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Daniel 12 et Matthieu 24 : les paroles de Jésus à la lumière de Daniel

Matthieu 24 commence immédiatement après les controverses de Jésus avec les responsables religieux à Jérusalem. Le récit précise : « Comme Jésus s’en allait, au…

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1. Le contexte : Jésus quitte le Temple

commence immédiatement après les controverses de Jésus avec les responsables religieux à Jérusalem.

Le récit précise :

« Comme Jésus s’en allait, au sortir du temple, ses disciples s’approchèrent pour lui en faire remarquer les constructions » (.1).

Jésus répond :

« Il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée » (.2).

La question du Temple constitue donc le point de départ du discours.

Cette donnée est importante pour comprendre la référence ultérieure à Daniel.

2. La question des disciples

Les disciples demandent :

« Dis-nous, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? » (.3).

La question associe plusieurs éléments :

  • la destruction annoncée ;
  • le moment de son accomplissement ;
  • l’avènement du Messie ;
  • la fin de l’âge.

Cette formulation explique pourquoi la réponse de Jésus peut comporter plusieurs horizons.

3. Une prophétie à plusieurs niveaux

La destruction du Temple constitue l’événement historique immédiatement annoncé.

Mais la question des disciples introduit également :

« ton avènement »

et :

« la fin du monde » ou, plus exactement, « l’achèvement de l’âge ».

Le discours ne doit donc pas être réduit trop rapidement à une seule date.

Il articule l’histoire de Jérusalem avec l’eschatologie.

4. Les faux messies et les bouleversements

Jésus commence par avertir :

« Prenez garde que personne ne vous séduise » (.4).

Il annonce ensuite :

  • faux messies ;
  • guerres ;
  • bruits de guerres ;
  • famines ;
  • tremblements de terre ;
  • persécutions.

Mais il précise :

« ce ne sera pas encore la fin » (.6).

Cette phrase impose déjà une distinction entre les crises historiques et l’accomplissement final.

5. La persécution des fidèles

Jésus annonce :

« Alors on vous livrera aux tourments, et l’on vous fera mourir » (.9).

Cette situation rappelle fortement Daniel.

Daniel 11.33 disait :

« Il en est qui succomberont pour un temps à l’épée et à la flamme, à la captivité et au pillage ».

Dans les deux textes, la fidélité n’empêche pas nécessairement le martyre.

6. La séduction accompagne la persécution

Jésus insiste également sur les faux prophètes :

« Plusieurs faux prophètes s’élèveront, et ils séduiront beaucoup de gens » (.11).

Daniel 11 avait déjà montré que la puissance hostile utilise simultanément :

la violence

et

la séduction.

Daniel 11.32 déclare :

« Il séduira par des flatteries les traîtres de l’alliance ».

La crise eschatologique possède donc une dimension doctrinale et spirituelle autant que politique.

7. La persévérance jusqu’à la fin

Jésus affirme :

« celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé » (.13).

Cette déclaration rejoint directement la logique de Daniel 12.

Daniel 12.12 disait :

« Heureux celui qui attendra, et qui arrivera jusqu’à mille trois cent trente-cinq jours ! »

Dans les deux cas, l’accent porte sur la persévérance.

La prophétie ne vise pas seulement à informer sur l’avenir.

Elle prépare les fidèles à tenir jusqu’au terme.

8. La proclamation à toutes les nations

Jésus poursuit :

« Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin » (.14).

Le thème du témoignage avant la fin trouvera un développement remarquable dans l’Apocalypse, notamment avec les deux témoins d’Apocalypse 11.

La fin est précédée d’un témoignage.

Cette structure s’accorde avec la fonction des sages de Daniel, qui :

« donneront instruction à la multitude » (Daniel 11.33).

9. Jésus nomme explicitement Daniel

.15 constitue le lien le plus évident :

« C’est pourquoi, lorsque vous verrez l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie en lieu saint - que celui qui lit fasse attention ! »

Cette phrase possède une importance exceptionnelle.

Jésus identifie explicitement Daniel comme la source prophétique permettant de comprendre l’événement annoncé.

