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La troisième année de Cyrus et le contexte du retour d’exil

Daniel 10 commence par une indication chronologique : « La troisième année de Cyrus, roi de Perse, une parole fut révélée à Daniel, qu'on nommait…

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1. Une datation explicite

Daniel 10 commence par une indication chronologique :

« La troisième année de Cyrus, roi de Perse, une parole fut révélée à Daniel, qu'on nommait Beltschatsar » (Daniel 10.1).

Cette datation constitue un repère essentiel.

La dernière grande vision du livre n'est pas située sous l'Empire babylonien, mais sous la nouvelle domination perse.

Le changement d'empire annoncé dans les visions précédentes est désormais devenu une réalité historique pour Daniel.

2. La chute de Babylone

Babylone tombe en 539 av. J.-C. devant les forces de Cyrus.

Cet événement marque la fin de l'Empire néo-babylonien comme puissance dominante du Proche-Orient.

Pour les Judéens exilés, ce changement possède une importance particulière.

L'empire qui avait détruit Jérusalem et le Temple et organisé les grandes déportations judéennes a disparu.

Une nouvelle puissance contrôle désormais la Babylonie.

3. Cyrus dans la perspective biblique

Cyrus occupe une place remarquable dans les textes bibliques.

Ésaïe le présente comme l'instrument utilisé par Dieu pour permettre la restauration de Jérusalem.

Isaías 44.28 déclare à son sujet :

« Je dis de Cyrus : Il est mon berger, et il accomplira toute ma volonté ; il dira de Jérusalem : Qu'elle soit rebâtie ! et du temple : Qu'il soit fondé ! »

Isaías 45.1 emploie même à son sujet le terme « oint » :

« Ainsi parle l' à son oint, à Cyrus ».

Cette qualification ne signifie pas que Cyrus soit présenté comme un roi israélite ou comme un adorateur fidèle du Dieu d'Israël.

Elle souligne sa fonction particulière dans le dessein providentiel de Dieu.

4. Le décret de Cyrus

Esdras relata:

« La première année de Cyrus, roi de Perse, afin que s'accomplît la parole de l' prononcée par la bouche de Jérémie, l' réveilla l'esprit de Cyrus, roi de Perse » (Esdras 1.1).

Le souverain proclame ensuite :

« L', le Dieu des cieux, m'a donné tous les royaumes de la terre, et il m'a commandé de lui bâtir une maison à Jérusalem en Juda » (Esdras 1.2).

Les Judéens qui le souhaitent reçoivent ainsi l'autorisation de retourner à Jérusalem afin de reconstruire le Temple.

5. Le changement de politique impériale

La politique perse diffère sur plusieurs points de celle pratiquée par les Babyloniens.

L'administration de Cyrus favorise généralement le maintien ou la restauration de sanctuaires et de cultes locaux afin d'intégrer les populations conquises dans l'ordre impérial.

Le retour autorisé aux Judéens s'inscrit dans ce contexte général tout en recevant, dans le récit biblique, une interprétation théologique précise : Dieu utilise Cyrus pour accomplir sa parole.

L'histoire politique et la théologie biblique ne s'excluent donc pas.

Le même événement peut être analysé historiquement comme politique impériale et théologiquement comme instrument de la providence divine.

6. Le témoignage du cylindre de Cyrus

Le célèbre cylindre de Cyrus témoigne de cette politique de restauration cultuelle.

Le document ne mentionne pas spécifiquement Juda ou Jérusalem.

Il ne doit donc pas être présenté comme une copie ou une confirmation directe du décret d'Esdras 1.

Il montre néanmoins que la restauration de sanctuaires et le retour de certaines populations ou de leurs cultes correspondaient à une politique effectivement associée au règne de Cyrus.

Il fournit ainsi un arrière-plan historique cohérent au récit biblique.

7. Le retour sous Sheshbatsar et Zorobabel

Esdras décrit le retour d'une partie des exilés et la restitution des objets du Temple.

Cyrus confie ces objets à Sheshbatsar, appelé :

« prince de Juda » (Esdras 1.8).

La reconstruction est ensuite principalement associée à Zorobabel et à Josué, le grand prêtre.

Esdras 3 décrit le rétablissement de l'autel puis la pose des fondations du Temple.

La restauration commence donc concrètement.

8. Tous les Judéens ne retournent pas

Le décret de Cyrus n'impose pas à tous les exilés de quitter la Babylonie.

Une partie seulement de la population retourne en Juda.

Après plusieurs décennies d'exil, de nombreuses familles sont désormais établies en Mésopotamie.

Certaines y possèdent des activités, des biens, des responsabilités et des descendants nés loin de Jérusalem.

Le retour doit donc être compris comme un mouvement important mais non comme le départ de l'ensemble de la diaspora judéenne.

9. Daniel demeure en Orient

Daniel fait partie de ceux qui ne sont pas présentés comme retournant à Jérusalem.

