ANX070

Conclusion générale des annexes DAN007

L'un des acquis les plus importants de la documentation cunéiforme concerne l'existence de Belshatsar. Les sources babyloniennes permettent de l'identifier à Bēl-šar-uṣur, fils de Nabonide.…

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1. Belshatzar est un personnage historique

L'un des acquis les plus importants de la documentation cunéiforme concerne l'existence de Belshatsar.

Les sources babyloniennes permettent de l'identifier à Bēl-šar-uṣur, fils de Nabonide.

Il n'était pas le dernier roi officiel de Babylone : cette fonction appartenait à son père, Nabonide, qui régna de 556 à 539 av. J.-C.

Belshatsar exerça néanmoins des responsabilités politiques considérables, notamment pendant la longue absence de Nabonide à Tayma.

Cette situation permet de comprendre pourquoi Daniel peut le présenter dans l'exercice d'une autorité royale sans qu'il soit nécessaire d'en faire un souverain indépendant de Nabonide.

2. La « troisième place » s’accorde avec cette situation particulière

La promesse de Belshatzar d'accorder à l'interprète de l'inscription la « troisième place dans le royaume » prend un relief particulier dans ce contexte.

Si Nabonide occupait officiellement la première position et Belshatzar exerçait une autorité immédiatement inférieure, la troisième place représentait naturellement l'une des plus hautes dignités encore disponibles.

Cette explication possède une réelle cohérence historique.

Elle doit toutefois conserver son statut de reconstruction : aucun document babylonien connu ne décrit officiellement le pouvoir selon une hiérarchie numérotée de cette manière.

3. La chute de Babylone est solidement datée

Le cadre chronologique de la fin du chapitre est particulièrement bien établi.

En 539 av. J.-C., les forces de Cyrus remportent une victoire décisive contre l'Empire néo-babylonien.

Après la bataille d'Opis et la prise de Sippar, Babylone passe sous le contrôle des forces de Cyrus au mois de Tashritu.

L'Empire néo-babylonien cesse alors d'exister comme puissance souveraine.

Daniel 5 situe précisément dans ce contexte la fin du règne de Belshatzar :

« Cette même nuit, Belshatzar, roi des Chaldéens, fut tué. » (Daniel 5.30)

Les sources cunéiformes confirment le changement de domination, même si elles ne fournissent pas un récit indépendant des circonstances précises de la mort de Belshatzar.

4. La chute de Babylone ne signifie pas sa destruction immédiate

Une distinction importante doit être conservée.

Babylone tombe politiquement en 539 av. J.-C., mais la ville n'est pas alors détruite ni abandonnée.

Elle continue d'exister sous la domination perse et conserve une importance considérable.

Cette donnée correspond précisément à la formulation de Daniel :

« Ton royaume est divisé, et donné aux Mèdes et aux Perses. » (Daniel 5.28)

Le jugement annoncé concerne d'abord la souveraineté babylonienne.

Ce qui disparaît cette nuit-là est l'indépendance du royaume, non l'existence matérielle immédiate de la ville.

5. Les différentes sources doivent être hiérarchisées

La Chronique de Nabonide, le Cylindre de Cyrus et les traditions grecques ne possèdent ni la même date ni la même fonction.

La Chronique fournit le cadre chronologique le plus important.

Le Cylindre de Cyrus présente le nouveau souverain selon l'idéologie royale de son époque.

Hérodote et Xénophon transmettent plus tard des récits développés de la conquête.

Certaines traditions grecques rapprochent la prise de Babylone d'un contexte de fête et décrivent l'utilisation de l'Euphrate pour pénétrer dans la ville.

Ces rapprochements sont intéressants pour Daniel 5, mais ils ne doivent pas être utilisés comme si chaque détail possédait la même force documentaire que la conquête elle-même.

La distinction entre fait établi, reconstruction vraisemblable et hypothèse demeure indispensable.

6. La reine demeure anonyme

L'identité de la reine de Daniel 5.10 ne peut être déterminée avec certitude.

Le récit permet néanmoins plusieurs observations.

Elle n'est apparemment pas présente parmi les femmes et les concubines participant au banquet.

Elle possède une autorité suffisante pour intervenir directement auprès du roi.

Elle connaît l'histoire de Daniel sous Nebucadnetsar.

L'hypothèse d'une reine mère ou d'une femme de très haut rang appartenant à la génération royale précédente est donc vraisemblable.

En revanche, aucune identification personnelle, notamment avec Nitocris, ne peut actuellement être démontrée.

Son rôle dans le récit est surtout celui de la mémoire : elle se souvient de l'homme que la cour de Belshatsar n'avait pas consulté.

7. L’inscription associe poids, jugement et histoire

L'étude linguistique de :

מְנֵא מְנֵא תְּקֵל וּפַרְסִין

Menē, menē, teqēl ûfarsîn

montre la richesse du procédé employé.