10. Les passages de Daniel concernés

La référence peut renvoyer à l’ensemble du motif présent notamment en :

Daniel 9.27 ;

Daniel 11.31 ;

Daniel 12.11.

Daniel 12.11 déclare :

« Depuis le temps où cessera le sacrifice perpétuel, et où sera dressée l’abomination du dévastateur, il y aura mille deux cent quatre-vingt-dix jours. »

Jésus inscrit donc son propre enseignement eschatologique dans la continuité de cette prophétie.

11. Antiochus ne peut épuiser la prophétie

La profanation du sanctuaire sous Antiochus IV Épiphane s’était produite au IIe siècle av. J.-C.

Elle était donc antérieure à Jésus.

Pourtant Jésus dit :

« lorsque vous verrez ».

Cette formulation implique que la prophétie de Daniel possède encore un accomplissement futur par rapport à son ministère.

Antiochus constitue donc un accomplissement historique majeur sans épuiser toute la portée du motif.

12. « Que celui qui lit fasse attention »

Cette parenthèse mérite une attention particulière.

Le lecteur doit comprendre Daniel pour reconnaître l’événement.

Cela correspond étroitement à Daniel 12.10 :

« ceux qui auront de l’intelligence comprendront ».

La prophétie est ainsi destinée à devenir particulièrement intelligible au moment de son accomplissement.

13. Un signal exigeant une réaction immédiate

Jésus poursuit :

« alors, que ceux qui seront en Judée fuient dans les montagnes » (.16).

L’abomination constitue donc un signe concret.

Elle doit être suffisamment identifiable pour déclencher une décision.

La prophétie possède ici une fonction pratique.

Elle ne sert pas seulement à satisfaire une curiosité concernant l’avenir.

14. La Judée reste directement concernée

Jésus mentionne :

« ceux qui seront en Judée ».

Il évoque également :

« le » (Matthieu 24.20).

Le cadre juif et géographique demeure donc particulièrement marqué.

Cette donnée rejoint Daniel 12, où Michel est présenté comme le protecteur :

« des enfants de ton peuple ».

Israël et Jérusalem conservent ainsi une place importante dans l’horizon prophétique.

15. La grande détresse

Jésus annonce ensuite :

« Car alors, la détresse sera si grande qu’il n’y en a point eu de pareille depuis le commencement du monde jusqu’à présent, et qu’il n’y en aura jamais » (Matthieu 24.21).

La dépendance envers Daniel 12.1 est particulièrement claire.

Daniel avait annoncé :

« une époque de détresse, telle qu’il n’y en a point eu de semblable depuis que les nations existent jusqu’à cette époque ».

Le vocabulaire et la structure sont presque identiques.

16. Jésus situe donc Daniel 12 dans son propre horizon eschatologique

La correspondance ne porte pas seulement sur l’abomination.

Elle concerne également la détresse qui suit.

Nous avons donc une séquence commune :

abomination ;

détresse exceptionnelle ;

délivrance finale.

Cette structure renforce considérablement le lien entre Daniel 12 et Matthieu 24.

17. L’an 70 et la grande détresse

La guerre judéo-romaine et la destruction de Jérusalem en 70 furent effectivement catastrophiques.

Le Temple fut détruit.

La population subit des pertes considérables.

Le système sacrificiel prit fin.

Ces événements correspondent fortement au premier horizon du discours de Jésus.

Ils ne doivent donc pas être minimisés dans l’interprétation.

18. Luc confirme cet horizon historique

Luc formule l’avertissement ainsi :

« Lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, sachez alors que sa désolation est proche » (Luc 21.20).

La relation avec la destruction romaine apparaît ici particulièrement claire.

L’an 70 constitue donc bien un accomplissement majeur des paroles de Jésus concernant Jérusalem.

19. Mais Matthieu poursuit jusqu’à la venue du Fils de l’homme

Après la grande détresse, Jésus déclare :

« Aussitôt après ces jours de détresse, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière » (Matthieu 24.29).

Puis :

« le signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel » (Matthieu 24.30).

Enfin :

« elles verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire ».

Cette séquence conduit naturellement au-delà de la seule destruction de Jérusalem.