Daniel 10 le situe :

« au bord du grand fleuve, qui est Hiddékel » (Daniel 10.4),

c'est-à-dire le Tigre.

Le texte ne donne aucune explication de son absence du groupe des rapatriés.

Compte tenu de son âge probable, rester en Mésopotamie ne présente cependant rien d'étonnant.

10. La reconstruction rencontre rapidement des difficultés

Le retour n'aboutit pas immédiatement à une restauration complète.

Esdras rapporte l'opposition rencontrée par les Judéens :

« Alors les gens du pays découragèrent le peuple de Juda ; ils l'intimidèrent pour l'empêcher de bâtir, et ils gagnèrent à prix d'argent des conseillers pour faire échouer son entreprise » (Esdras 4.4-5).

Le texte précise que cette opposition se prolongea :

« pendant toute la vie de Cyrus, roi de Perse, et jusqu'au règne de Darius, roi de Perse ».

La restauration connaît donc rapidement des obstacles sérieux.

11. Le Temple n'est pas encore achevé

Dans la troisième année de Cyrus, le Temple de Jérusalem n'est pas encore reconstruit.

Son achèvement n'interviendra que sous Darius Ier, plusieurs années plus tard.

Esdras 6.15 situe son achèvement dans la sixième année de Darius.

Daniel vit donc dans une période intermédiaire.

Le retour a commencé.

L'autel a été rétabli.

Les fondations du Temple ont été posées.

Mais la restauration reste inachevée.

12. Le paradoxe de la troisième année de Cyrus

Cette situation permet de comprendre le contraste historique de Daniel 10.

D'un côté, les événements semblent confirmer les promesses de restauration.

A Babilônia caiu.

Cyrus a autorisé le retour.

Des Judéens sont revenus.

Le sanctuaire commence à être reconstruit.

D'un autre côté, les difficultés persistent.

Jérusalem n'a pas retrouvé son ancienne situation.

Le Temple demeure inachevé.

Le peuple reste soumis à une puissance étrangère.

L'espérance est réelle, mais l'accomplissement est encore incomplet.

13. Le deuil de Daniel peut-il être expliqué par ces difficultés ?

Daniel declara:

“Naqueles dias, eu, Daniel, estive de luto durante três semanas” (Daniel 10.2).

Le texte ne donne pas explicitement la raison de ce deuil.

Il est cependant naturel de rapprocher son état des difficultés rencontrées par la communauté de Jérusalem.

Daniel avait manifesté au chapitre 9 une profonde préoccupation pour la ville, le sanctuaire et son peuple.

Il serait donc parfaitement cohérent qu'il soit affecté par les obstacles à la reconstruction.

Mais cette relation demeure une hypothèse historique.

La formulation académique la plus prudente consiste à dire :

les difficultés de la restauration de Jérusalem constituent un contexte plausible du deuil de Daniel, mais Daniel 10 n'en donne pas explicitement la cause.

14. Le vingt-quatrième jour du premier mois

Daniel situe la vision :

« Le vingt-quatrième jour du premier mois » (Daniel 10.4).

Le premier mois du calendrier religieux israélite est Nisan.

La vision se situe donc immédiatement après la période de la Pâque et des pains sans levain.

La Pâque était célébrée le quatorzième jour du mois, et la fête des pains sans levain du quinzième au vingt-et-unième jour.

Daniel reçoit ainsi la vision quelques jours après cette période.

15. Les trois semaines et la Pâque

Puisque Daniel avait passé trois semaines entières dans le deuil avant le vingt-quatrième jour, son temps d'abstinence semble avoir recouvert au moins une partie importante de la période pascale.

Cette observation est chronologiquement intéressante.

Pour un Judéen vivant loin de Jérusalem, la Pâque rappelait particulièrement la délivrance d'Égypte et l'identité du peuple de l'alliance.

Cependant, Daniel ne fournit aucune interprétation symbolique explicite de cette coïncidence.

Il convient donc de la signaler sans lui attribuer une signification que le texte ne formule pas.

16. Daniel et la restauration de Jérusalem

Le chapitre précédent avait montré combien Jérusalem demeure importante pour Daniel.

Sa prière commence par la lecture de Jérémie concernant :

« les ruines de Jérusalem » (Daniel 9.2).

Il confesse ensuite :

« Jérusalem et ton peuple sont en opprobre à tous ceux qui nous entourent » (Daniel 9.16).

Puis il supplie :

« fais briller ta face sur ton sanctuaire dévasté » (Daniel 9.17).

Le contexte de Daniel 10 ne peut donc être séparé de cette préoccupation constante.

Même loin de Juda, Daniel demeure profondément lié au destin de Jérusalem.

17. Le retour ne signifie pas encore l'indépendance

Le décret de Cyrus autorise le retour et la reconstruction du Temple.

