La différence entre les récits s’explique par plusieurs éléments complémentaires :
1. Principe de représentation (agentivité)
Dans le monde antique, une action accomplie par des intermédiaires pouvait être attribuée à celui qui en était l’initiateur.
Exemple explicite :
- Jésus « faisait plus de disciples et baptisait » (Jean 4.1)
- Or « Jésus lui-même ne baptisait pas, mais ses disciples » (Jean 4.2)
De même, les envoyés du centurion agissent en son nom. Matthieu peut donc légitimement résumer la démarche comme une action directe du centurion lui-même.
2. Progression chronologique des événements
Le récit de Luc permet de reconstituer une séquence précise :
1- Le centurion envoie d’abord des anciens des Juifs (Luc 7.3-5)
2- Puis, voyant Jésus s’approcher, il envoie des amis avec un second message (Luc 7.6)
3- L’ensemble de la démarche aboutit à une interaction directe ou pleinement attribuable au centurion
Dans cette perspective :
- Luc décrit les différentes étapes du processus
- Matthieu rapporte l’événement dans sa forme aboutie
Ce procédé correspond à une pratique courante des récits bibliques, où certains auteurs condensent ce que d’autres développent (Jean 20.30-31).
3. Différence de style rédactionnel
- Matthieu adopte un style synthétique centré sur l’essentiel théologique
- Luc adopte une méthode historiographique détaillée et ordonnée (Luc 1.3)
Ces choix expliquent la variation de présentation sans affecter le contenu.