir différents minéraux et matières étrangères. Dans un tel mélange, la fraction réellement saline pouvait être dissoute et progressivement entraînée par l'humidité ou par l'eau. Il subsistait alors un résidu minéral ressemblant encore extérieurement au produit initial, mais dont le pouvoir salant avait fortement diminué.

On peut donc parler, dans un sens pratique, d'un sel devenu « insipide ». La seule manière pour qu'un produit présenté comme du sel perde effectivement son pouvoir salant est que la proportion de véritable sel diminue : soit parce qu'il est mélangé ou dilué par des impuretés et d'autres substances, soit parce que sa fraction saline est progressivement éliminée. Ce n'est donc pas le chlorure de sodium lui-même qui devient chimiquement « non salé » ; c'est le mélange appelé sel qui peut finir par ne plus contenir suffisamment de chlorure de sodium pour remplir sa fonction.

Cette réalité matérielle donne à l'image employée par Jésus une force particulière.

Une identité qui peut être diluée

« Vous êtes le sel de la terre » ( Matthieu 5.13 ).

Dans le contexte immédiat des Béatitudes, Jésus vient de décrire les caractéristiques de ceux qui appartiennent au Royaume : pauvreté en esprit, douceur, recherche de la justice, miséricorde, pureté de cœur, recherche de la paix et fidélité jusque dans la persécution ( Matthieu 5.3-12 ).

L'image du sel prolonge naturellement cette description.

Le disciple exerce son influence précisément parce qu'il demeure distinct du milieu dans lequel il se trouve. Mais si ce qui caractérise son identité est progressivement dilué par des influences étrangères à l'enseignement du Christ, il peut conserver extérieurement l'apparence du disciple tout en perdant ce qui devait donner à son témoignage sa spécificité.

L'analogie avec le sel impur devient alors particulièrement expressive : extérieurement, le résidu peut encore ressembler à du sel ; fonctionnellement, il ne sale plus.

Il convient toutefois de reconnaître qu'il s'agit ici d'une application de la . Jésus ne développe pas lui-même une correspondance détaillée entre les impuretés physiques du sel et les influences spirituelles auxquelles le disciple peut être exposé. Le point explicitement formulé par le texte est celui de la perte d'efficacité : un sel qui ne sale plus ne remplit plus la fonction pour laquelle il est utilisé.

La fonction du sel

Dans le monde antique, le sel possédait plusieurs usages importants. Il servait notamment à assaisonner les aliments et contribuait à leur conservation. Ces propriétés permettent de comprendre pourquoi il constituait une image particulièrement évocatrice.

De la même manière, les disciples sont appelés à exercer dans le monde une influence conforme au Royaume de Dieu. Par leur conduite, leur justice, leur amour et leur fidélité, ils rendent visible une manière de vivre différente de celle produite par les valeurs ordinaires du monde.

L'idée selon laquelle le sel « donne soif » peut également fournir une application spirituelle suggestive : la vie du disciple devrait susciter chez ceux qui l'observent le désir de connaître la source de son espérance. Il convient néanmoins de distinguer cette application homilétique du sens directement établi par le texte, puisque Jésus ne mentionne pas explicitement cette propriété du sel.

Le prolongement des Béatitudes

La position de cette parole dans le Sermon sur la montagne est essentielle à son interprétation.

Après avoir décrit dans les Béatitudes le caractère de ceux qui appartiennent au Royaume ( Matthieu 5.3-12 ), Matthieu rapporte immédiatement les paroles :

« Vous êtes le sel de la terre » ( Matthieu 5.13 ).

Puis :

« Vous êtes la lumière du monde » ( Matthieu 5.14 ).

La progression est cohérente. Les Béatitudes décrivent ce que sont les disciples ; les métaphores du sel et de la lumière montrent quelle influence leur identité doit exercer dans le monde.

Ainsi, Jésus ne demande pas d'abord à ses disciples de devenir le sel de la terre. Il leur déclare qu'ils le sont. La question décisive devient alors celle de la fidélité à cette vocation. De même qu'un sel dilué ou privé de sa fraction saline cesse pratiquement de remplir sa fonction, le disciple qui abandonne les caractéristiques du Royaume compromet le témoignage qu'il était appelé à porter.

L'avertissement est donc particulièrement solennel : l'identité du disciple ne doit pas seulement être professée ; elle doit demeurer reconnaissable par les effets qu'elle produit.