Le texte de ( Actes des apôtres 8.1 ) souligne un contraste saisissant :
« Il y eut, ce jour-là, une grande persécution contre l'Église de Jérusalem ; tous, excepté les apôtres, se dispersèrent dans les contrées de la Judée et de la Samarie. » ( Actes des apôtres 8.1 )
Luc ne donne pas la raison de cette exception. Plusieurs explications peuvent cependant être avancées.
1- Les apôtres assument leur responsabilité de pasteurs de l'Église de Jérusalem
La raison la plus vraisemblable est d'ordre pastoral. Les Douze ont reçu du Christ la responsabilité de conduire la jeune Église ( Jean 21.15-17 ; Actes des apôtres 2.42 ). Même si de nombreux croyants fuient pour échapper à la persécution, une partie importante de la communauté demeure probablement à Jérusalem. Les apôtres choisissent donc de rester auprès des fidèles afin de les fortifier et de préserver l'unité de l'Église.
Cette attitude rappelle celle du bon berger qui ne délaisse pas son troupeau au moment du danger ( Jean 10.11-13 ).
2- Les autorités cherchent surtout à démanteler l'Église
La persécution semble viser en priorité l'ensemble de la communauté chrétienne. Saul « entrait dans les maisons ; il en arrachait hommes et femmes, et les faisait jeter en prison » ( Actes des apôtres 8.3 ). L'objectif est de faire disparaître le mouvement chrétien.
Les apôtres sont certainement recherchés, mais leur expérience des précédentes arrestations leur a appris que Dieu pouvait encore les protéger ( Actes des apôtres 5.17-20 ). Ils ne fuient donc pas immédiatement.
3- Leur présence affirme que l'Église n'abandonne pas Jérusalem
Jérusalem reste le point de départ de la mission voulue par Jésus ( Actes des apôtres 1.8 ). Si tous les responsables avaient quitté la ville, cela aurait pu être interprété comme un abandon du témoignage chrétien dans la capitale religieuse d'Israël.
En demeurant sur place, les apôtres montrent que l'Évangile continue d'être proclamé au cœur même de la ville où Jésus a été crucifié et ressuscité.
4- Ils ne quittent Jérusalem qu'une fois la mission suffisamment établie
La suite du livre des Actes montre que les apôtres restent encore plusieurs années à Jérusalem. Lorsque Philippe évangélise la Samarie, ce sont Pierre et Jean qui viennent confirmer cette nouvelle œuvre ( Actes des apôtres 8.14-17 ). Plus tard, ils demeurent encore les principaux responsables de l'Église de Jérusalem lors de la conversion de Saul ( Actes des apôtres 9.26-28 ) et du concile de Jérusalem ( Actes des apôtres 15.1-29 ).
Leur présence assure donc une continuité apostolique indispensable durant les premières années de l'Église.
5- Une dispersion qui accomplit le dessein de Dieu
Il est également possible que Dieu ait conduit différemment les apôtres et les autres disciples. La dispersion des croyants permet l'accomplissement de la promesse de Jésus :
« Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. » ( Actes des apôtres 1.8 )
Les disciples dispersés deviennent les premiers missionnaires en Judée et en Samarie ( Actes des apôtres 8.4 ), tandis que les apôtres demeurent provisoirement à Jérusalem pour préserver le centre de l'Église. Cette répartition des rôles contribue à l'expansion harmonieuse du christianisme.
Une hypothèse historique complémentaire
Certains exégètes avancent une explication supplémentaire. Les auraient pu concentrer leurs efforts sur les croyants de langue grecque (les Hellénistes), dont Étienne était l'une des figures les plus en vue ( Actes des apôtres 6.1 ; Actes des apôtres 6.8-15 ). Cette hypothèse expliquerait pourquoi la dispersion touche d'abord une partie importante de l'Église, tandis que les apôtres, tous d'origine hébraïque et déjà bien connus des autorités, restent encore à Jérusalem.
Toutefois, cette interprétation demeure hypothétique. Le texte de Luc ne précise pas que la persécution visait exclusivement les Hellénistes. Il affirme simplement que les apôtres ne furent pas dispersés avec les autres croyants.
Conclusion
La raison exacte n'est jamais explicitement donnée par Luc. Néanmoins, l'ensemble du récit conduit à penser que les apôtres restent à Jérusalem principalement pour assurer la direction spirituelle de l'Église mère, maintenir le témoignage au cœur du judaïsme et garantir l'unité doctrinale de la communauté chrétienne, tandis que la dispersion des autres disciples devient l'instrument providentiel de la diffusion de l'Évangile en Judée et en Samarie. Cette complémentarité illustre la souveraineté de Dieu, qui transforme une violente persécution en un puissant moyen d'accomplir son plan missionnaire.