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01/08/2026
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ADA017 Les actes des apôtres

Ananias et Saphira

Luc introduit à présent un événement surprenant et tragique. Il met en scène un couple appartenant à la communauté chrétienne, mais dont les motivations apparaissent en profond contraste avec celles des croyants décrits précédemment...

11 min de lecture

Consultation

1- Présentation d'Ananias et Saphira

Il est question d'un couple, Ananias et Saphira, dont les noms sont conservés par l'historien. Tous deux appartiennent à la communauté chrétienne de Jérusalem, mais leur comportement révèle des motivations bien différentes de celles qui animaient Barnabas et les autres croyants. Le nom Ananias, forme grecque de l'hébreu Hananyah, signifie « l' fait grâce », tandis que Saphira dérive de l'araméen shappira, « belle ». Cette ironie nominative n'échappe pas au lecteur attentif : ceux dont les noms évoquent la grâce et la beauté se rendent coupables d'un acte particulièrement laid aux yeux de Dieu.

Leur désir semble être d'obtenir la considération et l'estime dont jouissaient ceux qui faisaient preuve d'une grande générosité, sans pour autant partager pleinement le même esprit de consécration. Cette attitude rappelle l'avertissement de Jésus contre ceux qui pratiquent leur justice devant les hommes pour en être vus ( Matthieu 6.1-2 ). L'Église primitive vivait un idéal de communion des biens décrit en ( Actes des apôtres 2.44-45 ) et ( Actes des apôtres 4.32-35 ), mais cet idéal reposait sur la liberté et la sincérité du cœur, non sur une contrainte extérieure.

 

À l'exemple de Barnabas, Ananias et Saphira vendent une propriété et décident d'apporter une somme d'argent aux apôtres. Toutefois, d'un commun accord, ils choisissent de conserver secrètement une partie du produit de la vente ( Actes des apôtres 5.2 ). Le verbe grec employé ici, nosphizomai, signifie « détourner » ou « soustraire frauduleusement ». Ce même terme apparaît dans la Septante pour décrire le péché d'Acan, qui avait dérobé une partie de l'interdit lors de la prise de Jéricho ( Josué 7.1 , LXX). Ce parallèle lexical n'est probablement pas fortuit et suggère que Luc établit délibérément un lien entre ces deux épisodes.

Pierre souligne clairement que cette décision n'était pas condamnable en elle-même. La propriété leur appartenait, et rien ne les obligeait ni à la vendre, ni à remettre l'intégralité de la somme à la communauté ( Actes des apôtres 5.4 ). Le péché ne résidait donc pas dans le fait de garder une partie de l'argent, mais dans la volonté délibérée de faire croire qu'ils avaient tout donné. Comme l'écrit l'apôtre Paul, « que chacun donne comme il l'a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie » ( 2 Corinthiens 9.7 ). La générosité chrétienne authentique procède d'un cœur renouvelé, non d'un calcul d'apparences.

 

Pierre déclare alors qu'Ananias a laissé Satan remplir son cœur afin de mentir au Saint-Esprit ( Actes des apôtres 5.3 ). Cette affirmation souligne la gravité particulière de leur faute. Il ne s'agissait pas simplement d'une tromperie à l'égard des apôtres ou de l'Église, mais d'un mensonge dirigé contre Dieu lui-même, puisque mentir au Saint-Esprit revient à mentir à Dieu ( Actes des apôtres 5.3-4 ). Ce passage constitue d'ailleurs l'un des témoignages les plus explicites du Nouveau Testament concernant la divinité du Saint-Esprit. En établissant une équivalence directe entre « mentir au Saint-Esprit » (v. 3) et « mentir à Dieu » (v. 4), Pierre affirme implicitement la pleine divinité de la troisième personne de la Trinité.

L'intervention de Satan dans ce récit mérite également d'être soulignée. Tout comme Satan était entré dans Judas avant sa trahison ( Luc 22.3 ; Jean 13.27 ), il remplit ici le cœur d'Ananias. Cette mention rappelle que derrière le péché humain se cache souvent une influence spirituelle maléfique, sans pour autant diminuer la responsabilité personnelle du pécheur. Ananias demeure pleinement coupable de son choix. Jacques enseigne que « chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise » ( Jacques 1.14 ), et Pierre lui-même exhortera plus tard les croyants à résister au diable ( 1 Pierre 5.8-9 ).

