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Qui était Darius le Mède ?

La première étape consiste à distinguer les informations explicitement données par le livre des identifications proposées ultérieurement. Daniel fournit plusieurs renseignements sur Darius. Après la…

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1. Les données fournies par Daniel

La première étape consiste à distinguer les informations explicitement données par le livre des identifications proposées ultérieurement.

Daniel fournit plusieurs renseignements sur Darius.

Après la mort de Belshatsar :

« Darius le Mède s’empara du royaume, étant âgé de soixante-deux ans » (Daniel 5.30-31).

Daniel 6 le présente ensuite comme l’autorité qui réorganise le royaume en établissant cent vingt satrapes et trois hauts responsables (Daniel 5.31-6.1).

Daniel 9 ajoute :

« La première année de Darius, fils d’Assuérus, de la race des Mèdes, qui avait été fait roi du royaume des Chaldéens » (Daniel 9.1).

Daniel 11.1 mentionne encore « la première année de Darius le Mède ».

Les données internes peuvent donc être résumées ainsi :

Darius est qualifié de Mède ;

il est âgé d’environ soixante-deux ans lorsqu’il reçoit le royaume ;

il succède narrativement à Belshatsar ;

il exerce une autorité royale sur le royaume des Chaldéens ;

il est présenté comme fils d’un Assuérus ;

Daniel 9.1 indique qu’il a été « fait » ou « établi » roi ;

son règne est étroitement associé à la transition vers Cyrus le Perse.

Toute hypothèse historique doit rendre compte, autant que possible, de cet ensemble.

2. Ce que l’on sait de la chute de Babylone

La chute de Babylone peut être située avec une grande précision historique.

En 539 av. J.-C., les forces de Cyrus II de Perse remportent la victoire sur le royaume néo-babylonien de Nabonide.

Les sources cunéiformes, notamment la Chronique de Nabonide, décrivent les événements entourant la conquête.

Babylone passe alors sous le contrôle de l’Empire achéménide.

Cyrus est également bien attesté par le célèbre cylindre portant son nom ainsi que par plusieurs autres documents antiques.

Il n’existe donc pas de difficulté majeure concernant l’identité de Cyrus le Perse.

La difficulté concerne le personnage que Daniel place dans cette transition sous le nom de Darius le Mède.

3. Darius le Mède n’est pas simplement Darius Ier

Une première confusion doit être écartée.

L’histoire perse connaît un souverain célèbre nommé Darius Ier, ou Darius le Grand.

Celui-ci règne de 522 à 486 av. J.-C.

Il apparaît également dans la Bible, notamment dans Esdras, Aggée et Zacharie (Esdras 4.24 ; 5.5-7 ; 6.1 ; Ageu 1.1 ; Zacarias 1.1).

Mais Darius Ier commence son règne environ dix-sept ans après la conquête de Babylone par Cyrus.

Le Darius de Daniel 5-6 est placé immédiatement après la chute de Belshatsar.

Une identification directe avec Darius Ier ne correspond donc pas à la chronologie donnée par le récit.

4. La question du nom « Darius »

Le nom « Darius » correspond à un nom royal perse bien attesté.

Le fait que Daniel appelle son personnage « Darius » ne suffit cependant pas à l’identifier à l’un des souverains achéménides connus portant ce nom.

Plusieurs solutions ont été envisagées.

« Darius » pourrait être un nom personnel.

Il pourrait représenter une forme de nom royal.

Certains ont également proposé qu’il puisse s’agir d’un titre ou d’une désignation secondaire.

Cette dernière possibilité est parfois utilisée pour expliquer pourquoi le personnage pourrait apparaître sous un autre nom dans les sources cunéiformes.

Mais aucun document actuellement connu n’établit explicitement qu’un titre « Darius » aurait été porté par le gouverneur de Babylone immédiatement après la conquête.

Cette solution demeure donc hypothétique.

5. L’importance de Daniel 9.1 : « fut fait roi »

Daniel 9.1 mérite une attention particulière :

« Darius [...] qui avait été fait roi du royaume des Chaldéens ».

La forme verbale employée peut être comprise comme indiquant que Darius « fut établi roi ».

