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Daniel 6 et Hébreux 11 : « ils fermèrent la gueule des lions »

Hébreux 11 présente une longue série de témoins de la foi. Certains sont nommés : Abel ; Hénoc ; Noé ; Abraham ; Sara ;…

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1. Daniel n’est pas nommé dans Hébreux 11

Hébreux 11 présente une longue série de témoins de la foi.

Certains sont nommés :

Abel ;

Hénoc ;

Noé ;

Abraham;

Sara ;

Isaac ;

Jacob ;

Jozef;

Mozes;

Rahab ;

Gédéon ;

Barak ;

Samson ;

Jephté ;

David ;

Samuel.

À partir d’Hebreeën 11.32, la présentation devient plus rapide et plusieurs événements sont évoqués sans que leurs protagonistes soient nommés.

C’est dans cette partie que se trouve l’expression :

« fermèrent la gueule des lions » (Hebreeën 11.33).

2. L’allusion à Daniel 6 est difficilement contestable

Daniel avait expliqué à Darius :

„Mijn God heeft zijn engel gezonden en de muil van de leeuwen gesloten” (Daniël 6.21).

Hébreux reprend pratiquement l’image centrale du récit :

« fermèrent la gueule des lions ».

La correspondance est suffisamment précise pour identifier Daniel 6 comme l’arrière-plan principal.

Daniel devient ainsi l’un des témoins de la foi évoqués par Hébreux 11, même si son nom n’apparaît pas directement.

3. « Par la foi »

La phrase appartient à une série introduite par :

« qui, par la foi... » (Hebreeën 11.33).

La fermeture de la gueule des lions est donc interprétée dans le cadre de la foi.

Cette lecture correspond exactement à Daniël 6.22, où le narrateur explique pourquoi Daniel n’avait subi aucune blessure :

« parce qu’il avait eu confiance en son Dieu ».

Daniel et Hébreux se rejoignent ainsi sur un point essentiel :

Daniel fait confiance à Dieu avant de connaître l’issue de l’épreuve.

4. La foi n’est pas présentée comme la puissance qui accomplit le miracle

Il convient cependant d’éviter une formulation imprécise.

Daniel ne ferme pas lui-même physiquement la gueule des lions.

Hij verklaart:

„Mijn God heeft zijn engel gezonden en de muil van de leeuwen gesloten” (Daniël 6.21).

Dieu demeure donc l’auteur de la délivrance.

Lorsque Hébreux affirme que les croyants « par la foi [...] fermèrent la gueule des lions », il ne transforme pas la foi en puissance autonome.

La foi est la confiance par laquelle le croyant s’en remet à Dieu.

La puissance qui délivre demeure celle de Dieu.

5. La foi de Daniel existait avant la fosse

Daniel 6 permet de préciser la nature de cette foi.

Elle apparaît d’abord dans son comportement quotidien.

Daniel est fidèle dans son administration (Daniël 6.3).

Il prie régulièrement (Daniël 6.9).

Il continue à prier après la promulgation du décret.

Il accepte les conséquences de cette fidélité.

La foi mentionnée dans Hébreux 11 ne commence donc pas lorsque les lions cessent d’attaquer.

Elle est visible bien avant.

6. Hébreux rapproche probablement Daniel 3 et Daniel 6

Le verset suivant mentionne ceux qui :

« éteignirent la puissance du feu » (Hebreeën 11.34).

Le rapprochement avec Daniel 3 est évident.

Les deux expressions se suivent :

« fermèrent la gueule des lions » ;

« éteignirent la puissance du feu ».

Hébreux semble donc rapprocher les deux grandes délivrances du livre de Daniel :

la fosse aux lions ;

la fournaise ardente.

Cette association confirme la forte complémentarité littéraire et théologique de Daniel 3 et Daniel 6.

7. Des délivrances spectaculaires

Hebreeën 11.33-35 rassemble plusieurs victoires extraordinaires obtenues par la foi :

des royaumes sont vaincus ;

la justice est exercée ;

des promesses sont obtenues ;

la gueule des lions est fermée ;

la puissance du feu est éteinte ;

des hommes échappent au tranchant de l’épée ;

des faibles deviennent forts ;

des femmes retrouvent leurs morts par résurrection.

Daniel appartient à cette première série de témoins.

Il entre dans la fosse condamné à mort et en ressort vivant.

8. Le texte change ensuite brutalement de perspective

Mais Hébreux 11 ne s’arrête pas à ces délivrances.

Le même verset qui évoque des résurrections poursuit :

« d’autres furent livrés aux tourments, et n’acceptèrent point de délivrance » (Hebreeën 11.35).

Daarna volgen:

les moqueries ;

les fouets ;

les chaînes ;

la prison ;

de ;

la persécution ;

la mort (Hebreeën 11.36-38).

Cette seconde série est indispensable pour comprendre correctement la première.

9. « D’autres » : la même foi, une autre issue

Le mot « d’autres » établit une distinction d’issue, non une distinction de qualité spirituelle.

Certains croyants sont délivrés.

