Alexandre le Grand constitue l’un des personnages historiques les plus clairement reconnaissables dans les visions de Daniel. Daniel 8 le présente sous l’image du bouc de Javan et de la grande corne. Daniel 11 le décrit comme un « vaillant roi » exerçant une domination exceptionnelle.
Les correspondances essentielles sont particulièrement fortes :
son origine grecque ;
la rapidité de ses conquêtes ;
la destruction de la puissance perse ;
l’immensité de son empire ;
sa mort au sommet de sa puissance ;
l’absence de succession dynastique durable ;
et la fragmentation de son royaume.
L’expression « vers les quatre vents des cieux » ne doit toutefois pas être réduite à l’image simplifiée d’un empire immédiatement partagé en quatre portions égales entre quatre généraux. L’histoire des Diadoques fut beaucoup plus complexe. La prophétie résume un processus de fragmentation qui aboutit à plusieurs royaumes, parmi lesquels les dynasties ptolémaïque et séleucide deviennent déterminantes pour la suite du récit.
Cette précision permet également de comprendre pourquoi Daniel 11 abandonne rapidement les autres héritiers d’Alexandre. Le centre géographique de la prophétie n’est ni la Macédoine ni la Thrace. Il est la terre d’Israël. Dès lors, deux royaumes deviennent essentiels : l’Égypte au sud et le royaume séleucide au nord.
Alexandre constitue donc à la fois l’aboutissement de la confrontation entre la Perse et la Grèce et le point de départ de la longue rivalité qui dominera Daniel 11.
Son histoire illustre enfin l’un des principes fondamentaux du livre : un homme peut conquérir un empire presque sans précédent et sembler « faire ce qu’il veut », mais il ne peut garantir la permanence de son œuvre. Au moment même où sa puissance atteint son sommet, son royaume est brisé.
L’histoire d’Alexandre confirme ainsi, avant même les longues guerres des rois du Nord et du Sud, que la grandeur d’un empire ne lui confère jamais la maîtrise du temps.