Cette formulation diffère de celle que l’on attendrait naturellement pour décrire un conquérant ayant fondé lui-même son pouvoir.

Elle a donc conduit plusieurs interprètes à envisager une autorité déléguée.

Darius pourrait, dans cette hypothèse, avoir reçu le gouvernement de Babylone sous l’autorité supérieure de Cyrus.

Cette lecture possède un intérêt réel parce qu’elle permettrait de maintenir simultanément :

la conquête historique de Babylone par Cyrus ;

et l’existence d’un responsable exerçant localement une autorité royale dans le récit de Daniel.

Elle ne permet cependant pas, à elle seule, de déterminer l’identité de ce responsable.

6. Ugbaru, gouverneur de Gutium

L’un des personnages mentionnés dans les documents babyloniens relatifs à la conquête est généralement transcrit Ugbaru.

La Chronique de Nabonide le présente comme gouverneur de Gutium et lui attribue un rôle majeur dans la prise de Babylone.

Ses forces entrent dans la ville avant l’arrivée cérémonielle de Cyrus.

Cette proximité avec les événements a naturellement conduit certains chercheurs à envisager un rapprochement avec Darius le Mède.

Plusieurs éléments paraissent au premier abord intéressants :

Ugbaru joue un rôle majeur dans la conquête ;

il exerce une autorité importante ;

il appartient à la période exacte où Daniel situe Darius.

Mais une difficulté considérable demeure.

La Chronique de Nabonide rapporte la mort d’Ugbaru peu après la conquête.

Cette durée très courte rend difficile son identification avec un personnage auquel Daniel attribue une administration suffisamment développée pour organiser le royaume et être associé aux événements de Daniel 6.

L’identification d’Ugbaru à Darius le Mède demeure donc problématique.

7. Gubaru ou Gobryas

Un autre personnage, souvent appelé Gubaru ou Gobryas dans les travaux modernes, a également été proposé.

La difficulté vient notamment du fait que les noms transcrits Ugbaru, Gubaru et Gobryas ont parfois été confondus dans la littérature ancienne ou apologétique alors qu’ils peuvent renvoyer à des personnages différents.

Un Gubaru est connu comme gouverneur de Babylone et de la région au-delà du Fleuve sous l’administration perse.

Cette fonction correspond mieux à l’idée d’un haut responsable gouvernant Babylone sous Cyrus.

L’hypothèse permettrait ainsi de comprendre Darius comme un gouverneur doté d’une autorité considérable plutôt que comme un souverain indépendant rival de Cyrus.

Mais là encore, le problème décisif demeure :

aucune source actuellement connue n’identifie explicitement ce Gubaru comme « Darius le Mède ».

Son âge, sa filiation et plusieurs autres données de Daniel ne peuvent pas non plus être vérifiés.

Cette proposition reste donc une reconstruction possible, non une identification établie.

8. Pourquoi la distinction entre Ugbaru et Gubaru est importante

Cette distinction mérite d’être soulignée parce qu’elle a parfois été négligée.

Si l’on identifie automatiquement Ugbaru et Gubaru, on peut combiner artificiellement les données de deux carrières et produire un personnage correspondant beaucoup mieux à Daniel qu’aucune source ne le permet réellement.

Une étude historique rigoureuse doit éviter ce procédé.

Les ressemblances de transcription ne prouvent pas l’identité des personnes.

Il faut donc examiner séparément les personnages attestés dans les documents cunéiformes avant de chercher à les rapprocher de Darius.

9. L’hypothèse de Cyrus lui-même

Une autre solution consiste à identifier Darius le Mède à Cyrus.

Cette proposition s’appuie principalement sur la proximité chronologique évidente entre Cyrus et la chute de Babylone ainsi que sur Daniel 6.27 :

« Daniel prospéra sous le règne de Darius et sous le règne de Cyrus le Perse. »

La conjonction araméenne traduite par « et » peut parfois posséder une valeur explicative.

Certains proposent donc de comprendre :

« sous le règne de Darius, c’est-à-dire sous le règne de Cyrus le Perse ».

Dans cette interprétation, les deux appellations désigneraient le même personnage.

