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La Prière de Nabonide (4Q242) et Daniel 4

La Prière de Nabonide est un texte araméen fragmentaire découvert dans la grotte 4 de Qumrân. Elle est généralement désignée par le sigle 4Q242, «…

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1. Qu’est-ce que la Prière de Nabonide ?

La Prière de Nabonide est un texte araméen fragmentaire découvert dans la grotte 4 de .

Elle est généralement désignée par le sigle 4Q242, « 4Q » indiquant qu’elle provient de la quatrième grotte de .

Le manuscrit conservé est très incomplet. Il ne s’agit donc pas d’un récit dont toutes les étapes peuvent être reconstituées avec certitude.

Le personnage royal y est identifié comme Nabonide, dernier roi de l’empire néo-babylonien, qui régna de 556 à 539 av. J.-C.

Cette identification constitue immédiatement une différence fondamentale avec Daniel 4, puisque le personnage biblique est Nabuchodonosor II, qui régna de 605 à 562 av. J.-C.

Les deux souverains ne doivent donc pas être confondus.

2. Nabonide : un roi historiquement bien connu

Nabonide est un personnage particulièrement intéressant parce qu’une partie importante de son règne se déroula d’une manière inhabituelle.

Pendant plusieurs années, il séjourna loin de Babylone, dans l'oasis de Teima, en Arabie du Nord.

Cette longue absence est attestée indépendamment des traditions juives.

Elle eut notamment des conséquences religieuses et politiques, puisque le roi n’était pas présent à Babylone pour accomplir certaines fonctions royales liées aux grandes cérémonies cultuelles.

Pendant cette période, son fils Belshatsar exerça une autorité importante à Babylone.

Il existe donc, pour Nabonide, une période prolongée d’éloignement du centre du pouvoir qui appartient à l’histoire documentée.

Cette donnée ne doit cependant pas être transférée automatiquement à Nabuchodonosor.

3. L’affection de Nabonide dans 4Q242

La Prière de Nabonide raconte que le souverain fut atteint d’une affection pendant plusieurs années alors qu’il se trouvait à Teima.

Le texte étant fragmentaire, la nature exacte de cette maladie reste discutée.

Un point est néanmoins clair : le roi interprète son épreuve dans un cadre religieux.

La durée conservée dans le texte est particulièrement intéressante, puisqu’il est question de sept années.

Cette donnée crée naturellement un rapprochement avec les « sept temps » de Daniel 4.

Il faut toutefois noter immédiatement la différence méthodologique :

4Q242 parle explicitement d’années, tandis que Daniel 4 utilise l’araméen עִדָּן (ʿiddān), « temps » ou « période ».

La Prière de Nabonide constitue donc un parallèle intéressant pour l’interprétation traditionnelle des sept temps comme sept années, mais elle ne démontre pas lexicalement que עִדָּן signifie « année ».

4. L’intervention d’un personnage juif

L’un des éléments les plus remarquables de 4Q242 est l’intervention d’un personnage juif.

Le texte mentionne un homme appartenant aux exilés de Juda qui explique au roi comment comprendre son épreuve et l’oriente vers la reconnaissance du Dieu Très-Haut.

La ressemblance avec Daniel 4 est évidente.

Dans Daniel, un roi babylonien subit une épreuve dont le sens lui est expliqué par Daniel, un Judéen déporté.

Dans 4Q242, un autre roi babylonien reçoit également une interprétation religieuse de son épreuve par l’intermédiaire d’un Juif.

Ce parallèle est suffisamment précis pour que les deux traditions soient étudiées ensemble.

5. Le « Dieu Très-Haut »

Un autre rapprochement concerne le titre divin.

Daniel 4 place au centre du récit le « Très-Haut ».

La Prière de Nabonide emploie elle aussi un langage relatif au Dieu Très-Haut.

La correspondance est importante parce qu’elle ne concerne plus seulement la maladie du souverain, mais également l’interprétation théologique de celle-ci.

Dans les deux traditions, un roi babylonien découvre, à travers une épreuve personnelle et l’intervention d’un Juif, la supériorité du Dieu Très-Haut.

Il existe donc bien un ensemble de motifs communs.

6. Les ressemblances peuvent être précisément recensées

La comparaison fait apparaître au moins cinq rapprochements importants :

un souverain babylonien ;

une épreuve prolongée ;

une durée associée au nombre sept ;

l’intervention d’un Juif ;

la reconnaissance du Dieu Très-Haut.

Une telle accumulation rend peu satisfaisante l’idée d’une ressemblance purement accidentelle.

Il existe vraisemblablement une relation entre les traditions, qu’elle soit littéraire, orale ou issue d’un fonds narratif commun.

Mais constater une relation probable ne suffit pas à déterminer sa nature exacte.

7. Une différence fondamentale : Nabuchodonosor et Nabonide

Daniel 4 nomme Nabuchodonosor de manière répétée.

4Q242 nomme Nabonide.

Il ne s’agit pas d’une variation mineure.

Les deux hommes appartiennent à des périodes différentes de l’histoire néo-babylonienne.