D’autres meurent.

Hébreux les place pourtant tous dans le même chapitre consacré à la foi.

La conclusion est fondamentale :

la délivrance miraculeuse ne constitue pas la mesure de la foi.

Daniel possède la foi et sort de la fosse.

D’autres possèdent la foi et ne sortent pas de leur persécution.

10. Daniel 3 avait déjà formulé ce principe

Cette théologie apparaît déjà dans la réponse des trois compagnons de Daniel à Nebucadnetsar :

« Notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise ardente [...] Sinon, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux » (Daniël 3.17-18).

Deux convictions sont maintenues simultanément :

Dieu peut délivrer ;

la fidélité ne dépend pas de l’obligation pour Dieu de délivrer.

Hébreux 11 développe exactement cette tension.

11. Daniel ne reçoit pas une garantie préalable de survie

Daniel 6 ne rapporte aucune révélation antérieure disant à Daniel :

« Tu sortiras vivant de la fosse ».

Lorsqu’il continue à prier, il connaît le décret et sa peine.

Il sait donc que sa fidélité peut conduire à la mort.

Sa confiance ne consiste pas à posséder une certitude révélée concernant sa survie physique.

Elle consiste à rester fidèle à Dieu malgré l’incertitude de l’issue.

12. Croire que Dieu peut délivrer n’est pas exiger qu’il le fasse

Cette distinction protège le récit contre une lecture dans laquelle la foi deviendrait un moyen de contraindre Dieu.

Daniel ne manipule pas Dieu par sa confiance.

Il s’en remet à lui.

La foi biblique ne signifie donc pas :

« Je suis certain que Dieu accomplira exactement l’issue que je désire. »

Elle signifie plus profondément :

« Je me confie en Dieu, même lorsque l’issue demeure entre ses mains. »

13. Étienne : fidélité sans délivrance physique

Le Nouveau Testament fournit un exemple particulièrement clair avec Étienne.

Étienne demeure fidèle jusqu’au terme de son témoignage.

Il voit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu (Handelingen 7.55-56).

Pourtant, il est lapidé (Handelingen 7.58-60).

Son absence de délivrance physique ne constitue pas un échec de la foi.

Sa fidélité jusqu’à la mort manifeste au contraire la profondeur de son témoignage.

14. Jacques et Pierre : deux issues différentes

Actes 12 offre un autre contraste remarquable.

Hérode fait mourir Jacques, frère de Jean, par l’épée (Handelingen 12.2).

Il emprisonne ensuite Pierre.

Mais un ange intervient et délivre Pierre de sa prison (Handelingen 12.6-11).

Dans un même chapitre :

un apôtre meurt ;

un autre est miraculeusement délivré.

Il serait impossible d’en conclure que Pierre possédait davantage de foi que Jacques.

La différence d’issue relève de la souveraineté divine, non d’une hiérarchie simple de la foi.

15. Daniel et les martyrs appartiennent donc à la même histoire

Hébreux 11 permet de placer Daniel dans une vision beaucoup plus large.

Daniel n’est pas un modèle parce que tous les croyants fidèles doivent nécessairement sortir vivants de leur « fosse ».

Il est un modèle parce qu’il demeure fidèle lorsqu’il pourrait perdre la vie.

Le miracle manifeste ensuite la liberté souveraine de Dieu.

Les martyrs d’Hébreux 11 manifestent la même fidélité lorsque Dieu ne les délivre pas de la mort.

16. « Le monde n’était pas digne d’eux »

Hébreux décrit ceux qui souffrent sans délivrance par une formule remarquable :

« eux dont le monde n’était pas digne » (Hebreeën 11.38).

Le texte ne considère donc pas leur souffrance comme le signe d’un abandon divin.

Au contraire, il leur accorde une dignité exceptionnelle.

Cette phrase interdit de construire une théologie selon laquelle la réussite visible prouverait automatiquement la faveur de Dieu.

17. Une délivrance meilleure

Hebreeën 11.35 précise que certains refusèrent une délivrance immédiate :

« afin d’obtenir une meilleure résurrection ».

La perspective s’élargit ainsi au-delà de la survie présente.

Daniel reçoit une délivrance temporelle : sa vie terrestre est préservée.

D’autres témoins reçoivent leur espérance dans la résurrection.

La souveraineté de Dieu ne se mesure donc pas uniquement à la suppression immédiate de la souffrance.

18. La fosse n’est pas la dernière menace de Daniel

Même après sa délivrance, Daniel reste un homme mortel.

Le miracle de Daniel 6 ne supprime pas définitivement la mort.

Il prolonge sa vie et manifeste la puissance de Dieu dans une circonstance particulière.

La véritable espérance biblique doit donc dépasser toute délivrance temporaire.

Daniel lui-même recevra plus tard une promesse orientée vers la fin :

« tu te reposeras, et tu seras debout pour ton héritage à la fin des jours » (Daniël 12.13).

La perspective ultime est ainsi celle de la résurrection et de l’accomplissement final.