10. Les difficultés de l’identification avec Cyrus

Cette proposition présente l’avantage d’éliminer la nécessité de placer un souverain indépendant entre Belshatsar et Cyrus.

Elle rencontre néanmoins plusieurs difficultés.

Daniel distingue régulièrement les qualifications ethniques :

Darius est « le Mède » ;

Cyrus est « le Perse ».

Daniel 6.27 peut naturellement être lu comme mentionnant deux personnages.

Daniel 9.1 fournit en outre à Darius une filiation particulière : il est « fils d’Assuérus » et « de la race des Mèdes ».

Ces données doivent être expliquées si Darius est Cyrus.

L’identification reste donc possible dans certaines lectures, mais elle ne peut être considérée comme imposée par la syntaxe de Daniel 6.27.

11. L’hypothèse de Cyaxare II

Une autre identification historique a joué un rôle important dans l’histoire de l’interprétation : Darius le Mède aurait été Cyaxare II.

Cette reconstruction s’appuie principalement sur la Cyropédie de Xénophon.

Xénophon décrit un roi mède, fils d’Astyage et oncle de Cyrus, appelé Cyaxare, qui aurait conservé une autorité royale pendant l’ascension de Cyrus.

Cette description offre plusieurs rapprochements intéressants avec Daniel :

le personnage est mède ;

il appartient à la génération précédant la pleine domination de Cyrus ;

il pourrait exercer une autorité royale en relation avec Cyrus.

Cette hypothèse permettrait donc de prendre très au sérieux la distinction entre Darius le Mède et Cyrus le Perse.

12. La difficulté posée par les autres sources

Le problème est que l’existence historique de Cyaxare II sous la forme décrite par Xénophon est elle-même très discutée.

Hérodote présente une succession différente : Astyage est le dernier roi mède avant la domination de Cyrus.

Les sources cunéiformes ne fournissent pas actuellement de confirmation claire d’un Cyaxare II régnant entre Astyage et Cyrus.

La Cyropédie possède en outre une forte dimension littéraire et pédagogique et ne peut pas être utilisée comme une chronique strictement équivalente aux documents contemporains des événements.

L’identification de Darius avec Cyaxare II constitue donc une reconstruction cohérente dans certains modèles, mais elle dépend d’une reconstruction historique elle-même contestée.

13. Une autorité subordonnée à Cyrus ?

L’hypothèse générale la plus importante ne consiste peut-être pas à identifier immédiatement Darius avec un nom précis, mais à considérer la possibilité d’une autorité subordonnée.

Plusieurs éléments rendent cette idée envisageable :

Cyrus est historiquement le conquérant de Babylone ;

Daniel 9.1 dit que Darius « fut fait roi » ;

Daniel 6.27 rapproche étroitement Darius et Cyrus ;

les grands empires pouvaient déléguer une autorité considérable à des gouverneurs ou responsables régionaux.

Dans cette reconstruction, « roi » ne désignerait pas nécessairement un monarque indépendant régnant sur tout l’Empire médo-perse.

Darius pourrait exercer une royauté ou une autorité gouvernementale sur le « royaume des Chaldéens » sous la souveraineté plus vaste de Cyrus.

Cette hypothèse résout certaines difficultés mais laisse toujours ouverte la question de son identité personnelle.

14. Le titre « roi » interdit-il l’hypothèse d’un gouverneur ?

Il serait anachronique d’imposer aux titres antiques une correspondance exacte avec les catégories politiques modernes.

Le vocabulaire royal pouvait être utilisé de manière variable selon les périodes, les langues et les territoires.

Cependant, cette observation ne doit pas servir à résoudre artificiellement toute difficulté.

Daniel appelle clairement Darius « roi » et lui attribue une autorité considérable.

Si l’on propose qu’il était un gouverneur subordonné, il faut donc expliquer pourquoi cette fonction pouvait être exprimée de cette manière dans le cadre du récit.

L’hypothèse reste possible, mais elle doit être argumentée et non simplement supposée.

15. L’âge de soixante-deux ans

Daniel 5.31 précise que Darius était âgé « d’environ soixante-deux ans » lorsqu’il reçut le royaume.