Nabuchodonosor meurt en 562 av. J.-C.

Après plusieurs règnes courts, Nabonide monte sur le trône en 556 av. J.-C.

Une théorie selon laquelle Daniel aurait transféré à Nabuchodonosor une tradition concernant Nabonide est donc possible comme hypothèse critique, mais elle exige une démonstration.

La ressemblance des récits ne suffit pas à l’établir.

8. La nature de l’affection diffère également

Daniel 4 décrit Nabuchodonosor comme exclu de la société humaine, mangeant de l’herbe comme les bovins, exposé à la rosée et présentant une apparence progressivement comparable à celle d’un animal.

4Q242 ne reproduit pas cette description.

La Prière de Nabonide évoque une affection corporelle, mais elle ne raconte pas la transformation comportementale caractéristique de Daniel 4.

Cette différence est majeure.

Les deux traditions possèdent le motif commun d’un roi frappé pendant une longue période, mais elles ne décrivent pas la même symptomatologie.

9. Le lieu n’est pas le même

Dans 4Q242, Nabonide est associé à Teima, en Arabie.

Cette donnée possède un arrière-plan historique remarquable puisque le séjour prolongé de Nabonide à Teima est indépendamment attesté.

Daniel 4 ne situe pas Nabuchodonosor à Teima.

La scène décisive commence au contraire à Babylone, dans le palais royal.

La géographie des deux récits ne peut donc pas être harmonisée sans modifier leurs données respectives.

10. Le personnage juif n’est pas nommé Daniel dans 4Q242

Le personnage juif de la Prière de Nabonide n’est pas clairement identifié à Daniel.

Il serait donc imprudent d’écrire que 4Q242 constitue une autre version d’une intervention historique de Daniel.

Ce que le document atteste est plus limité : une tradition dans laquelle un exilé juif interprète religieusement l’affliction d’un roi babylonien.

Le rapprochement avec la fonction de Daniel est évident.

L’identification personnelle ne l’est pas.

11. Les deux récits ne donnent pas exactement la même explication de l’épreuve

Dans Daniel 4, le motif du jugement est parfaitement explicite.

L’orgueil de Nabuchodonosor est au centre de l’interprétation.

Le roi doit reconnaître que le Très-Haut domine sur les royaumes humains.

Le conseil de Daniel ajoute une dimension éthique concernant la justice et les opprimés.

La Prière de Nabonide organise autrement le rapport entre faute, maladie et guérison.

Il serait donc incorrect de superposer les deux théologies comme si les textes étaient interchangeables.

Ils partagent un schéma général tout en conservant leur identité propre.

12. Quel texte est le plus ancien ?

Cette question doit être formulée avec précaution.

Le manuscrit matériel de 4Q242 découvert à est ancien, mais la date du manuscrit ne correspond pas nécessairement à la date de composition initiale du récit qu’il conserve.

De la même manière, la datation de la composition du livre de Daniel fait l’objet d’un débat considérable entre les différentes approches historiques et confessionnelles.

La comparaison des deux documents ne permet donc pas, à elle seule, d’établir simplement :

« Daniel a copié la Prière de Nabonide »

ou l’inverse.

Il faut distinguer la date des événements racontés, la formation éventuelle de traditions orales, la composition des textes et la date des manuscrits actuellement conservés.

Ces quatre niveaux ne sont pas identiques.

13. Une tradition commune est-elle possible ?

Une possibilité mérite particulièrement l’attention : Daniel 4 et la Prière de Nabonide pourraient refléter, sous des formes différentes, un ensemble de traditions concernant des souverains babyloniens humiliés puis conduits à reconnaître le Dieu des Juifs.

Cette hypothèse permet d’expliquer les ressemblances sans imposer nécessairement une dépendance littéraire directe.

Mais elle demeure elle aussi une reconstruction.

Aucune source actuellement connue ne permet de remonter avec certitude à une forme primitive de la tradition et d’observer comment elle se serait ensuite divisée.

L’existence d’un arrière-plan traditionnel commun est donc plausible, non démontrée.

14. Le cas historique de Nabonide explique l’intérêt de la comparaison

Nabonide présente néanmoins un avantage documentaire que Nabuchodonosor ne possède pas sur ce point précis.

Son absence prolongée de Babylone est historiquement attestée.

Son séjour à Teima est réel.

Son fils Belshatsar a effectivement exercé d’importantes responsabilités pendant son absence.

Nous possédons donc, dans l’histoire néo-babylonienne, le cas documenté d’un roi qui demeure officiellement souverain tout en étant absent pendant plusieurs années du centre politique de son royaume.

Cette donnée montre au moins qu’une longue absence personnelle du roi n’entraînait pas nécessairement la disparition de la monarchie ou l’effondrement de l’administration.

Elle ne prouve pas que Nabuchodonosor ait connu une situation identique.

15. Une information importante pour la question de la continuité gouvernementale

Ce parallèle institutionnel éclaire indirectement une difficulté de Daniel 4.

