L’ensemble de la documentation étudiée renforce une lecture cohérente de la statue selon la succession :
Babylone → Médo-Perse → Grèce → Rome → phase divisée du quatrième royaume → Royaume de Dieu.
Cette reconstruction ne dépend pas d’une simple tradition interprétative.
Elle repose d’abord sur la structure interne du livre.
Daniel 2 identifie Babylone.
Daniel 8 réunit explicitement Mèdes et Perses dans une seule puissance, puis identifie la Grèce.
Daniel 7 reprend une succession de quatre royaumes et décrit le quatrième avec le même langage de fer et de destruction que Daniel 2.
L’histoire fournit ensuite Rome comme grande puissance succédant progressivement au monde hellénistique.
Les pieds de fer et d’argile prolongent ce quatrième royaume tout en décrivant sa transformation. La persistance du fer indique une continuité ; l’argile introduit la fragilité ; leur mélange traduit une unité incomplète. Daniel 7 ajoute la présence de dix rois issus du quatrième royaume, tandis qu’Apocalypse 17 reprend explicitement le motif des dix cornes et des dix rois.
Toutefois, la rigueur impose de ne pas dépasser les données disponibles. Daniel ne fournit aucune liste permettant d’identifier avec certitude dix États modernes. Il ne donne pas non plus une signification individuelle aux deux jambes, aux deux bras ou à chaque orteil. Ces éléments peuvent contribuer à une interprétation, mais ils ne possèdent pas le même degré de certitude que les identifications explicitement données.
La pierre constitue enfin la véritable clé de la vision. Elle ne prolonge pas la statue : elle la détruit. Elle ne provient pas d’une puissance humaine : elle est détachée « sans l’intervention d’aucune main » (دَانِيآل 2.34). Elle ne fonde pas un empire temporaire : elle devient une montagne qui « remplit toute la terre » (دَانِيآل 2.35).
La statue décrit ainsi une histoire réelle des puissances humaines, mais son message dépasse l’histoire impériale. Chaque royaume possède une période de grandeur ; aucun ne possède la permanence. Même le fer finit par devenir une structure mêlée de fragilité. La souveraineté humaine atteint ses limites précisément au moment où elle paraît encore occuper tout l’horizon.
Le dernier mot de Daniel 2 n’appartient donc ni à Babylone, ni à la Perse, ni à la Grèce, ni à Rome, ni même à la dernière configuration des puissances humaines.
Il appartient au Royaume dont Daniel affirme :
«إله السماء سيقيم مملكة لن تنقرض أبدًا» (دَانِيآل 2.44).
C’est cette opposition entre la succession provisoire des empires et la permanence du Royaume de Dieu qui constitue finalement la clé théologique de toute la statue.