Nous avons précédemment mentionné que le Messie Jésus avait utilisé l'ancien nom de Pierre, Simon. A présent, il emploie son nouveau nom, Cephas en araméen, qui se traduit par Pierre.
Dans Matthieu 16.17, le Messie Jésus utilise le nom, Simon, pour rappeler l'identité originelle de Pierre avant sa mission apostolique. En l'appelant Simon, fils de Jonas, il indique que cette révélation provient non pas de son héritage humain, mais de Dieu.
Ensuite, dans Matthieu 16.18, le Messie Jésus utilise le nom Pierre (Petros en grec), qui signifie rocher, pour marquer un tournant dans son rôle. Ce changement de nom symbolise la mission que le Messie confie à Pierre : être un fondement pour l'Eglise. Cette méthode est courante dans la Bible, où un changement de nom accompagne souvent une transformation spirituelle (par exemple, Abram devenant Abraham dans Genèse 17.5, ou Jacob devenant Israël dans Genèse 32.28 et Genèse 35.10).
Dans la traduction Segond 21, le terme Pierre est distinct du terme rocher.
Il existe en effet une différence notable dans le grec original du verset Matthieu 16.18 entre les termes Pierre et rocher.
Pierre est traduit du grec "Petros" (Πέτρος), qui désigne une pierre ou un caillou, souvent interprété comme une pierre mobile ou détachée.
Rocher est traduit du grec "Petra" (πέτρα), qui désigne un rocher massif, une fondation solide et immuable.
Il est ainsi possible de considérer que l’Église repose sur un fondement solide. Cependant, ce fondement n'est pas Pierre, qui représente uniquement une petite partie de l'ensemble. Pierre contribue à la construction de l’Église, sans en être le pilier principal.
Selon notre conclusion, l’Évangile de Matthieu, destiné prioritairement à un public juif, aurait d’abord été rédigé en araméen, puis traduit en grec, peut‑être par Matthieu lui‑même. En araméen, un jeu de mots se perçoit nettement mais se brouille en grec.
Restitué en araméen, le propos sonnerait ainsi : « Tu es Kepha, et sur cette kepha je bâtirai mon Église. » Le même terme (kepha) désigne à la fois le nom donné à Simon et le « rocher ». Il s’agit donc d’un jeu de mots unitaire : le nom propre et l’image de fondation se répondent sans nuance distincte.
Ce sous‑texte araméen (Kepha/kepha) montre que Jésus fait volontairement coïncider le nom de Pierre et l’image du rocher. Il associe Pierre à la fondation, non comme fondement ultime—qui demeure le Christ—mais comme instrument inaugural au service de la véritable fondation : la confession que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu. 1 Pierre 2.6-8 Ephésiens 2.20-22
La seconde partie de ce verset indique que l'Eglise fondée par Jésus ne sera pas vaincue par la mort ou les forces du mal. Voici quelques éléments d'explication :
« Le séjour des morts » (Hadès en grec) fait référence au royaume des morts, souvent interprété comme symbolisant la puissance de la mort ou les forces du mal.
« Les portes » symbolisent l'autorité et le pouvoir. Dans l'Antiquité, les portes d'une ville représentaient son gouvernement et sa force. Le Messie Jésus est la porte (Jean 10.9)
« Ne l’emporteront pas » signifie que l'Eglise restera victorieuse malgré les attaques du mal et les épreuves.
La prédiction du Maître s'est réalisée et continue de se réaliser ; l'Église est fréquemment la cible d'attaques, mais elle demeure résiliente et ne faiblit pas. Le terme Église ne désigne pas un mouvement religieux.
Dans Matthieu 16.18, le mot grec traduit par "Église" est ἐκκλησία (ekklesia). Ce terme est composé de "ek" (hors de) et "klesis" (appel), ce qui signifie littéralement "ceux qui sont appelés hors de". A l'époque, ekklesia désignait une assemblée ou un rassemblement de citoyens. Dans le contexte chrétien, il fait référence à la communauté des croyants réunis en Christ.
Ce terme ne peut en aucun cas être associé uniquement à un mouvement religieux, bien que celui-ci en fasse partie.