20. Le Fils de l’homme renvoie lui-même à Daniel

L’expression :

« venant sur les nuées du ciel »

renvoie directement à Daniel 7.13 :

« voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils de l’homme ».

Matthieu 24 est donc encadré par plusieurs références majeures à Daniel.

Daniel fournit :

  • l’abomination ;
  • la grande détresse ;
  • le Fils de l’homme venant sur les nuées.

Le discours de Jésus est profondément daniélique.

21. Le rassemblement des élus

Jésus poursuit :

« Il enverra ses anges avec la trompette retentissante, et ils rassembleront ses élus des quatre vents » (Matthieu 24.31).

Daniel 12 avait annoncé :

  • la délivrance du peuple ;
  • la résurrection ;
  • la glorification des sages.

Les deux textes conduisent donc la détresse vers le salut final des fidèles.

22. Daniel 12 va explicitement jusqu’à la résurrection

Cette donnée est déterminante pour interpréter l’horizon de Daniel.

Daniel 12.2 annonce :

« plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront ».

Le contexte ne peut donc être limité à Antiochus.

Il ne peut pas davantage être épuisé par 70 apr. J.-C.

La prophétie atteint le terme eschatologique.

23. Plusieurs horizons peuvent donc coexister

Une lecture équilibrée peut distinguer :

premier arrière-plan : Antiochus IV, qui établit historiquement le modèle de l’abomination ;

deuxième horizon : la destruction de Jérusalem en 70, directement annoncée par Jésus ;

horizon ultime : la crise précédant la venue du Fils de l’homme, dans laquelle les motifs de Daniel atteignent leur accomplissement eschatologique.

Ces niveaux ne doivent ni être confondus ni opposés.

24. Le principe de correspondance prophétique

La prophétie biblique peut présenter des événements historiques qui préfigurent une réalisation ultérieure.

Antiochus profane le sanctuaire.

détruit Jérusalem et le Temple.

La prophétie eschatologique annonce une rébellion finale.

Le premier événement permet de reconnaître la structure.

Le second la reproduit dans un nouveau contexte.

Le dernier en manifeste l’aboutissement.

25. Les faux christs et la séduction finale

Jésus avertit :

« il s’élèvera de faux Christs et de faux prophètes ; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus » (Matthieu 24.24).

Cette dimension trouve un parallèle remarquable dans Apocalypse 13.

La seconde bête :

« opérait de grands prodiges » (Apocalypse 13.13)

et :

« séduisait les habitants de la terre » (Apocalypse 13.14).

Matthieu 24, Daniel et l’Apocalypse convergent donc autour de la séduction eschatologique.

26. Le problème central reste la fidélité

Jésus ne demande pas seulement à ses disciples de reconnaître une chronologie.

Il leur demande de ne pas être séduits.

La première instruction du discours était :

« Prenez garde que personne ne vous séduise » (Matthieu 24.4).

Daniel 11 avait déjà opposé ceux qui se laissent séduire par les flatteries à ceux qui :

« connaîtront leur Dieu » et « agiront avec fermeté » (Daniel 11.32).

La compréhension prophétique doit donc produire la fidélité.

27. La durée de la détresse est limitée

Jésus déclare :

« si ces jours n’étaient abrégés, personne ne serait sauvé ; mais, à cause des élus, ces jours seront abrégés » (Matthieu 24.22).

Daniel exprime la même vérité par ses périodes chronologiques.

La détresse possède un terme.

La puissance hostile ne peut agir indéfiniment.

Matthieu l’exprime par :

« ces jours seront abrégés ».

Daniel l’exprime par :

« un temps, des temps et la moitié d’un temps ».

28. La souveraineté divine apparaît derrière la chronologie

La durée de la crise n’est donc pas déterminée par la puissance du persécuteur.

Elle est limitée par Dieu.

Cette conviction constitue l’un des grands points communs entre Daniel et Matthieu.

Même la détresse la plus intense de l’histoire reste contenue dans les limites du dessein divin.

29. L’avertissement contre les calculs arbitraires

Jésus ajoute cependant :

« Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne le sait » (Matthieu 24.36).

Cette déclaration doit être prise au sérieux dans toute étude chronologique.

Daniel fournit des périodes.

