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Les sources anciennes sur la conquête de Babylone

La conquête de Babylone est documentée par plusieurs catégories de sources. Les principales sont : la Chronique de Nabonide, document babylonien essentiel pour la chronologie…

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1. Des sources de nature différente

La conquête de Babylone est documentée par plusieurs catégories de sources.

Les principales sont :

  • la Chronique de Nabonide, document babylonien essentiel pour la chronologie des événements ;
  • le Cylindre de Cyrus, texte royal présentant la conquête selon l'idéologie du nouveau souverain ;
  • les récits d'Hérodote, rédigés plusieurs générations après les événements ;
  • la Cyropédie de Xénophon, œuvre encore plus tardive et fortement élaborée sur le plan littéraire.

Ces documents ne doivent pas être placés exactement sur le même plan.

Une chronique babylonienne, une inscription royale perse et un récit grec poursuivent des objectifs différents. Leurs témoignages doivent donc être comparés sans chercher artificiellement à les rendre identiques.

2. La Chronique de Nabonide : la source chronologique principale

La Chronique de Nabonide constitue le document fondamental pour reconstituer les dernières semaines de l'Empire néo-babylonien.

Elle rapporte la campagne de Cyrus et mentionne successivement la bataille d'Opis, la prise de Sippar et l'entrée des forces de Cyrus dans Babylone.

Elle indique notamment que Sippar fut prise sans combat et que les troupes placées sous l'autorité de Cyrus pénétrèrent ensuite dans Babylone.

Cette source confirme donc plusieurs faits essentiels :

Babylone tombe en 539 av. J.-C. ;

la conquête appartient à la campagne de Cyrus ;

la prise de la capitale intervient après des opérations militaires menées contre le royaume de Nabonide ;

la ville ne semble pas avoir subi une destruction générale lors de son changement de domination.

Ces éléments constituent le cadre historique le plus solide pour la fin de Daniel 5.

3. Une distinction importante entre Ugbaru et Gubaru

L'étude de la conquête rencontre une difficulté terminologique importante : les sources font apparaître des noms transcrits sous des formes telles que Ugbaru et Gubaru, auxquels correspond également, dans les sources grecques, la forme Gobryas.

Ces personnages ne doivent pas être automatiquement identifiés les uns aux autres.

La Chronique de Nabonide associe Ugbaru, gouverneur de Gutium, à l'entrée des forces de Cyrus dans Babylone.

D'autres documents connaissent un Gubaru exerçant ensuite des responsabilités administratives importantes sous la domination perse.

La proximité des noms a favorisé diverses identifications, notamment dans les discussions concernant Darius le Mède.

Cependant, l'état de la documentation exige de conserver les distinctions nécessaires. Une ressemblance de nom ne suffit pas à démontrer l'identité de deux personnages.

Cette prudence est particulièrement importante lorsqu'une identification historique sert ensuite à interpréter Daniel 6.1 ou Daniel 6.

4. Le Cylindre de Cyrus

Le Cylindre de Cyrus présente la conquête de Babylone du point de vue du nouveau pouvoir.

Cyrus y est présenté comme le souverain choisi pour rétablir l'ordre et restaurer un gouvernement légitime.

Le document doit être lu dans son contexte idéologique. Il ne constitue pas une chronique neutre des événements, mais une proclamation royale utilisant les catégories religieuses et politiques traditionnelles de Mésopotamie.

Son intérêt historique reste néanmoins considérable.

Il confirme notamment que Cyrus prit le contrôle de Babylone et qu'il chercha ensuite à se présenter comme le continuateur légitime de la royauté mésopotamienne plutôt que comme le destructeur de la cité.

Cette présentation correspond à une transition politique dans laquelle Babylone continue d'exister sous un nouveau souverain.

5. Hérodote et la prise de Babylone

Hérodote, au Ve siècle av. J.-C., fournit un récit beaucoup plus développé de la conquête.

Selon sa narration, les Perses rencontrèrent la difficulté considérable que représentaient les fortifications de Babylone.

Cyrus aurait alors utilisé l'Euphrate pour pénétrer dans la ville. Le niveau du fleuve aurait été suffisamment abaissé pour permettre aux soldats de progresser par son lit et d'accéder à la cité.

Hérodote ajoute que la grandeur de Babylone était telle que certaines parties de la ville auraient pu être prises avant que d'autres habitants ne comprennent ce qui se produisait.

Il associe également la conquête à un contexte de fête.

Ces éléments ont souvent été rapprochés du banquet de Daniel 5.

6. Xénophon et la nuit de fête

La Cyropédie de Xénophon présente également la prise de Babylone comme survenant pendant une nuit de réjouissances.

Dans son récit, les assaillants profitent de la fête, de l'ivresse et d'un relâchement de la vigilance pour pénétrer dans la ville.

Le rapprochement avec Daniel 5 est évident : dans les deux récits, la chute du pouvoir babylonien est associée à une nuit de festivités.

Cette convergence mérite d'être relevée.

Elle ne permet cependant pas d'identifier automatiquement tous les détails de Xénophon à ceux de Daniel. La Cyropédie possède une forte dimension littéraire et politique et ne peut être utilisée comme un compte rendu contemporain des événements.

7. Une tradition commune autour d’une fête

La présence d'un contexte festif chez Daniel et dans certaines traditions grecques constitue néanmoins un élément intéressant.

Daniel 5 décrit :

un grand banquet ;

la présence de nombreux dignitaires ;

une consommation abondante de vin ;

une atmosphère de célébration ;

puis une chute survenant « cette même nuit ».