Les termes peuvent évoquer des poids ou des valeurs, mais Daniel les interprète à partir des actions correspondantes :

Mene : compter ;

Tekel : peser ;

Peres : diviser.

Le dernier terme permet en outre un rapprochement avec les Perses.

L'inscription forme ainsi une sentence extraordinairement condensée.

Le temps du règne est compté.

Le souverain est pesé.

Le royaume est divisé.

8. Belshatsar est « trouvé insuffisant »

L'expression traditionnelle « trouvé léger » rend l'image de la balance, mais le terme araméen employé exprime plus précisément l'idée d'une déficience, de quelque chose qui manque.

Le jugement correspond au discours précédent de Daniel.

Belshatsar connaissait l'expérience de Nebucadnetsar.

Il ne s'est pourtant pas humilié.

Il a profané les vases du Temple.

Il a glorifié des dieux incapables de voir, d'entendre ou de connaître.

Il n'a pas glorifié le Dieu dans la main duquel se trouvent son souffle et toutes ses voies.

La pesée ne constitue donc pas une condamnation arbitraire : le récit en a préalablement exposé les motifs.

9. Darius le Mède demeure une question ouverte

Parmi les questions historiques de Daniel 5, l'identité de Darius le Mède demeure la plus difficile.

Daniel affirme qu'il « reçut le royaume » à environ soixante-deux ans et précise ailleurs qu'il était de la race des Mèdes et qu'il fut établi sur le royaume des Chaldéens.

Plusieurs identifications ont été proposées : Gubaru, Ugbaru, Cyrus lui-même ou encore le Cyaxare II connu par Xénophon.

Aucune ne permet actuellement de résoudre toutes les difficultés.

La conclusion la plus rigoureuse consiste donc à laisser l'identification ouverte.

Cette incertitude ne doit ni être dissimulée ni étendue à l'ensemble du contexte historique du chapitre, dont plusieurs éléments sont beaucoup mieux documentés.

10. Les Mèdes et les Perses appartiennent au même ensemble impérial

L'étude comparative de Daniel 5, Daniel 6 et Daniel 8 apporte une précision importante pour la succession des royaumes.

Daniel 5 annonce que le royaume de Belshatsar sera donné :

« aux Mèdes et aux Perses ». (Daniel 5.28)

Daniel 6 parle de :

« la loi des Mèdes et des Perses ».

Daniel 8 représente ensuite un seul bélier possédant deux cornes et fournit lui-même l'interprétation :

« Le bélier que tu as vu, et qui avait des cornes, ce sont les rois des Mèdes et des Perses. » (Daniel 8.20)

L'ensemble favorise donc l'identification d'une puissance médo-perse, plutôt que celle de deux empires prophétiques entièrement distincts se succédant entre Babylone et la Grèce.

11. Daniel 5 réalise la première transition de Daniel 2

Daniel 2 avait identifié Nebucadnetsar à la tête d'or et annoncé :

« Après toi, il s'élèvera un autre royaume. » (Daniel 2.39)

Daniel 5 décrit le moment historique où cette parole commence à se réaliser.

Babylone perd sa souveraineté.

Le nouvel ordre médo-perse prend sa place.

Daniel 8 confirme ensuite explicitement l'identité de cette puissance et annonce sa succession par la Grèce.

Les trois chapitres se complètent donc :

Daniel 2 annonce la succession des royaumes.

Daniel 5 raconte la fin de la domination babylonienne.

Daniel 8 identifie explicitement les Mèdes et les Perses, puis la Grèce.

Cette articulation constitue l'une des structures prophétiques fondamentales du livre.

12. Le véritable enjeu de la dernière nuit de Babylone

Les recherches historiques permettent de mieux comprendre le cadre de Daniel 5, mais elles ne doivent pas faire perdre de vue la finalité du récit.

Le chapitre n'est pas principalement consacré à la tactique militaire de Cyrus.

Il explique pourquoi, dans la perspective théologique du livre, la puissance babylonienne arrive à son terme.

Belshatsar possède encore son palais.

Il rassemble ses dignitaires.

Il distribue des honneurs.

Il boit dans les vases pris à Jérusalem.

Tout donne l'apparence d'un pouvoir encore assuré.

Pourtant, le verdict est déjà prononcé.

Mene : le temps est achevé.

Tekel : le roi a été évalué et trouvé insuffisant.

Peres : le royaume change de mains.

La dernière nuit de Belshatsar devient ainsi l'illustration historique d'un principe affirmé depuis Daniel 2 : les empires humains disposent d'une puissance réelle, mais cette puissance n'est ni absolue ni éternelle.

Le royaume de Babylone avait reçu son temps.

En 539 av. J.-C., ce temps prend fin.

Références bibliques citées

Daniel 2.20-21 ; Daniel 2.31-39 ; Daniel 4.14-34 ; Daniel 5.1-31 ; Daniel 6.1-28 ; Daniel 8.3-8 ; Daniel 8.20-21 ; Daniel 9.1.