Il ne restaure cependant pas la monarchie davidique indépendante.

Juda demeure une région soumise à l'autorité impériale perse.

Essa distinção é importante.

Le retour d'exil constitue une restauration réelle, mais partielle.

La domination des nations se poursuit.

Cette situation explique pourquoi les prophéties de Daniel concernant les empires restent pertinentes après la chute de Babylone.

18. Pourquoi la Perse demeure-t-elle centrale ?

On pourrait penser que la Perse, ayant permis le retour, devrait être considérée uniquement comme une puissance favorable.

Daniel 10 présente pourtant un « prince du royaume de Perse » qui résiste au messager céleste.

Cette tension interdit une lecture simpliste de l'histoire.

Cyrus peut être utilisé par Dieu pour permettre la restauration.

Dans le même temps, le monde perse peut être associé à un conflit spirituel hostile.

La providence divine peut donc agir au travers d'un empire sans que cet empire soit lui-même assimilé au royaume de Dieu.

19. Cyrus n'est pas le prince de Perse

Essa distinção é essencial.

Le « prince du royaume de Perse » de Daniel 10.13 ne doit pas être automatiquement identifié à Cyrus.

Cyrus est un souverain humain.

Le prince de Perse appartient, selon la lecture la plus naturelle du passage, au monde spirituel.

L'un peut donc être historiquement utilisé pour accomplir un dessein favorable au peuple juif tandis qu'une puissance spirituelle associée à l'empire intervient dans un conflit invisible.

Daniel 10 distingue ainsi le niveau politique et le niveau spirituel.

20. La Perse elle-même passera

Le messager annonce :

« je m'en retourne pour combattre le chef de la Perse ; et quand je partirai, voici, le chef de Javan viendra » (Daniel 10.20).

Même l'empire qui a libéré les exilés n'est donc pas définitif.

Il sera remplacé par la puissance grecque.

Cette succession confirme le message constant des visions de Daniel : aucun empire humain, même lorsqu'il joue un rôle providentiel positif, ne constitue le royaume de Dieu.

21. De Cyrus à Daniel 11

La troisième année de Cyrus constitue ainsi le point de départ historique idéal pour la dernière vision.

Daniel se trouve sous la Perse.

Le chapitre 10 révèle le conflit associé à la Perse.

Puis le prince de Grèce est annoncé.

Daniel 11 commencera immédiatement à détailler cette succession :

« Voici, il y aura encore trois rois en Perse. Puis le quatrième amassera plus de richesses que tous les autres » (Daniel 11.2).

La vision part donc de l'époque réelle de Daniel pour avancer progressivement dans l'avenir.

22. La restauration et l'attente

Le contexte de Cyrus met finalement en lumière une tension fondamentale du livre.

Dieu a commencé à accomplir sa promesse.

Mais tout n'est pas encore accompli.

Les exilés peuvent rentrer, mais Israël demeure sous domination étrangère.

Le Temple peut être reconstruit, mais le royaume annoncé par Daniel 2 et Daniel 7 n'est pas encore établi.

Babylone est tombée, mais d'autres empires doivent encore apparaître.

Cette tension entre accomplissement et attente explique en grande partie la nécessité de la nouvelle révélation.

23. Une transition historique et prophétique

Daniel 10 se situe donc à un véritable carrefour.

Derrière Daniel se trouvent :

Jérusalem avant l'exil ;

la déportation ;

Nabucodonosor;

l'Empire babylonien ;

la chute de Babylone.

Devant lui se trouvent :

la suite de la domination perse ;

l'expansion grecque ;

les royaumes issus d'Alexandre ;

les persécutions futures ;

et finalement l'horizon eschatologique de Daniel 12.

La troisième année de Cyrus relie ces deux mondes.

24. Conclusion

La mention de la troisième année de Cyrus n'est donc pas un simple détail chronologique.

Elle situe Daniel 10 à un moment décisif de l'histoire biblique.

L'Empire babylonien appartient désormais au passé.

Le retour des Judéens a commencé.

La reconstruction du Temple est engagée, mais rencontre des difficultés.

Daniel, probablement âgé de plus de quatre-vingts ans, demeure en Orient et continue de porter dans la prière le destin de son peuple.

Dans ce contexte, la dernière grande révélation lui apprend que la chute de Babylone n'a pas mis fin à l'histoire prophétique.

La Perse elle-même passera.

La Grèce viendra.

De nouvelles crises affecteront Israël.

Le retour d'exil constitue donc un accomplissement véritable, mais non l'aboutissement définitif du dessein divin.

C'est précisément au moment où une première restauration devient visible que Daniel reçoit la révélation d'une histoire beaucoup plus longue.

Cyrus a ouvert la route du retour vers Jérusalem ; Daniel 10 révèle pourtant que le peuple de Dieu devra encore traverser plusieurs empires avant que l'histoire annoncée dans le livre n'atteigne son terme.