Hérodote et Xénophon connaissent, sous des formes différentes, une tradition selon laquelle les habitants furent surpris pendant une fête.

La comparaison permet donc d'affirmer l'existence d'une convergence générale, mais non de démontrer que les récits dérivent nécessairement les uns des autres ni que chaque détail possède une confirmation indépendante.

8. L’Euphrate : donnée historique ou développement narratif ?

La tradition du détournement ou de l'abaissement de l'Euphrate est particulièrement célèbre.

Elle possède une certaine vraisemblance géographique puisque le fleuve traversait Babylone et constituait un élément essentiel de son système urbain.

Cependant, la source babylonienne principale concernant la conquête ne décrit pas cette opération.

Il serait donc excessif de présenter le détournement de l'Euphrate comme un fait établi avec le même degré de certitude que la conquête elle-même.

La distinction doit être maintenue :

la prise de Babylone par les forces de Cyrus est historiquement assurée ;

le mécanisme exact permettant l'entrée dans la ville est moins certain.

9. Babylone fut-elle prise sans combat ?

La Chronique de Nabonide a parfois été comprise comme affirmant que Babylone fut prise entièrement sans combat.

Cette formulation demande à être nuancée.

La campagne perse avait déjà comporté des affrontements importants, notamment à Opis. La chute de l'empire n'est donc pas le résultat d'une opération entièrement pacifique.

En revanche, les données disponibles ne témoignent pas d'une bataille destructrice majeure à l'intérieur de Babylone au moment de son occupation.

Il est donc préférable de distinguer la guerre contre l'Empire babylonien de la prise de la capitale elle-même.

La première comporta des opérations militaires importantes.

La seconde semble avoir été relativement rapide et avoir préservé l'essentiel de la ville.

10. Les sources anciennes ne racontent pas toutes le même événement de la même manière

Les divergences entre les sources ne sont pas surprenantes.

La Chronique de Nabonide s'intéresse principalement à la succession des événements.

Le Cylindre de Cyrus cherche à légitimer le nouveau souverain.

Hérodote veut raconter comment une ville réputée presque imprenable fut conquise.

Xénophon utilise la figure de Cyrus dans une œuvre possédant également une forte dimension politique et éducative.

Daniel, enfin, concentre son récit sur Belshatsar, la profanation des vases du Temple, l'inscription et le jugement.

Les différences de contenu résultent donc en partie de la différence des objectifs.

11. Ce que les sources permettent d’établir

La confrontation des témoignages permet de dégager un noyau historique particulièrement solide.

En 539 av. J.-C., Cyrus mène une campagne contre l'Empire néo-babylonien.

Les Babyloniens sont battus à Opis.

Sippar tombe.

Les forces de Cyrus entrent dans Babylone.

La souveraineté de Nabonide s'effondre.

Babylone passe sous domination perse.

La ville n'est pas détruite.

Cyrus y entre ensuite en nouveau souverain.

Ces éléments appartiennent aux données historiques les mieux établies.

12. Ce qui demeure moins certain

D'autres éléments doivent être formulés avec davantage de réserve.

Le déroulement exact de l'entrée des troupes dans Babylone reste discuté.

Le rôle précis joué par l'Euphrate ne peut être établi avec la même assurance.

La nature exacte de la fête évoquée dans les traditions grecques n'est pas connue.

Les circonstances précises de la mort de Belshatsar ne sont pas décrites par les sources cunéiformes actuellement disponibles.

Enfin, l'identification de Darius le Mède demeure une question distincte et non résolue.

La méthode historique exige donc de ne pas accorder le même degré de certitude à toutes les données.

13. Daniel 5 face aux sources historiques

Daniel 5 n'a pas pour objectif de fournir une histoire militaire de la conquête perse.

Il ne mentionne ni Opis ni Sippar.

Il ne décrit pas les mouvements des troupes de Cyrus.

Il ne raconte pas davantage le sort de Nabonide.

Le chapitre concentre son attention sur une question différente : pourquoi la domination de Belshatsar prend-elle fin ?

Son récit se place donc à un autre niveau que celui de la chronique babylonienne.

La Chronique explique la progression militaire de la conquête.

Daniel met en scène la signification théologique de la chute du pouvoir babylonien.

Ces deux approches ne doivent ni être confondues ni artificiellement opposées.

14. Une convergence historique significative

La comparaison des sources conduit finalement à une conclusion équilibrée.

Daniel 5 s'inscrit dans un cadre historique identifiable : celui de la disparition de l'Empire néo-babylonien en 539 av. J.-C.

Plusieurs éléments importants du contexte sont confirmés indépendamment : l'existence de Belshatsar, sa relation avec Nabonide, l'autorité importante qu'il exerça, la conquête de Babylone par les forces de Cyrus et la rapidité du changement de domination.

Certaines traditions grecques offrent en outre des rapprochements intéressants avec l'atmosphère de fête décrite par Daniel.

D'autres détails demeurent impossibles à vérifier indépendamment.

L'intérêt de la comparaison ne réside donc pas dans une concordance artificielle de toutes les sources, mais dans leur complémentarité : elles permettent de replacer la dernière nuit de Belshatsar dans le contexte historique réel de l'effondrement de la puissance néo-babylonienne.

Références bibliques citées

Daniel 5.1-4 ; Daniel 5.5-9 ; Daniel 5.25-31 ; Daniel 6.1-3.