 

À l'annonce de ces paroles, Ananias tombe mort, suscitant une profonde crainte parmi tous ceux qui apprennent ce qui vient de se produire ( Actes des apôtres 5.5 ). Ce jugement immédiat et visible manifeste la sainteté de Dieu d'une manière qui rappelle les théophanies vétérotestamentaires. Il convient de noter que Pierre n'a pas prononcé de sentence de mort ; il s'est contenté de révéler la vérité sur le péché d'Ananias. Le jugement émane directement de Dieu, soulignant que l'Église appartient au Seigneur et non aux hommes.

Le texte précise que « de jeunes gens se levèrent, l'enveloppèrent, l'emportèrent et l'ensevelirent » ( Actes des apôtres 5.6 ). La rapidité de l'ensevelissement, conforme aux usages juifs de l'époque, contribue à l'atmosphère solennelle du récit et prépare la scène suivante, où Saphira arrive sans connaître le sort de son mari.

 

Environ trois heures plus tard, Saphira se présente sans connaître les événements précédents. Pierre lui offre alors l'occasion de dire la vérité en lui demandant si le champ avait été vendu pour tel prix ( Actes des apôtres 5.7-8 ). Cette question révèle la miséricorde de Dieu qui, même dans le jugement, laisse une porte ouverte à la repentance. Saphira aurait pu confesser la vérité et se dissocier du mensonge de son mari. Cependant, elle confirme volontairement le mensonge, et sa responsabilité personnelle apparaît ainsi pleinement engagée.

Pierre lui reproche d'avoir participé à cette épreuve infligée à l'Esprit du Seigneur ( Actes des apôtres 5.9 ). Le verbe grec peirazō, traduit par « tenter » ou « mettre à l'épreuve », est le même qui décrit la tentation de Jésus au désert ( Matthieu 4.1 ) et l'avertissement de ne pas tenter le Seigneur ( Matthieu 4.7 , citant Deutéronome 6.16 ). Ananias et Saphira ont en quelque sorte testé les limites de l'omniscience divine, comme s'ils pouvaient tromper le Saint-Esprit. Cette présomption constitue une forme particulièrement grave d'incrédulité. Saphira meurt à son tour, et elle est ensevelie auprès de son mari.

 

Ces deux morts soudaines ont profondément marqué la jeune Église. Luc souligne à deux reprises qu'une grande crainte s'empara de tous ( Actes des apôtres 5.5 ; Actes des apôtres 5.11 ). Cette crainte ne doit pas être comprise comme une terreur superstitieuse, mais comme une prise de conscience renouvelée de la sainteté de Dieu. Le terme grec phobos, employé ici, désigne dans le contexte biblique la crainte révérencielle qui constitue « le commencement de la sagesse » ( Proverbes 9.10 ; Psaumes 111.10 ).

Au moment même où l'Église connaissait une croissance rapide et une remarquable unité, Dieu rappelait que sa grâce ne devait pas être confondue avec une forme de complaisance à l'égard du péché. L'auteur de l'épître aux Hébreux écrira plus tard : « Notre Dieu est aussi un feu dévorant » ( Hébreux 12.29 , citant Deutéronome 4.24 ). La grâce divine, loin d'abolir les exigences de la sainteté, les rend d'autant plus impératives.

 

Cet épisode rappelle certains jugements exemplaires de l'Ancien Testament, tels que ceux de Nadab et Abihu ( Lévitique 10.1-3 ) ou d'Acan ( Josué 7.1-26 ). Dans le cas de Nadab et Abihu, fils d'Aaron, leur mort survint au moment de l'inauguration du culte tabernaculaire, lorsqu'ils offrirent devant l' un feu étranger qu'il ne leur avait pas ordonné. Dieu déclara alors : « Je serai sanctifié par ceux qui s'approchent de moi, et je serai glorifié en présence de tout le peuple » ( Lévitique 10.3 ).

Le cas d'Acan présente des similitudes encore plus frappantes avec celui d'Ananias et Saphira. Après la victoire miraculeuse de Jéricho, Acan détourna une partie de l'interdit, provoquant la défaite d'Israël devant Aï et sa propre mort. Dans chacun de ces cas, Dieu intervient de manière exceptionnelle au commencement d'une nouvelle étape de l'histoire du salut afin de souligner la sainteté de son œuvre. L'inauguration du culte lévitique, la conquête de et la naissance de l'Église constituent autant de moments fondateurs où Dieu établit clairement ses exigences.