On pourrait objecter qu’un roi incapable d’exercer personnellement son pouvoir pendant une longue période aurait nécessairement perdu définitivement son trône.

Le règne de Nabonide montre que cette conclusion est trop catégorique.

Pendant son absence prolongée, le fonctionnement politique ne cessa pas.

Belshatsar et l’administration purent exercer d’importantes responsabilités sans que Nabonide cesse immédiatement d’être considéré comme roi.

Il existe donc historiquement, dans la Babylonie du VIe siècle av. J.-C., un exemple montrant qu’une continuité monarchique pouvait être maintenue malgré une absence prolongée du souverain.

C’est une donnée de contexte utile.

Elle ne doit pas être transformée en preuve directe concernant Nabuchodonosor.

16. Pourquoi Nabonide et Nabuchodonosor ont-ils pu être rapprochés ?

Nabuchodonosor et Nabonide présentent plusieurs caractéristiques susceptibles d’avoir favorisé des rapprochements dans des traditions ultérieures.

Tous deux furent rois de Babylone.

Tous deux furent de grands bâtisseurs.

Tous deux entretinrent un rapport étroit avec la religion babylonienne.

Tous deux appartiennent à la dernière période de l’empire néo-babylonien.

Mais leurs situations politiques diffèrent profondément.

Nabuchodonosor représente l’apogée de l’empire.

Nabonide en est le dernier souverain avant la conquête perse de 539 av. J.-C.

Ces distinctions doivent être maintenues lorsqu’on compare les traditions.

17. 4Q242 confirme-t-il Daniel 4 ?

Le terme « confirmer » serait trop fort.

La Prière de Nabonide ne confirme pas que Nabuchodonosor ait subi l’épreuve racontée dans Daniel.

Elle concerne un autre roi.

Elle décrit une autre affection.

Elle situe les événements dans un autre cadre.

Elle ne constitue donc pas une preuve extrabiblique directe de Daniel 4.

En revanche, elle démontre quelque chose d’historiquement très intéressant : une tradition juive ancienne, indépendante du manuscrit de Daniel que nous lisons aujourd’hui, connaissait également le motif d’un souverain babylonien atteint pendant sept années et conduit par l'intervention d'un Juif à reconnaître le Dieu Très-Haut.

C’est précisément cette donnée qui rend 4Q242 importante.

18. Le document affaiblit également certaines objections trop simples

La Prière de Nabonide empêche de traiter plusieurs éléments de Daniel 4 comme des motifs nécessairement isolés ou arbitraires.

Une longue épreuve royale associée au nombre sept possède un parallèle ancien.

L’intervention d’un Juif auprès d’un souverain babylonien possède un parallèle.

La reconnaissance du Dieu Très-Haut possède également un parallèle.

Cela ne démontre pas l’historicité de chaque détail de Daniel.

Mais cela replace le récit dans un environnement traditionnel beaucoup plus riche que ne le laisserait supposer une lecture isolée du chapitre.

19. Tableau comparatif

ElementoDaniele 4Prière de Nabonide, 4Q242
RoiNabuchodonosor IINabonide
Période historique du roi605-562 av. J.-C.556-539 av. J.-C.
Lieu principalBabiloniaTeima
ÉpreuveIncapacité avec comportement animalAffection corporelle
Durata« sept temps »sept années
Intervenant juifDanieleUn Juif des exilés, non identifié avec certitude
DioLe Très-HautLe Dieu Très-Haut
Cause explicitement centraleOrgueil royalPrésentation différente dans le texte fragmentaire
EsitoRaison et royauté restauréesGuérison et confession religieuse
Confirmation historique indépendante de l’épreuveNonLe séjour de Nabonide à Teima est attesté, mais non tous les éléments religieux de 4Q242

Ce tableau fait apparaître à la fois la proximité et l’impossibilité d’une identification pure et simple.

20. Ce que 4Q242 permet réellement de conclure

La Prière de Nabonide doit être intégrée à toute étude approfondie de Daniel 4, mais son apport doit être formulé avec précision.

Elle ne prouve pas que Nabuchodonosor ait vécu sept années dans l’état décrit par Daniel.

Elle ne prouve pas que Daniel 4 dérive directement d’une histoire concernant Nabonide.

Elle ne prouve pas davantage que le personnage juif de 4Q242 soit Daniel.

Elle établit en revanche l’existence d’une tradition ancienne présentant des parallèles remarquables avec Daniel 4 : un souverain babylonien, une épreuve prolongée liée au nombre sept, l’intervention d’un Juif et la reconnaissance du Dieu Très-Haut.

Le dossier historique devient ainsi plus complexe, mais aussi plus instructif.

Daniel 4 n’est plus le seul témoignage ancien associant la cour babylonienne, une longue humiliation royale et la reconnaissance du Dieu Très-Haut.

La comparaison avec 4Q242 ne résout pas l’énigme historique de l’incapacité de Nabuchodonosor.

Elle montre cependant que cette énigme appartient à un ensemble de traditions anciennes qu’une étude académique de Daniel 4 ne peut ignorer.