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Nabuchodonosor a-t-il réellement construit « Babylone la grande » ?

Nabuchodonosor II n’est pas le fondateur de Babylone. La ville est attestée bien avant son règne et avait déjà connu une période de grande importance…

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1. Babylone existait bien avant Nabuchodonosor

Nabuchodonosor II n’est pas le fondateur de Babylone.

La ville est attestée bien avant son règne et avait déjà connu une période de grande importance sous Hammurabi, au XVIIIe siècle av. J.-C.

Lorsque Nabuchodonosor monte sur le trône en 605 av. J.-C., il hérite donc d’une cité très ancienne.

La déclaration de דָּנִיֵּאל 4.30 ne peut pas signifier historiquement :

« J’ai fondé Babylone. »

Elle doit être comprise dans le sens de construction, reconstruction, agrandissement et embellissement monumental.

2. Nabuchodonosor fut réellement un grand bâtisseur

Sur ce point, les inscriptions royales et l’archéologie fournissent une documentation considérable.

Nabuchodonosor consacra une part importante de son règne à des travaux à Babylone.

Son nom est associé à la restauration ou à la construction de temples, de palais, de fortifications et d’aménagements urbains.

Cette activité n’est donc pas une caractéristique inventée par le livre de Daniel.

Elle constitue l’un des aspects les mieux attestés historiquement de son règne.

3. La porte d’Ishtar

L’un des monuments les plus célèbres de la Babylone néo-babylonienne est la porte d’Ishtar.

Elle faisait partie d’un ensemble monumental donnant accès à la ville intérieure et à la voie processionnelle.

Sa décoration de briques glaçurées représentait notamment des animaux symboliquement associés aux divinités babyloniennes.

Les inscriptions de Nabuchodonosor témoignent de son implication dans les grands travaux de cette zone.

La monumentalité de cet accès illustre concrètement le type de réalisations dont le roi pouvait tirer fierté.

4. La voie processionnelle

La porte d’Ishtar ouvrait sur la grande voie processionnelle de Babylone.

Cette artère jouait un rôle important dans les cérémonies religieuses, notamment lors de la fête du Nouvel An.

Son aménagement monumental participait à la mise en scène de la puissance royale et religieuse de la capitale.

La Babylone de Nabuchodonosor n’était donc pas seulement une grande agglomération.

Son architecture était organisée de manière à manifester visiblement l’importance de la ville, de ses dieux et de son souverain.

5. Les fortifications de Babylone

Nabuchodonosor accorda également une attention considérable aux défenses de la capitale.

Les systèmes de murailles, fossés et ouvrages défensifs faisaient de Babylone une ville extrêmement impressionnante.

Les dimensions exactes de la ville antique ont parfois été exagérées par les auteurs anciens ou dans certaines reconstructions modernes.

Il n’est pas nécessaire de reprendre ces chiffres maximalistes pour comprendre Daniel 4.

Les vestiges archéologiques suffisent à montrer que Nabuchodonosor gouvernait une capitale dotée d’un programme monumental exceptionnel.

6. Les palais royaux

Les complexes palatiaux sont particulièrement pertinents pour Daniel 4, puisque le récit présente Nabuchodonosor marchant sur le palais royal de Babylone.

Les fouilles ont mis au jour d’importants ensembles palatiaux datant de l’époque néo-babylonienne.

Il est donc historiquement tout à fait cohérent d’imaginer le souverain observant depuis le secteur palatial une partie des réalisations de sa capitale.

En revanche, l’archéologie ne permet pas d’identifier avec certitude l’endroit exact où Nabuchodonosor aurait prononcé les paroles rapportées dans Daniel.

La cohérence du décor historique ne constitue pas une preuve de la scène particulière.

7. Le temple de Marduk

Babylone était également un centre religieux majeur.

Le grand sanctuaire de Marduk, Esagila, occupait une place centrale dans la vie religieuse de la ville.

Nabuchodonosor se présente dans ses inscriptions comme profondément engagé dans la restauration et l’entretien des sanctuaires.

Cette donnée est importante lorsqu’on étudie sa confession finale dans Daniel 4.

Les sources babyloniennes présentent toujours le roi dans le cadre religieux traditionnel de Babylone.

Elles ne fournissent aucune preuve connue qu’il aurait officiellement abandonné le culte de Marduk.

Cela confirme la nécessité de ne pas transformer sa reconnaissance du « Roi du ciel » en conversion historiquement démontrée au judaïsme.

8. Etemenanki et la grande ziggourat

Babylone possédait également la grande ziggourat connue sous le nom d’Etemenanki, associée au complexe cultuel de Marduk.

Nabuchodonosor participa à sa reconstruction.

Cette immense construction à étages a souvent été rapprochée de la tradition biblique de la tour de Babel.

Il faut distinguer les deux niveaux.

Etemenanki est une réalité historique babylonienne.

L’identification archéologique directe de cette ziggourat avec la construction précise racontée en בְּרֵאשִׁית 11 ne peut être démontrée.

Le rapprochement géographique et culturel reste néanmoins important pour comprendre la monumentalité religieuse de Babylone.

9. Et les jardins suspendus ?

Les célèbres « jardins suspendus de Babylone » sont traditionnellement associés à Nabuchodonosor.

Cependant, leur existence à Babylone et leur localisation exacte restent discutées.

Aucune preuve ne permet de les utiliser comme élément certain pour reconstruire la scène de Daniel 4.

Certaines recherches ont même proposé que la tradition des jardins suspendus puisse être liée à Ninive plutôt qu’à Babylone.

Il est donc préférable de ne pas écrire que Nabuchodonosor contemplait nécessairement les jardins suspendus lorsqu’il prononça sa déclaration.

Ce détail serait beaucoup moins assuré que ses travaux de fortification, de palais et de sanctuaires.

10. Une distinction historique importante

Les différents éléments associés à « Babylone la grande » ne possèdent donc pas tous, le même degré de certitude.

Solidement attestés : l’activité monumentale de Nabuchodonosor, ses palais, les fortifications, la porte d’Ishtar, la voie processionnelle et ses travaux concernant les sanctuaires.

Historiquement plausible : la contemplation par le roi de ces réalisations depuis un secteur du palais.

Non démontré indépendamment : le discours exact rapporté par Daniel 4.

Discuté : l’attribution et même la localisation traditionnelle des jardins suspendus.

Cette hiérarchie des données permet d’éviter d’utiliser comme preuves des éléments qui demeurent eux-mêmes incertains.

11. La déclaration de Daniel 4 possède donc un arrière-plan historique remarquable

Lorsque Nabuchodonosor déclare en substance qu’il a construit Babylone par sa puissance et pour la gloire de sa majesté, le récit lui attribue une parole particulièrement adaptée au souverain historique.

Il avait effectivement dirigé d’immenses programmes de construction.

Il avait effectivement profondément transformé la capitale.

Et ses propres inscriptions royales accordent une place considérable à son activité de bâtisseur.

Le point historiquement remarquable n’est donc pas qu’un roi sans rapport avec la construction de Babylone soit artificiellement présenté comme son bâtisseur.

Au contraire, Daniel 4 place cette déclaration dans la bouche précisément du souverain néo-babylonien dont l’activité monumentale à Babylone est la mieux attestée.

Cette concordance ne démontre pas à elle seule l’historicité du discours rapporté.

Elle montre cependant que son contexte est historiquement particulièrement bien choisi.