Cette donnée est inhabituelle et paraît suffisamment précise pour avoir une fonction d’identification.

Malheureusement, elle ne permet pas actuellement de trancher entre les principales hypothèses.

L’âge d’Ugbaru ou de Gubaru n’est pas connu avec suffisamment de certitude pour établir une correspondance.

Les reconstructions relatives à Cyaxare II dépendent des chronologies proposées.

Quant à l’identification avec Cyrus, elle doit être confrontée aux estimations de l’âge de celui-ci, qui ne sont pas suffisamment certaines pour résoudre à elles seules la question.

L’âge fourni par Daniel demeure donc une donnée importante, mais actuellement difficile à exploiter de manière décisive.

16. « Fils d’Assuérus »

Daniel 9.1 appelle Darius « fils d’Assuérus ».

Le nom traduit par « Assuérus » correspond à une forme qui peut représenter différents personnages dans les textes bibliques.

Il ne faut pas automatiquement identifier cet Assuérus à celui du livre d’Esther.

Le souverain d’Esther est généralement identifié à Xerxès Ier, qui règne bien plus tard, de 486 à 465 av. J.-C.

Le nom ou la forme nominale ne suffit donc pas à établir une identité.

L’Assuérus présenté comme père de Darius dans Daniel 9.1 demeure inconnu par ailleurs avec certitude.

17. « De la race des Mèdes »

Daniel 9.1 insiste également sur l’origine mède de Darius.

Cette précision est importante car elle ne semble pas accidentelle.

Le livre distingue « Darius le Mède » de « Cyrus le Perse ».

Cette distinction correspond au langage plus général du livre concernant les Mèdes et les Perses (Daniel 5.28 ; 6.8, 12, 15 ; 8.20).

Toute identification de Darius doit donc prendre sérieusement en compte cette qualification.

Elle constitue notamment l’une des difficultés rencontrées par l’identification directe avec Cyrus.

18. Les Mèdes et les Perses dans Daniel

Daniel ne présente pas nécessairement les Mèdes et les Perses comme deux empires entièrement séparés se succédant sur une longue période.

Daniel 6 parle déjà de « la loi des Mèdes et des Perses ».

Daniel 8.20 représente les deux composantes sous l’image des deux cornes d’un même bélier :

« Le bélier que tu as vu, et qui avait des cornes, ce sont les rois des Mèdes et des Perses. »

Cette donnée est importante pour l’interprétation générale du livre.

La présence d’un « Darius le Mède » au début de la domination qui conduit à Cyrus le Perse peut donc s’inscrire dans une conception unifiée de la puissance médo-perse.

Elle ne résout toutefois pas son identité personnelle.

19. Une erreur historique est-elle la seule explication possible ?

Certains chercheurs considèrent Darius le Mède comme une construction littéraire résultant d’une connaissance historique imparfaite de la transition entre Babylone et la Perse.

Dans cette interprétation, l’auteur aurait notamment confondu ou réorganisé certains souverains perses.

Cette hypothèse doit être mentionnée dans une étude académique parce qu’elle occupe une place réelle dans la recherche moderne.

Elle ne constitue cependant pas la seule explication possible.

Les sources concernant l’administration des premières années de la domination perse sont suffisamment complexes pour que plusieurs reconstructions restent discutées.

L’absence actuelle d’une identification certaine ne démontre pas à elle seule que le personnage est fictif.

Inversement, la possibilité qu’un responsable encore mal identifié corresponde à Darius ne constitue pas une preuve de son identification historique.

20. Les limites documentaires doivent être reconnues

L’histoire ancienne est reconstruite à partir d’une documentation fragmentaire.

Les archives cunéiformes conservées sont considérables, mais elles ne constituent pas un registre complet de tous les responsables ayant exercé une autorité dans chaque région de l’Empire perse.

Il faut donc éviter l’argument simpliste selon lequel un personnage absent des sources actuellement connues n’aurait nécessairement jamais existé.

Mais l’argument inverse serait tout aussi faible.

On ne peut pas invoquer les lacunes documentaires pour transformer une hypothèse en fait historique.