Jésus fournit des signes.

Mais ni l’un ni l’autre n’autorise à fixer arbitrairement une date de l’avènement à partir d’un calendrier choisi sans point de départ prophétiquement certain.

30. Reconnaître la période n’est pas connaître d’avance le jour

Il n’existe aucune contradiction entre les nombres de Daniel et Matthieu 24.36.

Les périodes prophétiques peuvent devenir reconnaissables lorsqu’un événement précis marque leur commencement.

Cela ne signifie pas que les générations antérieures puissent déterminer librement le jour final.

La prophétie peut fournir une chronologie conditionnée par des événements sans fournir à l’avance une date civile absolue.

31. L’exemple de Daniel lui-même

Daniel 9 offre précisément ce modèle.

Daniel comprend que les soixante-dix années annoncées par Jérémie approchent de leur terme parce qu’il peut identifier historiquement le commencement de la période.

La chronologie devient utile lorsque son ancrage est connu.

La même prudence doit être appliquée aux périodes eschatologiques.

32. Matthieu 24 confirme la valeur pratique de Daniel

Jésus ne considère pas Daniel comme un livre devenu inutile.

Au contraire, il dit en substance à ses disciples :

lisez Daniel ;

comprenez le signe ;

reconnaissez l’événement ;

agissez en conséquence.

Le scellement de Daniel jusqu’au temps de la fin ne signifie donc pas l’abandon de son étude.

Il annonce plutôt le moment où sa valeur de reconnaissance deviendra particulièrement importante.

33. De Daniel à Jésus

La progression peut être résumée ainsi.

Daniel annonce :

l’abomination ;

la détresse ;

une période limitée ;

la délivrance ;

la résurrection.

Jésus reprend :

l’abomination ;

la détresse incomparable ;

la limitation des jours ;

la venue du Fils de l’homme ;

le rassemblement des élus.

La continuité est profonde.

34. Jésus ne remplace pas Daniel : il l’éclaire

Matthieu 24 ne rend pas Daniel obsolète.

Il fournit au contraire des clés supplémentaires pour le lire.

L’abomination conserve une portée future.

La détresse de Daniel devient la « grande détresse ».

Le Fils de l’homme de Daniel 7 est explicitement appliqué à la venue glorieuse de Jésus.

Le discours eschatologique fonctionne ainsi comme une interprétation messianique et eschatologique des prophéties de Daniel.

35. Le lecteur est placé dans la même position que Daniel

Daniel avait demandé :

« Quelle sera l’issue de ces choses ? » (Daniel 12.8).

Les disciples demandent :

« quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ton avènement ? » (Matthieu 24.3).

Dans les deux cas, la réponse fournit de véritables informations mais ne satisfait pas toutes les curiosités.

L’objectif n’est pas une connaissance exhaustive du futur.

Il est la préparation à la fidélité.

36. La conclusion commune : persévérer

Daniel dit :

« Heureux celui qui attendra » (Daniel 12.12).

Jésus dit :

« celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé » (Matthieu 24.13).

Ces deux phrases pourraient résumer l’attitude eschatologique attendue.

Comprendre.

Veiller.

Refuser la séduction.

Persévérer.

Attendre.

Matthieu 24 confirme ainsi l’importance fondamentale de Daniel pour l’enseignement eschatologique de Jésus. La destruction de Jérusalem en 70 apr. J.-C. appartient réellement à l’horizon du discours, mais elle ne suffit pas à épuiser un passage qui conduit jusqu’à la venue glorieuse du Fils de l’homme. De même, Antiochus avait réellement accompli le modèle de l’abomination sans en épuiser la portée prophétique.

Jésus invite donc ses disciples à lire Daniel selon une perspective où l’histoire fournit des accomplissements réels et où ces accomplissements peuvent annoncer une réalisation ultime. La prophétie n’est pas donnée pour nourrir une spéculation sans limite, mais pour permettre aux fidèles de reconnaître les signes, de ne pas être séduits et de persévérer lorsque la crise annoncée survient. Daniel avait écrit : « ceux qui auront de l’intelligence comprendront » ; Jésus répond : « que celui qui lit fasse attention ».