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Nabonide et l’autorité exercée par Belshatzar

Nabonide accède au trône en 556 av. J.-C., après le très bref règne de Labashi-Marduk. Il demeure officiellement roi jusqu'à la conquête de Babylone par…

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1. Nabonide, dernier roi officiel de Babylone

Nabonide accède au trône en 556 av. J.-C., après le très bref règne de Labashi-Marduk.

Il demeure officiellement roi jusqu'à la conquête de Babylone par Cyrus en 539 av. J.-C.

Les listes royales et les documents administratifs babyloniens ne placent pas Belshatsar à sa suite comme roi indépendant. Du point de vue de la titulature officielle, le dernier souverain de l'Empire néo-babylonien est donc bien Nabonide.

Cette donnée doit être maintenue lorsqu'on interprète Daniel 5.

2. L’absence prolongée de Nabonide

L'une des particularités du règne de Nabonide est son séjour prolongé à Tayma, oasis importante du nord-ouest de l'Arabie.

Les raisons exactes de cette installation ont fait l'objet de différentes interprétations. Les sources permettent néanmoins d'établir que le roi demeura plusieurs années loin de Babylone.

Cette absence était politiquement et religieusement importante, car le souverain babylonien jouait un rôle dans les grandes cérémonies de la capitale, notamment lors de la fête du Nouvel An.

Le gouvernement du royaume devait donc continuer à fonctionner pendant son absence.

C'est dans ce contexte que Belshatsar acquiert une importance particulière.

3. Le pouvoir confié à Belshatsar

Les documents babyloniens indiquent que Nabonide confia d'importantes responsabilités à son fils.

Belshatsar n'était donc pas seulement un membre de la famille royale vivant à la cour. Il participait concrètement à l'exercice du pouvoir.

Cette donnée permet de comprendre plusieurs éléments de Daniel 5.

Belshatsar peut convoquer les grands du royaume.

Il donne des ordres aux responsables de la cour.

Il promet des récompenses considérables.

Il peut accorder à Daniel une dignité politique élevée.

Le portrait biblique correspond ainsi à celui d'un personnage disposant effectivement d'une autorité importante.

4. Une corégence au sens strict ?

La situation est parfois décrite comme une corégence entre Nabonide et Belshatsar.

Le terme demande cependant à être précisé.

Une corégence au sens strict supposerait que les deux hommes aient possédé officiellement le même statut royal ou qu'ils aient tous deux été reconnus comme rois selon les institutions babyloniennes.

Les documents disponibles ne permettent pas de l'établir.

Belshatsar ne semble notamment pas avoir bénéficié de toutes les prérogatives religieuses et titulaires attachées au roi de Babylone.

Il est donc plus rigoureux de parler d'une délégation exceptionnelle de l'autorité royale, ou éventuellement d'une corégence de fait, à condition de ne pas confondre cette expression avec une corégence institutionnelle formellement démontrée.

5. Une distinction entre titre et fonction

Cette situation permet de distinguer deux questions différentes :

Qui était officiellement roi de Babylone ?

Nabonide.

Qui pouvait exercer une autorité royale considérable à Babylone pendant certaines périodes du règne ?

Belshatsar.

Cette distinction est essentielle pour comprendre Daniel 5.

Le récit biblique s'intéresse moins à la titulature administrative complète de l'empire qu'au personnage qui exerce le pouvoir dans la scène racontée.

L'appellation royale appliquée à Belshatsar correspond donc à la fonction qu'il remplit dans le récit, même si les documents babyloniens continuent de reconnaître Nabonide comme souverain officiel.

6. La question de la « troisième place »

Cette organisation particulière du pouvoir fournit également l'explication la plus naturelle de la récompense proposée par Belshatsar :

« Quiconque lira cette écriture et m'en donnera l'explication sera revêtu de pourpre, portera un collier d'or à son cou, et aura la troisième place dans le gouvernement du royaume. » (Daniel 5.7)

La formule serait étonnante si Belshatsar était présenté comme l'unique souverain suprême. Dans ce cas, la deuxième place semblerait normalement disponible.

La situation devient beaucoup plus compréhensible si Nabonide demeure le souverain supérieur tandis que Belshatsar occupe lui-même une position immédiatement subordonnée.

Dans cette reconstruction :

Nabonide représente l'autorité royale suprême ;

Belshatsar exerce l'autorité qui lui a été confiée ;

la troisième position devient la plus haute dignité que Belshatsar puisse offrir.

Il convient cependant de ne pas transformer cette explication en organigramme officiel. Aucun document babylonien connu ne présente explicitement ces trois positions sous cette forme numérotée.

Daniel 5 conserve néanmoins ici un détail particulièrement cohérent avec la situation politique connue.

7. Pourquoi Nabonide n’apparaît-il pas dans Daniel 5 ?

L'absence du nom de Nabonide dans le chapitre ne signifie pas nécessairement que l'auteur ignore son existence.

Daniel 5 n'est pas une histoire générale des derniers souverains babyloniens.

Le récit se concentre sur une nuit particulière et sur le souverain présent au centre de l'événement.

Si Belshatsar exerce alors l'autorité à Babylone, il est naturellement le personnage politique principal du récit.

Le texte n'a donc pas besoin de raconter l'ensemble du règne de Nabonide pour décrire la chute de Belshatsar.

8. Le retour de Nabonide avant la chute de Babylone

Nabonide finit par revenir de son séjour en Arabie.

Les événements de 539 av. J.-C. le montrent directement engagé dans la crise militaire provoquée par l'avancée de Cyrus.

La Chronique de Nabonide rapporte notamment les opérations précédant la prise de Babylone et situe Nabonide dans le contexte de la défaite babylonienne.

Cela confirme que son absence prolongée ne signifie pas qu'il aurait définitivement abandonné le trône à Belshatsar.

Nabonide reste roi jusqu'à l'effondrement de l'empire.

La situation de Belshatsar doit donc être comprise à l'intérieur du règne de son père.

9. Belshatsar et la chute de Babylone

Daniel 5 place la mort de Belshatsar dans la nuit où son royaume lui est retiré :

« Cette même nuit, Belshatsar, roi des Chaldéens, fut tué. » (Daniel 5.30)

Les documents babyloniens conservés ne fournissent pas de récit détaillé permettant de reconstituer indépendamment les circonstances précises de cette mort.

Ils confirment en revanche le cadre politique général dans lequel le récit la situe : l'existence de Belshatsar, sa relation avec Nabonide, son importance politique et la disparition de l'Empire néo-babylonien en 539 av. J.-C.

Il faut donc distinguer l'attestation historique du contexte de l'attestation indépendante de chaque détail narratif.

10. Une situation politique exceptionnelle

La relation entre Nabonide et Belshatsar explique finalement pourquoi Daniel 5 présente une situation inhabituelle.

Le dernier roi officiel de Babylone est Nabonide.

Mais le personnage royal placé au centre du chapitre est son fils Belshatsar.

Les sources cunéiformes montrent que cette situation n'est pas incohérente : Belshatsar occupa réellement une place exceptionnelle dans l'administration du royaume.

Cette particularité éclaire à la fois son titre dans le récit, sa capacité à réunir les dignitaires, son pouvoir de distribuer les honneurs et surtout la promesse de la troisième place.

Daniel 5 conserve ainsi le souvenir d'une configuration politique qui ne peut être comprise correctement qu'en tenant compte de la relation particulière entre Nabonide, roi officiel, et Belshatsar, fils du roi investi d'une autorité considérable.

Références bibliques citées

Daniel 5.1-2 ; Daniel 5.7 ; Daniel 5.13-16 ; Daniel 5.29-31.