19. Hébreux 11 empêche une lecture utilitaire de la foi

Si l’on isolait Daniel 6, on pourrait être tenté de formuler le message ainsi :

« Celui qui possède suffisamment de foi sera toujours délivré du danger. »

Hébreux 11 interdit cette conclusion.

Le chapitre présente côte à côte :

la foi qui voit les lions neutralisés ;

la foi qui voit le feu perdre sa puissance ;

et la foi qui endure la torture et la mort.

La foi n’est donc pas une méthode permettant d’obtenir systématiquement une issue favorable.

20. La foi comme fidélité persévérante

Cette compréhension correspond particulièrement bien à Daniel.

Darius désigne Daniel comme celui qui sert son Dieu « avec persévérance » ou « continuellement » (Daniël 6.15, 20).

La caractéristique fondamentale de Daniel n’est pas l’obtention ponctuelle d’un miracle.

C’est la continuité de son service.

La délivrance spectaculaire d’une nuit repose narrativement sur une fidélité manifestée pendant des décennies.

21. La foi et l’intégrité sont liées

Daniel 6 ne sépare pas non plus la spiritualité de l’éthique.

Les adversaires cherchent une faute dans son administration et n’en trouvent aucune (Daniël 6.3-4).

Sa confiance en Dieu se manifeste donc :

dans son travail ;

dans son honnêteté ;

dans sa prière ;

dans son refus de compromettre sa fidélité ;

et dans son comportement envers le roi.

La foi d’Hébreux 11 ne doit donc pas être réduite à une conviction intérieure détachée de la conduite.

22. La délivrance devient témoignage

Après la sortie de Daniel, Darius proclame :

« C’est lui qui délivre et qui sauve, qui opère des signes et des prodiges dans les cieux et sur la terre. C’est lui qui a délivré Daniel de la puissance des lions » (Daniël 6.26).

La délivrance personnelle devient ainsi témoignage public.

Le miracle ne vise pas seulement le confort de Daniel.

Il révèle quelque chose du Dieu qu’il sert.

23. Hébreux déplace l’attention du miracle vers Dieu

Hébreux 11 poursuit le même objectif.

Le chapitre ne constitue pas un catalogue d’exploits humains.

Chaque exemple montre ce que des hommes et des femmes ont accompli ou supporté en se confiant en Dieu.

La formule répétée « par la foi » déplace donc l’attention de la capacité humaine vers la relation de confiance avec celui qui promet.

Daniel ne maîtrise pas les lions.

Il se confie en Dieu qui les maîtrise.

24. Daniel comme modèle de foi avant d’être un héros miraculeux

Cette distinction est importante pour une lecture pédagogique du récit.

L’élément imitable chez Daniel n’est pas le miracle.

Personne ne peut décider de reproduire surnaturellement la fermeture de la gueule des lions.

Ce qui peut être retenu de Daniel est :

son intégrité ;

sa discipline de prière ;

sa constance ;

son respect du roi ;

son refus du compromis religieux ;

sa confiance en Dieu.

Le résultat appartient à Dieu.

25. Le véritable triomphe de la foi

Hébreux 11 redéfinit ainsi la victoire.

Pour Daniel, la victoire prend la forme d’une sortie de la fosse.

Pour d’autres, elle prend la forme d’une fidélité maintenue jusqu’à la mort.

Dans les deux situations, le véritable échec aurait été l’abandon de Dieu.

La victoire de la foi ne consiste donc pas nécessairement à éviter la souffrance.

Elle consiste à rester fidèle au milieu de celle-ci.

26. Conclusion

L’expression d’Hebreeën 11.33 selon laquelle certains « fermèrent la gueule des lions » constitue une allusion particulièrement claire à Daniel 6.

Elle confirme l’interprétation donnée par Daniel lui-même :

« aucune blessure ne fut trouvée sur lui, parce qu’il avait eu confiance en son Dieu » (Daniël 6.22).

Mais Hébreux empêche immédiatement d’en tirer une promesse universelle de délivrance physique.

Les mêmes versets célèbrent :

ceux qui échappent à la mort ;

et ceux qui restent fidèles jusqu’à la mort.

Daniel ne doit donc pas être présenté comme la démonstration que la foi garantit toujours une issue miraculeuse.

Son exemple enseigne quelque chose de plus profond :

la foi reste fidèle avant de connaître l’issue.

Daniel entre dans la fosse en faisant confiance à Dieu.

Les trois compagnons entrent dans la fournaise en déclarant que Dieu peut les délivrer, mais qu’ils lui resteront fidèles même s’il ne le fait pas (Daniël 3.17-18).

Les témoins d’Hébreux 11 suivent les deux chemins : certains sont délivrés, d’autres meurent.

Tous appartiennent pourtant à la même histoire de la foi.

La grandeur de Daniel n’est donc pas d’avoir su qu’il sortirait vivant de la fosse, mais d’avoir continué à servir Dieu alors qu’il pouvait y mourir. Le miracle révèle la puissance de Dieu ; la fidélité de Daniel révèle la nature de la foi.