 

Ainsi, ce récit montre que la puissance du Saint-Esprit, qui se manifestait au sein de l'Église primitive par les miracles, l'unité et la générosité, impliquait également l'exigence de vérité et de sincérité. Le Seigneur Jésus avait lui-même enseigné que « quiconque se cache sera découvert, et ce qui est couvert sera connu » ( Luc 12.2 ). Luc rappelle ainsi que l'Église appartient à Dieu et qu'il ne peut être question de rechercher les apparences de la piété sans une véritable intégrité du cœur. Paul avertira plus tard que certains auraient « l'apparence de la piété, mais renieront ce qui en fait la force » ( 2 Timothée 3.5 ).

Cet épisode tragique rappelle que la puissance du Saint-Esprit ne se manifestait pas uniquement par les miracles, les guérisons et la croissance de l'Église, mais également par la sainteté qui devait caractériser le peuple de Dieu. Le prophète Ézéchiel avait annoncé que Dieu donnerait à son peuple un cœur nouveau et mettrait en lui son Esprit ( Ezéchiel 36.26-27 ). Cette promesse, accomplie à la Pentecôte, impliquait une transformation intérieure authentique, non une simple conformité extérieure aux attentes communautaires.

 

La grande crainte qui s'empara des croyants et de tous ceux qui apprirent ces événements ( Actes des apôtres 5.11 ) contribua à renforcer le respect dû à Dieu et à préserver la pureté de l'Église naissante. Il est significatif que Luc mentionne ici pour la première fois le terme ekklesia (Église) dans les Actes. C'est précisément dans le contexte du jugement divin que l'identité de la communauté comme peuple saint de Dieu est affirmée.

Loin d'interrompre l'œuvre divine, ce jugement exceptionnel précéda une nouvelle période de croissance et de manifestations de la puissance de Dieu ( Actes des apôtres 5.12-16 ). Le texte souligne que « beaucoup de miracles et de prodiges se faisaient au milieu du peuple par les mains des apôtres » et que « des multitudes d'hommes et de femmes croyaient au Seigneur ». Ainsi, la sainteté et la puissance, loin de s'opposer, se conjuguent dans l'économie divine. Comme l'écrit Pierre dans sa première épître : « Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » ( 1 Pierre 2.9 ).

 

  • ( Actes des apôtres 2.44-45 ) – La communion des biens dans l'Église primitive
  • ( Actes des apôtres 4.32-35 ) – L'unité de cœur et d'âme des croyants
  • ( Actes des apôtres 4.36-37 ) – L'exemple de Barnabas
  • ( Actes des apôtres 5.1-11 ) – Le récit d'Ananias et Saphira
  • ( Actes des apôtres 5.12-16 ) – La croissance de l'Église après le jugement
  • ( Josué 7.1-26 ) – Le péché d'Acan
  • ( Lévitique 10.1-3 ) – Le jugement de Nadab et Abihu
  • ( Deutéronome 4.24 ) ; ( Deutéronome 6.16 ) – La sainteté de Dieu
  • ( Psaumes 111.10 ) ; ( Proverbes 9.10 ) – La crainte de l'
  • ( Ezéchiel 36.26-27 ) – La promesse du cœur nouveau
  • ( Matthieu 4.1 ), ( Matthieu 4.7 ) – La tentation de Jésus
  • ( Matthieu 6.1-2 ) – L'avertissement contre l'hypocrisie
  • ( Luc 12.2 ) ; ( Luc 22.3 ) – Paroles de Jésus
  • ( Jean 13.27 ) – Satan et Judas
  • ( 2 Corinthiens 9.7 ) – Le don joyeux
  • ( 2 Timothée 3.5 ) – L'apparence de la piété
  • ( Hébreux 12.29 ) – Dieu, feu dévorant
  • ( Jacques 1.14 ) – L'origine de la tentation
  • ( 1 Pierre 2.9 ) ; ( 1 Pierre 5.8-9 ) – L'identité et la vigilance du peuple de Dieu

 

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