a) Le texte
Dans ce texte, le prophète Jérémie fait allusion à un événement tragique et douloureux. Rama, située environ 8 km au nord de Jérusalem, est le lieu que Jérémie mentionne, tandis que Bethléem se trouve à environ 8 km au sud de Jérusalem. Rachel, considérée comme la mère ancestrale de Joseph et de Benjamin, représente symboliquement les mères d'Israël. Elle vivait près de 10 siècles avant l’événement précisé par Jérémie.
La référence de Jérémie à Rachel qui pleure ses enfants semble être une métaphore pour exprimer le chagrin et la désolation éprouvés par les mères lors de la déportation en 722 av. J.-C., lorsque le royaume du nord fut conquis par les Assyriens et de nombreux Israélites furent déportés. Cette déportation a certainement entraîné des souffrances indicibles, y compris la mort d'enfants, ce qui pourrait expliquer la mention de Rachel pleurant.
Il est donc probable que Jérémie, à travers cette figure de Rachel, fasse référence à la douleur collective et historique du peuple d'Israël, symbolisée par le chagrin d'une mère pleurant la perte de ses enfants. Cette image poignante sert à illustrer la profondeur de la détresse nationale à la suite des tragédies et des perturbations vécues par le peuple.
b) La réalité historique des Evangiles
Dans le texte de Matthieu, l'évangéliste établit un lien explicite entre la prophétie de Jérémie 31.15 et le massacre des enfants de Bethléem et des alentours, tel que rapporté dans son évangile.
Matthieu semble interpréter la douleur de Rachel, qui pleure ses enfants perdus lors de la déportation, comme une préfiguration symbolique du désespoir des mères de Bethléem confrontées au massacre ordonné par le roi Hérode.
Cette interprétation de Matthieu reflète une approche typologique de l'Écriture, où un événement de l'Ancien Testament est vu comme une préfiguration ou un symbole d'un événement du Nouveau Testament. Dans ce cas, la souffrance de Rachel est vue comme une anticipation de la douleur des mères de Bethléem. Cela montre comment Matthieu, en tant qu'auteur de l'Évangile, tisse des liens entre les écrits des prophètes de l'Ancien Testament et les événements de la vie de Jésus, soulignant ainsi la continuité et l'accomplissement des prophéties bibliques dans la personne de Jésus.
Il est donc clair que Matthieu n'utilise pas le texte de Jérémie de manière littérale, mais plutôt comme un moyen de relier symboliquement les souffrances du passé à celles du temps de Jésus.
L'interprétation par Matthieu de la prophétie de Jérémie concernant le massacre des enfants à Bethléem présente un exemple de l'approche typologique utilisée par les auteurs du Nouveau Testament. Cette méthode interprétative consiste à voir des événements de l'Ancien Testament comme des préfigurations symboliques d'événements ultérieurs dans le Nouveau Testament.
Dans son évangile, Matthieu relie explicitement le massacre des enfants mâles juifs par Hérode à la prophétie de Jérémie 31.15, où Rachel pleure ses enfants perdus. Bien que le passage original de Jérémie ne prévoie pas spécifiquement cet événement tragique sous Hérode, Matthieu l'interprète comme une réalisation symbolique de la prophétie.
Dans la perspective de Matthieu, la douleur de Rachel dans la prophétie de Jérémie est une illustration anticipative du chagrin des mères de Bethléem. Cependant, il est important de noter que cette interprétation typologique est spécifique à Matthieu et ne découle pas directement du texte de Jérémie lui-même.
Ainsi, tout en reconnaissant la validité de cette interprétation dans le contexte du Nouveau Testament, il faut aussi admettre que le passage de Jérémie n'indiquait pas explicitement un tel événement futur.