La position académique la plus solide consiste à reconnaître simultanément :

la difficulté ;

les solutions possibles ;

et l’absence de démonstration définitive.

21. Tableau synthétique des principales hypothèses

HypothèsePoints favorablesDifficultés principales
Darius IerRoi perse historiquement bien attestéRègne à partir de 522 av. J.-C., trop tard pour Daniel 5-6
UgbaruActeur majeur de la conquête de Babylone en 539Meurt très peu de temps après la conquête
Gubaru/GobryasGouverneur important de Babylone sous l'autorité perseAucun texte ne l'appelle explicitement Darius le Mède ; données personnelles non vérifiables
Cyrus IIConquérant historique de Babylone ; proximité immédiate avec Daniel 6.28Daniel distingue Darius « le Mède » de Cyrus « le Perse » ; filiation difficile à expliquer
Cyaxare IIRoi mède associé à Cyrus chez XénophonHistoricité et rôle contestés ; absence de confirmation cunéiforme claire
Gouverneur ou roi subordonné non identifiéCompatible avec « fut fait roi » et la souveraineté générale de CyrusIdentité personnelle inconnue ; titulature à expliquer
Construction littéraire tardiveExplique l'absence d'identification extrabiblique certaineDépend d'une reconstruction de la composition de Daniel et ne constitue pas une démonstration historique directe

Aucune ligne de ce tableau ne résout à elle seule toutes les données.

22. Quelle hypothèse paraît la plus prudente ?

Dans l’état actuel de la documentation, il paraît prudent de ne pas identifier catégoriquement Darius le Mède à un personnage précis.

L’idée d’une autorité mède exerçant un gouvernement sur Babylone sous la souveraineté générale de Cyrus permet de prendre au sérieux plusieurs indications internes de Daniel, notamment l’expression « fut fait roi ».

Elle offre également un cadre dans lequel la conquête historiquement attestée de Cyrus reste pleinement reconnue.

Mais le nom du personnage correspondant ne peut actuellement être établi avec certitude.

Gubaru constitue une possibilité souvent discutée.

Cyaxare II représente une autre reconstruction.

L’identification avec Cyrus lui-même possède également ses défenseurs.

Aucune ne dispose cependant de preuves suffisantes pour supprimer toute réserve.

23. Ce qu’une étude académique peut affirmer

La conclusion peut donc être formulée avec précision.

Premièrement, la chute de Babylone en 539 av. J.-C. sous la puissance de Cyrus II est historiquement solidement établie.

Deuxièmement, Daniel présente un personnage appelé Darius le Mède exerçant une autorité royale sur le royaume des Chaldéens après la chute de Belshatsar.

Troisièmement, Daniel distingue ou, au minimum, met en relation très étroite Darius le Mède et Cyrus le Perse.

Quatrièmement, aucune source extrabiblique actuellement connue ne fournit une identification explicite et incontestable de Darius le Mède.

Cinquièmement, plusieurs solutions historiques restent possibles, mais aucune ne doit être présentée comme démontrée.

24. Conclusion

Darius le Mède demeure donc une énigme historique réelle.

Cette difficulté ne doit ni être dissimulée par une identification trop assurée, ni être transformée automatiquement en preuve que le récit serait historiquement impossible.

Les données disponibles imposent une conclusion plus mesurée.

Daniel connaît un souverain ou responsable mède appelé Darius, âgé d’environ soixante-deux ans, présenté comme fils d’Assuérus et établi sur le royaume des Chaldéens au moment de la transition vers la domination perse. Les sources extrabibliques confirment avec précision le cadre général de cette transition et le rôle déterminant de Cyrus, mais elles ne permettent pas encore d’identifier avec certitude le Darius décrit par Daniel.

La distinction entre donnée textuelle, donnée historique indépendante et hypothèse d’identification demeure donc indispensable.

La formulation la plus rigoureuse est la suivante :

Darius le Mède est un personnage explicitement présenté par le livre de Daniel comme exerçant une autorité royale après la chute de Babylone ; son identification précise avec une figure connue des sources extrabibliques reste aujourd’hui débattue et ne peut être considérée comme définitivement établie.