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La condamnation d’Etienne

La condamnation d’Etienne C'est une question importante, car le récit de la mort d'Étienne soulève un véritable problème historique et juridique. La réponse n'est pas…

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La condamnation d’Etienne

C'est une question importante, car le récit de la mort d'Étienne soulève un véritable problème historique et juridique. La réponse n'est pas totalement certaine et plusieurs hypothèses ont été proposées.

 

1- Le Sanhédrin pouvait-il prononcer une sentence capitale ?

Sous la domination romaine, le droit de prononcer et surtout d'exécuter une condamnation à mort appartenait normalement au pouvoir . C'est d'ailleurs ce que les chefs juifs déclarent eux-mêmes lors du procès de Jésus :

« Il ne nous est pas permis de mettre quelqu'un à mort » ( Jean 18.31 ).

C'est pour cette raison que Jésus fut livré à Ponce Pilate, seul représentant de Rome habilité à prononcer légalement une sentence capitale.

Cette situation explique également pourquoi Paul, plusieurs années plus tard, sera envoyé devant Félix puis Festus et finalement devant César plutôt que d'être jugé définitivement par le ( Actes des apôtres 23.23-35 ; Actes des apôtres 25.10-12 ).

 

2- Le récit d'Actes 7 ne mentionne aucune condamnation

Luc ne rapporte :

  • aucune délibération du ;
  • aucun vote ;
  • aucune sentence officielle ;
  • aucune consultation des autorités romaines ;
  • aucune intervention du procurateur.

Après la vision d'Étienne ( Actes des apôtres 7.55-56 ), les membres du tribunal éclatent de colère :

« Poussant de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et se précipitèrent tous ensemble sur lui ; l'ayant entraîné hors de la ville, ils le lapidèrent » ( Actes des apôtres 7.57-58 ).

La scène ressemble davantage à une explosion de fureur collective qu'à une procédure judiciaire régulière.

 

3- Plusieurs hypothèses ont été avancées

1- Un lynchage populaire toléré par les autorités

C'est probablement l'explication la plus simple.

Le , incapable d'obtenir une condamnation romaine, se laisse emporter par la colère et abandonne toute procédure légale. Étienne serait alors victime d'une exécution sommaire, comparable à un lynchage.

Cette interprétation s'accorde bien avec la rapidité des événements décrits par Luc.

2- Une période de vide administratif

Certains historiens ont proposé qu'au moment de la mort d'Étienne la Judée traversait une période d'instabilité politique.

Le gouverneur Ponce Pilate fut rappelé à Rome vers 36, tandis que son successeur n'arriva que plus tard. Durant cet intervalle, les auraient bénéficié d'une plus grande liberté d'action.

Cette hypothèse pourrait expliquer pourquoi aucune intervention romaine n'est mentionnée.

3- Une exécution judiciaire exceptionnelle

Quelques auteurs pensent qu'une condamnation formelle a pu être prononcée, mais que Luc n'en a pas conservé les détails.

Cependant, cette théorie se heurte au silence du texte, qui ne mentionne aucune sentence.

 

4- L'exemple de Jacques en 62

Un parallèle intéressant est fourni par l'historien juif Flavius Josèphe. Il rapporte que le grand prêtre Ananus ben Ananus profita de l'absence temporaire du procurateur pour faire lapider Jacques, le frère du Seigneur, en 62.

Or cette initiative fut jugée abusive par plusieurs Juifs influents, ce qui montre que le ne disposait probablement pas d'un droit normal et permanent de prononcer la peine capitale.

 

5- Une ironie remarquable

Il est possible qu'Étienne n'ait jamais été officiellement condamné. Pourtant, en le mettant à mort, ses juges démontrent précisément la vérité de son discours.

Il venait d'affirmer :

  • que Joseph avait été rejeté ;
  • que Moïse avait été rejeté ;
  • que les prophètes avaient été persécutés ;
  • que Jésus avait été mis à mort ( Actes des apôtres 7.52 ).

Et immédiatement après ces paroles, ses auditeurs reproduisent le même comportement envers lui.

Ainsi, la d'Étienne constitue en quelque sorte la preuve historique et dramatique de la justesse de son accusation. Son discours ne s'achève pas avec le verset 53 ; sa mort en est la confirmation concrète.

C'est probablement pour cette raison que Luc a placé le récit du martyre juste après le discours : les actes des membres du viennent confirmer ce que leurs lèvres refusaient d'admettre.